LEÇ0N>] THÉORIE DE HERING
l'autre des deux notions de profondeur étant égales de part et d'autre, s'annuleraient 'et la position de l'objet serait rapportée sur la surface générale du point de mire On voit que cette surface, nommée par l'auteur « surface centrale de l espace msuel » étant définie par la condition de contenir tous les points de l'espace qui donnent à droite et à gauche leur image sur des points homologues, n'est autre que
l'horoptère de Mûller).
Pour tout point situé en avant ou en arrière de ladite surface, sa position relative serait donnée par la différence de sensations de profondeur propres aux deux points non-homologues rétiniens sur lesquels il dessinerait son image; place en avant de la surface de Millier, l'angle mutuel que feraient ses deux lignes visuelles secondaires étant plus grand que celui des directions du point de mire (parallaxe binoculaire positive), la valeur relative de la sensation binoculaire résultante serait à l'avantage de la rétine gauche, c'est-à-dire négative, et réciproquement, dans le cas contraire, et d'autant plus grande que la différence des angles serait elle-même plus grande.
Voilà donc, un peu compendieusement édifié, le mécanisme qui, dans la théorie de Hering, préside à la production de la vision binoculaire, une, avec sensation de relief. Pour la réalisation entière de ce mécanisme, en sus de la notion positive ou négative de la profondeur, il faut introduire en outre dans l'élément rétinien la notion d'une mesure exacte et numérique, et dans l'action simultanée des deux bâtonnets en jeu, une faculté de comparaison permettant de faire la soustraction qui donne le résultat positif ou négatif. Tout cela est un peu bien complexe et nous ne voyons pas en quoi, dans cette exposition, se trouverait éclaircie la formule donnée plus haut : « Lors de la vision associée, naturelle, les axes secondaires portent au sensorium la notion du point de leur entre-croisement, relativement à celle de l'intersection des axes polaires. »
Mais malheureusement pour la nouvelle doctrine, l'auteur ne s'est pas arrêté là. Ne se détachant pas suffisamment de la théorie de l'identité, il a persisté à investir de cette propriété les points homologues, ainsi que le fait remarquer en ces termes M. Helmholtz :
« Mais voici que chez M. Hering, nous nous heurtons encore au mystère de la théorie de l'identité. »
« Les excitations lumineuses pareilles ou différentes, nous dit-il, qui tombent sur des points de coïncidence (c'est-à-dire homologues), ne peuvent jamais produire qu'une sensation lumineuse simple... »
Elles doivent donc nécessairement se fusionner — c'est ce qui est répété à chaque instant par Hering; tandis que, d'un autre côté, les images disparates de cercles sensitifs correspondants (emprunt à la théorie de Panum) « peuvent également être fusionnés. »
On ne saurait méconnaître, dans ce rapprochement, des conditions absolument iontradictoires; comme M. Panum, M. Hering doit se décider entre l'identité et la non-identité des points géométriquement homologues. La presque identité c'est la non-identité.
Voici d'ailleurs l'opinion de M. Helmholtz sur la théorie de Hering : « Dans l'acte de la vision associée, un même point dans une rétine donnerai! donc lieu à deux l'usions simultanées, l'une avec un point correspondant, l'autre avec un point à peu près correspondant.
« De plus, si les rétines jouissent ainsi de ces propriétés premières d'affecter un certain sens à la profondeur dans l'une de leurs moitiés, le sens opposé dans l'autre, la vision monoculaire serait sujette à de singulières aberrations. Un plan perpendiculaire au plan méridien de l'observateur, serait nécessairement, vu sous une inclinaison à i.v d'avant en arrière et. de dedans en dehors. »
022 VISION BINOCULAIRE. rv
Pour répondre à cet argument, il faut entrer dans des considérations psychiques beaucoup plus obscures que le phénomène primitif dont cette théorie a pour objet de donner la solution mécanique... (Opt. Phys., 1021).
[N. B. — N'ayant pas entre les mains la traduction, s'il en existe, des publications de M. Hering, c'est à M. Helmholtz que nous avons emprunté l'exposition qui précède].