‹ La vision et ses anomaliesChapitre 164 sur 213 · LEÇON.] DU STRABISME DIT OPTIQUE · texte numérisé non relu

LEÇON.] DU STRABISME DIT OPTIQUE

En exposant, dans nos leçons de 1863, cette forme hypothétique de strabisme, nous ajoutions : « Nous aurions une tendance naturelle à admettre la substitution possible, dans des cas de cette sorte, d'un axe secondaire à l'axe polaire; mais nous devons avouer qu'aucun fait bien démontré n'est encore venu à l'appui de cette doctrine, et qu'au contraire les faits opposés se comptent par milliers. »

Nous ne serions pas aussi radical aujourd'hui : il nous a été donné, vers 1866 ou 1867, de rencontrer et constater très positivement et avec méthode, un cas répondant entièrement au tableau tracé instinctivement par M. J. Guérin. Vers cette époque, il fut amené à notre clinique une petite fille de sept à huit ans, affectée de strabisme convergent très marqué. Sous cette convergence, l'enfant suivait un objet des deux yeux, de droite à gauche et inversement : mais quand on voilait l'œil sain, l'œil dévié ne se redressait pas, et cependant demeurait dans le même rapport d'inclinaison avec la direction de l'objet et le suivait dans tous ses mouvements. L'acuité de ce côté était diminuée, mais suffisante encore : ce qu'elle est chez tant de strabiques de cet âge, c'est-à-dire réduite de plus de moitié.

Examiné à l'ophthaimoscope, cet œil nous fit reconnaître sur la région de la macula une petite tumeur sarcomateuse vasculaire qui aura, je le crains, amené depuis quelques mauvaises conséquences.

Quoi qu'il en soit, ce cas offrait l'exemple indéniable d'un axe secondaire suppléant l'axe polaire oblitéré.

Nous ne donnons cette observation que de mémoire, n'ayant pu la retrouver dans nos notes ; mais elle nous est présente à l'esprit comme si elle datait d'hier, eu égard à l'influence qu'elle a conservée sur nos opinions en matière de vision ; nous l'avons souvent reproduite dans nos leçons orales et avons même quelqu'idée de l'avoir déjà publiée.

L'enfant avait été amenée pour être guérie de son strabisme, et l'on acceptait l'opération. Nous nous y refusâmes cependant. La vision binoculaire existait, et l'opération l'eût détruite. Il se fût donc agi, en opérant, de sacrifier la vision naturelle binoculaire à une satisfaction extérieure ou cosmétique. Celte intervention n'eût pu avoir lieu qu'à titre de complaisance, et alors seulement pour répondre à la volonté d'une personne en âge de faire son choix et de peser le pour et le contre.

Quoiqu'il en soit, nous avons en cette observation l'exemple d'une suppléance absolue et complète de l'axe polaire absent, par un axe secondaire constant. Cet exemple nous est fourni, mais seulement à titre temporaire, par l'axe secondaire qui, dans un strabisme concomitant confirmé, est en connexion habituelle binoculaire avec l'axe polaire du côté sain. Mais, dans ce dernier cas, sil'on voile l'œil sain, l'œil strabique se redresse généralement.

740 VISION BINOCULAIRE. [31c

Cette petite discussion pourra ôtre rappelée et invoquée dans les questions de physiologie de l'ordre suivant, que nous avons maintes fois posées clans nos précédentes publications, et queM. Helmholtz soulève aussi (voir leçon 24e, § 371).

« Le point polaire (centre de la fovea) est-il le point de fixation, anatomiquement obligé, le centre invariable du champ visuel rétinien?

L'observation que nous venons de rapporter semble démontrer, en conformité en cela avec les opinions de M. Helmholtz, que le point polaire n'est que le plus parfait des éléments rétiniens, mais qu'il l'est de beaucoup, ce qui explique sa grande prédominance, même en cas de diminution sensible de l'acuité centrale. Il faut que cette sensibilité soit terriblement réduite pour céder en qualité à une région excentrique.

Ce point de doctrine appelle, on le voit, encore de nombreuses observations.

§ 444. — Pathogénie du strabisme. — Influence des taies cornéales sur la production du strabisme.

Lorsque nous rencontrons cette association d'un strabisme nettement défini, et d'une opacité partielle des surfaces réfringentes, force nous est donc de rechercher le mécanisme physiologique ou morbide auquel elle est due.

Deux catégories de motifs peuvent être et sont invoqués dans ecl objet.

Suivant quelques auteurs, l'inflammation oculaire à laquelle sont dus la taie, leleucôme, a pu atteindre, en se propageant par le tissu i sous-conjonctival, le tissu même du muscle, déterminer sa rétraction consécutive.

Cette origine a cependant soulevé certains doutes, tenant à l'absence de toute démonstration de l'existence réelle de cette communication directe du processus phlegmasique de la cornée au muscle.

Mais il n'est pas nécessaire d'admettre cette propagation ellemême. Un état spasmodique, réflexe, de plus ou moins longue durée, produit par l'inflammation de la cornée, suffirait à rendre compte du fait final observé, la déviation. Une affection articulaire j provoque la contraction réflexe des muscles en rapport avec cette I articulation. Est-il, dès lors, anti-physiologique de supposer unej contraction, un spasme de cet ordre pendant la photophobie q"M accompagne une kératite? Prolongez par la pensée la durée do cc spasme ou de cette contraction sympathiques, et vous aurez, au bout de ce temps, un raccourcissement musculaire organique. Cette

Page 1