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VINGT-SEPTIÈME LEÇON

FORMULES NOUVELLES DONNÉES AUX ENSEIGNEMENTS CONSIGNÉS DANS LA LEÇON PRÉCÉDENTE.

§ 399. — Lois de Ruete.

Avant d'aller plus loin nous résumerons en quelques propositions • les très remarquables résultats des recherches de Ruete, dans les- • quelles on a pu ultérieurement lire, comme à livre ouvert, les lois des • actions propres de chaque muscle dans les mouvements oculaires. Dans la première de ces propositions, Ruete avait montré : 1° Que pour tous les mouvements cardinaux, soit directement en : haut ou en bas, soit directement à droite ou à gauebe, le globe tourne

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autour d'un axe fixe : le diamètre horizontal transversal dans le premier cas ; le diamètre vertical dans le second.

2° Que, lors des mouvements obliques de la ligne de regard, les méridiens verticaux primaires s'inclinent, se renversent dans le sens même de la ligne de regard.

Ou, suivant les notations généralement reçues, en rotation positive1 dans le mouvement en haut et à droite, en rotation négative en haut et à gauche — et symétriquement, quant au regard en bas. ■ Ces premiers résultats, fondement de toutes les déterminations plus détaillées qui vont suivre, ayant été directement établis par les expériences et la méthode inaugurées par Ruete, il ne serait que juste de leur donner le nom de ce savant.

§ 400.— Loi dite de Donders.

Les nouvelles écoles allemandes ont cru devoir synthétiser ces résultats sous des formes plus doctrinales.

La proposition-mère contenue dans la loi de Ruete, vérifiée et développée à nouveau par Donders, a reçu de ce dernier une expression un peu plus générale. Partant de la proposition même que nous venons de rappeler, à savoir :

Que, dans les mouvements directs, cardinaux, le globe oculaire tourne autour d'un axe fixe, unique, l'axe vertical, lors du mouvement franchement horizontal.; l'axe horizontal transverse, dans le mouvement vertical direct de la pupille, ou de la ligne de regard, M. Donders en tira cette déduction assurément logique que, dans chacun de ces mouvements, la ligne de regard demeure constamment dans un plan perpendiculaire à l'axe de la rotation. Il crut donc pouvoir résumer doctrinalement cette double proposition dans les termes suivants :

Dans les mouvements cardinaux directs, l'œil tourne autour d'un axe perpendiculaire au plan qui renferme la ligne de fixation dans les positions primaire et secondaire.

Passant de là aux mouvements obliques, après avoir vérifié à leur égard l'exactitude des résultats annoncés par Ruete, M. Donders poursuivant son travail de généralisation, reproduit également, sous une forme nouvelle la seconde proposition de Ruete, en mettant en plus grand relief une de ses conséquences :

1. Le mouvement « direct, » pris ici commebase des notations positives estlesens

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bb» VISION BINOCULAIRE. [27e

« N'importe par quel chemin, dit-il, que la ligne de regard atteigne une certaine direction, les positions correspondantes de l'œil (c'est-àdire l'inclinaison de ses méridiens principaux) pour des lignes de regards parallèles, est invariablement la même. » Résultat qui peut encore s'exprimer comme suit : « A une position déterminée de la ligne de regard, répond une> valeur déterminée et invariable de l'angle de torsion. Cette forme donnée à la proposition de Donders parut encore sans doute insuffi- santé; car elle fut formulée à nouveau, après répétition des expériences, et sous une forme plus mathématique encore, par Helmholtz dans les termes suivants, et désignée par lui sous le nom de Loi de A Donders.

« Lorsque les lignes de regard sont parallèles, l'angle de torsion* n'est fonction que de l'angle ascensionnel, et de l'angle latéral (lati- J tude et longitude). »

Nous sommes ici cruellement embarrassé : lisant et relisant cesà nouvelles formules, nous nous demandons vainement ce qu'elles a ajoutent à la proposition de Ruete.

Au § 392, résumant la découverte de cet éminent physiologiste, J nous disions :

« Gomme conséquence directe et immédiate de cette proposition de Jfait ou d'observation, nous devons conclure : qu'à toute direction m donnée du regard, correspond un rapport précis et toujours le même, \ entre les énergies actives qui correspondent à cet état d'équilibre ettl procurent ou maintiennent cette direction. »

Cette nouvelle proposition n'est qu'un corollaire obligé et banal 1 d'un des principes fondamentaux de la mécanique.

Quand une machine composée d'éléments définis et constants se? trouve en équilibre, les conditions de cet équilibre répondent à unee formule qui est elle-même constante : ces conditions sont les mêmes f . à minuit qu'à midi, aujourd'hui que demain; en tout temps, à uni même état d'équilibre répond le même rapport entre les puissances? >( et les résistances.

Lors donc que Ruete eut fait voir que, pour toute direction i y oblique du regard, une même inclinaison était à observer dans les s méridiens cardinaux primaires; que chacune de ces inclinaisons;," était le résultat d'un changement, défini lui-même, entre les rapports J mutuels des composantes des mouvements latéraux et ascensionnels, à É savoir entre les lignes trigonométriques des inclinaisons de l'axe de J chaque muscle moteur, la cinématique concluait à l'instant, que I quel que fût le chemin suivi pour atteindre ces positions « les inclinai- -jl sons des méridiens ne pouvaient être que les mêmes. »

Quand le globe oculaire est en équilibre, dans une direction donnée

: leçon.] DYNAMIQUE PHYSIOLOGIQUE. 669

de La ligne de regard, chacun des muscles moteurs est dans un état I de tension déterminé, et nécessairement constant.

Inversement, pour que l'équilibre de tension intérieure soit le . même dans toutes les phases du mouvement, il faut que, lorsque les , muscles se trouvent tous et chacun dans cet état de tension, la ligne de i regard affecte cette même direction.

Le savant physiologiste d'Utrecht ne pouvait méconnaître cette ! nécessité; mais ce qui nous étonne, c'est qu'il ait cru la découvrir. I Elle était à l'état d'évidence dans la loi même de Ruete.

Nous comprenons aisément qu'il ait accueilli comme une grande [courtoisie de la part de M. Helmholtz la dénomination de loi de Donders, donnée par lui à cette proposition.

(Essai d'une explication génétique des mouvements oculaires, Ann. d'oculist., t. LXXYI, p. 6).

§ 401. — Contradictions offertes par le rapprochement des lois de Ruete et de Donders, d'une part, de celle d'Helmholtz, de l'autre.

A la découverte aussi simple que considérable de Ruete, l'école allemande substitue donc aujourd'hui par la bouche de M. Helmholtz, une formule assurément plus savante et plus magistrale.

Après l'avoir bien attentivement comparée au simple procèsverbal des faits qu'elle résume, nous sommes cependant conduit à nous demander jusqu'à quel point, au triple point de vue de la clarté, de l'exactitude, et de l'étendue des conséquences, la science peut bénéficier à cette substitution.

Et d'abord, au point de vue de l'exactitude, l'identification nous semble loin d'être faite entre les expériences si nettes de Ruete et celles dans lesquelles M. Helmholtz en a prétendu trouver la vérification.

Il suffit, pour être édifié à cet égard, de lire au § 27, IIe partie de F Optique physiologique, l'exposé de ces vérifications.

Répétant les expériences de Ruete, reprises elles-mêmes par M. Donders, Helmholtz avait été conduit, par ses observations sur les images consécutives, à des résultats directement contraires à ceux de ces éminents physiologistes; non pas quant aux mouvements cardinaux sur lesquels tout le monde est d'accord , mais en ce qui concerne les mouvements obliques.

Voici, quant à ces derniers, le résumé textuel de l'auteur :

« Lorsque le plan de regard est dirigé en haut, les déplacements latéraux de la ligne de regard à droite, font tourner l'œil à gauche, et inversement. »

En d'autres termes, « lorsque l'angle ascensionnel et l'angle

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latéral sont tous deux de même signe, la torsion est négative; s'il sont de signes contraires, elle est positive (voir la note du § 399). »

Or, exprimées avec les mêmes notations, les expériences de Ruet et de Donders donneraient lieu à la formule suivante :

« Lorsque l'angle ascensionnel et l'angle latéral sont tous deux d même signe, la torsion est positive ; s'ils sont de signes contraires' elle est négative. »

C'est-à-dire tout juste le contraire.

Mais l'éminent auteur ne signale pas la flagrante contradiction qu'offrent ces deux résumés d'une même observation expérimentale.

Il les accepte au contraire comme concordants.

Or, d'où venait cette opposition entre les expressions d'un mémo fait ? De cette circonstance que nous avons signalée en 1870 dann notre mémoire sur les torsions oculaires.

C'est que, dans ses expériences sur les images consécutives, M. Helmt holtz s'était servi des traces sur le plan vertical de projection de ces images, du méridien primaire horizontal, du plan de Y horizon rétinien comme il l'appelle, et dont il avait suivi les déplacements dans leurs! rapports avec les mouvements de la ligne de regard, tandis que les? expériences de Ruete portaient sur le méridien primaire vertical.

Or, contrairement à la pensée première de l'auteur, ces dernière; seules reproduisent les inclinaisons, les rotations de l'œil, tandis qua celles du méridien horizontal n'apportent que des renseignementdéviés.

C'était en effet une argumentation erronée qui servait de base à; l'illustre physiologiste et qu'il exposait comme il suit :

« L'intersection du plan de regard avec le mur est nécessairement horizontale,? tant que la tête de l'observateur est dans la position indiquée, où la ligne qui joint les deux centres de rotation est horizontale et parallèle au plan de la muraille. Les lignes horizontales delà tenture donnent donc la projection du plan de regard sur la tenture, et l'horizon est tourné par rapport au plan de regard, comme l'image accidentelle par rapport à ces lignes horizontales. » (Opt. phys., p. 603.)

« Si l'on tend maintenant le ruban verticalement, et que l'on compare de la même manière son image accidentelle avec les lignes verticales de la tenture « (c'est 1* l'expérience même de Ruete et de Donders) », on obtient des rotations qui parnivent être d'un sens contraire à celui que nous venons de voir. En effet, si l'on regarde a droite et en haut, l'image accidentelle ne paraît pas tourner vers la gauche, mais bien vers la droite, par rapport aux lignes verticales de la tenture. Mais de la on ne peut pas conclure à une rotation de l'œil dans le sens direct; car, dans ce cas, les lignes verticales de la tenture ne se confondent pas avec la projection sur le mur d'une perpendiculaire au plan de regard ; celle-ci (la perpendiculaire) paraîtrait, au contraire, tournée dans le môme sens que l'image accidentelle ou dun angle plus considérable que cette image. » (Loc. cit.)

Quelque bonne volonté qu'on y puisse apporter, il est, on le v<

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difficile de ne pas reconnaître entre les expériences fondamentales de Ruete et celles de M. Helmholtz une contradiction, un conflit absolus.

Or, elles sont présentées par M. Helmholtz simplement comme des énonciations différentes d'une même loi.

L'illustre auteur fait cependant suivre ces énoncés de la remarque suivante :

« 11 est à peine besoin d'ajouter que la restriction que nous venons d'apporter à la loi deDonders, ne porte aucune atteinte auxdéductions que nous en avons tirées: car pour toute position donnée de la tête, à une position déterminée de la ligne visuelle, correspond toujours une valeur déterminée de la torsion. »

Restriction ! n'y a-t-il là qu'une restriction ? ou bien les mêmes mots ont-ils donc, dans nos langues respectives, des significations si différentes? Non ; malgré les euphémismes, il s'agit bien d'interprétations contraires, et de déductions non moins opposées, et il va nous être facile de le montrer en toute évidence.

§ 402. — Origine et cause de ces contradictions entre la loi de Ruete et les conclusions de M. Helmholtz.

D'où viennent, en effet, ces dissentiments réels au fond, s'ils sont dissimulés dans la forme. D'une simple inadvertance géométrique commise par l'illustre physiologiste.

Quand il interrogeait les enseignements apportés par les images consécutives du méridien primaire horizontal, de préférence à ceux apportés par l'observation du méridien primaire vertical, M. Helmholtz commettait) un de ces lapsus qui échappent même aux plus habiles. Il confondait son plan de regard avec les plans des horizons rétiniens.

^ Or, si le plan de regard, défini par la condition de comprendre à la fois les lignes de regard (qui sont parallèles) et les deux centres de rotation des yeux, points fixes, et qui appartiennent à une même ligne droite horizontale, coupe effectivement le plan vertical de projection suivant une parallèle à l'horizon, dans toutes les directions que peuvent prendre les lignes de regard, ce n'est pas lui qui, dans les expériences en discussion, imprime sa trace sur ce plan de projection. Ces traces sont laissées par les deux plans parallèles entre eux qui contiennent chacun le plan primaire horizontal de l'un des yeux.

Or, ces plans ne se confondent entre eux et avec le plan de regard de M. Helmholtz que dans les seules directions cardinales des lignes de regard. Pour toute direction oblique ces plans ne coïncident plus.

Dans ce cas, le plan que M. Helmholtz désigne sous le nom de plan de regard continue bien à couper le plan de projection suivant une horizontale. Mais les horizons rétiniens des yeux, qui portent les images

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consécutives horizontales, ne le sauraient plus faire ; le mouvement en haut, toujours pour chaque œil, eût-il lieu autour d'un axe horizontal, cet axe n'étant plus parallèle au plan vertical de projection, le plan qui le contient, et qui passe par la ligne de regard, ne coupe point ce plan de projection suivant une horizontale. On s'en rend aisément compte :

Considérons un œil isolément, le droit par exemple, dans le regard oblique en haut et à droite ; supposons, en outre, que ce mouvement n'ait dérangé en rien la verticalité du méridien primaire vertical, c'est-à-dire que le mouvement se soit opéré en deux temps, le premier de gauche à droite autour de l'axe vertical (angle latéral de M. Helmholtz), le second de bas en haut, bien verticalement, c'est-àdire autour de l'axe horizontal transversal primaire (angle ascensionnel). Il est visible que cet axe ou diamètre toujours horizontal, et premièrement parallèle au plan vertical de projection, est, main* J tenant, et pendant toute la période du mouvement ascensionnel, et quoique toujours dans un plan horizontal, incliné sur ce plan de projection que son extrémité gauche va percer de plus en plus loin avec l'étendue du mouvement. Or, ce point et celui où la ligne de regard perce aussi ledit plan de projection vertical, déterminent, àeuxdeux, la trace, sur le plan de projection, du plan primaire horizontal de l'œil, et cette trace est visiblement inclinée de bas en haut et de gauche à droite. Or, c'est ce plan incliné qui contient l'image consécutive de l'horizon primaire. La trace de cette image sur le plan de projection est donc inclinée de bas en haut et de gauche à droite sur le plan vertical de projection, malgré l'absence supposée de toute inclinaison du méridien vertical primaire.

Pendant ce temps, la trace du plan de regard de M. Helmholtz demeure en effet toujours horizontale : condition qui la rend étrangère, en tant qu'enseignement, à toutes les inclinaisons que peuvent prendre ou ne pas prendre les plans primaires horizontaux des yeux, lors des mouvements latéraux du regard.

En résumé : la trace du méridien horizontal primaire sur le plan vertical de projection, s'incline de plus en plus avec les angles latéral et ascensionnel, même quand l'axe de ce méridien demeure parfaitement horizontal. Cette inclinaison ne saurait donc témoigner des inclinaisons réelles ou supposées de ce même axe.

Il n'en est pas de même du méridien primaire vertical. Tant que celui-ci demeure vertical, sa trace sur le plan de projection demeure verticale : deux plans verticaux se coupent nécessairement suivant une verticale.

Le méridien vertical primaire devait donc être consulté seul dans les expériences sur lesquelles a été fondée la loi de Donders.

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A peu près à la même époque où nous énoncions ces conclusions dans notre travail sur les rotations du globe oculaire, M. Donders publiait dans les Annales néerlandaises ; t. V, un mémoire intitulé : «Les mouvements de l'œil éclairés à l'aide du Phénophthalmotrope, » où on lisait les conclusions suivantes identiques à celles qui précèdent:

« Qu'une ligne verticale (dans le système , de projections mis en usage) coïncide avec toute autre ligne verticale sur laquelle on la projette — « mais pour les lignes horizontales, il en est tout autrement : une ligne horizontale qui s'éloigne de nous, est vue montante quand elle est située plus haut que notre œil, descendante quand elle est située plus bas. »

Il n'y a donc aucun doute à conserver :

C'est par erreur que, dans ses expériences, M. Helmholtz dédaignait les enseignements apportés par les inclinaisons apparentes des images accidentelles verticales sur la muraille transversale ; et plus à tort encore qu'il s'attachait à ceux fournis par les images horizontales.

Les premières seules pouvaient, par leurs inclinaisons respectives, représenter celles des méridiens oculaires. D'après la citation qui précède, il est clair que M. Donders pensait comme nous-mème sur ce point : mais si sa démonstration n'était pas moins positive que la nôtre, la conclusion demeurait, comme on va le voir, un peu moins nette que les prémisses. Il dit, page 15 :

« Le lecteur aura sans doute reconnu que pour se représenter les mouvements de l'œil, on peut à volonté, partir avec M. Helmholtz de l'borizon rétinien, ou avec moi du méridien vertical. Le méridien vertical me semble préférable en ce sens que toutes les lignes verticales se projetant rigoureusement l'une sur l'autre, quelle que soit leur situation par rapport à l'œil, il rend peut-être la représentation plus simple et plus facile. » (Donders.)

Ce n'est pas sous une plume française que doit se trouver un repro che adressé à la civilité dans la discussion. Mais doit-elle être portée a ce pomt de faire considérer comme équivalentes deux méthodes dont lune dit blanc, pendant que l'autre dit noir ; dont l'une est absolument exacte en théorie comme en fait, et l'autre non moins radicalement contraire à la géométrie et à l'observation La cour touie devait, ce nous semble, céder quelque peu de ses droits L prem.er mtérêt de l'enseignement, la clarté dans la réalàe.

§ m. - Méthode des projections orthogonales.

Quelques lignes plus haut, M. Donders énonçait les conditions que uevait remplir une expérimentation complète ■

" QU'°n P,'°jetlC' di8ait-U' Vim**° ^écuUvc d'une ligne horizon-

OIH.AUD-TKULON. — l.A VISION.

VW VISION BINOCULAIRE.

taie sur une surface telle que tous les points de cette ligne s*\ trour vent placés à la même distance de l'œil, et la différence de déviation des images consécutives horizontales et verticales aura disparu. Cette condition serait remplie dans Unis les cas, si l'œil était situé au centre d'une sphère, ou sur l'axe d'une chambre de forme cylindrique et s'il projetait sur Ja paroi de cette sphère ou de cette chambre. « Cette condition est satisfaite tant que la direction de la ligne visuelle esl perpendiculaire au plan de projection, et M. Donders ne dit pas s'il a soumis à ce genre de vérification les expériencesde M. Helmholtz. Pour nous, nous l'avions fait quand nous reçûmes sa communication a la suite de la publication de notre travail précité sur les rotations oculaires (1870), et nous résumions ainsi les résultats de cette méthode :

Po ur avoir la véritable projection des plans primaires de l'œil, aux deux limites du mouvement, il fallait, disions-nous, se placer dans • les mêmes conditions que lors de la position initiale, c'est-à-dire observer les traces ou images accidentelles desdits plans primaires • sur un plan perpendiculaire à la ligne de regard, au point de fixation < (ce plan est le plan tangent au point où la ligne de regard percerait t la sphère au centre de laquelle M. Donders suppose de son côté qu'on doit placer l'œil.)

Ce plan coupe perpendiculairement les deux plans primaires, et, pari] conséquent, leur commune intersection. Les traces de ces deux derniers sur ce plan tangent à Ja sphère représenteront donc exactement t les angles dièdres des deux plans primaires ; et toute variation qui i surviendrait dans ces angles, si l'un de ces plans venait à s'inclinerr sur l'autre, serait fidèlement reproduite sur le plan perpendiculaire t à l'un et à l'autre. Ce sera le système des projections orthogonales.

Or, que nous ont donné les expériences ainsi reprises en 1N7U? 1° La vérification absolue de la loi de Ruete :

« Les méridiens primaires subissent tous deux une inclinaison dans Ic i sens direct et de même grandeur l'une et l'autre, ainsi d'ailleurs que tous les méridiens intermédiaires. »

Nous confirmerons plus explicitement encore aujourd'hui ces! résultats.

Reprenant nos expériences de 1870, au moyen des projections! orthogonales, nous avons tenté de leur donner plus de précision encore, en nous plaçant dans les conditions mêmes réclamées par M. Donders; en immobilisant le centre de rotation de notre œil au centre d'une sphère, et nous l'avons prise, pour nous affranchir d( l'influence possible de l'accommodation, de 1 mètre de rayon. A cel effet, nous avons fait construire un périmètre sur le modèle de relu de Badal, avec ce rayon de 1 mètre. En son centre, un disque portaitune croix colorée avec branches rectangulaires rouge> et une ohliqw 1

variable, noire, pour donner lieu à l'impression rétinienne dans la position primaire.

Un autre disque, mobile sur la branche, mobile elle-même, du péri- Ittètre, et de couleur grisâtre uniforme, recevait en projection les images consécutives. Un fil à plomb servait de repère pour le méridien vertical. Le mode d'expérimentation se comprend de lui-même.

Voici le résultat des observations relevées dans cette dernière série d'expériences.

Projections orthogonales. — Quel que soit le mouvement oblique exécuté, les méridiens oculaires primaires s'impriment sur le plan tangent à la sphère, à l'extrémité delà ligne de regard secondaire, séparés par les mêmes angles dièdres qui les séparent dans la position primaire (c'est-à-dire à 90°).

2° « De la position primaire à la position secondaire, le déplacement du regard a lieu dans le méridien qui contient la ligne de regard dans ses deux positions extrêmes, comme si le globe oculaire sphérique tournait autour de la perpendiculaire à ce méridien qui passe par le centre de mouvement de l'œil (loi de Listing).

D'une position secondaire prise comme point de départ, à une seconde position secondaire prise comme point d'arrivée (du regard), les mêmes méridiens, séparés par les mêmes angles dièdres dans les deux positions extrêmes, ont exécuté un mouvement, plus ou moins complexe et que nous étudierons plus loin, mais dont le résultat final est de les placer, comme on pouvait Je conjecturer en conséquence des observations de Ruete, dans la position qu'ils affecteraient si, pour y parvenir, ils étaient partis simplement de la position primaire. »

Ces expériences, répétées avec le plus grand soin, nous ont fait reconnaître une erreur d'observation commise par nous dans les iniiressions laissées par les images consécutives du ruban oblique de Helmholtz : nous devons nous rendre à une détermination plus renouvelée. Il est positif qu'en effet, cette image ne sort point, ou sort dé bien peu du plan du mouvement : pour ce plan, la loi dite de Listing emble bien réellement vérifiée (voir § 404).

Nous nous trouvons ainsi en présence d'un fait que nous ne pouvons plus récuser malgré toutes les raisons d'induction relativement ondées, qui, dans notre jugement, s'opposaient à son admission et bscurcissaient sans doute nos yeux eux-mêmes, 41 semble bien que, lors du mouvement oblique du regard, pendant que les deux méridiens primaires cardinaux s'inclinent dans le nême sens, le méridien, dans lequel se meut la ligne de regard, rte •articipe pas, comme elle le devrai! faire, à la rotation éommunodes reux méridiens primaires qui comprennent entre eux ce plan. L'angle diminuerait donc entre ce méridien et Le primaire verlieal.

G7C VISION BINOCULAIRE.

tandis qu'il croîtrait entre lui et le méridien primaire horizontal.

La loi qui voudrait que, dans tous ses mouvements, le globle oculaire conservât une invariabilité absolue dans sa forme sphérique éprouverait donc ici une dérogation inexplicable en physique appliquée, si ces écarts angulaires offraient quelque étendue.

Mais ils sont, comme on vient de le reconnaître à ces incertitudes J expérimentales, si faibles, qu'en chaque expérience, si on doit con stater la conformité très approchée de direction de l'image consécu-J tive du ruban oblique avec la direction du regard, on ne constateJ pas avec moins de conviction la conservation de l'égalité de tous les! angles dièdres du commencement à la fin de l'épreuve. •

De telle sorte que l'on doit voir dans cette légère rupture d'harmonie entre la loi par induction de la conservation de la forme dui globe et l'observation de la position exacte des méridiens aux frontières du champ delà vision associée latérale, plutôt une limite d'ap-* plication de ces lois, qu'une dérogation en plein cours de leur! exercice.

C'est en ce cas seulement que nous pourrions trouver l'exacte pro-J priété du mot de « torsion » employé par les écoles allemandes pouni désigner les rotations oculaires. A la limite des mouvements obliques* les actions musculaires, à leur maximum de tension, ne conservent.! plus intactes leurs justes proportions, et ce sont les mouvements soifi de la tête, soit du tronc qui se chargent du rétablissement dé l'équilibre.

§ 404. — Loi de Listing. — Lors du passage de la ligne de regard de 1; position primaire à une position secondaire quelconque, l'œil tourne autour d'un axe unique, perpendiculaire, à la fois, aux lignes de regan dans leurs deux positions extrêmes, primaire et secondaire.

Nous avons vu aux §§ 399 et 400 que lorsque la ligne de regard s<i 1 meut directement en haut, c'est-à-dire dans le plan vertical, ou biew < directement de gauche à droite ou inversement, c'est-à-dire dans l i plan horizontal, le mouvement du globe consistait en une simpl ) • rotation autour d'un axe fixe et unique, le diamètre transversal dan» le premier cas, le diamètre vertical même dans le second. En une seule formule cette circonstance se peut traduire : Dans les mouvements cardinaux directs, 'le globe tourne simple*; ment autour d'un axe unique constamment perpendiculaire à la lign'l' de regard.

En est-il de même en toute autre circonstance : Pour passer d'un 1 position quelconque à une autre également quelconque, le glob I tourne-t-il simplement autour d'un axe unique ?

Et d'abord, lorsqu'il se meut vers le haut ou vers le bas, suivant une direction oblique ; cette même loi se vérifie-t-elle encore? Et, si oui, autour de quel axe tourne-t-il ?

M. Listing, répond M. Donders, émit à cet égard la conjecture que cette même loi s'appliquerait encore dans ce cas ; que l'œil tournerait encore autour d'un axe perpendiculaire au plan contenant la ligne de fixation dans ses positions primaire et secondaire.

Seulement Listing ne démontre pas la réalité de sa conjecture. L'honneur de la démonstration en revient à M. Helmholtz, et, chose singulière ! c'est dans l'expérimentation défectueuse, signalée plus haut, sur les inclinaisons des méridiens primaires lors des mouvements obliques, que le sagace auteur trouve la base de sa démonstration.

Si, en effet, l'éminent physiologiste de Heidelberg avait mal interprété la signification géométrique de son observation des inclinaisons opposées des traces sur le plan vertical de projection, des méridiens primaires de l'œil, l'observateur ne s'était pas trompé ; en tant que fait, l'observation était exacte.

Cette observation devint bientôt le point de départ de recherches nouvelles de l'auteur et qui le conduisirent à des résultats précieux. Un esprit aussi juste ne pouvait éviter d'être frappé de la dissonance introduite dans la mécanique oculaire, par l'inclinaison en sens oppose des deux méridiens primaires de l'œil, lors du mouvement oblique du regard. M. Helmholtz creusa donc de nouveau la question et se fit le raisonnement suivant :

«Comme les lignes horizontales et les lignes verticales présentent sur le plan de projection des rotations en sens contraire, on peut deia prévoir, dit-il alors, qu'il doit exister des lignes intermédiaires dont les images consécutives sont parallèles à la direction primitive... » r

Pensant que cette direction intermédiaire devait être celle du regard M. Helmhotz tendit sur le plan vertical de projection H par le point de fixation primaire, un ruban dans une direction Oblique, celle qu'il se proposait de faire suivre à son regard et «connut, par l'expérience des images consécutives cc,77l de ce ruban [ne ces images demeurent dans leur même direction quand le regard • est porte dans cette même direction préalablement dessinée sur le >lan de projection.

e^ZTZ^T' aVGC niiS°n cette fois- le méridien dans o cm n r r ima^' . conserve, pendant toute la durée du eZ? ' T rCll0n Pnmitive : Par c°nséquent, dit-il, les lignes eu ^

leux dans le même méridien; par conséquent encore le mouvement a

°<o VISION BINOCULAIRE. [27«

heu autour d'un axe du globe perpendiculaire ù ces deux lignes à la /bis. Telle est la proposition connue sous le nom de loi de Listing. On a vu plus haut que dans nos expériences, au moyen des projections orthogonales, nous avons cru reconnaître le môme fait.

Malgré une inattention géométrique sérieuse, l'observation exact! du fait avait permis d'arriver à une conclusion finale exacte.

L'image consécutive yy' du ruban tendu dans le méridien ce, fig. 103, demeurant constamment dans la direction cy, les points ce, yy, appartiennent à un même plan, celui qui contient le centre de rotation et les deux lignes de regard; ces quatre points sont, en effet, la trace dudit plan sur le plan de projection.

Nous concluons ici conformément au témoignage de nos sens, mais contrairement à nos convictions inductives. Si le tem ps nous le permettait, nous repreœ drions ces expériences sur un plus large plan. Nous craignons que le peu d'étendue que nous avons donné à notre disque de projection dans le plan tengent au périmètre sphérique, ne nous ait pas permis de reconnaître des écarts angulaires qui ne peuvent d'ailleurs être que très faibles. Nous engagerons les jeunes physiologistes, qui ont le temps pour eux, à revenir sur ces expériences avec la précision la plus scrupuleuse. Car si nous inscrivons ici la loi de Listing, qui choque notre jugement, ce n'est que par respect, pour le principe expérimental.

§ 405. — La loi de Listing n'est pas applicable au passage d'une position secondaire à une autre secondaire.

Nous voilà donc en possession de deux formules formant les deux degrés d'une même loi et exprimant :

La première, que dans les mouvements du regard dans les plans cardinaux directs; la seconde, que dans le passage de la position primaire de l'œil à une position secondaire quelconque :

L'œil se meut autour d'un axe de rotation fixe et unique, le diamètre du globe perpendiculaire aux deux directions primaire et secondaire de la ligne de regard.

La même question va se poser maintenant pour le cas suivant plus général : L'œil tourne-t-il encore autour d'un axe unique, et, en ce cas, lequel, lors du passage direct d'une position secondaire à une autre secondaire également.

A la première partie de cette question nous pouvons, pour un cas expérimentai défini, rappelé par M. Donders, et confirmé par la méthode des projections orthogonales, répondre négativement. Voici, en effet, une circonstance dans laquelle assurément l'œil, passant d une position secondaire à une autre, ne tourne pas autour d'un axe unique.

C'est l'expérience signalée par M. Donders aux pages 10 et 11 de son travail sur la genèse des mouve ments oculaires, et par laquelle il L"(4'j b(3) b'Uj

expose en même temps la signification et le mécanisme du mouvement de roue d'Helmholtz.

Cette expérience, symétriquement doublée dans son étendue, peut être représentée par la fig. 104 :

Suivons l'œil dans son mouvement pendant le passage du regard de 45° ' l04,

en haut et à droite {b' 4), à la même hauteur eu sens contraire c'e«t-saire à i5° en haut et à gauche (b" 4').

Le plus court chemin d'un de ces points à l'autre, est tare de grand cercle (hgne drorte la sphère), dont le plan couperait un plan ver- 'cal parallèle à la ligne joignant tes deux centres oculaires (ligne de «se), suivant une horizontale bb'b" à 4*< de hauteur. Est-ce là le chemin que suit, pendant tout son mouvement, le point de regard? Nous e croyons et. nous dirons plus loin pourquoi, mais la chose es| pour le moment indifférente.

L° S0Ul faU ,,m' nous ny°ns à "'"«»• H C'est que : l'expérience des

080 VISION BINOCULAIRE. ^7o

projections orthogonales, comme celles directes de Ruete, nous montrent que, de l'une de ces positions à l'autre, tous les méridiens ont tourné de 90°. Le méridien qui comprend la ligne de regard lors de la position primaire, et ensuite dans la première position secondaire, à droite (à 45°), n'occupe-t-il pas à la fin du mouvement, une position symétrique (de 45°) également, à gauche, c'est-à-dire séparée de la première par un angle de 90°.

Matériellement, dans le mouvement dont s'agit, le centre de la pupille, qui représenterait le point de regard, se déplaçant uniformément sur une ligne horizontale à 45°, un point quelconque de la circonférence de ladite pupille a tourné autour de la ligne de regard, passant par son centre, d'un angle de 90°. C'est le mouvement désigne par Helmholtz sous le nom de mouvement de roue (Raddrehung). On voit en effet qu'il représente ici les simples inclinaisons des méridiens, qui apparaissent clans les expériences sur les mouvements obliques du regard, et sont produits par les composantes rotatrices non équilibrées des mouvements directs en haut et en bas (§ 392, 393).

On peut sans contestation possible, conclure de cette expérience que si, dans ce mouvement de 43° à gauche à 45" à droite, la ligne de regard a décrit un arc de grand cercle, et que, d'autre part, les mérrdiens ont éprouvé une rotation d'ensemble autour de cette même i ligne de regard, l'œil n'a pu tourner autour d'un axe unique perpendiculaire à la fois aux deux positions secondaires de la ligne de regard, ou au plan (grand cercle de la sphère) qui les contient l'une • et l'autre.

Sur ce point les défenseurs les plus autorisés de la loi dite de Listing sont d'accord avec nous : M. Donders, dans un travail récent, . dont nous nous occuperons plus loin, et destiné à donner plus de > force à cette loi (« Essai d'une explication génétique des mouvement oculaires, p. 9 »), reconnaît hautement la vérité de la proposition i que nous venons d'énoncer, à savoir : que pour passer d'une position secondaire quelconque de la ligne de regard à une autre également I quelconque, le mouvement exécuté implique une rotation autour de la ligne de regard (mouvement de roue d'Helmholtz).

La question qui se pose maintenant est celle de savoir si, comme • nous l'admettons, le trajet de la ligne de regard, d'une position secondaire à. une autre position secondaire, a bien lieu dans un grand cercle • de la sphère. Car s'il en est ainsi, il est manifeste que la loi de • Listing ne peut plus s'appliquer à ce cas général, et doit être limitée aux cas uniques où le point de départ du regard est la position primaire exclusivement: mais cette proposition est contestée par M. Helmholtz; suivant ce physiologiste, le plan directeur de lattcnlimi H fin mouvement du regard ne serait pas un grand errelc. mai-

un tout autre plan. C'est ce que nous allons voir dans le paragraphe suivant.

S 100. — Le chemin le plus court, ou la ligne droite dans le champ visuel, est inscrit dans un grand cercle de la sphère oculaire. — Des cercles de direction de M. Helmholtz.

11 résulte de ce qui précède que si, dans le passage d'une position Secondaire quelconque de la ligne de regard, à une autre secondaire également quelconque, le point de regard demeure dans une circonférence de grand cercle, la rotation ne peut avoir lieu autour d'un axe unique. La loi de Listing ne s'étendrait donc pas à ce cas général.

Pour étendre la loi de Listing au passage d'une position secondaire (quelconque) à une autre quelconque, la géométrie montre, en effet, que l'axe unique autour duquel l'œil devra tourner en pareil cas, n'est point perpendiculaire au grand cercle qui comprendrait les lignes de regard dans leurs positions extrêmes, le mouvement des points de regard (non plus des lignes), aurait donc lieu dans un plan de petits cercles, petits cercles nommés par Helmholtz cercles de direction .

Mais admettre ce fait, que le point de regard, se transporte dans le plan d'un petit cercle, c'est supposer que, dans ces circonstances, la nature abandonne le principe du plus court chemin, ou de la moindre action ; car il n'a jamais été contesté que le plus court chemin, la ligne droite sur la sphère, ne fût une circonférence de grand cercle.

M. Helmholtz ne s'arrête pas à ces considérations. Se basant sur certaines expériences ou observations, dont nous parlerons tout à l'heure, l'illustre physiologiste demande à l'analyse algébrique la justification de la proposition que voici :

« Les prolongements de tous les arcs de cercle que la ligne de regard décrit dans le champ visuel sphérique, en passant par ces deux points extrêmes du regard, et en tournant autour d'un axe fixe, passent par le point occipital du champ de regard (ou point polaire m point de regard principal). »

Ces cercles sont appelés par lui cercles de directions — lignes directrices. Ce sont, comme on voit, ce qu'on appelle en géométrie, de petits cercles.

Ils jouissent, suivant l'auteur, de cette propriété d'être des lignes t u champ visuel dont l'image se déplace suivant elle-même; c'est-àdire repondant aux propriétés de la ligne droite. Et l'expérience vivant 1 auteur, confirmerait cette étrange et inintelligible théorie

" S'' S,!S| dév*loppé dans l'œil, nous dit-il, une image acciden-

G8'2 VISION BINOCULAIRE. [2TÏ

telle linéaire qui se projette dans le champ de regard sur un cercle de direction « de la position de la ligne de regard », lorsque l'œil se déplace suivant ce cercle de direction, Vimage accidentelle conserve sa position apparente sur ce cercle et ne se déplace que sur soripropre prolonge^ ment. »(P. 637.)

Mais alors, il y a donc pour le sensorium, entre; deux point! donnés, deux chemins, tous deux les plus courts; car assurément, en faisant, entre ces deux points, mouvoir la ligne de regard dans le plan qui contient ces deux points et le centre de rotation, on sud aussi le chemin le plus court, à savoir un grand cercle !

Nous n'avons pas la prétention d'apprendre une pareille vérité à ce savant physiologiste, qui d'ailleurs est le premier à La rappeler dans le passage suivant :

« Les lignes droites de l'espace objectif se dessinent suivant les grands cercles dans le champ visuel sphérique. Les grands cercles ne coïncident avec les cercles directeurs que lorsqu'ils passent par le point de regard principal (position primaire de la ligne de regard). » (P. 704.)

Seulement, nous ne comprenons aucunement comment il se dégage de cette contradiction géométrique.

M. Helmholtz nous dit bien « que les grands cercles ne coïncident avec les cercles directeurs que lorsqu'ils passent par le point de regard principal » c'est-à-dire dans les positions primaires !

Mais ceci n'est pas en question, puisque le rôle des cercles de direction n'est invoqué que pour les cas où il ne s'agit pas de la position primaire.

La clef de ces incompatibilités, qui ne pouvaient d'ailleurs ne point frapper un tel esprit, n'est-elle pas à chercher dans les considérations que voici?

M. Helmholtz ne méconnaît point ce fait que, dans la vision directe{ les grands cercles répondent seuls à l'estimation de la ligne droite, comme le veut la théorie. Ce n'est, ajoute-t-il, que lors de la vision indirecte, excentrique par rapport au point de fixation, que les petits cercles de direction peuvent donner cette impression d'être des portions de droite. Et il en donne un exemple dans l'expérience des trois étoiles. (Ce sont là les expériences auxquelles nous faisions allusion tout à l'heure); « on sait, dit M. Helmholtz, que si ayant choisi dans la sphère céleste, trois étoiles plus ou moins rapprochées, et paraissant dessiner dans le ciel une ligne droite, c'est-à-dire appartenir à un grand cercle de la sphère, ces trois étoiles ne sont plus vues en* ligne droite, mais suivant une ligne courbe dont la concavité est* tournée vers le point de fixation, si l'on écarte le regard attentif et qu'on ne les observe que dans une nouvelle position excentrique on indirect»! du pegardj »

Mais, nous demanderons-nous, quel rapport a cette observation avec les circonstances de la vision telle qu'elle s'effectue naturellement? Lors de l'exercice constant ou habituel de la vision, le transport de l'attention n'est jamais indirect; il a toujours lieu, par le fait d'une orientation du point polaire de l'œil, se portant dans le ciel d'un point déterminé à un autre dont la position relative est parfaitement déterminée elle-même, et sur lequel ce point polaire se reposera en second lieu.

Toute la question à trancher est incluse dans le point de savoir si ce transport de l'attention, par orientation correcte, s'opère, ou non, conformément à la loi de la moindre action ou du plus court chemin.

L'adoption de la loi de Listing en un tel cas entraînant forcément l'abandon de ce plus court chemin, ou de l'orientation en ligne droite, nous ne croyons pas possible de concéder plus longtemps l'extension de la loi de Listing au cas du passage de la ligne de regard d'une position secondaire à une autre.

En l'état, et jusqu'à ce qu'il nous soit démontré que la loi de Listing s'étend au passage d'une position secondaire à une autre, que les petits cercles de direction ont une existence réelle, nous continuerons à considérer le principe de la moindre action comme supérieur à celui qui édicté la nécessité d'un seul axe de rotation pour l'accomplissement du passage d'un point quelconque de l'espace à un autre.

Dans les mouvements oculaires nous regarderons donc la loi de Listing comme un cas particulier et très particulier de leur mécanisme.

Cette loi se réalise uniquement lorsque l'attention part du point primaire, c'est-à-dire d'un point de visée situé à l'intersection de notre horizon et du plan oculaire sagittal. Dans ce cas, comme d'ailleurs dans toute autre circonstance, si notre sens d'orientation s'appuie sur des données exactes, notre attention prend le plus cou i l chemin, c'est-à-dire la ligne droite de la sphère (le grand cercle); alors elle parvient au point secondaire cherché, sans sortir de ce plan de grand cercle et sans mouvement de roue.

Pour tout autre cas, c'est-à-dire lors du passage d'un point seront daire a un autre, si le déplacement a lieu exactement dans le plan «lu ¥md cercle qui les contient l'un et l'autre, c'est-à-dire s'il s'exécute virtuellement autour de l'axe perpendiculaire à ce plan lé môuve- |ent d'ensemble devra être, soit ultérieurement complété par un iouvemenl de roue, soit simultanément accompagné par des variations successives dont ce mouvement serait l'intégrale C'esl h le Eus probable; à savoir, que ce mouvement de rotation unique ou ,1e pue esi réalisé -le façon nn„ discontinue pendanl toute la durée

du mouvement d'ensemble. La rotation changeant d'axe d'instant en instant, sous l'action du balancement musculaire, mais s'exécutant cependant de façon à maintenir constamment le point de fixation ou de regard sur la ligne du moindre chemin, c'est-à-dire dans le plan du grand cercle dans lequel se fait V orientation.

Il y a nécessairement là un mouvement plus ou moins complexe, une rotation, s'effectuant autour d'un axe à chaque instant variable, dont le principe repose sur le maintien constant du point de fixation dans le grand cercle contenant la ligne de regard dans toutes les positions successives.

En résumé,

La loi dite de Listing (c'est-à-dire le fait de passer d'un point de mire ou de visée à un autre par une simple rotation du globe, s'exécutant autour d'un axe unique), ne se vérifie que dans le seul et unique cas où le premier point de mire est le point d'intersection de l'horizon avec notre plan médian sagittal.

Dans tout autre cas, le mouvement du globe nécessite : soit la rotation autour d'un axe variant avec chaque instant du mouvement, soit deux rotations successives, une première, de révolution autour de l'axe de Listing, suivie d'une seconde, conique, autour de ce même axe (mouvement de roue).

Or, comme ce dernier ensemble de cas embrasse tous ceux où l'attention se porte d'un point quelconque à un deuxième point quelconque dont l'orientation est connue, c'est-à-dire le cas vraiment général de la vision physiologique, nous pouvons conclure hardiment que la loi, dite de Listing, n'est qu'un cas très particulier de la dynamique oculaire; un cas pour lequel la nécessité de la variabilité de l'axe avec la direction du regard, ou du mouvement de roue, s'évanouit par le fait de la plus grande simplicité des circonstances.

La qualification de loi est donc absolument impropre ici; la loi, c'est, selon toute logique — à moins de démonstration contraire — non le cas particulier, mais l'application du principe général de la cinématique, celui de la moindre action ou du plus court chemin parcouru, principe qui comprend en lui et la loi de Listing dans le cas particulier où elle se vérifie, et celle du mouvement d'un point de visée quelconque à un autre.

Cercles de direction. — La discussion qui précède nous montre que la conception à priori des cercles de direction, de leur prétendue faculté de contenir en eux les éléments de la notion de la ligne droite dans le champ visuel, est une simple imagination suggérée pour venir au secours de l'extension de la loi de Listing au passage d'une positiou secondaire de la ligne de regard à une autre position secondaire. Voyant dans la formule de Listing vérifiée en ce qui concerne tout

LEÇON.] DYNAMIQUE PHYSIOLOGIQUE. 68;i

mouvement de l'œil partant de la position primaire, une vraie loi, M. Hclniholtz a cherché dans les ressources que pouvait lui offrir l'analyse algébrique, les moyens de faire passer l'œil d'une position secondaire à une antre également secondaire, par une simple rotation autour d'un axe unique.

Or, cela ne se pouvait qu'en faisant parcourir à la ligne de regard un petit cercle, au lieu d'un grand.

- C'est pour cela que M. Helmholtz a découvert, de la meilleure foi du monde, la propriété des petits cercles de reproduire le glissement sur eux-mêmes d'une image linéaire. Mais un homme de cette sincérité scientifique était forcé d'avouer dans l'exposition de l'expérience, « que cet élément linéaire n'est que de peu de longueur, » qu'il n'est, en d'autres termes, géométriquement, qu'un de ces éléments linéaires très petits, en lesquels toute ligne courbe peut se décomposer en pratique.

Mais un de ces courts fragments de ligne droite saurait-il se comparer avec la grande et belle ligne droite du grand cercle qui lui a permis, dans la célèbre expérience du ruban oblique, de démontrer la première partie de la proposition (et non de la loi) de Listing.

Car, ainsi que nous le disions tout à l'heure, dans l'espèce, la loi c'est le fait mécanique le plus considérable qui domine ces actions : c'est le principe de la moindre action, ou du plus court chemin, rappelée par Wundt ; or, ce principe-là ne saurait être satisfait à la fois, entre deux points de la surface de la sphère, par deux routes différentes.

§ 407. — Rapports d'association entre les mouvements des yeux et ceux de la tête.

Nous avons vu dans la 26" leçon, relative aux anciennes opinions classiques sur le rôle des muscles obliques, l'attribution dont étaient jadis investis ces muscles de maintenir dans leurs positions cardinales les deux méridiens primaires horizontal et vertical, lors des diverses et multiples inclinaisons de la tête (Hunter, Hueck, etc.): Par des expériences plus précises et qui ne laissent point de place au doute (épreuves par les images consécutives, observations du spectre ctoiié du cristallin), ces opinions ont été détruites;

Les globes oculaires suivent docilement les inclinaisons de la tète et ne s'écarlenl de leur position primaire que pour porterleurs lignes de regard vers un objet délerminé ; ils suivent alors les lois de Ruete et de Ddnders.

Cependant, si l'ancienne opinion se trouve démentie par des observations plus pactes, elle n'est pourtant pas absolument dépourvue, dans des limites étroites il est vrai, de quelque vérité; et la liaison de l'inclinaison des méridiens avec la t'èle n'est pas aussi complète, aussi absolue qu'on avait cru le voir

Une observation de M. E. Javal avait commencé à jeter quelques doutes sur Entière exactitude de la loi. -Ce physiologiste faisant usage de verres cylindriques pour corriger un certain degré d'astigmatisme, avait remarqué que lorsqu'il penchait b, tôte, s,,,, astigmatisme se manifestai, de nouveau, malgré la présence des

VJSION HINOCULAIRK.

verres qui le neutralisaient dans la position primaire, il dut en conelureque i œu| derrière le cylindre, avait dû éprouver une rotation.

C'est effectivement ce qui à lieu ; mais, comme nous le disions plus haut, dans; d'étroites limites; la rotation, mesurée depuis parM. Donders, n'est qu'une petite fraction de l'inclinaison do la tôle. L'imago consécutive, dans son inclinaison, reste seulement un peu en retard sur l'inclinaison de la tête.

L'étude précise de ces rapports entre les inclinaisons de la tèle et celles des méridiens oculaires a permis à M. Donders de recueillir plusieurs remarques intéressantes.

On peut citer, en premier lieu, le mouvement latéral des yeux lors de la' rotation de la tète autour de l'axe vertical : si l'on demande à quelqu'un de mouvoir la tète alternativement à droite et à gauche (le geste de la dénégation), on trouve généralement, ou bien que l'œil ne suit pas ces mouvements, ou bien qu'il les suit incomplètement. Il en est de môme lorsque, placé derrière la personne, on imprime à sa tête, avec les mains appliquées sur les tempes, le mouvement en question. Si la personne ferme les yeux, elle voit l'image consécutive d'une flamme exécuter des mouvements moins étendus que ceux de la tête.

Les mouvements saccadés de l'image consécutive, quand le corps tourne d'une manière continue autour de l'axe longitudinal, indiquent clairement aussi que les lignes de fixation restent chaque fois en arrière :

L ue série d'autres observations témoigne aussi de ce fait général, que toutes les fois qu'un mouvement du corps ou de la tête intervient subitement sans que l'attention soit expressément détournée de l'objet, les yeux ont tendance à demeurer en rapport avec l'objet et ne suivent pas immédiatement le mouvement.

« Ces faits, ajoute M. Donders, mettent hors de doute la tendance qui existe chez nous à compenser les mouvements de la tête et du corps par des mouvements des yeux, c'est-à-dire une tendance à garder les objets qui sont réellement en repos, attachés au même point de la rétine, aussi longtemps qu'il ne s'agit pas de voir d'autres objets ; c'est-à-dire que Y attention visuelle n'est pas provoquée à se porter sur un autre point. « C'est l'opposé de ce qui a lieu lorsqu'un point vu indirectement attire l'attention et par suite le regard; les yeux s'élancent alors vers lui. et la tète, le corps même agissent dans le même sens, et accomplissent une partie du chemin. »

Ces remarques sont des plus justes; nous les corroborerons par les suivantes du même ordre.

Dans le dernier exemple que vient d'envisager M. Donders, quand un objet c'està-dire une image faisant partie du champ visuel, provoque l'attention : le principe du mouvement est tout oculaire et prend son point de départ dans l'orientation : L'œil ou plutôt les yeux, comme dit M. Donders, s'élancent vers lui — la tête suit pour compléter le mouvement pour peu que l'objet soit excentrique; le corps luimême vient enfin en aide au mouvement commencé... Tel estbien l'ordre.

Mais changeons le sens de ces actes : disons à une personne de regarder en haut, eu bas, à droite, ou à gauche, sans objet offert préalablement à l'attention, sans causalité immédiate rétinienne en un mot, alors ce ne sont plus les yeux qui corn] mencent le mouvement. L'ordre donné est toujours exécuté d'abord par la tète, comme si on avait excité sans intermédiaire le centre des actions motrices : les yeux suivent, ou complètent le mouvement : ils ne le précèdent pas comme dans le premier cas.

Cette observation est familière auxoculistes:jamais l'invitation à regarder en haut, OU en bas, par exemple, n'est immédiatement suivie du mouvement prescrit des yeux : c'est toujours la tête seule qui exécute d'abord : les yeux longtemps après.

Il y a là une répartition intéressante à faire, entre les attributs physiologiques.

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