VINGT-HUITIÈME LEÇON
g 108. — Idée-mère du travail : Évolution graduelle du mécanisme moteur dans la vision associée.
A la suite de l'exposition et de la critique de la nouvelle théorie de M. Helmholtz sui' les points correspondants des rétines et de celle de l'horoptre, nous avons essayé d'indiquer, dans un paragraphe spécial, les vues qui nous paraissaient avoir dirigé l'auteur dans ces recherches nouvelles (§ 379, 25e leçon).
Nous avons montré comment il avait essayé de fonder la théorie même de la vision binoculaire une sur la fusion par l'âme ou intellect de deux perceptions monoculaires isolées, à la suite d'une comparaison de leurs éléments différentiels entre eux et avec les autres notions apportées par les sens.
A ce propos une discussion a dû intervenir pour fixer les limites à donner à l'expression des idées dites innées dans la nouvelle philosophie de la science.
Les doctrines professées sur ces sujets par le savant professeur ont, depuis la publication de « l'Optique physiologique, » été l'objet de nouveaux développements, accompagnés de quelques critiques, justifiant en certains points les nôtres., dans un travail récent de M. Donders, dans lequel nous retrouvons d'ailleurs les mêmes errements et les mêmes procédés d'analyse. Ce travail, quoique entièrement spéculatif, se rattache de trop près aux théories précédentes (la dynamique oculaire), pour que nous puissions le passer sous silence. Son analyse s'impose donc en ce point même de nos leçons. Le nom de son auteur lui donnerait d'ailleurs à lui seul droit à toute notre attention.
La nouvelle publication dont nous .allons nous occuper et due, comme nous le disions, à M. Donders, porte le titre suivant :
Essai d'une explication génétique des mouvements oculaires, et a paru dans les Annales d'oculistique, année 1877.
Son objet s'entrevoit dans son titre même. L'auteur l'expose sommairement dans l'énoncé très général que voici :
« Connaissant l'élément, l'organe primitif de la vision, dans sa forme la plus simple, c'est-à-dire l'existence de la substance nerveuse qui, dans l'animal, répond aux sollicitations lumineuses, il s'agirait de déduire de cette connaissance première l'établissement graduel, à la suite d'évolutions successives, des mouvements géométriques que pourra ou devra accomplir un organe sphérique tournant, comme fait notre œil, autour d'un centre fixe. »
Mais comme introduction à cette étude, M. Donders tient à vider un petit débal préliminaire avec l'un de ses plus émulents rivaux dans cette nouvelle voie M. Helmholtz, débat qui donnera une première idée de L*espHl élevé qui les Inspire |t peut-être aussi, quelque peu, des éléments de confusion ei d'obscurité qui entraient l'exposit iu compromettent le développement des résultats qu'ils poursuivent.
Voici d'abord la manière dont la question est conçue par M. Helmholtz • « Lorsque l'appareil musculaire de plusieurs générations consécutives, dit-il expressément, s'esl adapté au besoin des individus, et que sa disposition s'est trans-
VISION BINOCULAIRE.
mise de génération en génération, les rotations les plus convenables de l'œil doivent être devenues en même temps les plus faciles à exécuter, et cette circonstance doit faciliter singulièrement leur production. » (Helmholtz, p. 12.]
Dans d'autres passages,, cependant, « M. Helmholtz, ajoute M. Donders, concède que pour certaines innervations, la voie peut être tracée par l'élément héréditaire. I
Sur ce premier point, l'unique différence qui sépare les deux savants consiste en ceci, que M. Donders fait, dans le perfectionnement graduel des sens et de leurs instruments, une non moindre part à l'action de la race elle-même (Phyle).
« M. Helmholtz voudrait-il contester, dit en résumé M. Donders, que dans la rétine, avec ses fossettes centrales et sa distribution nerveuse nettement caractérisée, se trouvent, sinon directement représentés les signes locaux, au moins déposées, dès la naissance, les conditions nécessaires à leur production dans un sens déterminé? »
(Les signes locaux représentent ici, dans le langage de la philosophie allemande, ce que nous entendons en français par attributs spéciaux des organes des sens, comme, dans l'espèce, la sensation des couleurs, la faculté d'extérioriser les impressions dans une direction déterminée (lignes visuelles, etc).
« M. Helmholtz a seulement cherché à montrer, poursuit M. Donders, que nos représentât ions internes (lisez : les notions qui résultent des impressions faites sur les organes sensibles) se laissaient expliquer par l'expérience individuelle. »
M. Donders, comme on le voit, et du reste comme la généralité des physiologistes modernes, pense que l'instinct ou les mouvements premiers de l'individu, en quelque ordre fonctionnel que ce soit, représentent eux-mêmes les résultats acquis par l'expérience et l'éducation graduelle de ses auteurs, en un mot la mémoire inconsciente de la race (voir §§ 79, 87, 379).
C'est ce qu'il exprime dans la suite du même passage :
'< Au fond empiristes et nativistes (nativisme ou innéité) se donnent la main. Pour ces derniers, tels que je les comprends, l'expérience est, non moins que pour les premiers, le fondement de toute représentation. Ils diffèrent seulement par la part qu'ils attribuent à l'expérience du Phyle (évolution de l'espèce) et à celle de l'individu. » (P. 12.)
(Nous soulignons encore ici ce mot {représentation} peu familier aux savants français, à ceux du moins qui se tiennent étrangers aux quintessences métaphysiques. Ce terme, emprunté au dictionnaire de Kant, comporte la signification suivante : La représeiitation d'un objet est l'effet de la réaction de l'organe sensible sous l'impression qu'il en a reçue.)
« Mais où est la mesure propre à déterminer cette part ? Ce qui n'est pas manifeste au moment de la naissance peut être déjà donné virtuellement dans ses conditions ; et, après la naissance, au cours du développement ultérieur, ces conditions et l'influence de l'expérience individuelle se fondent en un ensemble indivisible. On peut donc seulement demander ce qu'il y a de manifeste dès la naissance. Or, si l'homme, plus que la généralité des animaux, plus que les poules et les cochons d'Inde, par exemple, doit s'approprier beaucoup par l'expérience individuelle, 'expérience des générations antérieures s'accuse pourtant aussi chez lui de il manière la moins équivoque. »
« Avec M. Engelmann, j'ai vu la fixation binoculaire, avec changement de convergence, chez un enfant mâle, une heure à peine après la naissance (cas exceptionnel sans doute, mais pourtant bien constaté), et, dans un cas de cécité congénitale absolue, j'ai trouvé des mouvements oculaires parallèles dans toutes les directions. Le fait que, chez les chiens, comme l'a démontré .M. Adamiik dans mon laboratoire, on peut obtenir, par l'irritation de certains points des tubercules quadrijumeaux, les mouvements cothmûns ordinaires des deux yeux, parait aussi très significatif. » (P. 13.)
leçon.] GENÈSE DES MOUVEMENTS OCULAIRES. b'89
Cette interprétation nouvelle des expressions nativistique et empiriste est, comme on le voit, entièrement en harmonie avec les vues exposées par nous sur le même sujet, dans une leçon d'ensemble sur le fonctionnement visuel binoculaire, reproduite dans le numéro du 7 mars 1868 de la Revue scientifique, et dans les §S 70,
Cela posé, laissons la parole à l'éminent professeur pour l'exposition de l'objet même de son travail, à savoir: la manière dont a pu ou du se créer progressivement, dans notre espèce, le mécanisme moteur de la vision associée.
« Comme point de départ, dit l'auteur, nous pouvons admettre qu'une partie déterminée de l'organe, probablement la partie centrale, se trouvait (à l'origine) dans des conditions qui la rendaient apte à devenir plus sensible que le reste. Imaginons maintenant que, dans l'état habituel d'équilibre, une impression particulière se fit sentir dans la partie périphérique : la tendance à tourner la partie centrale vers la portion correspondante du champ visuel (tendance encore aujourd'hui propre à l'organe visuel) ne pouvait manquer de se produire. Indubitablement cela eut lieu tantôt dans une direction, tantôt dans une autre; et, chaque fois, l'organe revenait ensuite à sa position première, la position de repos relatif. À "origine, ce mouvement n'avait rien d'assuré. Le but n'était pas atteint directement, nais en tâtonnant et par des détours. La rotation autour de la ligne de regard! aussitôt qu'il put être question de celle-ci, n'aura pas fait défaut non plus. Mais aucun détour et aucune direction de rotation n'avaient la prédominance ; et par suite, ta moyenne à laquelle devait conduire l'expérience était le chemin' le plus court « (c'est nous qui soulignons pour retour cette probabilité), » avec exclusion de toute rotation autour de la ligne de regard.» (Nous soulignons encore, mais cette fois pour faire nos réserves, l'auteur nous paraissant dépasser l'induction légitime • car il n'y avait pas de raisons à priori pour exclure une rotation, si cette rotation était indispensable à la réalisation du principe précédent, celui du chemin le plus court, ou de la moindre action); mais nous reviendrons sur ce point.
Telles sont les bases que M. Donders va donner à la recherche à priori des lois générales de la dynamique oculaire. Les citations qui précèdent nous y introduisent • rappelons-en le principe : ' « Aussitôt après la première phase des tâtonnements pour passer de la position de repos (position ou direction primaire) à une direction déterminée répondant à une sollicitation périphérique de l'organe sensible, l'organe lui-même adoptant la moyenne des essais, a dû suivre le chemin le plus court, représentant, naturellement, 1 innervation la plus simple. »
En posant ainsi la question, l'auteur est en harmonie parfaite avec les sentiments des physiologistes de l'école mécanique. ■ umim nis
« Fick et Wundt ont considéré les mouvements de l'œil comme réelés ivir ™ princpe quon associerait toujours à chaque position de la ligne de re/ard la torsion (lisez rotation) qui exigerait le moindre ' effort mmculawe »
Nous aurons le regret de constater bientôt qu'oublieux de ce nnint a* m , obligéde toute recherche de cet ordre, M. Don,,',, sV„ . ,
mentationoù nous allons le suivre. s J
§ 409. - Essai d'établissement à priori, sur la base du précédent paragraphe de la prétendue loi de Listing. '
Le paragraphe précédent nous a, dans une même exposition indimri m pam* i l'auteur et la méthode qui va bientôt lui sn-vir à r.Ucindre ' ^objet c'est la démonstration, par induction, des lois dites de Listing et de
GIHAUD-Tl-mON. — LA VISION.
<'90 VrSION BINOCULAIRE. [28«
Or, si l'on se reporte à la leçon précédente, on y voit que la première de ces lois (celle de Listing) consistait en ceci : que, pour passer d'un point de visée quelconque sur la perspective, à un autre point de visée également quelconque, l'œil tourne autour d'un seul axe, n'exécutant jamais qu'une simple rotation dans un plan unique (§ 4.04).
Or nous croyons avoir démontré dans ledit paragraphe et celui qui le suit (405), que cette loi n'est vraie que pour le cas où la ligne de regard part de la position primaire, et non d'une position quelconque, pour atteindre la position secondaire. Dans ce cas seul, le principe général de la moindre action se verrait obéi par la dynamique oculaire.
Aussi longtemps qu'il ne s'agit que du passage du point de regard ou de visée de la position primaire à une secondaire quelconque, l'obéissance à la loi de Listing, telle que nous venons de l'énoncer, réalisant les conditions mécaniques du principe de la moindre action, c'est-à-dire faisant passer le point de regard par le chemin le plus court qui s'offre sur la sphère, répond aussi bien aux nécessités des premiers efforts élémentaires de l'animal qu'à l'accomplissement des mouvements observés à une époque quelconque et plus élevée de son développement. Sous ce rapport, et dans les limites du cas particulier dont il s'agit, la loi de Listing, est en effet, parfaitement satisfaite en fait, comme en logique inductive.
Mais l'auteur ajoute (et on pourrait se demander ici à quel propos, s'il n'existait pas déjà dans son esprit une condition imposée ou sous-entendue) : Avec exclusion de toute rotation autour de la ligne de regard.
Or, cette condition vise le cas du passage du point de regard d'une position secondaire à une autre secondaire, où, comme l'a reconnu M. Donders lui-même, ce' second mouvement de rotation autour de la ligne de regard (mouvement de roue de M. Helmholtz) est absolument obligé, si le transport de la ligne de regard a lieu dans un grand cercle, c'est-à-dire par le plus court chemin.
L'embarras est donc grand, car M. Donders se trouve en présence de deux principes, à ses yeux, d'importance comparable et opposés : celui de la moindre action ou du plus court chemin, et celui de Listing.
On reconnaîtra, en effet, en avançant dans cette analyse, que l'auteur n'entre pas dans cette étude absolument libre de toute idée préconçue : comme on le verra tout le long de son travail, il cherche moins ce qui a bien pu se passer dans ces mouvements embryonnaires, que la démonstration, par l'induction génétique, de principes déjà affirmés par lui : les lois dites de Listing et de Donders.
Tant qu'il s'agit, en effet, du passage de la position primaire à une secondaire, point de conflit, la loi de Listing et le principe de la moindre action sont également satisfaits. La rotation a lieu dans un même plan et ce plan est celui du plus court chemin ou d'un grand cercle. Mais pour passer d'une position secondaire à une autre, ce n'est plus cela ; il faut sacrifier l'un ou l'autre principe, et comme nous venons de le dire à l'instant, M. Donders le reconnait lui-même.
Obligé de sortir de ce dilemme, M. Donders se prononce, comme M. Helmholtz, pour la solution de Listing, et l'objet principal de ses efforts est de découvrir l'origine génétique de ladite loi (de Listing), dans les actes organiques qui fonderont le mécanisme des mouvements oculaires, cest-à-dire la réalisation sans restriction, du principe de Listing, lors des premiers essais du passage de la ligne de regard d'une position secondaire à une autre également secondaire.
Suivons donc l'auteur dans son argumentation : il vient d'exposer la première partie de ce fonctionnement, le passage du regard de la position primaire à une quelconque secondaire, et il y a reconnu à bon droit l'application de la loi de Listing.
« Pour achever alors de réaliser cette loi avec toutes ses conséquences, il ne fallait plus que la loi de Donders : comment l'origine doit-elle en être conçue?
« Nous avons supposé, continue l'auteur, que l'œil passait de la position primaire a à la seconde b, pour revenir ensuite constamment en a, position de repos relatif. La tendance à en agir ainsi se laisse encore constater clairement. Cela a pu arriver un nombre incalculable de fois. Occasionnellement, toutefois, la circonstance a dû se présenter que, l'œil étant fixé sur b, l'impression d'un autre point périphérique b' ait attiré l'attention. Ce point pouvait être atteint en retournant de b en a, et dirigeant alors de a l'œil sur b'. Initialement, c'est ainsi que les choses se seront passées. Mais b' étant vu de a et reconnu quant à sa situation, il devait en résulter une comparaison avec l'impression de b' reçue de la position b. Dès lors la tendance à arriver directement de b en 1/ ne pouvait tarder à se manifester.
« Bien des voies étaient ouvertes pour arriver à ce résultat. Sera-ce maintenant aussi comme de« en 61a voie directe qui sera trouvée? Cette voie, ce serait la rotation autour d'un axe perpendiculaire au plan dans lequel sont situées les lignes de fixation dirigées sur b et sur b' ; rotation comme si la direction b était la position primaire. Cette voie ne pouvait être trouvée. L'innervation, qui est déterminante pour une direction donnée, devait faire valoir ses droits. Par expérience était connue l'innervation sous l'action de laquelle l'œil est amené de a en b'. Pour arriver de b en b' c'était absolument la même innervation qui était exigée. Du moment que cette condition était exactement remplie, Vœil avait pris sous tous les rapports la même position que s'il eût été dirigé de a sur b'.
« Cela impliquait, en outre, que, dans le passage de b en b', l'œil avait tourné autour d'un axe faisant décrire à la ligne de regard un cercle de direction; les conséquences de la loi de Listing étaient satisfaites. »
Nous ne pouvons dire si le passage que nous venons de transcrire et la conclusion que nous avons soulignée seront généralement compris. Avouons, en ce qui nous concerne, que quoique écrits en excellent français, ils sont restés pour nous à peu près lettre close.
Nous y reconnaissons bien que l'auteur conclut à l'adoption spontanée, par la vis organica fonctionnelle de l'appareil en évolution progressive, du plan des petits cercles de direction, pour lieu du mouvement direct de b en b'; età cette conclusion nous ferons tout à l'heure telles objections qui nous frappent. Mais ce que nous ne suivons pas avec aisance, c'est le chemin par lequel nous conduit l'argumentation du distingué maître. Qu'est-ce qu'il peut bien entendre par cette innervation dèterminantepour une direction donnée, et qui doit faire valoir ses droits?
Au premier instant, nous nu pouvions entendre par ce terme que la quantité de travail (nervoso-musculaire) nécessaire pour déterminer une rotation angulaire de grandeur donnée.
Cette conclusion, très naturelle d'ailleurs, eût été légitimée par le passage cité lus haut et contenant la définition (en l'espèce) du terme innervation. L'auteur ne ous dit-il pas :
" L'organe lui-même, adoptant la moyenne des essais, a dû suivre le chemin le 'lus court, représentant naturellement l'innervation lapins simple. »
Mais cette interprétation supposerait que de b en b', l'angle ou l'arc parcouru est le même étendue que de aeu b, ou en b' ; et comme ces grandeurs sont les une, e1 es autres parfaitement indéterminées, nous ne pouvons nous arrêter à cettemanière l'interpréter les idées de l'auteur, qui ne peut avoir méconnu la contradiction ni'ellc renferme.
En méditant sur cette obscurité, en reconnaissant ensuite que l'intervention de jette expression semble avoir pour objet très direct d'appeler en scène la loi dite le Donders (voir le § 400), nous flattant d'entrer ainsi dans le sentier même ouvert •ar I auteur, nous nous sommes demandé si ce terme innervation n'avait pas plutôt nvue 1 idée suivante de même ordre, mais singulièrement plus complexe ■
692 VISION BINOCULAIRE. (28«
L'individu qui a transporté son point de regard de a en b>, a sans doute le sentiment ou la conscience d'un certain état d'équilibre entre les tensions relatives des différents muscles (ou forces) employés à la production, puis au maintien de la nouvelle direction du regard. Ne serait-ce pas la notion de cet équilibre que M. Donders appellerait l'innervation déterminante pour une direction donnée?
En suggérant cette interprétation, nous croyons sincèrement nous rapprocher autant qu'il est en nous, des idées qui ont dû ou pu diriger l'auteur.
A ce point de vue, nous comprendrions tant bien que mal que, voulant passer de b en b', le sujet se plaçât, par un mouvement tout intérieur, dans l'équilibre musculaire caractéristique de la direction voulue; équilibre dont la loi dite de Donders a eu pour objet de faire ressortir la constance et l'exclusivisme.
Ainsi interprétée, la pensée de l'auteur peut plus ou moins directement conduire à la conclusion par laquelle il termine :
« Ainsi se trouvait réalisée la loi de Donders. » .
Ajoutons, toutefois, que nous ne faisons là qu'effort de traducteur; car même sous la réserve d'avoir plus ou moins fidèlement rendu sa pensée, nous n'avons pas les yeux assez pénétrants pour ne pas trébucher au seuil de ses conclusions.
Et d'abord, comment la notion — en supposant qu'elle existe chez le sujet — de la position relative du point b', quand il fixe le point b, peut-elle déterminer, par elle seule, la représentation, dans la conscience, de l'équilibre musculaire correspondant à la position finale du regard sur ce point?
Assurément c'était là un objet légitime d'explication à donner ou tout au moins à rechercher. Entre b et b' il y a un espace à parcourir, un transport à effectuer, une continuité d'efforts à développer à cet effet, un travail continu, en un mot. Or, l'auteur saute à pieds joints par-dessus ces états intermédiaires successifs, ne nous parlant que de l'état d'équilibration finale.
Or est-ce ainsi que peuvent se comprendre les relations de l'orientation avec les lois du mouvement? Le transport du point de mire s'offre-t-il à nos yeux indépendant du passage continu d'un point à un autre sur une ligne droite donnée? C'était bien là une question à résoudre, ou tout ou moins, si elle est résolue dans l'esprit du maître, à démontrer à ses auditeurs.
Nous croyons voir que M. Donders suppose assez bien établi chez son sujet le sentiment de la ligne droite pour que, sous cette impulsion, les actes qu'il décrit s'accomplissent d'eux-mêmes.
Et cependant voyons comme il le traite, ce sentiment de la ligne droite! Avec M. Helmholtz, il le loge d'autorité dans les petits cercles de direction : conclusion qui, si elle doit être admise un jour, constituera un tel démenti donné au principe du plus court chemin ou de la moindre action, que la proposition qui l'affirme ne pourra jamais être trop clairement établie : car il y en a un déjà, un plus court chemin, entre deux points de la sphère ; un, et un seul : le grand cercle; et nous avons montré, dans le chapitre précédent, que la conception par M. Helmholtz des cercles de direction ne tendait à rien moins qu'à réaliser, entre deux points de la sphère, une foule de plus courts chemins.
Mais, malgré la fermeté de la conclusion, l'auteur laisse cependant percer le sentiment des embarras qui l'étreignent.
« Du reste, a joute-t-il en effet, si même on admet que partant de b, b' ait trouvé par tâtonnement, au lieu d'être déterminé par le sentiment intime l'innervation nécessaire, et que, par suite, la position ne réponde pas exactement à la loi de Donders, l'innervation voulue n'en aurait pas moins produit son effet, au moment où l'on se proposait d'entreprendre le retour de b' en a, ce qui devait généralement avoir lieu. C'est comme si, enfonçant un clou à coups de marteau. cl ayant d'abord frappé verticalement, on était ensuite conduit à porter le bras obli-
quement en haut, pour de là seulement atteindre le point de départ ordinaire : ce qui pourrait alors manquer à la position serait corrigé par l'idée du coup à frapper, et, après un exercice suffisant, le long de ce chemin double, on arriverait sans doute d'emblée à la position correcte. Il en serait de même de l'œil passant de b en b'. »
Si l'on voulait définir le tâtonnement de l'intelligence, cette explication pourrait servir de parfait modèle ; mais alors que deviennent les formules transcendantales? L'auteur n'en termine pas moins comme suit :
« Je crois avoir ainsi suffisamment rendu compte de l'origine de la loi de Listing, et, en même temps, de toutes ses conséquences qu'on pourrait être tenté d'élever au rang de facteurs génétiques ou téléologiques. »
Nos auditeurs identifieront-ils aussi aisément que l'éminent professeur cette ferme conclusion avec les explications un peu embarrassées qu'elle termine? Nous le croyons difficilement.
Comme on peut s'en être déjà convaincu, la doctrine de M. Donders se trouve en présence de deux principes incompatibles, et ne paraît pas avoir choisi le plus hors de discussion : d'une part, celui de la moindre action ou du plus court chemin (lequel exclut toute autre route entre deux points que l'arc de grand cercle); et de l'autre, celui tout arbitraire de la nécessité d'une rotation simple autour d'un axe unique.
En mécanique rationnelle — et M. Donders fait ici de la mécanique rationnelle, inductive, il construit à priori — en mécanique rationnelle, c'est la moindre action, l'économie des forces, qui prime toute autre condition. La conservation du même axe de rotation n'importe en rien, si le chemin parcouru est plus long dans cette condition, ou la force dépensée plus grande.
Ce principe nous a suffi pour repousser la loi de Listing dans le cas (et c'est le cas général) où elle exige l'hypothèse des petits cercles de direction; et il trouve ici son application avec bien plus de rigueur encore, c'est à dire sur le terrain de la pure induction géométrique!
Où la loi de Listing elle-même se montre plus que douteuse, l'origine génétique de cette loi pourrait-elle trouver une base plus assurée ?
L'auteur lui-même ne le pense pas, car voici sa conclusion finale :
« Cette loi est-elle maintenant vraie au sens tout à fait rigoureux? Il n'est pas permis de le supposer. Nous construisons des appareils d'après un principe mathématique, et tout écart de ce principe est alors une imperfection, que nous cherchons à éviter. Mais les appareils vivants, qui n'ont pas été construits, mais qui se sont formés sous l'action continue de l'accommodation, se jouent des principes mathématiques, et trouvent précisément leur perfection dans des déviations apparentes qui, à raison de leur liaison avec les facteurs génétiques, méritent notre attention spéciale. »
Cette conclusion s'impose plus qu'en toute autre circonstance a la suite de l'analyse du mouvement en convergence. (Une s'est, en effet, agi jusqu'ici que des mouvements associés en parallélisme.)
« Quant aux mouvements avec convergence, et sans parler des deux formes de torsion, il ne peut même, conclut M. Donders, y être question de la loi de Listing. Mais les mouvements avec parallélisme des ligne* de fixation ne lui obéissent pas non plus tout à fait exactement. »
« Si l'écart est ici minime, ajoute M. Donders, il esl très cardinal, car il touche à l'essence de la loi; cette loi exclut toute rotation autour do la ligne do regard dans le cas d'un mouvement partant de la position primaire ou passant par "col te position.
» Or, en fait, le simple mouvement d'élévation ou d'abaissemenl du plan de
694 VISION BINOCULAIRE. |28«
fixation est accompagné de rotation autour de la ligne de regard. Ce fait n'est rien moins que la négation de la loi » (p. 20-21).
Nous ne pousserons pas plus loin cette discussion. Qu'il nous suffise de marquer, en terminant, notre surprise à la lecture de ces conclusions si inattendues el formant un tel contraste avec l'esprit général qui semblait avoir défini le sens de ce travail. Comment ! dans la mécanique physiologique, les principes mathématiques tiennent, à la fois, tant et si peu de place ! Comment ! l'enfantement de la loi de Listing, qui n'est elle-même qu'une expression de géométrie pure, a suscité tant d'efforts de démonstration, a nécessité la création d'hypothèses antigéométriques, a, de plus, fourni matière à toute une théorie de genèse préhistorique, et l'auteur môme qui en fait sa chose vient nous dire, en finissant, qu'après tout il ne faut pas y porter une attention si expresse, et que la mathématique n'a rien à faire là !
Si maintenant on considère l'objet poursuivi dans ce travail inquiétant, on ne sait si l'on en doit admirer la hardiesse ou en redouter, au contraire, la témérité. La physiologie expérimentale — une des grandes conquêtes scientifiques du siècle, et qui doit tant à l'éminent auteur de cet essai — nous a, pour première leçoa appris à redouter par-dessus tout l'induction àpriori. C'est cette science même qui nous défend, par exemple, de conclure de l'inspection anatomique, même savante, d'un système de forces et de leviers à son mécanisme physiologique.
C'est cet enseignement qui, en présence de l'expérience du ruban d'Helmholtz, nous forcerait à admettre, quoique nous en ayons, l'immobilité du méridien dans | lequel a lieu le passage de la position primaire à une secondaire : c'est pour ne pas j nous mettre en contradiction avec l'observation, selon nous contradictoire avec les ; principes, que nous supposons l'existence d'une torsion véritable dans un mouvement oculaire : nous l'acceptons, sans y croire, parce que nous croyons l'avoir vu ; et voilà un des premiers maîtres de cette école qui, devançant l'existence même du système anatomique, lui dicte, dans une prévision transcendante, le mécanisme auquel il devra obéir un jour !
Les maîtres qui ont —et justement — chassé du temple la physiologie anatomique pour faire place à la physiologie expérimentale, oublient maintenant les lois mêmes qu'ils ont si heureusement édictées, et leur substituent une physiologie prèV historique, et même préanatomique, en un mot, de pure induction spéculative! ! ! Et pour aboutir à quoi ?
A la négation finale du point de départ, du point d'arrivée et des méthodes conduisant de l'un à l'autre !
Comme conclusion terminale de ces considérations hypertranscendantes. imus pouvons nous demander si, en dehors de la leçon de méthode qui s'en peut déduire, les résultats obtenus sont en rapport avec les efforts dépensés ; si elles ont fait l'aire un pas dans une voie à l'extrémité de laquelle nous retrouvons, comme à son omiep. la simple, l'unique et belle découverte de Ruete, offrant dans son principe, comme dans ses conséquences, tout ce que nous possédons de notions fondées et féconde» en dynamique oculaire.
§ 4io. Nouvelles applications de la méthode de M. Helmholtz, ou par superposition de deux champs visuels monoculaires indépendants, pour reconstituer la vision binoculaire associée, sous le nom de méthode des demi-images. — Résultats des expériences.
Est-ce pour sortir de ce dédale et rétablir sur ses pieds une loi aussi compromise, que l'auteur reprend, au moyen d'un appareil instrumental imaginé ad /ioc,les expé* riences d'Helmholtz sur la reconstitution de la vision une, au moyen de deux impressions monoculaires séparément recueillies? Le lecteur en jugera quand nous
aurons résumé les résultais des nouvelles expériences instituées par M. Donders sous le nom de méthode des demi-images, qui ne sont au fond qu'une variante de celles discutées par nous dans la 24° leçon (§ 370 et suivants).
« Qu'on fixe des deux yeux une ligne horizontale éloignée, par exemple, le croisillon d'une fenêtre, vu sur le fond du ciel, et qu'on place devant un œil un prisme faible, l'arête en haut : le croisillon apparaît alors en deux demi-images.» — (Nous conserverons ce mot de demi-images qui, la convention acceptée, peut aussi bien qu'un autre autre, servir de dénomination à la méthode en question ; mais nous ferons observer qu'il s'agit ici, non de demi-images, mais bien, de deux images complètes et pareilles, produites par la dissociation de la vision simple.) — « Ces deux demi-images, donc, apparaissent l'une au-desstis de l'autre, et sont, dans la position primaire des yeux, sensiblement parallèles ; mais elles perdent leur parallélisme si la tête est fortement penchée en avant ou en arrière, et que, par conséquent, \epla?i de fixation soit forcé de s'élever ou de s'abaisser. Lors du relèvement, les demi-images de l'œil droit et de l'œil gauche montent chacune du côté correspondant ; lors de l'abaissement, c'est l'inverse. » Analysons :
Dans cette expérience, les deux champs visuels monoculaires sont dissociés : ils donnent lieu à la vision double par superposition l'un au-dessus de l'autre des deux croisillons, avec parallélisme de leurs horizontales, et continuité de leurs verticales, pour la position primaire. Les méridiens cardinaux des yeux demeurent dans la même position relative, que dans la vision binoculaire naturelle ou associée. Relève-t-on ou abaisse-t-on, au contraire, le plan de regard : les choses changent. D'après M Donders, comme on vient de le voir, « relève-t-on le plan de regard (abaissement de la tête), les demi-images montent chacune du côté correspondant (en situation homnonyme par conséquent), et les horizons s'abaissent du côté externe, » c'est-à-dire en rotation positive à droite, négative à gauche.
[L'expérience donne chez nous un résultat absolument contraire : lors du relèvement du plan de regard, les deux images s'élèvent en posititions croisées : c'est-àdire avec divergence relative des axes visuels, et en outre, les rotations (symétriques) sont négatives (à droite), (positives à gauche).
Par contre, dans l'abaissement, les demi-images sont homonymes et les rotations changent également de sens.
Et nous ajouterons, que dans lesdites expériences, les lignes verticales du croisillon ont présenté les mômes variations : leur angle est demeuré droit. Occupons-nous d'abord des données relevées par M. Donders : Dans les cas observés par M. Donders, lors du relèvement, du plan de regard, les demi-images sont homonymes et les rotations (inclinaisons) des horizontales, sont positives (adroite), négatives à gauche. Que nous apprennent ces résultats expérimentaux ?
Une même impression linéaire horizontale, au moment où elle est reçue, produit donc, dans l'analyse de M. Donders, deux lignes homonymes, faisant angle l'une avec l'autre, angle dont les extrémités externes sont abaissées.
Comment cette brisure dans une impression unique, parfaitement rectiliçne s'est elle produite ? Nous l'avons vu : par une dissociation de la vision binoculaire!
Cette dissociation produite, les yeux, rendus par elle indépendants, et recevant l'ordre de continuer à se porter en haut, ont obéi à l'impulsion suivant la verticale : mais l'influx nerveux qu'ont reçu les moteurs a subi évidemment une pertur bation, car la ligne unique a été brisée.
Or, si nous appliquons ici les principes propres à nous faire remonter de la direction relative des doubles images à la position réelle prise par les méridiens primaires dans le mouvement qui a eu lieu (voir Leçon 26»), nous devrons conclure que chez M. Donders :
696 VISION BINOCULAIRE. [28c
Lors de la dissociation des yeux et dans le relèvement du plan de regard, les yeux se mettent en convergence relative (homonymie) et en rotation négative à droite, positive à gauche.
Chez nous, au contraire, lors de ce môme relèvement du plan de regard, lesdites images sont croisées et les inclinaisons négatives pour l'œil droit toujours. La dissociation a donc produit un mouvement relatif de divergence des axes optiques et une rotai ion positive des méridiens (à droite), négative à gauche.
Lors de rabaissement, mômes conclusions en sens contraire :
Ainsi, les mômes expériences, donnent chez M. Donders et chez nous des résultais absolument opposés.
Nous reconnaîtrons plus loin la cause probable qui a déterminé chez M. Donders, en ces cas, cette forme ou ce sens dans la désharmonie.
Chez nous, cette forme de la dissociation nous parait être en rapport avec ce fait, que nous croyons plus général, à savoir : que dans le regard porté au delà des limites faciles de l'élévation, les yeux entrent en divergence dans les inclinaisons qui dépendent pour chaque œil d'un mouvement oblique en haut, de son propre côté, comme si chaque œil se portait isolément en haut et en dehors (suivant la loi de Ruete).
Dans ce dernier cas, quelle peut être la force isolée qui porte ainsi chaque œil en dehors et lui imprime la rotation observée : ce ne peut être que l'apparition d'une composante (élévatrice d'abord! mais en même temps divergente et rotatrice en dehors ; force qui ne peut être que l'action de l'oblique inférieur.
Cet oblique inférieur n'.agissait-il donc pas pendant la vision binoculaire réelle, avant sa dissociation ? si bien ; mais ses deux composantes secondaires, la rotatrice et la divergente étaient contre-balancées par une innervation spéciale de son congénère élévateur, le droit supérieur, destiné à maintenir ainsi la verticalité du méridien primaire vertical, contre sa tendance naturelle.
On peut inférer de cette disposition générale des yeux à se porter en divergence et à subir une rotation symétrique indépendante, positive à droite, négative à gauche, lorsque le mouvement d'élévation commun a atteint une certaine hauteur, qu'arrivés vers les limites de leur excursion en ce sens, le parfait équilibre observé jusque là entre le droit supérieur et son congénère l'oblique inférieur, est détruit au profit de ce dernier.
En résumé, il résulte du tableau des expériences qui précèdent, que lors de la fixation binoculaire objective, réelle, si le plan de regard se relève (lignes de fixation parallèles), tant que l'unité sensorielle du tableau est maintenue, les plans méridiens cardinaux ou primaires des deux yeux sont eux-mêmes maintenus en parfait rapport de parallélisme (loi de Ruete).
Mais l'unité sensorielle vient-elle à être brisée, l'indépendance rendue aux deux organes, le relèvement du plan de regard arrivé à une certaine hauteur, entraîne la désharmonie des yeux : ces organes accusent soit de la divergence, soit de la convergence et des rotations symétriques indépendantes (voyez plus loin ce mot) de leurs méridiens cardinaux.
Les résultats observés par M. Donders chez lui-même et chez d'autres collaborateurs, ont donné à cet égard des résultats très dissemblables. Nous verrons plus loin à quelle cause il faut attribuer ces différences singulières (§411).
1EÇ0N.]
§ 411. — Résultats de ces expériences variables avec les observateurs; et, pour un même observateur, variables avec les occupations et les habitudes antécédentes— Des méridiens cardinaux réels et des méridiens apparents.
Le sens de la dissociation des lignes de regard dans les élévations ou les abaissements prononcés du plan de regard, celui des rotations suivies par chaque œil, ne sont pas des faits particuliers à M. Donders. Nombre de physiologistes allemands — et particulièrement des myopes — ont vérifié et accepté pour eux-mêmes, ses résultats au degré près, qui est des plus variables. Il y a cependant quelques exceptions ; entre autres celles offertes par MM. Datish etGrossmann, citées par l'auteur. Mais ce sont des exceptions; et, à côté de M. Donders, nous trouvons [des observateurs des plus autorisés, comme Wolkmann, et Helmholtz.
Les expériences propres de ce dernier, analysées dans le § 381 de la leçon 25, et fondées sur la superposition des champs visuels indépendants, et les épreuves par images consécutives et qui, au fond, traitent du même sujet, devront donc être rapprochées de celles que nous venons de reproduire.
M. Helmholtz, comme l'a fait à son exemple, dans ce travail même, M. Donders, appelle, comme nous avons vu, méridiens horizontaux réels ou horizons rétiniens, les méridiens de l'œil dans lesquels sont situés — lors de l'indépendance réciproque des yeux, c'est-à-dire dans la vision monoculairesuccessive — les images rétiniennes d'une ligne horizontale objective.
Quand on a reçu, sur les deux yeux, ouverts isolément, l'impression persistante de cette horizontale objective, puis que l'on porte les deux yeux ouverts à la fois sur la même horizontale du tableau, on constate, généralement, disent ces physiologistes, que les images consécutives, premièrement inscrites dans les méridiens horizontaux isolés ou réels, ne coïncident pas avec l'image unique objective horizontale de la fixation binoculaire. Ces consécutives ont, dans des méridiens en rotation symétrique indépendante, leur extrémité externe abaissée.
M. Helmholtz appelle méridiens horizontaux apparents ceux qui reçoivent les images binoculaires simultanées de l'horizontale objective; et il constate dans les expériences, que pour faire coïncider les consécutives avec l'image objective c'est-àdire pour retrouver la position de dissociation, il faudrait que les deux yeux exerçassent une rotation portant l'une vers l'autre les extrémités supérieures de leurs méridiens verticaux primaires ; c'est-à-dire qu'ils se missent en rotation symétrique indépendante négativeà droite, positive à gauche.
Méridiens verticaux. - Des expériences analogues pour déterminer les inclinaisons .-prouvées, dans les mêmes cas. par les méridiens primaires verticaux conduisent M. Donders, par la méthode dite des demi-images, et M. Helmholtz nar celles que nous avons reproduites lors delà discussion de l'horoptre à des résultats de même sens : chez l'un et chez l'autre, « la position de dissociation de la vision binoculaire correspond a l'etal de convergence relative des axes et à une rotation symétrique indépendante des méridiens verticaux dans le sens même dTcell ^e,^'to-^^*<»<^^. ***** négative à droite, positive à
Ces résultats sont conformes à ceux obtenus par M. Donders. Ils nous repréen ,nt les uns et les autres, comme il suit, les différences de situation Si ,
SS'""'S r"in;",X; Primaire8' *** d^^e de la vision asTociée naturelle, a la vision indépendante ou successive, monoculaire
Dans ce passage, les yeux se placeraient en convergence relative avec inclinaison
Z7gi:rmement deroue syméMque> en ro^°n né^:":7z
098 VISION BINOCULAIRE. [28*
Cela, bien entendu, à des degrés différents avec les individus, et différents encore chez le même observateur en différents instants.
L'étude ultérieure de ce qui se passe dans la convergence mutuelle des lignes de i regard, au-dessus et au-dessous du plan horizontal, ne sera pas sans jeter quelque lumière sur ces singularités. Nous disons «singularités» dans le sens étymologique dumot. Ces observations, en effet, sont loin d*ôlre générales; elles comportent i de très grandes inégalités, et même des exceptions, de l'aveu môme de leurs auteurs; et ils disent d'ailleurs expressément qu'elles se lient d'une manière frappante mu habitudes prises par les axes oculaires dans des occupations antérieures et récentes, en tous cas soutenues, de la vision rapprochée. Enfin elles se rencontrent plus particulièrement dans des yeux myopes et chez des observateurs des racesdu Nord, chez : lesquels lecartement des yeux aggrave très nettement les conséquences d'une convergence prolongée.
Peut-être, dans cette dernière considération, trouverons-nous la raison d'être de'l certaines autres aggravations ou suppléments de désharmonie signalés par cesi auteurs.
Ainsi, en un passage, M. Helmholtz nous dit que lorsqu'il fixe avec soin som regard monoculaire sur un angle exactement droit (une horizontale coupée par sai perpendiculaire), l'angle du côté droit paraît obtus à l'œil droit; tandis que c'est le* gauche qui paraît tel à l'œil gauche.
Or il n'y a là qu'un œil ouvert: l'estimation de l'angle droit est donc ici indépendante de la position des méridiens et ne révèle que de l'asymétrie du sphéroïde oculaire, ou, tout au moins, une grande incertitude dans l'appréciation de l'angle, droit chez l'auteur.
Quelles conséquences certaines peut-on déduire dès lors d'expériences qui reposent^ sur des instruments aussi peu précis et aux renseignements si variables, employés à juger de la verticalité ou de l'horizontalité!
A ces premières anomalies de direction, il faut, suivant M. Donders, en joindre une \ nouvelle. Suivant ce physiologiste, non seulement les méridiens primaires ou cardinaux offriraient, lors du passage de la vision associée à la vision monoculaire indépendante, une désharmonie d'un œil à l'autre, mais cette dissociation s'acconw pagnerait encore d'une désharmonie nouvelle : l'angle mutuel des méridiens verti-t eaux apparent et réel, serait plus grand que l'angle mutuel des méridiens horizons taux de mêmes noms.
Ainsi, suivant M. Donders, dans les circonstances susdites, le méridien horizontaL tournerait dans un sens, et le vertical dans l'autre.
Si le mot de torsion peut trouver une place dans la dynamique oculaire, c'est; assurément dans ce cas-ci. Pour que l'un des méridiens primaires, le vertical, tourne à droite pendant que le méridien horizontal tourne à gauche, il faut en effet,' supposer que le globe oculaire soit en ce cas tordu sur son axe comme une taba-« tière circulaire dure à ouvrir. Ces faits nouveaux peuvent jeter quelque lumière sur ces « mouvements de torsion » que nous avons, encore tant de peine à de reçoit* naîtredans le passage de la ligne de regard de la position primaire à une secondaire (expérience du ruban oblique d'Helmholtz § 404). N'appartiennent-ils pas à uiio physiologie déjà modifiée par des habitudes qui en ont troublé l'économie antérieure?
L'existence de ce mouvement jure tellement avec la nécessité de la conservation intacte de la forme sphérique de l'écran rétinien et de la constance du centre del rotation, qu'on n'y peut croire même après l'avoir vu ou cru voir.
Remarque sur les qualificatifs apparents et réels donnés aux méridiens primaires dans ces théories. — Nous n'abandonnerons pas ce chapitre sans une rem.irque afférente aux définitions plus qu'arbitraires données par M. Helmholtz et adoptées, par M. Donders. pourdistinguer les méridiens primaires suivant qu'on les considère
leçon. | GENÈSE DES MOUVEMENTS OCULAIRES. 699
da?is la vision associée binoculaire simple, ou dans la vision dissociée, c'est-à-dire monoculaire indépendante.
Ces physiologistes désignent les premiers sous le nom de méridiens primaires apparents, par apposition à la qualification de réels qu'ils réservent aux méridiens occupant les positions dites cardinales, quand chaque œil est employé isolément.
Cette distinction répond nécessairement à une idée particulière: car ce qui serait naturel, ce serait d'appeler réels les méridiens de la vision réelle, c'est-à-dire associée et simple; car c'est elle qui est la vision naturelle.
Cette anomalie dans les dénominations est d'autant moins heureuse que la qualification qui emporte l'idée de fixité, celle donnée aux méridiens de la vision bimonoculaire, comporte d'un individu à l'autre, et chez le même sujet lui-même, en des instants différents, les plus grandes variations ; tandis que ces mêmes physiologistes constatent que ces variations n'existent point dans la vision associée naturelle.
Pourquoi ce renversement des attributions? Il nous paraît se lier à une idée à priori; à savoir que la vision binoculaire est une résultante psychique de la combinaison des deux visions latérales, prèmièrement isolées.
i Nous ne discutons pas ce point de vue : s'il est juste, ce qui ne nous répugne en rien, il n'est assurément pas démontré; et son admission prématurée enchaîne quoiqu'on en ait les déductions ultérieures.
Cette remarque faite, nous inviterons le lecteuràavoir toujours présente àl'esprit, dans l'étude des auteurs allemands, cette particularité que le qualificatif réel s'attache chez eux à ce qui n'est pas constant, et le terme apparent à ce qui se rencontre régulièrement dans l'acte physiologique pur.
§ 412. Effets du mouvement de convergence.
| L'essai qui précède, et dont les conclusions n'ont pas un sens qui s'empare de l'esprit, comme l'ont fait, lors de leur première apparition, les lois déduites de la remarquable expérience de Ruete, ressortit exclusivement aux mouvements des yeux dans le parallélisme des lignes de regard. Sa valeur pratique, au point de vue de la théorie de la vision binoculaire, gagnera assurément quelque chose aux déductions qui pourront être tirées des mômes méthodes expérimentales appliquées à la vision en convergence mutuelle des axes, c'est-à-dire dans la vision rapprochée.
Reprenons donc, avec l'auteur, ces mêmes expériences dans le cas de la convergence mutuelle des actes optiques, ou dans la vision rapprochée.
M. Donders établit d'abord deux cas pour la convergence des lignes de regardsuivant que cette convergence a lieu dans le plan médian ou dans un plan vertical tttéral.II l'appelle symétrique dans le premier cas, asymétrique dans le second En outre, elle peut avoir lieu, soit au-dessus, soit au-dessous de ['horizon (position' primaire du parallélisme).
Ordinairement, le plan de regard est dirigé en bas, et cela en vertu d'une tendance déterminée qui a dû se développer graduellement, les objets rapprochés sur lesquels s exerce notre attention, les produits ou les instruments de la vie civilisée Places entre nos, nains, étant ainsi naturellement inférieurs au plan de l'horizon' et la tête ne compensant qu'incomplètement celte différence de niveau
L auteur fait remarquer, en outre, avec une grande raison que la vision binocua-re avec toutes ses qualités, est plutôt une attribution de la vision rapp oc
IZIT d\\?TOi? drn8i0n' 8UF 'aquellc se fônde V ision enrelietne'ren* ^trant ses éléments positifs que dans les différences de la parrallaxe de obiets
e;:s:; — - - — • i *JSfitti
700 VISION BINOCULAIRE. [28c
L'étude tic la vision binoculaire et sa génétique peuvent donc trouver leur hase la plus sûre dans l'état de convergence.
Plus que jamais c'est à la méthode des demi-images que l'auteur allemand demande ses renseignements. Malheureusement les nombreuses expériences qu'il institue, au moyen d'appareils forts ingénieux, du reste, (Isoscope), ne donnent i point des résultats conformes, ni même peut-être simplement comparables d'un observateur à l'autre.
L'auteur le reconnaît le premier; il constate en effet des différences variant de 0° 17' (Helmholtz), et même 0° 0' chez d'autres, à 5° (chez lui-même), pour les rota- ■ tions indépendantes (voir le §411) de chaque œil, entre la position des axes dans la i vision bi-monoculaire et la vision associée naturelle.
D'ailleurs les considérations que nous avons fait valoir relativement à la valeur: de cette méthode de la superposition de deux champs visuels indépendants, pour r l'analyse de la vision associée réelle ou naturelle, justifient notre défiance à son endroit.
Nous les rappelerons sommairement :
Dans la méthode dite des demi-images, comme dans celles de l'opposition de deuxi champs visuels indépendants (Helmholtz), la fusion binoculaire est beaucoup pjus? psychique ou supposée que réelle.
On y fait bien concourir par identité, ou plutôt par similitude d'impression surr l'une et sur l'autre, les fossettes centrales, mais sans certitude d'une convergence géo- ■ métrique réelle des lignes de regard. Aucun point objectif, défini, dans le monde extérieur, ne sert en effet dans ces expériences de point de visée commun.
Dans un ensemble de cas, cet objet unique est remplacé par deux objets très ^ semblables offerts isolément à chaque œil : la fusion y a lieu alors par acte psy- chique comme dans la stéréoscopie. Or on sait que pour celle-ci la coalescencei des deux images peut avoir lieu sous des convergences infiniment variables.
Dans d'autres cas, c'est une ligne unique isolée qui remplit le rôle d'objet au a milieu d'un grand champ déteinte uniforme, dépourvu de tout autre point de repère* ou élément fixateur.
Cette ligne n'a, pour donner l'idée d'unité, que sa seule direction; mais lés deun lignes de regard peuvent se croiser dans leur plan commun, soit au delà, soit eni deçà, de façon à laisser tout à fait indéterminée sa longueur (leçon 25e. § 381).
Toute liberté est ainsi abandonnée aux énergies musculaires de chaque œil pour1 laisser errer leur pôle sur un point quelconque de cette ligne.
En aucun cas, par conséquent, on ne peut affirmer qu'au fusionnement psychique réponde le fusionnement binoculaire naturel; celui qui correspond à l'aceommoda-M tion ou à la distance réelle des images.
Nous trouvons dans le travail même de M. Donders un paragraphe secondaire-J en apparence et qui semble assez concluant en faveur du jugement que nous j portons ici sur la méthode des demi-images.
C'est le paragraphe intitulé « Torsion symétrique indépendante. » deson mémoire j sur la genèse des mouvements oculaires.
Torsion symétrique indépenda?ite (Dondhrs). — Ce paragraphe, fort obscur, est-j tout entier fondé sur les résultats d'expériences reposant toujours sur le principe-' des demi-images ou de l'indépendance des yeux. Elles sont la reproduction des ■ précédentes sur les rapports de l'angle (V) des méridiens verticaux apparents-! et réels, et de l'angle (H), des méridiens honrizontaux apparents et réels, avec , cette addition d'un fond ou champ visuel qui n'est plus une surface uniforme, mais un demi-champ distinct pour chaque œil, et caractérisé par des bandes rectilignes parallèles dans chaque demi-champ, mais de directions, plus ou moins inclinées relativement, entre la droite et la gauche.
M. Donders constate alors des torsions ou rotations oculaires nouvelles, qu'il nomme indépendantes, et qu'il reconnaît dues à l'influence de ces fonds différents de lignes obliques, à droite et à gauche.
lien infère justement que : «tous les points et lignes marqués dans les demichamps visuels, font sentir leur influence sur la positiondesyeux; ceuxsur lesquels l'attention se fixe particulièrement, c'est à dire en général, ceux qui sont voisins du champ de vision directe, exercent une action prépondérante. »
Dans ces expériences, M. Donders reconnaît une certaine supériorité aux lignes horizontales. »
Mais ce qui le frappe le plus, c'est « qu'il suffit qu'il y ait un seul fil horizontal tendu dans le champ de l'isoscope, (c'est le nom qu'il donne à son instrument), pour que ce fil tienne en bride tous les méridiens; ni la durée prolongée des expériences, ni les directions des demi-images de lignes ou de baguettes ne sont alors capables demodifier notablement l'angle dés méridiens de même nom. Et plus loin : *
» Ainsi se manifeste la tendance inconsciente à accommoder la position des yeux aux exigences de la vision binoculaire. »
Cela ne nous surprend point : dès que certains objets présentés aux deux yeux à la fois, offrent les conditions de la vision associée réelle, l'empire de ïunité de l'objet dissipe à l'instant toutes ces fantaisies de demi-images.
Nous ne pouvions demander une justification expérimentale plus complète que celle-là de nos défiances sur la valeur doctrinale des méthodes que nous venons de discuter.
§ 413. — Du plan primaire de convergence. — Rôle de l'oblique supérieur.
« Certaines remarques générales très judicieuses, au milieu de quelques aperçus plus hasardés, énoncés il est vrai avec réserve, doivent cependant être conservées comme ayant nécessairement joué un rôle dans la mécanique évolutive de l'appareil (développement génétique).
« Les objets rapprochés, en général — et notamment les parties de notre corps, les bras et les mains qui, conjointement avec les objets palpés, jouent évidemment le rôle principal dans l'acte de déterminer le plan de fixation, sont situés plus bas que les yeux. Si donc, ici, comme partout, le mouvement se partage entre la tête et les lignes de fixation, ce plan de fixation doit s'abaisser, et le type de la convergence se développer » (chez chacun) » en rapport avec la position inclinée de ceplan.» C'est ceplan — individuel — que l'auteur propose d'appelerplan primaire de la convergence, comme l'horizon a été désigné comme le plan primaire de la vision en parallélisme.
Ce plan jouera, suivant le degré de l'habitude individuelle de la vision rapprochée, un rule évident dans le jeu le plus facile, ou le plus accoutumé, de l'innervation Particulière qui domine la convergence des axes. Cette influence d'une innervation spéciale n'a pas le droit de nous étonner : elle a été expliquée aux §§394-395, leçon 26e, § 266, leçon 17e.
L'action supplémentaire imposée à l'oblique supérieur pour le maintien du parallélisme des méridiens pendant la convergence, en devenant par trop habituelle, peut, en certain cas, donner à ce muscle lui-même un développement excessif, et déterminer une tendance à la rotation symétrique (voir le § 409 même leçon), qui se montre dans les expériences de dissociation de la vision parallèle elle-même, (voir les expériences analysées plus haut, dans oe chapitre même). « C'est ce que Donders doit avoir en vue dans le passage suivant : « l'arec qui précède, je crois avoir suffisaramenl rendu compte de l'origine de la
702 VISION BINOCULAIRE. [28*
convergence elle-même et de la position primaire (de cette convergence), avec ses mouvements symétriques autour d'axes perpendiculaires au plan de fixation. L'existence de grandes différences individuelles, sous en rapport, n'a pas de quoi nous étonner; car, sans nul doute, les conditions sous lesquelles s'est développée la position primaire de la convergence varieront aussi beaucoup tant dans la race que chez l'individu. »
Dans les expériences précitées de MM. Helmholtz et Donders, et qui ont donné naissance à la distinction introduite par eux entre les méridiens cardinaux de la vision monoculaire isolée (réels) et ceux de la vision binoculaire réelle, cl simple, naturelle et objective (dits apparents !), nous voyons en effet, lors du relèvement du plan de regard, et au moment où s'opère la dissociation inconsciente des yeux, se manifester une convergence mutuelle des yeux avec rotation symétrique indépendante négative à droite, positive à gauche, des méridiens horizontaux.
Or, le sens de ces rotations serait bien celui que pourrait amener un reste de l'action supplémentaire d'innervation exigée de l'oblique supérieur pour maintenir le parallélisme des méridiens cardinaux dans la convergence (voir les §§ 391, 395).
On comprendrait alors ici l'influence de l'habitude plus ou moins établie de la convergence sur l'équilibre momentané des yeux, lorsque ceux-ci sont abandonnés à eux-mêmes, c'est-à-dire en dehors du lien dominant de la vision associée simple ; la survivance d'un excès prolongé d'innervation dans le muscle recevant spécialement, et exceptionnellement, un surcroît d'innervation dans l'acte de cette convergence.
La variation d'individu à individu, de degré chez la même personne suivant le temps et les occupations précédentes, peut-être aussi suivant la race, sont alors des plus simples à expliquer. Ne serait-ce par une affaire de race par exemple que, chez nous, les manifestations dans les mêmes expérimentations sont ou nulles ou contraires, car nous n'avons pas beaucoup moins d'occasions et d'habitudes de convergence que nos savants confrères.
Mais on peut invoquer ici l'argument déjà mis en avant dans les explications proposées pour le mécanisme de la production de la myopie ou du staphylôme postérieur, à savoir l'écartement supérieur des yeux dans les races du Nord ; circonstance qui entraîne une prédisposition plus grande à l'insuffisance des droits internes (voir § 265).
§ 414, — Effets résultant du supplément d'action imposé à l'oblique supérieur dans l'acte de convergence.
La considération de cette position primaire de la convergence ne peut, en effet, manquer d'avoir une grande influence sur les résultats que nous discutons ici.
Si l'on se porte en effet aux §§ 394, 395, on voit que la convergence dans un plan inférieur à l'horizon exige un changement de l'équilibre musculaire indolent de l*œil, par addition d'un surcroit d'effort développé par l'oblique supérieur.
Pour peu que cette tension ait été prolongée, il n'est pas extraordinaire qu'après la cessation de l'effort direct, il demeure dans le système moteur un trouble quelconque, spasme ou, au contraire, épuisement.
Et ce spasme ou cet épuisement vont se traduire par une modification de l'équilibre musculaire, et de la notion de la position des méridiens qu'il transmet au cerveau (conscience musculaire).
Voici un exemple remarquable de cette perturbation que nous rencontrons par hasard dans une lecture scientifique se rattachant de loin au même sujet.
« L'histoire rapporte que Michel-Ange, après avoir exécuté les fresques qui ornent les voûtes de la chapelle Sixtine, travail qu'il termina dans l'espace de vingt
i LEÇON.] GENESE DES MOUVEMENTS OCUI,AIRES. 703
mois, sans aucun aide, dit-on, en était arrivé à devoir, pour lire, tenir son livre au-dessus de la ligne de regard. » Romée (du nystagmus.)
Remarque : Nous avons le droit de faire remarquer ici l'appui que trouvent dans ces dernières observations et expériences sur les effets de la convergence mutuelle des axes optiques, les vues présentées par nous en 1863 (traité du strabisme), relativement au rôle joué par l'oblique supérieur, lors de la convergence en bas des lignes visuelles, dans le mécanisme de l'accroissement de la pression intra-oculaire et de la production du staphylôme postérieur (§§ 268, 270).
§ 415. — Conclusion.
En résumé, deux sortes de conséquences générales ressortent de ces recherches. La première, tout d'observation expérimentale ou de fait, peut s'énoncer ainsi :
L'habitude des occupations rapprochées, plus ou moins longtemps soutenues, tend à créer, puis à maintenir dans les muscles oculaires, lors de la vision vague ou indifférente, la tendance à produire dans les méridiens primaires les inclinaisons ou rotations propres à la seule convergence des axes optiques.
La seconde, de principe, est à considérer dans l'objet même de ces recherches, instituées dans la pensée, conçue à priori, de synthétiser les lois de la vision binoculaire simple, parle rapprochement, à posteriori, des lois préformées de la vision bilatérale, ou par composition directe de deux facteurs isolés.
Dégagées des vues inductives de physiologie préhistorique qui leur ont donné naissance, d'un langage métaphysique ou obscur, souvent peu en rapport avec leur objet, en un mot, considérées en elles-mêmes, ces expériences sont utiles à retenir à titre de renseignements sur les états personnels amenés dans l'équilibre du système moteur des yeux par les occupations délétères de la vie civilisée.
Ont-elles le même avantage au point de vue élevé qu'elles avaient en face d'elles ? ont-elles rapproché la solution du gros problème qu'elles soulevaient, à savoir: la justification àpriori des conceptions de Listing ou du nouvel horoptre de M. Helmholtz? On a vu nos conclusions personnelles à cet égard, dans les leçons 23 et 24 ; comme quoi, d'une part, la loi de Listing n'est exacte que dans le passage d'une position primaire à une position secondaire, et non pas d'une secondaire à une autre secondaire; et, d'autre part, nos conclusions également négatives et non moins formelles quant à l'imagination de l'horoptre.