LEÇON.] DYNAMIQUE DU GLOBE OCULAIRE
sent seuls, l'action de chacun des obliques peut se décomposer comme suit :
Oblique inférieur :
Une composante abductrice ; une composante élévalrice; une composante de renversement du méridien vertical, son extrémité sagittale en dehors.
Oblique supérieur :
Une composante abductrice, une composante verticale en bas. Une composante de renversement du méridien vertical, son extrémité sagittale en dedans.
§ 388. — Division des muscles moteurs de l'œil en deux groupes : celui des rétracteurs (4 m. droits), et celui des protracteurs (les obliques).
Il est encore un aspect particulier dans cet équilibre musculaire qui mérite d'être signalé, vu qu'il joue un grand rôle au point de vue de la statique du globe. Indépendamment des sollicitations musculaires qu'il peut recevoir lors de l'influx nerveux qui détermine les déplacements de son axe, le globe oculaire se trouve encore soumis à deux ordres de forces qu'il nous est important de considérer.
Dans la loge aponévrotique (capsule de Bonnet) qui l'enveloppe, il se trouve, de fait, suspendu entre deux groupes de forces opposées dont les unes le tirent en avant, les autres en arrière.
Les quatre muscles droits, en effet, si on leur supposait une action simultanée, entraîneraient en bloc le globe d'avant en arrière; les autres (le groupe des obliques) formant la sangle fibreuse que nous avons décrite, lui imprimeraient de leur côté, dans leur jeu simultané, un mouvement de translation de totalité barrière en avant.
A un point de vue général, ce dernier groupe pourrait donc exercer le rôle de protracteurs, comme l'ensemble des quatre droits celui de rétracteurs du globe.
On ne prendra pas cependant cette proposition sans les restrictions théoriques et pratiques que voici :
1° Si l'on considère les points d'attache fixes de ces deux groupes de forces, on voit, sous le rapport particulier dont il s'agit ici que ni l'un, ni l'autre n'a une résultante propre franchement dirigée d avant en arrière ou, au contraire, d'arrière en avant. Ces deux résultantes sont manifestement dirigées, celle du groupe des quatre droits, suivant Y axe de l'orbite, c'est-à-dire d'avant en arrière et de mors en dedans, comme celle des obliques, d'arrière en avant et aussi de dehors en dedans. Or, si on les analyse dans les composantes naturelles de ces deux directions obliques, on voit crue leurs composantes latérales, toutes deux dirigées perpendiculaire-
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ment à la direction du plan médian vertical du sujet, s'ajoutent ci sont détruites par la résistance de la paroi interne de V orbite.
Il ne demeure donc d'activité possible qu'aux composantes directement antéro-postérieures que nous avons définies.
2° Cette division des muscles oculaires en deux classes : protracteurs et rétracteurs, ne doit être considérée qu'au point de vue théorique ou de l'équilibre : elle n'existe, en physiologie normale, qu'à l'état d'équilibre tonique. Jamais, en effet, pour aucun mouvement physiologique, on ne voit les deux obliques développer simultanément une énergie motrice active ; ils appartiennent en effet, comme on le verra, l'un au groupe élévateur du regard, l'autre au groupe abais: seur ; et l'œil ne saurait regarder à la fois en haut et en bas.
Il en est de même, et pour des raisons identiques, de l'action des muscles droits : En aucun mouvement physiologique ils ne se contrac- ' tent ensemble.
Mais cette action tonique et de pure statique, se décèle, en pathologie, ou en chirurgie, aussitôt qu'un muscle ou un groupe de muscles se voit frappé d'impuissance : la saillie ou le retrait relatifs du globe deviennent alors un élément important soit de diagnostic, soit d'indication chirurgicale.
En résumé, au point de vue mécanique, on pourra donc partager les muscles oculaires suivant les actions suivantes :
Groupe rétracteur : les quatre muscles droits ;
Groupe protracteur : les deux muscles obliques;
Groupe adducteur, le droit interne.
Les deux droits supérieur et inférieur.
Groupe abducteur : les deux obliques et le droit externe.
Groupe élévateur : le droit supérieur et l'oblique inférieur.
Groupe abaisseur : le droit inférieur et l'oblique supérieur.
§ 389. — Lemme physiologique.
Ce que deviennent les méridiens cardinaux de F œil pendant les mouvements de la ligne du regard. — La division que nous avons faite, dans le paragraphe précédent, en deux groupes de protracteurs et de rétracteurs du globe, des six muscles propres de l'œil, ne doit être envisagée (nous ne saurions trop y insister) qu'au point de vue de l'équilibre statique de l'appareil. Ayant commencé par établir expérimentalement et inductivement l'immobilité du centre du globe pendant les mouvements du regard, et ceux-ci se réduisant à de simples inclinaisons de ses axes ou des méridiens, par un fait de rotation autour d'un point fixe, les forces de la rétraction et de la protraclion ne doivent être considérées ici que comme des tendances, des actions en puissance concourant seulement à l'équilibre statique de l'appareil.
leçon.] DYNAMIQUE DU GLOBE OCULAIRE.
Passons maintenant à l'application de ces données et étudions ces mécanismes non plus par induction et sur la contemplation de leurs insertions, mais d'après l'observation des mouvements effectués en réalité.
Pour arriver à la détermination précise de l'action propre de chacune des puissances motrices de l'œil pendant un mouvement donné de la ligne de regard, la première nécessité qui s'imposât était de connaître exactement, en quoi consistait ce mouvement, c'est-à-dire ce que deviennent, pendant qu'il s'exécute, les axes principaux du globe déterminés eux-mêmes par la position de ses principaux plans méridiens. L'action des muscles pouvait alors seulement, s'en déduire avec exactitude.
L'idée aussi simple que féconde qui a permis cette détermination est due à Ruete (de Leipsig). Ce savant eut la pensée de consulter à cet effet, les variations éprouvées, ou que pourraient éprouver, pendant lesdits mouvements, les images consécutives préalablement imprimées sur la rétine dans les méridiens principaux.
« Une image consécutive linéaire nous montre, en effet, après l'exécution d'un mouvement, la direction du méridien qui, avant le mouvement, avait reçu l'image linéaire. »
1 L'expérience est ainsi décrite par M. Donders :
« Des images consécutives se développent lorsqu'après avoir fortement fixé un point pendant environ 20 secondes, on laisse le regard se reposer, immobile, de préférence sur un plan d'un gris uniforme. Au bout d'une couple de secondes apparaît l'image consécutive.
« Sur une paroi verticale, on suspend verticalement un ruban vivement coloré; puis on se place la tête droite, à une distance de quelques mètres au moins, bien en face de ce ruban, et, un oeil étant couvert, on fixe le regard de l'autre, dans la direction horizontale, invariablement sur un seul et même point du ruban. Il se forme de cette manière une image dans le méridien vertical-primaire de la rétine, image dont l'impression consécutive se montre ensuite partout où le regard s'arrête sur la paroi. Qu'on le fasse glisser le long d'une ligne horizontale, l'image consécutive coïncidera partout avec la verticale ; qu'on le porte droit en haut ou en bas, l'image consécutive demeurera encore verticale. Dans les deux cas, le méridien vertical primaire reste donc vertical.
Dans les directions obliques, il n'en est plus de même ; le regard est-il porté en haut et de côté, le méridien primaire ou cardinal vertical, incline dans la même direction son extrémité supérieure ou sagittale. Le regard est-il porté en bas et obliquement, c'est l'extrémité inférieure de ce même méridien cardinal qui se porte du même côte que le regard.
GoO VISION BINOCULAIRE. |26° .
Ces expériences ont été faites d'abord pour un seul œil regardunl à quelque distance.
Répétées binoculairement, les lignes de regard dirigées vers l'hori- • zon, et conséquemment parallèles, elles ont conduit identiquement au même résultat.
De plus l'observation suivante doit s'y joindre ; c'est que pour quelque direction que ce soit, les deux lignes de regard demeurant parallèles, les méridiens primaires ou cardinaux des deux yeux s'inclinent du même angle, c'est-à-dire demeurent toujours eux aussi, en i parallélisme.
§ 390. — Vision en parallélisme ou à distance.— Mouvements directs d'adduction ou d'abduction, c'est-à-dire dans le plan horizontal : leurs agents.
Les expériences que nous venons de relater nous ont appris que, , dans ce mouvement, les méridiens primaires verticaux demeurent : parfaitement verticaux pendant toute sa durée, du point de départ, . jusques et y compris la position ultime, dite aussi secondaire.
Il n'est pas besoin d'une longue attention pour découvrir les agents i de ce déplacement, qui s'effectue par une simple rotation autour de • l'axe vertical du globe. Ce sont évidemment les droits internes et : externes.
Mais si nous nous reportons au § 387 (fig. 102), nous y avons vu t qu'il existe encore d'autres muscles oculaires investis d'un pouvoir : d'adduction ; les droits supérieur et inférieur.
Ces muscles, devons-nous nous demander, jouent-ils un rôle 1 dans le mouvement physiologique d'adduction, suppléent-ils, peu- vent-ils remplacer le droit interne paresseux ou paralysé.
La même question se posera pour le mouvement d'abduction ; les ; deux obliques supérieur et inférieur développant également des coDfâ posantes secondaires, lesquelles sont, en ce cas, abductrices.
L'étude de la pathologie refuse absolument l'action directe abductrice à ces derniers, comme l'action adductrice aux droits supérieur et inférieur.
Évidemment chacun des muscles du premier de ces groupes a une composante très nettement adductrice ; comme, dans le second groupe, chacun des muscles qui. le composent a une composante non moins abductrice. Seulement, jamais les deux muscles n'agissent activement ensemble : leur moment de contraction active à l'un ou à l'autre, fait toujours, physiologiquement, partie dun mouvement opposé.
Ainsi, lorsque par le fait d'une paralysie complète ou incomplète, l'action du muscle droit externe se trouve suspendue, on ne voit