‹ La vision et ses anomaliesChapitre 142 sur 213 · Physiologie de la vision binoculaire, 1861, p · texte numérisé non relu

Physiologie de la vision binoculaire, 1861, p

018 VISION BINOCULAIRE. [24c

superficiel de la vision dans toute étude clinique de la vision d'un sujet, et l'invention des périmètres et campimètresi Mais on n'était pas encore édifié à cet égard en 1860.

Rien- ne le peut montrer plus expressément que la lecture du travail inséré par M. Donders dans les Ann. d'Oculistique en 1867.

Dans ce travail, réminent professeur, partisan jusqu'à cette époque de la doctrine des points identiques, ou du moins de celle des points « presque correspondants » et n'abandonnant qu'à regret cette idée : « qu'en fixant invariablement un même i point, il doit être impossible de distinguer si un autre point est plus ou moins éloigné que le premier; que le changement de convergence est nécessaire pour l'aire juger de la distance relative de deux points, » revient cependant avec une éclatante, • quoique laborieuse, indépendance sur cette opinion.

Il fait plus : développant les expériences de Dove, il essaye d'apprécier la dis- • tance de deux étincelles électriques dans un champ obscur, et se convainc que pour faire naître la notion de la troisième dimension, ce n'est point le mouvement des yeux qui est nécessaire, mais bien la différence de parallaxe.

[Nous voudrions bien connaître la différence que le savant physiologiste aperçoit ; entre les conséquences logiques de cette dernière expérience et notre proposition sus-menlionnée sur la propriété des axes secondaires, laquelle, selon lui, ne méritée pas même réfutation] (voir § 361).

Pour terminer, nous rapprocherons de cette dernière expérience celle non moins» concluante fournie par le « thaumatrope » de M. Claudet.

A l'appui de l'exposition précédente du mécanisme delà vision binoculaire dana ses qualités géodésiques, nous citions en 1868 (Revue scientifique, 14 mars), l'expérience suivante et l'interprétation qu'elle nous suggérait. Et, comme nous n'avons i point appris qu'on ait réfuté ses enseignements, nous ne croyons pas inutile de la reproduire ici.

Le numéro d'avril 1867 des Proceedi?igs ofthe Royal Society contient sous le titre : U?i fait nouveau concernant la vision binoculaire, la description d'une intéressante ; et facile expérience due à l'ingénieux et fertile esprit de M. Claudet.

Cette expérience est une simple application du mécanisme d'un très ancien jouet t d'enfant, connu sous le nom de thaumatrope.

Une carte de visite est tenue horizontalement au moyen de deux fils dont ladirec- tion passe par son grand axe, et porte sur ses deux faces une partie différente des i lettres composant un même nom. Le nom de la Reine, par exemple, choisi parle loyal auteur, y figure ainsi :

Les lettres ^ j ^ ^ ^ ^ * ^ formant ici la première ligne, sont sur l'une des faces, .

pendant que la seconde rangée est disposée sur la seconde face, de manière à rem- • pTir les intervalles respectifs laissés vides dans la première ligne.

Le jeu consiste à faire tourner rapidement la carte sur son axe au moyen des fils auxquels elle est suspendue. Eu égard à la durée de persistance des impressions sur r la rétine (un huitième de seconde), et au nombre relativement grand de révolutions • qu'on peut faire exécuter à-la carte dans l'unité de temps (une seconde), l'observa- • leur voit constamment le nom complet VICTORIA sous ses yeux.

M. Claudet a imaginé de disposer les deux fils en fixant leur nœud d'un même côté de la carte : l'axe de rotation est alors, non dans le corps même de cette carte. . mais tangent à l'une des surfaces; supposons que cette dernière soit celle contenant l la première rangée ci-dessus : V C 0 I; la seconde rangée décrit alors autour de l'axe une révolution dont le rayon est l'épaisseur de la carte, et se présente ainsi à l'observation toujours en avant de la première rangée qui. elle, tourne sur ellemême.

leçon. 1 THÉORIE DE PANUM. 619

Eh bien! cette faible saillie est la cause d'une étrange illusion. Le mot est toujours vu dans son entier pendant la rotation de la carte; mais les deux moitiés alternantes ne sont pas vues dans le même plan. Celles qui!se présentent pendant la révolution, en avant de l'axe de rotation, plan des autres lettres, sont effectivement vues en saillie sur le plan qui contient les premières.

Cet exemple apporte ici une brillante et curieuse démonstration des principes énoncés par nous, il y a maintenant vingt années, et que nous venons de remettre sous les yeux des physiologistes. Nous y vérifions d'abord l'instantanéité du mécanisme de la vision binoculaire simple, avec production de la notion de la profondeur ou troisième dimension.

En second lieu, nous y reconnaissons manifestement le rôle joué par les axes secondaires. Quand le regard binoculaire, évidemment immobile, est fixé sur la première série de lettres, celles qui se confondent avec l'axe de rotation, la seconde face de la carte n'impressionne la rétine que lorsqu'elle passe entre la première couche et l'observateur. Les lettres qui lui appartiennent ne sont donc vues que dans un plan antérieur, et à une distance égale à l'épaisseur de la carte.

Eh bien! cette différence de distance, si faible, est instantanément appréciée par le sensorium, au moment de la fusion des impressions en une seule.

Dira-t-on qu'en cette circonstance le sensorium ne place pas les lettres de la rangée antérieure au point d'entre-croisement des axes secondaires qui leur correspondent, c'est-à-dire en avant du plan de l'autre groupe?

Nous conclurons donc, ici, avec l'assentiment unanime, que la vision associée simple emportant la notion de la troisième dimension, est instantanée, et n'est nullement procurée par la promenade du regard successif sur les différents points de la perspective.

§ 377. — Théorie des points « presque correspondants » de M. Panum.

Conception de M. Panum :

Suivant ce physiologiste, chaque point a de l'une des rétines serait identique (sensoriellement) avec un certain cercle A qui lui correspondrait dans l'autre rétine; et il y aurait fusion possible dès que deux contours analogues (ce sont là nos images similaires, évoquant Vidée d'unité) passeraient d'un côté par a, de l'autre par un -point quelconque du cercle A.

M. Panum ajoute que la lutte a lieu principalement entre des couleurs et des contours différents, mais d'intensités à peu près égales; ceux qui se ressemblent ont de la tendance à se fusionner.

Telle est la doctrine que l'on a prétendu substituer à celle des points identiques, sous le nom de théorie des points presque correspondants ou presque identiques.

M. Helmholtz, malgré l'urbanité qu'il témoigne à cette conception, ne peut se refuser à établir que : « toutes les fois que l'impression a de l'une des rétines se fusionne avec celle du point ë, non homologue, dans le cercle A de l'autre rétine elle doit aussi se fusionner avec le point a son homologue dans ce môme cercle. Les points a et S donneraient donc lieu, dans le môme œil, àuno image unique; conclusion peu en harmonie avec la doctrine de l'identité. »

La conception de ^presque identité, que nous ignorions alors être extraite de la théorie de M. Panum dont elle est un des fondements, nous fut présentée au congrès «el862, comme une objection, par un savant dont grandi' était l'autorité.

« 11 y a, nous disait de Graëfe, lors de l'unité dans la vision binoculaire non pas correspondance absolue, et point par point, entre les deux rétines ; .nais il existe une certaine région superficielle qui se correspond dans les deux rétines, et sur lesquelles-

620 VISION BINOCULAIRE.

s'effectue la fusion ; en un mot, une presque identité entre les points correspondants des deux organes. »

« La formule des points identiques, eûmes-nous l'honneur de lui répondre, est) une formule géométrique, c'est-à-dire absolue. Entre identité ou correspondance géométrique homologue, et non-identité, il n'y a pas de moyen terme- La presque dentité c'est la non-identité. »

M. Helmholtz s'est chargé depuis de fournir la démonstration détaillée de cette proposition : il nous semble qu'il y a maintenant sur ce point particulier chose ugée.

La conception de « l'influence des contours analogues » de M. Panum, ne parait ., guère différer de l'idée que nous avons émise dès 1860, relativement à l'influence « de la succession, dans la même partie du champ visuel, des mêmes interruptions de surfaces dans l'œil droit et dans l'œil gauche » emportant l'idée d'unité des corps interposés, et provoquant le fusionnement point par point de ces surfaces et de leurs interruptions {Traité de la vision binoculaire, § 122).

Nous ne nous arrêterons pas davantage sur ces incompatibilités.

§ 378. — Théorie de Hering.

La théorie proposée par M. Hering pour représenter le mécanisme de la vision binoculaire est très ingénieuse, et, si l'auteur n'y avait introduit un élément absolument contradictoire avec l'ensemble de la doctrine, non moins qu'avec les faits expérimentaux, elle pourrait assurément passer pour élégante.

Herings suppose qu'il existe dans chaque élément rétinien (soit le bâtonnet), trois sentiments différents de l'étendue, en un mot, trois propriétés géodésiques :

l°et2°: La notion de sa longitude et de sa latitude par rapport au point de regard ou polaire; et, implicitement, la faculté de projeter la sensation, de l'exté-; rioriser sur la normale à la surface

Cette notion de longitude et de latitude suppose en outre et comprend dans sa définition deux axes de coordonnées qui sont l'horizon rétinien représentant l'équateur, et le méridien vertical parallèle au plan vertical méridien sagittal, comme origine des méridiens.

C'est une représentation un peu complexe de la donnée commune de la longitude et de la latitude des points rétiniens dans leurs quadrants respectifs.

Le troisième sentiment d'étendue, ou troisième propriété dudit élément, et qui. serait, par le fait, une annexe de la propriété d'extériorité sur la normale possédée par le bâtonnet, consisterait en une notion supplémentaire apportée à cette sensation de la direction extérieure sur la normale, et caractérisant la profondeur.'

Chaque élément rapporterait la position extérieure de l'objet au delà, ou en deçà delà distance du point de mire ou de regard, suivant qu'il appartiendrait à la demi-sphère externe ou interne de chaque rétine.

Ainsi tout point lumineux extérieur, situé dans l'espace, à gauche du point de concours des axes, donnant son image dans la moitié externe de la rétine droite, et dans la moitié interne de la rétine gauche, déterminerait une notion de profondeur ou de plus grande distance dans la rétine droite (au delà) et, au contraire, une sensation de profondeur moindre ou de rapprochement, dans le bâtonnet de gauche (en deçà).

Ces sensations opposées pourraient donc porter des signes contraires ; et l'on désignerait la profondeur plus grande comme positive, la seconde comme négative. Il arriverait alors ceci :

L'objet rencontrant dans les deux 7-étines deux points ayant mêmes longitude et latitude (homologues géométriquement), la valeur positive d'un côté, négative de

Page 1