LEÇON.] DU STRABISME CONCOMITANT
Dans le strabisme paralytique habituellement caractérisé par la présence de doubles images, il en est tout autrement;
La distance des doubles images croît avec l'étendue du mouvement dans un sens donné; décroît et disparaît, au contraire, dans la direction opposée.
Nous allons maintenant tâcher de pénétrer le mécanisme pathogénique de ces déviations :
Commençons par la première de ces classes : le strabisme fixe, statique, concomitant.
§ 427. — Du strabisme mécanique ou concomitant. — Le strabisme concomitant est souvent une condition consécutive et terminale du strabisme paralytique.
Une des origines les plus anciennement reconnues du strabisme concomitant, est une déviation antérieure appartenant à la seconde classe, c'est-à-dire au strabisme paralytique. C'était là un fait d'observation présentant un certain degré de fréquence, mais qui, ainsi que nous le verrons plus loin, avait été le point de départ d'une généralisation absolument excessive.
Cependant, étant la première en date et d'une réalité numériquement notable, nous commencerons par rechercher le mécanisme de cette transformation d'un strabisme à déviation variable, en un autre à déviation constamment égale à elle-même.
^ Nous nous demanderons donc : comment un trouble primitif de l'innervation peut, consécutivement, produire une disproportion permanente dans le balancement musculaire; en d'autres termes, comment un strabisme paralytique peut graduellement se transformer en strabisme concomitant.
Lors d'une paralysie, ou même d'une simple diminution d'innervation musculaire (parésie), cette réduction ou cette annulation dans la force propre du muscle, crée, ipso facto, l'excès relatif de puissance du muscle antagoniste, dans l'œil afTecté. Ce dernier devientainsi lesiège d un spasme relatif. Que la paralysie d'un muscle se prolonge - ce qm arrive trop fréquemment - le muscle antagoniste contracturé, se nourrit pendant tout ce temps dans un état de raccourcissement duquel .il ne peut plus revenir, et vous avez alors sous les yeux le mécanisme bien simple d'une inégalité de longueur durable, permanente, qui succède à une disproportion primitive dynamique
- Mais ce n'est pas tout : cette même paralysie d'un muscle dans i œ,l malade, peut encore amener le même effet (l'allongement du muscle homonyme), et môme de façon très marquée, dans l'œil sain, dans celui qui n'est pas affecté de paralysie; et c'est là assurémen
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l'origine de la production si régulièrement observée, — des strabisméi doubles (voy. § 449).
C'est ici que doit prendre place la belle théorie de Graefe qui, dansces circonstances, rattache encore le strabisme concomitant à l'inégalité qui existe entre la déviation secondaire et la déviation primitive?
Quand l'œil malade, frappé seulement de parésie, ou de paralysie incomplète, dit de Graefe, tend à se redresser pour viser seul un objet, dans le cas où il jouirait (ce qui n'est pas rare) d'une plus grande portée ou d'une plus grande acuité visuelle, l'influx nerveux qu'a reçoit dépasse la mesure normale. C'est la conséquence même de la paralysie.
Mais, par le fait de la synergie physiologique, son associé dansl'œil sain reçoit la même somme d'influx nerveux (Loi des mouvements associés); et comme il est intact, celui-ci, il fait un plus grandi chemin que l'œil malade. Si ce jeu-là se répète, la nutrition trouve, . comme dans l'exemple précédent, à s'exercer plus ou moins longtemps ; dans ces états inégaux, et une disproportion de longueur devenant t durable, succède, dans l'œil sain, à l'égalité primitive. D'où, encore? de ce côté, les conditions pathogéniques du strabisme concomitant.
C'est ce mécanisme qu'avait très bien saisi M. J. Guérin, mais qu'il! appliquait, nous a-t-il paru, par confusion, d'emblée, à priori, aui strabisme concomitant (mécanique).
Remarque. — Lors des premières études sérieuses faites sur l'étio- logie du strabisme, un élément causal, très logique à concevoir, avait l été investi, comme doué d'une grande supériorité de fréquence, dm rôle principal et actif d'agent de la déviation. Cet élément était pris dans l'ordre des affections convulsives, spasmodiques, si familières au i premier âge, et à la suite desquelles on voit se produire des contractures primitives, puis des rétractions secondaires d'un ou de plusieursmuscles.
On supposait que ce même mécanisme présidait le plus habituelle- ■ ment au strabisme, et l'on a même demandé à l'anatomie patholo- • gique des faits à l'appui de cette théorie, en avançant que cesi rétractions musculaires, consécutives à un spasme primitif, étaient ren- • dues évidentes pas la transformation fibreuse finale du tissu desdits i muscles.
Les recherches modernes ne confirment malheureusement pas ces s vues spéculatives. Le fait de l'origine première du strabisme conco- • mitant dans un spasme musculaire ne saurait, d'après l'observation journalière, former qu'une exception au milieu du nombre bien autrement grand des rétractions consécutives à une paralysie primitive, eti répondent au mécanisme que nous venons d'analyser.
Or cette dernière origine du strabisme concomitant (le strabisme