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LEÇON.] ANTAGONISME DES CHAMPS VISUELS

de l'autre, et que, par conséquent, la fusion des deux champs visuels en une image commune, en tant qu'elle se produit, est un acte psychique. » (H. 970).

Cette conclusion est exacte, si psychique veut dire seulement que la fusion est un fait se passant dans le cerveau; comme les deux yeux n'ont leur premier point commun qu'au chiasma, cette proposition, avec cette limitation, était superflue.

L'auteur veut-il dire, au contraire, que cet acte est un fait d'analyse ou réflexion consciente, pour nous servir de ses propres termes, nous ne saurions le suivre jusque-là. Toutes les expériences rapportées plus loin d'après l'auteur, témoignent de ce fait indéniable, que l'attention n'a jamais d'exercice que sur un champ visuel miique.

Nous avons cru devoir accumuler ici les citations, ne voulant point paraître substituer notre incomplète ou insuffisante interprétation à l'expression positive des idées de l'auteur.

Si l'on arrête son attention sur la conclusion qui termine cette série de passages très bien liés entre eux du reste, on reconnaît que toute la préoccupation de l'auteur est d'arriver à établir que l'association des deux organes en une fin commune est un acte psychique ; en un mot, de nous transporter en pleine métaphysique.

Ainsi sera justifiée la proposition première de l'auteur :

« Les sensations sont pour notre conscience des signes dont l'interprétation est -livrée à notre intelligence » (p. 1001).

Voilà une conclusion qui fera assurément la joie de tous les Sorbonniens, et qui nous ramèneraen même temps à lafameuse formule de de Bonald : Lhomme est une intelligence servie par des organes; et c'est un physiologiste empiriste qui l'écrit!

Nous nous permettrons de demander si, dans cette voie, les beaux résultats qui ont couronné la première et remarquable partie du magistral ouvrage dont nous nous occupons ici, attendent encore l'auteur à la fin de sa dernière partie.

Décevante satisfaction que celle attachée à déterminer si la vision qui résulte de l'association des deux yeux est un acte psychique, quand on ne peut pas même dire s'il en est de même de la vision d'un seul œil.

Or, le fait de voir — et qui n'est autre que celui de sentir en dehors de soi (extériorité), et sur une ligne déterminée (direction visuelle), — l'impression faite par un objet extérieur sont-ils un acte psychique, ou une propriété organique de la rétine liée normalement à la substance cérébrale supérieure.

Si l'on entend par psychique un acte cérébral nécessitant un cent-millième de seconde de réflexion consciente, non; le fait de voir. n'est pas un acte psychiqtie. Nous en revenons toujours à notre exemple du poussin attrapant la mouche : il est manifeste que dans cet acte de préhension, il n'y a pas l'ombre d'une analyse quelconque faite de son impression par le sujet.

L'idée de vue, indépendante, fût-ce une fraction de seconde, de la notion, inséparable de nous, d'une origine extérieure à l'impression produite, ne nous représente aucun sens. Voir, c'est sentir en dehors de soi, d'un seul coup, sans place aucune, dans le temps, pour un travail quelconque sur soi-même.

Et l'observation est vraie, qu'il s'agisse de vision uni-oculaire ou de vision associée.

Pas plus dans ce second cas que dans le premier, il n'est possible de faire une place à un travail d'association, de rapprochement.de comparaison. Le résultat final est réalisé du premier coup, au premier jet de l'attention. Seulement, dans la vision •binoculaire, le résultat est plus complexe, doué de qualités de plus, mais sans nuire en quoi que ce soit à l'instantanéité.

Les diverses et nombreuses expériences de M. Helmholtz confirment eÙes-mènïës cette proposition.

<« L'antagonisme des champs visuels, observé lors de la fusion binoculaire

bd2 VISION BINOCULAIRE.

d'images différentes répond, nous dit M. Helmholtz, à l'état d'oscillation del'atttffl tion, qui, lorsqu'elle n'est pas fixée par notre volonté ou par les objets, passe d'une impression à l'autre, de manière à nous donner graduellement une vue d'ensemble des objets qui se trouvent devant nous. »

Quoique cette phrase, bien commencée, se termine d'une façon particulièrement obscure et môme inexacte, nous la revendiquerons en faveur de nos affirmations. On y lit en toutes lettres la liaison évidente des oscillations de l'attention entre les tableaux de droite et de gauche; la prédominance constante de l'objet qui attire l'attention à droite, ou à gauche, et, avec elle, celle des objets qui en dépendent plus ou moins et à quelque titre que ce soit. Et comme résultat final, la constance de cette remarque : que jamais deux objets ne paraissent simultanément et avec une inteiisité égale au même point de l'espace. Si les tableaux peuvent paraître par instants plus ou moins confondus, c'est à l'état de trouble, de chaos, d'incohérence, avec l'effacement relatif ou comme une sorte de transparence d'un des objets qui occuperaient le même point de l'espace.

Parce qu'une loi s'impose constamment à la fonction : la notion de l'unité de l'objet indissolublement liée à celle de la localisation dans l'espace! Mais il n'y a jamais rien qui ressemble dans ce tableau à « une vue d'ensemble des objets qui se trouvent devant nous, » comme le dit abusivement l'auteur. La prédominance successive de l'attention à droite et à gauche peut nous laisser en possession de l'ensemble de chaque tableau, ou d'un mélange incohérent des divers objets de ces deux tableaux; ou encore de l'apparition effacée de l'un des tableaux au travers de l'autre, mais jamais une vue d'ensemble et coordonnée de tous ces objets à la fois, et comme une perspective unique.

Un seul objet en chaque lieu de l'espace est une loi de la vision binoculaire, aussi absolue que celle de la direction de chaque objet sur la normale correspondant à la rétine est une des propriétés premières de la vision uni-oculaire.

Le sensorium le proclame en chaque cas avant d'avoir eu le temps de peser cette vérité.

§ 382. — Conclusions finales de M. Helmholtz relativement au fusionnement binoculaire.

Dans les développements et les nombreuses citations qui remplissent ces deux dernières leçons, apparaissent manifestement les longs tâtonnements, les légitimes hésitations des écoles d'outre-Rhin à la poursuite d'une formule ou d'une loi résumant la physiologie de la vision binoculaire, les qualités résultantes de l'association des deux organes pour un produit unique. Il est assurément, jusqu'à cette heure, et de ces premières données, impossible de former une conclusion une et satisfaisante. Ce ne sera, n'est-ce pas, ni la théorie des points correspondants, ni celle des points presque correspondants, ni celle des points apparemment correspondants, ni Thoroptèrc réel, ni l'horoptère apparent, ni la promenade du regard successif, ni les trois propriétés géodésiques de M. Hering, qui peuvent prétendre donner le secret de l'unité de la vision associée.

Quelques observations qui nous restent encore à rappeler ou à produire à nouveau, et que la sagacité profonde de M. Helmholtz lui

leçon.] CONCLUSIONS DE M. HELMHOLTZ. 633

dicte « passim » dans les appréciations jetées au cours de ces longues analyses, vont nous permettre de rattacher cet éminent esprit à nos propres et anciennes conclusions, dont elles se rapprochent plus que les pages précédentes ne pouvaient nous le faire espérer.

Les premières vues émises par M. Helmholtz, sur 1' 'appréciation des distances, second élément delà localisation des différents objets dans l'espace (le premier étant la notion de leur direction), l'ont porté à fonder la base de cette qualité : 1° Sur les enseignements apportés par l'accommodation. Cette faculté trouve, en effet, une. application dans l'exercice de la vue aux différentes distances : la mesure de l'effort déployé, s'il pouvait être plus ou moins exactement apprécié par le sentiment d'activité musculaire, aurait évidemment une valeur et peut-être importante, dans l'ensemble des sources d'information. On en reconnaît l'influence dans la pathologie de la mydriase ou de l'état opposé « le myosis, » troubles de l'innervation ciliaire déterminatifs des symptômes connus sous le nom de micropie (§ 323) et macropie (§ 327).

Mais l'étude pratique de ces symptômes, tout en établissant la valeur qualitative de la fonction du muscle ciliaire, lui enlève toute précision comme renseignement sensoriel quantitatif.

Les expériences physiologiques conduisent aux mêmes conséquences. L'accommodation n'apporte sur la distance, et conséquemment sur la grandeur des objets, que des renseignements qualifiés par Helmholtz lui-même d'insuffisants et d'incertains.

Une seconde source de renseignements a été cherchée par l'éminent auteur, dans la comparaison des images d'un corps, suivant qu'on le voit sous des points de vue différents; différences produites par un mouvement de la tête et du corps dans la vision monoculaire.

M. Helmholtz en donne, pour exemple, l'effet de ces petits mouvements de l'observateur pour la différentiation des distances des arbres dans une forêt scrutée à la vision uni-oculaire.

Mais cette influence des mouvements de la tête et du corps sur l'appréciation des distances se montre si pauvre en résultats, quand on la compare à l'information si directe portée au sensorium par la fusion binoculaire, qu'à la moindre observation on en reconnaît le peu de valeur positive ou assurée. Ajoutons que, se rattachantà la théorie du mouvement du regard comme élément d'appréciation des surfaces et des contours (Brûcke et Prévost, de Genève), cette hypothèse a dû disparaître avec cette dernière.

En présence de cette infériorité sensible, l'auteur a été promptenent amené à se convaincre de l'importance du rôle joué, en cette ^constance, par la différence des parallaxes binoculaires d'un môme objet dans les deux yeux.

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Il est visible que les découvertes de Wheatstone remportent sur ses propres tendances une victoire entière.

Entrant dans l'analyse expérimentale du mécanisme de la vision stéréoscopique, M. Helmholtz arrive à des conclusions fort peu difï'érentes des nôtres et que nous nous faisons un devoir de reproduire :

« On peut poser la règle que deux dessins stéréoscopiques, corn- binés binoculaircment à un degré de convergence quelconque, produisent l'apparition d'un objet tel qu'il devrait exister pour donner les mêmes images visuelles avec les mêmes différences horizontales .j et verticales, quoique la convergence pour cet objet apparent dût être ei très différente de la convergence actuelle.

« Dans la plupart des cas, les deux images rétiniennes d'un seul I objet ne peuvent plus être considérées comme deux projections > exactes d'un même objet corporel, si l'on change le degré de conver- -j gence des yeux, sans changer la forme et la position des deux images «1 sur les deux rétines. Car, pour qu'elles soient les images d'un mème\ objet, il faut que les lignes visuelles qui joignent une paire de points cor- ■ respondants des deux images avec le point nodal correspondant, s coupent, en avant des yeux, en un seul point qui est alors le lieu dut point lumineux réel.

On ne saurait guère demander plus de concordance entre deux vf analyses d'un phénomène de cet ordre que cette conclusion n'en offre t| avec les nôtres propres.

Il est un point sur lequel nous demandons cependant la permission de présenter quelques observations.

Avant de formuler cette conclusion, M. Helmholtz l'avait fait pré- ■ céder des remarques que voici :

Influence des différences d'étendues des projections verticales :

« — Jusqu'ici on n'a regardé, dans la théorie de la vue stéréosco- -i pique, que les différences de la projection horizontale des point? de l'objet ; mais il y a aussi à considérer les différences dans le sens ver- > tical. Un objet vertical qui est plus voisin de l'œil droit que du gauche, 1 apparaît plus long au second qu'au premier. Eh bien! j'ai trouvé que tj ces différences verticales qu'on a négligées jusqu'ici ont souvent une :i grande influence sur la forme et la grandeur apparente de l'objet. » A

Jusqu'ici, dit M. Helmholtz, dans la troisième partie de son Optique physiologique, publiée à la fin de 1866.

Nous nous permettrons de rappeler à cet égard que, dès 1860, nous • formulions, comme il suit, nos propres conclusions sur ce point d'analyse expérimentale et géométrique :

Chaque point de l'espace, vu binoculairemcnt, est rapporté par le sensorium à l'entrc-croisement, à l'intersection même des deux directions qui unissent ce point aux centres optiques, c'est-à-dire à la (oa,

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