LEÇON. J THÉORIES METAPHYSIQUES
représentations sont toujours des résultats de notre activité psychique, les perceptions ne peuvent se produire qu'à l'aide de cette activité. L'étude des perceptions appartient donc, à proprement parler à la psychologie, entant qu'il s'agit de rechercher la nature et l'intervention des lois de Vàme dans la production des perceptions. »
Nous voilà, comme vous le voyez, transportés de plain pied du terrain de l'observation physiologique dans le domaine de la métaphysique.
Fait-on, en effet, autre chose, quand au lieu d'envisager en eux-mêmes et tels qu'ils s'offrent à notre observation, les phénomènes de la vision associée, on se propose pour objet « d'utiliser ces phénomènes comme signes sensuels de la position des objets dans l'espace, de substituer à ses sensations elles-mêmes, une analyse consciente de ses impressions visuelles? »
Sous prétexte de physiologie, c'est évidemment un chapitre de psychologie que trame ici l'auteur sur les pas de Kant. Nous voyons bien ce que la simplicité peut y perdre, mais non ce que la clarté y doit gagner.
Non; tel n'est pas l'objet de la physiologie proprement dite : elle n'a aucune prétention à l'endroit de la nature de l'àme et des procédés de son intervention dans la : production des perceptions. Elle ne recherche que des mécanismes, tâchant I d'éclairer ceux qui sont complexes à la lumière de ceux qui sont plus simples.
Les problèmes que semble poursuivre M. Helmholtz sont-ils plus ou moins élevés que celui-là? D'autres en décideront. Quant à nous, tout ce qui nous éloignera de la scholastique nous est progrès, puisque cela simplifie.
Un animal un peu élevé dans la série a, comme nous, la conscience, des trois (dimensions de l'espace et l'apporte généralement à la naissance. Or, introduit-il la psychologie dans l'interprétation de ses sensations : s'il le fait, c'est terriblement Ivite pour des activités raisonnées!
Quoi qu'il en soit, voyant dans les actes de l'animal la preuve qu'il a les mêmes Ijnotions visuelles que nous, bornons nos recherches à étudier chez lui des mécanismes qui nous sont communs; nous serons sûrs ainsi de ne pas faire d'idéa- |liBme, et nos observations n'en seront que plus assurées.
Or, parmi ces qualités, notions ou idées, apportées par l'appareil visuel, au lonient même de leur naissance, par nombre d'animaux, nous trouvons : celles de 'unité delà, cause dans l'impression binoculaire, de l'extériorité de cette cause, de sa rection, plus encore, de sa position même dans l'espace, relativement à nous; 'une manière générale, la notion de cet espace lui-même avec ses propriétés éodésiques.
Toutes ces innéités-lk ne nous sont pas moins démontrées que celle de la faculté e les comparer, c'est-à-dire de notre intellect.
Elles le sont peut-être même davantage, au moins sous le rapport du temps. Il est, en effet, moins douteux que l'enfant de huit jours voie en sa nourrice un eul objet corporel, qu'il ne l'est que son intellect ou son âme soient assez déve- >ppés déjà pour comparer les deux reprèse7itations qu'il a devant lui et les raisonner n une seule.
« Dans la rédaction des lois, nous disait le Pascal du dix-neuvième siècle, ardons-nous de la métaphore! » Dans les sciences, gardons-nous de la métahysique !
Depuis plus de vingt siècles le rôle de la métaphysique dans l'œuvre du progrès u savoir humain n'a pas été tellement heureux, que la plus simple prudence ne "ive nous porter à l'écarter soigneusement de notre chemin.
VISION BINOCULAIRE.
§ 380. — Coup d'oeil rétrospectif sur la part des principes précédents dans l'établissement de la théorie des points apparemment correspondants de M. Helmholtz.
Cette digression sur les méthodes nous aidera à comprendre comment M. Helmholtz a été conduit à construire ce regrettable chapitre de la vision horoptérique dans lequel il substitue aux résultats immédiats de la pure et simple observation des laits, les produits hybrides de la métaphysique dirigeant l'expérience.
Suivons-le dans son analyse de la fusion binoculaire. Deux méthodes sont instituées par lui à cet effet :
Dans la première, celle dite des images doubles, voici comment l'auteur se pose à lui-même la question à résoudre :
Nous y parviendrons (à découvrir les lois du fusionnement binoculaire), dit-il, en « analysant les cas où l'on peut réussir à voir double dans un champ de vision unique, » autrement dit, dans les circonstances, où tenant compte de la disposition des objets dans le champ commun de la vision, on essaie de percevoir les images doubles » (p. 917, Opt. phijs.).
Ainsi, nous dit M. Helmholtz :
« Nous voyons, en général, doubles les objets qui, dans les deux champs visuels, , possèdent, par rapport au point vie regard, des positions apparentes suffisamment différentes, pour que cette différence puisse être appréciée. »
« Nous voyons simples, au contraire, les objets qui ont, dans le champ visuel, la» même position apparente, par rapport au point de fixation. » (P. 880).
Mais en quoi cette proposition diffère-t-elle de notre propre principe, et de la.i condition que doivent remplir les deux images du même objet, pour que les axes secondaires qui leur correspondent déterminent, par leur intersection, la notion de sa* position relative dans l'espace?
Car, si l'on analyse ces phénomènes (déterminés) de vision double, on ne tarde ■ pas à reconnaître que les circonstances différentielles entre ces positions appa--: rentes suffisamment différentes — et celles qui ne sont qu'insuffisamment différentes — consistent, pour des images identiques, ou à peu près telles, uniquement;! dans l'impossibilité ou la possibilité pour le sensorium de reconnaître en elles l'impression d'un objet unique!
La discussion des expériences au moyen desquelles M. Helmholtz réussit à doubler ; sensoriellement un même objet, démontre, en effet, péremptoirement, que cest circonstances particulières de doubles sensations d'un même objet, répondent;: exclusivement à des cas assez savamment combinés pour que la coalescence des^ deux projections en un même point de l'espace soit incompatible avec les autre? données concomitantes de la perspective unifiée.
Ce sont, en un mot, des cas dans lesquels la notion commune de nos rapports géodésiques avec les différentes régions de l'espace est volontairement troublée, et mise en conflit avec cette notion supérieure qui nous interdit de voir deu.r corprl différents au même point de l'espace (voir notre paragraphe 36-2 relatif à l'erpé"! rience des trois épingles, — des montures de lunettes, etc.).
L'auteur d'ailleurs reconnaît lui-même cette prépondérante influence de la notion I. de l'unité dans l'accomplissement de la vision associée.
A cet égard, les citations peuvent affluer :
En voici quelques-unes :
« La circonstance la plus importante, dit-il. qui nous empêche (dans la viSkŒ I associée naturelle) de dissocier ces images doubles, c"est la représentation que nous I nous faisons de l'unité de ces objets. »
lEÇON.J ASSOCIATION DES CHAMPS VISUELS UNI-OCULAIRES. 629 Et plus loin :
« Tout ce qui rend difficile la fusion des images doubles en la notion d'un corps unique, tout ce qui facilite la comparaison de leur position dans le champ de la vision, l'habitude de les observer, et le soin d'éviter le mouvement des yeux, tout cela contribue à rendre ces images plus facilement visibles. »
Enfin, constatant la fusion des images qui tombent sur des points non correspondants ou disparates, M. Helmholtz ajoute :
« La principale des causes qui peuvent amener cet effet (cette fusion en un), c'est l'analogie que présentent ces images avec deux images perspectives d'un seul et même objet » (p. 920). Et inversement, ajoute-t-il, si l'on veut plus aisément amener cette dissociation, « il est bon de donner aux images à distinguer, des colorations ou des intensités différentes, ce qui rend difficile ou impossible leur interprétation comme images d'un même objet. »
Dans ces derniers phénomènes qui sont étudiés plus loin sous le chef « d'antagonisme des deux champs visuels » nous reconnaissons, dit M. Helmholtz, que les successions, les alternatives de sensations qui s'observent dans les expériences, dépendent de cette particularité de notre conscience d'après laquelle nous ne pouvons accueillir à la fois qu'une seule impression ou qu'un agrégat d'impressions susceptibles de se réunir en une seule représentation » (1009).
(Phrase un peu complexe pour exprimer que nous répugnons sensoriellement aussi bien que mentalement à voir deux objets occupant un même point de l'espace).
On le voit, dans cette voie l'auteur lui-même est forcé de conclure que le fait qui domine dans le fusionnement instinctif des images doubles d'une même perspective, c'est l'idée d'unité de l'ensemble et des détails.
Cette sensation, résultat de l'idée d'unité objective des deux tableaux, est bien, en effet, le principe qui tient sous sa dépendance toute la fusion binoculaire. C'est à elle que dès 1860, nous rapportions la prépondérance et l'empire, à elle que nous assujétissions tous les autres phénomènes concomitants.
Les citations nombreuses que nous venons d'emprunter à M. Helmholtz nous montrent que pour conclusion finale de tant d'efforts pour dissocier, c'est dans l'unification résultant du sentiment d'identité des objets formant les deux champs visuels, qu'il est obligé lui-même de placer finalement la force autocratique de la vision binoculaire.
Joignons-y l'influence des inégalités des parallaxes oculaires de la distance mutuelle de deux points quelconques d'un même objet, et d'où dépend si expressément, la notion de la troisième dimension de l'espace, de la profondeur, du relief corporel, et dont, à la suite des expériences stéréoscopiques, M. Helmholtz ne se refuse pas à reconnaître la capitale importance.
Aussi sommes-nous étonné de voir reparaître jusqu'à la fin les incertitudes de 1 auteur relativement à ce mécanisme, retours sur lui-même qui se trahissent encore dans cette dernière proposition :
« Toutefois ce sont encore les mouvements de l'œil qui font le principal obstacle ;t la perception des images doubles. »
Et pourtant M. Helmholtz a paru reconnaître la valeur de l'expérience de Dove! h) Méthode synthétique ou par la. superposition de deux champs visuels monocn- . fnoUlT ^ ~ NT 8er°nS C°nduit encore à des conséquences analogues, hoZnn/ f C°,nde d6S m6th°deS exPéri™ntales instituées par M. Helm-
holtz pour découvrir les lois qui président au mécanisme du fusionnement des deux im.jges dans la vision binoculaire.
NoiTITZ rC7Je mt th°de' f°rt e" faTOUr Nourrt'àui dans les écoles du Nord "nages, dans 1 étude génétique des mouvements oculaires. §410, leçon 28-),
l'auteur, comme nous l'avons vu dans l'établissement de sa nouvelle théorie des points correspondants, substitue dans l'analyse de la fonction, à un champ visuel unique, simultanément offert aux deux yeux, deux champs visuels monoculaires isolément formés d'abord, et qu'on cherche ensuite à fondre en un seul.
Or, nous avons montré que cette fusion s'écartait de lacoalescence physiologique par l'indépendance relative dans laquelle sont laissés les deux organes, affranchis, dans ces expériences, de la solidarité des méridiens cardinaux d'un œil à J l'autre, caractéristique de la vision associée physiologique (loi de Ruete, § 389).
Dans ces expériences, au lieu d'être invinciblement liés entre eux par la conver- i gence des axes optiques, et les inclinaisons parallèles de leurs méridiens homolo- J gues, les deux organes ne sont en rapport que par une notion plus ou moins fidèle J de leur direction relativement à l'horizon. Il y a en même temps incertitude absolue d de la direction et du point de concours des lignes de regard.
Dans cette expérimentation, chacun des systèmes musculaires monoculaires dit en même temps au sensorium : « Ma position d'équilibre dans ses rapports avecq mon congénère répond à celle qui correspond à l'horizontalité des inscriptions recti- J lignes quand je suis ouvert tout seul. »
Ce n'est pas là tout à fait, comme on voit, la coalescence naturelle des images J dans la vision associée.
Si donc, dans ces recherches, M. Helmholtz a effectivement commencé par pro- céder par voie d'analyse, de décomposition, la synthèse ultérieure a fait défaut ; et J les éléments dissociés par lui n'ont point été reconstitués suivant les lois connues < de la physiologie.
Le sens général des critiques que nous venons de formuler va ressortir avec une < plus grande netteté encore de l'étude du paragraphe suivant :
§ 381. — De l'antagonisme des champs visuels (Helmholtz).
Nous serons encore conduit à des conclusions presque identiques, en suivanti l'auteur dans une étude qu'il fait, dans un sens inverse, sous le nom de « lutte ou t antagonisme de deux champs visuels, non plus semblables, mais différents, s
Dans cette étude l'auteur s'applique :
1" « A regarder, non pas les objets réels, mais deux dessins différents qui présen-i tent des lignes et des champs différemment colorés ou éclairés, et analogues à cenxi que nous avons employés (dil-il), pour trouver les parties correspondantes desj champs visuels » (voir ci-dessus § 370 et suivants).
« Les champs visuels étant ainsi remplis de formes tout à fait différentes, qui net peuvent pas être combinées pour former l'image d'un objet unique, on voit, en' général, deux images simultanées qui se superposent dans le champ de la vision.
« Mais ordinairement l'une ou l'autre de ces images prédomine plus ou moins: dans telle ou telle partie du champ ; quelquefois il se produit une alternance telle! qu'aux endroits où pendant un certain temps on ne voyait que des parties de l'unei des images, on voit celle-ci s'effacer pour faire place à des parties de l'autre. » (Id.)
Suivent les expériences dont cette proposition forme en somme le résumé ! général :
« ïl résulte des expériences décrites ci-dessus, que l'homme possède la faculté de percevoir séparément les images de chaque champ visuel — sans être gêne par;; celles de l'autre — pourvu qu'à l'aide de quelque artifice, il réussisse à fixer complèment son attention sur les objets du champ qu'il veut voir. »
« Ce fait est important parce qu'il en résulte que : le contenu de chaque champ I visuel arrive à notre conscience sans être lié par une disposition organique à celui I