LEÇON.] STATIQUE DU GLOBE OCULAIRE
§ 386. — Conditions générales de la statique du globe oculaire.
Après avoir reconnu le genre des mouvements exécutés par le globe oculaire, à savoir un mouvement de rotation sphérique autour d'un centre fixe, occupons-nous de la distribution et disposition des forces autour de ce levier d'un nouveau genre, dans lequel le point fixe central n'est que virtuel. Étudions cette distribution de forces une à une, ou, suivant leur action, par groupes définis, et recherchons par quelles combinaisons elles réaliseront l'effet observé, à savoir : une rotation autour de tous axes imaginables, en obéissant en même temps aux conditions suivantes : 1° l'immobilité du centre de rotation, 2° l'inaltérabilité de la forme du levier, malgré son état de con* sistance demi-molle.
On a constaté plus haut la réalité de la première de ces conditions; la fixité du centre des mouvements.
Quant à la seconde, la constance de la forme, indiquée d'abord comme nécessité prévue et inductive, elle est démontrée par les considérations suivantes :
Voyez la disposition générale des muscles : ces agents sont distribués autour du globe de façon à développer autour de lui des actions tangentielles. Or, un de ces muscles ne peut se raccourcir (pour porter la prunelle de son côté), que l'antagoniste ou le groupe antagoniste de ce muscle ne s'allonge proportionnellement de l'autre. L'immobilité du centre, de mouvement en témoigne. Supposez en effet qu'il en soit autrement, que les antagonistes se raccourcissent en même temps, ou seulement demeurent de même longueur ou observerait à l'instant un déplacement du globe en masse du côté du groupe raccourci.
Il y a donc un balancement constant, un équilibre perpétuel entre les tractions musculaires, que le globe soit en repos, ou qu'il soit en mouvement. Au repos, c'est l'équilibre statique; en mouvement c'est le principe de l'association des mouvements ou l'équilibre dynamique Or, cet équilibre a une conséquence d'une grande importance. 11 assure la constance de la pression exercée sur le globe demi-mou et par conséquent celle de la forme de l'enveloppe. Les fonctions si délicates de l'organe, si l'on nous permet cette ue Illogique - exigeaient qu'il en fût ainsi, que les membranes ;t es milieux intérieurs ne subissent aucun excès de pression par le * d~-ent, la sensibilité devant être aussi ex'quise pendan ^etacte que lors du repos. Il en serait, on le comprend, tout autrement si le raccourcissement d'un muscle n'était accompagné d'un dlongement corrélatif de ses opposants. 8
Le globe, élreint par un système de forces nécessairement accrues, subirait un excès de pressions normales à sa surface, qui n'auraient devant elles, pour les tenir en équilibre, que l'expansion réactionnelle des milieux demi-liquides de l'intérieur. Il n'est pas besoin d'insister sur le danger d'un tel état de choses pour l'intégrité de la fonction.
Nous aurons d'ailleurs l'occasion de saisir sur le fait les consé- • quences des aberrations de ce mécanisme même dans l'étude de la i vision associée, rapprochée, c'est-à-dire lors de la convergence des • deux axes visuels sur un point plus ou moins voisin. La production i de la choroïdite atrophique ou staphylôme postérieur de la myopie est, comme on le verra plus loin (§§ 395, 491, 492) une de ses consé- quences (voir aussi le § 265).
En résumé, on doit considérer que pendant les mouvements asso- • ciés de la vision distante (lignes de regard parallèles), ainsi que pen- ■ dant l'équilibre statique, il y a égalité, constance de pression exercée i sur le globe oculaire par les muscles chargés de le mouvoir : aui raccourcissement d'un ou de plusieurs muscles correspond constamment un allongement corrélatif des antagonistes. La forme du globe? et la position de son centre de mouvement demeurent constantes.
§ 387. — Muscles extérieurs moteurs du globe oculaire. — Description sommaire au point de vue mécanique. — Leur action individuelle.
Ces muscles sont au nombre de six pour chaque œil : quatre ayant t leurs points d'insertion fixes, en arrière, au pourtour fibreux du troui optique, au fond de l'orbite, et leur insertion mobile aux limites i d'un cercle dont le plan est vertical et à peu près parallèle à la circonférence cornéale (voir plus bas la distance moyenne de cbacunet des ces insertions au bord cornéal).
Ces muscles sont les quatre muscles droits, interne, externe, supé-^ rieur et inférieur. L'insertion antérieure ou mobile du 1er est à 5 ou 6i millimètres du bord cornéal ; celle du muscle externe à 1 ou 2 milli-il, mètres plus en arrière. L'inférieur et le supérieur, à des distances-lf moyennes entre celles-ci.
Les deux autres muscles, qui portent le nom d'obliques supérieurJ; et inférieur, ont leurs insertions fixes et mobiles en sens à peu près*!; inverses des précédents. Les insertions fixes sont au pourtour an té- 1 rieur de l'orbite; les insertions mobiles, ou appliquées au globe, I ayant leur siège en arrière, où elles se fondent en une sorte de san-» gle fibreuse. Celte description est faite au point de vue mécanique; jj. étant en droit de considérer comme le point d'appui fixe du muscle <| oblique supérieur, la poulie fibreuse du trochléatcur : car,anatomique- 1
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ment, le muscle lui-même prend son attache fixe au même cercle fibreux osseux que les muscles droits, au fond de l'orbite. Mais son raccourcissement n'offre d'action directe qu'entre la poulie et la paroi postérieure du globe. Cela posé, on aura une idée exacte de la disposition du groupe des obliques, en le considérant comme formé d'une sorte de sangle fibro-musculaire contenue dans un plan vertical et qui embrasse, en arrière, en y prenant attache, la tunique sclérale de l'œil. Les deux points d'insertion fixe, la trochlée pour le grand oblique ou supérieur, le point fixe du petit oblique ou inférieur, au rebord inférieur de l'orbite , sont en
effet à peu près sur une même /j\ verticale. / j \
Sur cette figure : / U \
» cc'représententl'attachefixe commune des muscles droits au pourtour du trou optique.
Sur l'œil gauche g, sont représentés seulement les muscles droit interne et droit externe.
Sur l'œil droit d, les droits supérieur et inférieur, figurés par leur projection horizontale mnc' ; et les deux obliques figurés par leur axe commun de projection sur le plan horizontal, II' .
La figure ci-dessus repré- Flg' 1C2-
sente les directions moyennes de ces puissances musculaires, dans leurs rapports avec les méridiens primaires de l'œil.
On y voit que les deux muscles (côté gauche de la fig. 102) droits interne et externe, situés à très peu près dans le plan même de l'horizon, feraient, dans leur antagonisme considéré isolément, évoluer l'œil autour d'un axe vertical.
Que les deux droits supérieur et inférieur (voir le côté droit sur la fig.), même dans leur action antagonistique isolée, feraient tourner le globe autour d'un axe situé dans le plan de l'horizon, mais incliné sur l'axe optique ou principal, de 70°, angle ouvert en avant
Que les deux obliques, considérés de même, décrivent en arrière de I œu une demi-circonférence verticale, dont le plan couperait l'axe de 1 œil sous un angle de 55° environ (ouvert en avant)
Leur axe de rotation commun, dans le plan horizontal, serait donc de .J;y> ouvert dans le même sens.
<>*» VISION BINOCULAIRE. [26*
Ces deuxplans d'ailleurs passant, l'un en dedans, l'autre en arrière, et à quelques millimètres chacun, du centre de rotation du globe.
Ces éléments, puisés dans l'anatomie descriptive, sont très suffisants pour opérer la décomposition de chacune de ces forces d'aprS les lois de la statique géométrique.
On peut cependant mettre plus simplement en lumière la distribution desdites forces élémentaires en leurs composantes pratiques, par les considérations suivantes.
a) Considérons le groupe des droits supérieur et inférieur, et imaginons que les autres muscles ne développent que leur action tonique; supposons en outre (ce qui est contraire pourtant à leur action physiologique) que ces deux muscles entrent en même temps en activité et développent des forces égales. Il est évident, quand on observe les rapports de leur insertion fixe commune au pourtour du trou optique, avec leurs insertions libres ou mobiles, que ces deux muscles en de telles circonstances, porteraient la pupille en dedans, la faisant mouvoir exactement dans le plan horizontal.
Cette activité simultanée n'a jamais lieu : nous en reconnaîtrons pins loin la raison. Mais si elle pouvait s'observer, elle produirait évidemment ces effets.
Conclusion : chacun de ces muscles, quand il entre en jeu , développe donc une action d'adduction.
b) . A un moment donné du mouvement franchement adducteur que nous venons d'observer en pensée, imaginons que tout d'un coup, le droit inférieur cesse d'agir ; il est clair qu'à l'instant le point d'attache oculaire du droit supérieur sera porté en haut, et en dedans.
Deux nouvelles composantes se sont ainsi manifestées dans l'action propre et individuelle du droit supérieur :
Une composante directe en haut; une composante d'inclinaison ou de renversement du méridien vertical primaire en dedans (par son extrémité sagittale).
Si nous renversions l'hypothèse et qu'au lieu de faire suspendre l'action du droit inférieur, nous fissions porter la paralysie sur le droit supérieur, nous verrions à l'instant, la pupille se porter en bas et en dedans.
Le droit inférieur nous montrerait ainsi successivement ses trois composantes :
La première adduclrice ; la seconde verticale en bas ; la troisième renversant plus ou moins le méridien vertical primaire en sens exactement opposé à l'inclinaison produite par le droit supérieur, c'est-àdire portant l'extrémité sagittale de ce méridien de dedans en dehors.
Par une analyse identique, nous reconnaîtrons que, lorsqu'ils agis-