LEÇON.] DYNAMIQUE DU GLOBE OCULAIRE. 65 S
du parallélisme physiologique, c'est-à-dire incliné en dehors par son extrémité supérieure. Supposons que cette inclinaison ait dû être, par exemple, de 20°. Le système musculaire de l'œil droit, dont le diamètre primaire vertical est demeuré vertical, trompé par la paralysie, représente faussement au sensorium ce méridien dans la position inclinée de 20° en haut et en dehors (extrémité supérieure). L'image dessinée dans cet œil, sur ce méridien même, est donc rapportée à la position erronée attribuée à ce méridien, c'est-à-dire son extrémité supérieure (à elle, image) inclinée en haut et en dehors de 20°.
Mais si les impressions oculaires sont projetées au dehors, renversées, les diamètres de l'image et de l'objet sont toujours dans le même plan, passant par l'axe optique. Les directions du diamètre longitudinal ou vertical de l'objet seront donc vues par l'œil gauche dans la direction verticale, mais par l'œil droit (le paralysé) dans cette direction inclinée de 20° (le pied en dedans) ou en dehors par le haut.
Comme d'autre part les images sont homonymes, ou le strabisme convergent, les deux images extérieures seront donc appréciées dans ce même sens, leurs pieds rapprochés, ous'écartant, en haut, de 20°, dans l'hypothèse particulière admise.
L'observation des effets de la suspension pathologique de l'action du muscle droit externe nous révèle ainsi la nature du mouvement complexe que ce muscle doit produire dans le mouvement oblique de la ligne de regard. Elle nous montre de façon évidente que ce mouvement oblique, dans l'un des angles de l'espace est la conséquence ou la résultante de l'action combinée du muscle direct de la convergence ou de la divergence franche (horizontale), avec celle du groupe du mouvement direct en haut et en bas. Ce groupe représentera donc pour nous une force unique, soit élévatrice, soit portant la pupille en bas.
Corollaire de ces propositions. — Il résulte de cette analyse que si toute direction oblique ou intermédiaire de la ligne de re-ard est et ne peut être que la résultante de la seule action directe verticale' se composant avec la seule action directe horizontale, le maintien de 1 attenhon dans une ligne oblique déterminée répond nécessairement au même degré d energie développé par chacune de ces deux forces,
ve icnî T éVldCnt ,qUe t0Ut mouveme»t direct dans le plan
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direction donnée du regard, correspond un rapport précis et toujours le même, entre les énergies actives qui correspondent à cet état d'équilibre ; activités, énergies, au nombre d'une dans le mouvement horizontal, de deux dans le mouvement vertical, de trois dans tout mouvement oblique ou intermédiaire.
Aune direction donnée de la ligne de regard, fonction déterminée de l'angle latéral et de l'angle ascensionnel, correspond donc une constante et invariable relation des trois énergies musculaires dont l'équilibre constitue ou procure cette direction.
§ 393. — Scolie relative à la proposition précédente. — Mécanisme de l'inclinaison du méridien vertical primaire, lors des mouvements associés du regard oblique.
Une question secondaire fort intéressante se pose à la suite de cette analyse.
D'après ce que nous venons de voir, lors du regard oblique associé, c'est à la suite de la suspension d'action du muscle direct, externe ou interne, agent du mouvement horizontal, que s'observe la conservation de la verticalité du méridien vertical primaire du globe. D'où la conséquence naturelle que l'action de ces derniers muscles est la condition, ou l'une des conditions, de l'inclinaison physiologique du méridien vertical, dans le sens dont il s'agit, dans ces mouvements associés obliques.
Révélation faite pour surprendre, au premier abord, quand on considère que les muscles droits externe ou interne sont, par leur situation, sans influence directe sur l'inclinaison du méridien vertical dans un sens ou dans l'autre.
Il y a donc lieu de penser que, par le fait de leur entrée en jeu, dans les mouvements obliques, des composantes inattendues vont se manifester, et qui seront de nature à incliner ledit méridien vertical dans les sens dont s'agit.
C'est, en effet, ce qui arrive ; et un coup d'œil jeté sur le tableau des actions propres à chaque muscle, considéré isolément, va nous édifier promptement sur ce point de mécanisme.
Quels sont, avons-nous dit, les muscles entrant en activité direct* lors du mouvement du regard directement en haut? Le droil supérieur et l'oblique inférieur, associés en combinaison définie.
Dans ce mouvement direct de la pupille dans le plan vertical, lê méridien primaire demeure constamment vertical : c"est dire que les composantes secondaires propres à ces muscles, et qui sont mutuellement contraires, se font équilibre. La composante adduclnce du droit supérieur est tenue en échec par la composante abduclnce de l'oblique congénère (l'inférieur) ; de même, le renversement du méri-
dien primaire vertical, que tendrait à déterminer le droit supérieur, est contre-balancé par le renversement en sens inverse que déterminerait l'oblique inférieur s'il agissait isolément.
Seules demeurent apparentes les composantes directes, celles du mouvement vertical , et qui s'ajoutent entre elles.
Maintenant, imaginons qu'au lieu de s'accomplir directement dans le plan vertical primaire, ou autour de l'axe horizontal du globe, mouvement dans lequel ces composantes secondaires se font mutuellement équilibre, le regard associé se porte à droite en même temps qu'en haut, les muscles droit externe du côté droit, le droit interne du côté gauche, entrent en jeu pour porter le regard à droite, en même temps que le groupe élévateur accomplit son action d'élévation de la pupille.
Pour fixer les idées, occupons-nous seulement de Yœil gauche lors du regard associé en haut et à droite.
L'effet premier de ce mouvement, en ce qui concerne l'oblique inférieur gauche, est de diminuer progressivement l'angle du plan dans lequel s'accomplit son action, avec le plan vertical primaire, et cela jusqu'à les faire coïncider entre eux, ce qui arrive aux limites du mouvement d'adduction, au moment où le méridien vertical primaire vient, à être embrassé par la sangle des obliques.
Par contre, au fur et à mesure du progrès de ce même mouvement, l'action de la composante adductrice du droit supérieur croît avec l'angle opposé que fait avec le même plan vertical primaire le plan de l'action propre du droit supérieur. On voit donc, en même temps s'amoindrir la composante abductrice et croître la composante adductrice du mouvement en haut : composantes qui, comme nous l'avons vu, se font parfaitement équilibre lors de l'élévation directe
La conséquence de ce double fait est facile à déduire ; à savoir • la manifestation de la composante adductrice qui vient ajouter ses effets a ceux du muscle direct de l'adduction (le droit interne), dont le bras de levier diminue naturellement avec la rotation déjà produite
Or ce que nous venons de faire observer pour la composante adductrice qui devient de moins en moins compensée par son opposante de 1 oblique inférieur, nous pouvons le répéter presque mot pour mot en ce qui concerne la troisième composante, celle de l'inclinaison du méridien vertical primaire.
En parfait équilibre lors du mouvement direct, la composante de 1 inclinaison croit au contraire progressivement avec le mouvement • dedans, pendant que son équilibrante perd une partie ToporUon
Wonc de plus en plus, et, proportionnellement au degré du mouvement, en même temps que la composante adductrice.
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Le même raisonnement s'appliquerait mot pour mot (inutatis mu- I tandis), au mécanisme de l'inclinaison du même méridien cardinal, sous l'influence des obliques, lors du mouvement de divergence.
En résumé, lors des directions obliques du regard, avec l'accrois- f sèment de l'angle latéral ou du mouvement en longitude (horizontal), ,1 on voit diminuer l'énergie delà composante franchement latérale;:! diminution compensée, en une mesure donnée, par l'accroissement de la composante de même sens qui existe dans l'une des deux autres -| forces actives en cette circonstance, et la diminution de la résistance J opposée par la troisième.
Concurremment avec ce résultat, on voit le méridien vertical se;l renverser de plus en plus dans le sens de cette dernière composante ?J horizontale, et l'inclinaison sur le plan vertical s'accroît dans la M même mesure.
On ne sera pas étonné plus tard, dans l'histoire des paralysies de? ce muscle latéral, de voir apparaître les symptômes de la suspension i d'action des composantes latérales que sa propre action met en évi-« dence lors des mouvements obliques.
Toutes ces considérations ne sont d'ailleurs que les conséquences * directes du corollaire de la proposition du § 392.
§ 394. — Mouvements de convergence mutuelle, en haut et en bas, dans le plan vertical médian.
Les expériences sur les images consécutives, d'après la méthode de* Ruete, appliquées àl'étude des positions du méridien vertical polaire, J dans les mouvements associés du regard (lignes parallèles), doiventil être également invoquées pour l'étude des mouvements de convergences mutuelle des axes optiques. Or, ces expériences nous apprennent que lors de ces mouvements, soit qu'ils se passent dans le plan borizontali même, soit qu'ils aient lieu en haut ou en bas, les deux méridiens, primaires verticaux restent encore verticaux, et cela quel que soit le degré de convergence. L'interposition d'un prisme de 20° à sommet interne, lors des convergences rapprochées, n'altère pas cette verti-H calité, même après le fusionnement des images doubles première-j ment accusées.
On peut être surpris de ce fait en le rapprochant des observationsil relevées lors du regard associé oblique dans le parallélisme des axes.- 1 On se rappelle que, dans ces expériences, et lors des mouvements; I associés, l'adduction de l'œil, en haut ou en bas, amenait le renverse-1 ment du méridien primaire vertical, son extrémité sagittale «H dedans, dans le premier cas, en dehors, dans le second, eu égard a la non-équilibration de la composante rotatrice du droit supérieur dans le premier cas, du droit inférieur dans le second.
Dans la convergence mutuelle des deux yeux, si la même loi se poursuivait, lors de la lecture dans un plan inférieur au visage par exemple, nous devrions donc voir les deux méridiens polaires verticaux se croisant sur le point de mire, en croix de Saint- André, avec empiétement réciproque l'une sur l'autre des moitiés inférieures et supérieures, des champs visuels.
Or, l'expérience nous apprend qu'il n'en est rien; les deux méridiens polaires se fusionnent dans le plan vertical.
La composante rotatrice effective de chacun de ces méridiens, et qui appartiendrait ici (lors de l'abaissement du plan de regard) aux deux droits inférieurs, est donc de chaque côté contre-balancée par l'intervention d'une nouvelle force; et si on parcourt le tableau des dispositions musculaires, on voit qu'un seul muscle parmi les abaissées (car il faut évidemment que ce soit un abaisseur), possède une composante propre à exercer une influence équilibrante, c'est-à-dire un renversement en dedans de la partie supérieure du même méridien. Ce muscle, lors du mouvement en bas, est l'oblique supérieur, nous n'avons pas besoin d'y insister.
Il suit de là que l'oblique supérieur doit recevoir, à cet effet, une somme d'influx nerveux supérieure à celle qui lui est naturellement dévolue dans le regard associé parallèle correspondant à la même obliquité de direction, ou à la même inclinaison du méridien vertical polaire, et cette addition a pour mesure la force afférente à la composante même de ladite inclinaison.
S 395. - Scolie. - Conséquences produites sur la pression intérieure
de l'œil.
Cette circonstance dérange manifestement les conditions normales de l'équilibre statique du globe et y doit apporter les perturbations signalées au § 386 et, en premier lieu, un accroissement de la pression intérieure du globe.
Les troubles visuels symptomatiques de l'insuffisance des droits internes, ou les phénomènes d'asthénopie musculaire, ïa simple fatigue des yeux après un travail de près trop longtemps prolongé, Jfln, la production du staphylôme postérieur de la myopie progresse sont les effets directs de ce dérangement d'équilibre (voir les »S et suivants relatifs aux titres ci-dessus, leçon 17»)
Le même raisonnement appliqué au regard associé en convergence ur im point supérieur au plan horizontal, montrerait l'intervention d lobhque inférieur (un des agents du mouvement en haut), obligé « déployer un supplément de force ajouté à celle nécessaire à promire la même inclinaison dans le regard associé parallèle.
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Dans l'un comme dans l'autre cas, un excès de force est imposé aux obliques, et par conséquent à l'intégrale des actions musculaires extérieures, et peut ainsi appeler à sa suite de dangereuses conséquences par l'excès de pression qui en résulte pour le globe.
Nous reconnaîtrons une autre cause encore à cet excès de pression dans la circonstance signalée par nous, en 1863, à propos du mécanisme de la production du staphylôme postérieur.
Dans ce travail, nous montrions ce qui se passe lors du mouvement de simple adduction d'un œil, même dans le plan horizontal et lors du regard associé en lignes parallèles.
Si l'on jette les yeux sur la figure 102 (§ 387) on voit que la sangle des obliques est comprise dans un plan vertical qui coupe la sphère oculaire suivant un cercle inférieur en diamètre au grand cercle de la sphère ; et l'on remarque qu'au fur et à mesure que s'accomplit le mouvement d'adduction, le cercle du globe, circonscrit par cette sangle, se rapproche davantage du grand cercle méridien. Or, lors de ce mouvement d'adduction dans le plan horizontal, les obliques qui n'en sont pas chargés, n'exercent à la vérité qu'une simple action tonique, et cèdent passivement à la pression du globe; mais celte pression s'accroît progressivement, et en proportion de l'accroissement de diamètre du cercle qui vient s'offrir dans la sangle. Or, il arrive un moment où cette pression devient un peu notable, et s'ac cuse par une sensation de fatigue ou de pesanteur, peut-être même inconsciente; aussitôt, par action de synergie ou de sympathie, la tête et le tronc lui-même s'il est nécessaire, s'empressent d'achever le mouvement; et le mal se trouve conjuré. Gela est bon et simple dans le regard à lignes parallèles : rien n'empêche, en effet, la tète d'y venir au secours de l'œil menacé par l'excès de pression. Mais dans le regard en convergence mutuelle, il n'en est plus ainsi; la tête n'y peut plus rien, les deux systèmes musculaires des yeux sont seuls en présence, et le conflit se passe entre eux et la réaction propre des globes.
Le simple mouvement de convergence mutuelle des yeux dans le plan horizontal, et à fortiori dans un plan incliné sur l'horizon, suffit donc même à l'état physiologique, pour amener un accroissement de la pression intrà-oculaire. Et nous voyons cette conséquence aggravée par la disposition musculaire décrite sous le nom d'insuffisance des droits internes (leçon 17°, § 265 et suivants).
Un fait encore est à signaler dans ce mouvement de simple convergence dans le plan horizontal, et qui peut jouer un rôle dans la fatigue qui suit l'exercice prolongé de la vision associée sur un point rapproché. Lors du mouvement associé dans le parallélisme des lignes de regard, ce mouvement de tous les instants, si facile et si souvent
renouvelé, le droit interne de droite entre en activité avec le droit externe de gauche, et réciproquement.
L'attention est-elle commandée sur un point rapproché (convergence), à l'instant l'équilibre habituel doit changer, et les droits internes sont appelés subitement en action synergique. Cette circonstance ne modifie assurément pas l'équilibre de chaque œil considéré isolément (sauf en ce qui concerne les idées développées dans l'alinéa qui précède); mais l'adoption soudaine de combinaisons musculaires opposées à celles les plus habituelles peut n'être pas sans quelque effet sur les réactions du système nervoso-musculaire de l'appareil.
§ 396. — Anciennes opinions sur le rôle des muscles obliques dans les mouvements de l'œil.
Le rôle des muscles obliques, longtemps l'objet de controverses entre les physiologistes, est donc enfin déterminé. Justice est faite, par l'analyse qui précède, des opinions erronées ou incomplètes qui ont régné à leur égard dans la science. Il ne sera plus question, en particulier,, de celle due à Hunter qui leur attribuait la mission de maintenir constamment dans le plan horizontal les méridiens primaires horizontaux, lors des inclinaisons multiples de la tête, et de faire ainsi exécuter aux globes oculaires un mouvement angulaire égal et contraire à l'angle du mouvement de la ligne de base sur l'horizon.
L'observation des images consécutives au moyen de laquelle a été précisée l'action expresse de ces muscles, a fourni même à M. Donders la démonstration directe du peu de fondement de l'opinion de Hunter, en démontrant que deux traces lumineuses linéaires dessinées dans les méridiens horizontaux primaires des yeux, lors de la position droite et régulière de la tête, suivaient celle-ci dans tous ses mouvements et affectaient la même inclinaison sur l'horizon que la tête elle-même.
Dans notre Traité de la vision binoculaire (1861), au § 285, nous avions également insisté sur la signification, dans la question qui nous occupe, d'un fait d'observation qui conduit aux mêmes conséquences que celles de M. Donders. Nous voulons parler des apparences étoilées que prennent les points lumineux brillants éloignés sur nos rétines, et qui sont dues, on le sait, au passage de la Lumière à travers les interstices à type hexagonal qui séparent les secteurs du cristallin (spectre étoilé entoptique du cristallin, § 171). Or, ces formes steliaires suivent tous les mouvements de notre tête, quelle que soit l'inclinaison qu'elle affecte, et ce phénomène ne laisse, pas plus que l'observation des images persistantes, de place à l'opinion
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qui fait exécuter aux globes oculaires un mouvement inverse de celui de la tête.
Des appréciations plus voisines de la vérité avaient été formulées par Bichat, Bonnet, M. J. Guérin sur le jeu si complexe en apparence des muscles obliques : D'après ces physiologistes, les muscles obliques devaient être chargés du mouvementée rotation du globe autour de son axe antéro-postérieur, mouvements observés dans de nombreuses circonstances. Seulement ces circonstances fonctionnelles n'avaient nullement été définies, et dans le vague dont elles étaient enveloppées, la pathologie ne se trouvait pas différenciée de la physiologie normale. Il n'y avait donc là qu'une ébauche, un aperçu, non pas encore une proposition précise.
A cet effet de rotation, M. J. Guérin avait joint la reconnaissance exacte de leur action abductrice, ou divergente; et cette attribution complémentaire n'est plus contestable. Mais une condition essentielle faisait encore défaut dans la formule générale du rôle physiologique de ces agents musculaires. Ces deux sortes d'action, la rotatrice et l'abductrice ne sont, comme nous l'avons exposé, que des composantes secondaires du mouvement d'élévation ou d'abaissement du regard, pendant lequel, suivant que sa direction est franche ou inclinée, elles s'équilibrent mutuellement, ou, au contraire, se manifestent dans leur effet isolé.
Nous ne craindrons pas de tomber ici dans une redite, eu égard à l'immense importance du résultat : nous avons vu aux §§ 391 et 392 que ces forces secondaires des muscles obliques, latentes dans les mouvements directs des yeux, se trouvent constamment en opposition (dans les cas physiologiques, bien entendu), avec des composantes contraires appartenant au groupe des droits supérieur eti inférieur; que les obliques jouent le rôle d'abducteurs, au même titre que ces derniers celui d'adducteurs, c'est-à-dire en contrebalançant l'action du groupe opposé. Nous avons reconnu, en outre, que les deux muscles du même groupe ne déployaient jamais leur activité simultanément; qu'ils étaient donc, bien essentiellement, des antagonistes dans le mouvement en haut et en bas, leur objet principal.
Sous le rapport de la rotation du globe autour de son axe antéropostérieur, l'opposition des deux groupes a un caractère non moins remarquable. Ils agissent, en effet, encore, chacun à leur tour, comme rotateurs, suivant que le méridien vertical primaire doit être porté dans une direction oblique, circonstance dans laquelle son extrémité supérieure est renversée, soit en dedans, soit en dehors; mais dans ce cas, l'effet de rotation constaté n'est dû encore qu'à une différence de forces, à l'apparition d'une des comjiosan/es qui se trouve sans
équilibrante. Aussi, à ce dernier égard, la rotation, est-on en droit de considérer les muscles droits supérieur et inférieur comme des agents de rotation tout aussi complets que les obliques. A ce titre, on pourrait les nommer les rotateurs de l'adduction, comme les obliques sont ceux de l'abduction.
.Mais, au principal, les obliques proprement dits, protracteurs, abducteurs et rotateurs en dehors, comme les obliques rétracteurs, adducteurs et rotateurs en dedans (droits supérieur et inférieur), ne doivent être considérés que comme des élévateurs et des abaisseurs de la pupille ou du regard. Ils agissent à cet effet toujours en synergie croisée et définie, un droit supérieur ou inférieur avec l'oblique de nom contraire; jamais n'entrent en jeu simultanément ceux du même groupe.
Ainsi formulé, le mode d'action des obliques et des droits est des plus simples à comprendre et à se représenter, et nous tirerons de cette exposition un secours extrêmement puissant pour l'interprétation des symptômes subjectifs des paralysies de ces muscles.
§ 397. — De la loi d'harmonie ou de concours des axes optiques principaux ou polaires, comme base de l'association des mouvements oculaires et de l'unité fonctionnelle binoculaire.
Nous avons, dès le début de cette exposition des lois de la vision associée, insisté sur le principe fondamental de cette association; à savoir : la nécessité d'une harmonie complète entre tous les agents de cette association; et, au premier rang, nous avons mis le concours constant (dans l'état physiologique) des deux axes principaux ou polaires sur le point où se fixe l'attention.
La notion sensorielle qui résulte de ce croisement se formule dans un jugement précis de la position géodésique exacte du point de visée par rapport à nous (voir § 360 et suivants).
Ce fait est démontré par plusieurs expériences.
Si nous fixons un certain temps dans la position primaire du regard, une petite croix lumineuse à branches verticales et horizontales, et que nous en imprimions ainsi l'image consécutive sur nos rétines, quand nous porterons, immédiatement après, les regards vecs différents objets, l'image de cette croix apparaîtra toujours unique sur le point de mire changeant auquel nous nous arrêterons successivement.
L'attention, passant d'un objet à un autre, y transporte à l'instant la croisée des images persistantes. Il est évident que c'est, en chaque moment, en ce point que nous plaçons le point extériorisé de notre propre centre de figure à nous-mêmes ; c'est à. lui que nous rapportons les notions de haut, de bas, de droite et gauche des régions de l'espace qui nous entoure,
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L'expérience inverse n'est pas moins concluante.
Imprimons d'abord l'image de la croix lumineuse sur une région latérale ou excentrique des rétines, en visant attentivement pendant un certain temps un point parfaitement fixe, à quelques 20° de dis! tance angulaire de la croix lumineuse. Alors,quelle que soit la direction que nous donnions ensuite à nos lignes de regard, en portant notre attention sur quelqu'objet que ce soit, l'image consécutive de la croix, toujours fusionnée en une sensation unique, gardera toujours, par rapport à ce point de visée nouveau, la même position relative qu'occupait la croix lumineuse elle-même par rapport au premier objet fixé.
Un autre genre d'expériences, objectives celles-ci, conduisent non moins expressément àla même conclusion, et fournissent en outre un jenseignement de plus et qui n'est pas de moindre importance.
Examinant à l'ophthalmoscope un oeil sain, et invitant le sujet à fixer son attention sur l'image même de la lampe projetée par le miroir au fond de l'œil, on reconnaît que cette image se peint toujours exactement sur la macula lutea. (Pour faire cette observation, il faut, après avoir bien observé la région polaire par l'éclairage ordinaire, s'éloigner avec le miroir, en ligne droite, jusqu'au moment où le cône de lumière se réduit sur la rétine, à l'image même de la lampe.) — On peut encore, éclairant l'œil à l'ordinaire, mais avec une lumière très modérée et une pupille dilatée, prier le sujet de viser avec attention une petite flamme très brillante plus ou moins distante, dont la direction rase la surface de la tête de l'observateur. On observe alors que cette image se peint sur la rétine exactement sur la macula (Donders).
C'est ce dernier fait que met en lumière le mode objectif de ces dernières expériences : pbysiologiquement,le centre de la macula ou pôle de l'œil est le centre de l'attention (voir § 85).
Dans les deux yeux, ces points sont fonctionnellement identiques ; les impressions qui s'y marquent se résolvent en une sensation unique.
On s'accorde à considérer en outre ces deux points comme identiques au rapport de leur liaison anatomique (nous avons démontré surabondamment dans le § 85, qu'ils étaient d'ailleurs les seuls, dans les deux yeux, que l'on pût doter de cette attribution fixe).
Maintenant est-il bien certain qu'ils soient eux-mêmes absolument tels, qu'un seul fil nerveux les relie au centre cérébral ? Faut-il exclure entièrement la supposition que cette propriété soit le résultat, le produit de l'éducation, de l'exercice fonctionnel progressif? Nous ne nous prononcerons pas à cet égard.
La question est au fond, pendante encore : quelques faits patholo-
giques, entre autres certaines observations de strabisme double alternant, la propriété de fixer avec une parfaite constance sur un point excentrique, et que l'on rencontre chez beaucoup de strabiques, permettent, malgré les expériences si positives rapportées ci-dessus, de laisser la question indécise (voir § 371).
Cependant le poids de l'observation courante est numériquement si prédominant que nous pouvons, sans nul inconvénient dans la pratique de l'enseignement physiologique, et dans nos inductions en pathologie, admettre l'identité déposition du centre de l'attention et celui de la macula lutea qui représentera pour nous, le pôle même de l'œil.
Parmi les lois de la synergie binoculaire, nous rappellerons ici, pour mémoire, l'harmonie que doit conserver la synergie musculaire externe des deux yeux avec celle des muscles ciliaires, agents I de l'accommodation de chaque œil (§ 398).
§ 398. — Influence de la convergence des axes optiques sur le degré de l'accommodation.
La loi d'harmonie ou de synergie qui unit la convergence des axes optiques à l'action ciliaire, laquelle préside à l'accommodation, se formulait jusqu'en ces dernières années par la loi de Porterfield et de Mùller : ces physiologistes supposaient entre les forces qui président à l'exercice de ces deux fonctions une synergie absolue.
Il est clair que cette synergie a exactement lieu dans tout acte de la vision associée physiologique.
Mais un point pouvait être douteux : la vision binoculaire en convergence donnée, enchaîne-t-elle absolument l'accommodation ? ou bien cette dernière fonction conserve-t-elle, au contraire, en chaque état de la convergence, une certaine indépendance ou élasticité d'action ?
Les expériences de Donders nous ont appris que c'est cette seconde condition qui représente le fait physiologique, et ce savant a même déterminé les limites générales de cette élasticité.
M. Donders a reconnu : 1° que, dans l'œil emmétrope ou régulier, la convergence binoculaire rapproche le punctum proximum de l'étendue linéaire qui correspond à une lentille de 24 pouces, ou qui mesure une dioptrie métrique 1/2.
2° Que depuis la limite inférieure de la vision binoculaire, jusqu'à l'horizon ou parallélisme des rayons, pour chaque état de la convergence, l'accommodation jouit d'une latitude ou élasticité comprise entre deux et trois vingt-quatrièmes (ancienne numération), ou une dioptrie et demie en deçà et au delà.
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Dans les anomalies de la réfraction statique, ces lois se voient un peu modifiées :
Dans la myopie, La latitude de l'accommodation, toujours à peu près la même en somme, est transportée en bloc en deçà de sa limite inférieure, et perd plutôt un peu du côté de l'horizon. Dans l'hypermétropie, c'est le contraire qui s'observe : facile encore dans de très faibles convergences, elle diminue très rapidement du côté des objets rapprochés ; elle est en somme transportée en bloc du côté de la limite éloignée du champ accommodatif.
Ce qui doit demeurer dans l'esprit à la suite de cet exposé, c'est que si, chez l'emmétrope, accommodation et convergence sont également en rapport, le sujet ayant, pour chaque degré de convergence, la disposition d'une certaine quantité d'accommodation positivé et négative, il n'en est plus de même dans l'amétropie.
Dans l'amétropie par excès (myopie), l'accommodation est toujours surabondante pour les fortes convergences ; le myope, pour les convergences supérieures à son punctum remotum, ne cherche pas à accommoder.
L'hypermétrope, au contraire, pour les courtes distances, n'a plus d'accommodation possible ; il n'y a chez lui que la convergen.ce qui soit facile. Pour les convergences éloignées, c'est différent : il accommode avec excès par le fait de l'habitude acquise.
L'usage constant des verres correcteurs ramène graduellement les amétropes aux conditions de l'emmétropie ; et c'est un résultat qu'il est bon de s'attacher à obtenir.