LEÇON.] DU STRABISME DOUBLE
il existe toutefois une prédominance des mouvements en dedans, dimin ution des mouvements en dehors sur les deux yeux, bien qu'il n'y en ait qu'un qui soit constamment dévié, l'autre gardant invariablement une direction correcte. Il faut donc admettre le raccourcissement des • deux muscles droits internes. Ce raccourcissement, de dynamique qu'il était d'abord, devient organique dans le strabisme permanent : il n'y a pas d'altération pathologique des tissus. Les deux muscles droits internes se raccourcissent, parce que les sujets prennent l'habitude déporter les objets du côté del'œil dévié, de sorte que le droit interne sain, est sollicité à se contracter avec plus d'énergie, circonstance favorable à la correction de l'hypermétropie (Donders). »
Il y a donc des strabismes doubles; disons plus : après quelques mois de durée — mettons, si l'on veut, quelques années — il est bien peu de strabismes qui ne soient devenus doubles. La loi jadis formulée par M. J. Guétïn est le plus souvent vérifiable : « Tout strabisme d'un œil, en un sens, amène tôt ou tard une déviation de même sens dans l'autre œil. »
Cette loi est le résumé du mécanisme dont nous venons d'emprunter l'exposition à M. Donders.
Pour éloigner tout malentendu, nous appellerons donc l'attention sur ce point de doctrine : que le strabisme doit être considéré à un double point de vue :
1° Sous le rapport subjectif : il répond alors exactement à la définition de Donders. Cette définition est prise dans les rapports discordants des pôles rétiniens, ou points de fixation du regard.
| 2» Sous le rapport objectif, c'est-à-dire sous celui des rapports de l'arc d'excursion des yeux avec les commissures palpébrales. Quand cet arc est transporté notablement vers une de ces commissures, en abandonnant d'autant l'autre, il y a strabisme ou inclinaison unilatérale de cet œil.
Suivant la question de détail à trancher, on considérera plus expressément l'une ou l'autre de ces significations du mot strabisme ■ et nous dirons que si le strabisme, subjectivement considéré, est toujours simple, il est le plus souvent double sous le rapport objectif en ce sens que, pour l'œil sain lui-même, l'arc de la mobilité incline dans le même sens que Je fait l'œil dévié.
§ 450. — Du strabisme alternant.
JCÛ%TYenVG â.trabiSme intermittc^ inconstant dans Le |mciPe fin.t par devenir permanent. La règle est que c'est un seul œ. et toujours Je même, qui se dévie (strabisme simple). H peut cependant être alternant. État fort curieux et non très rare
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dans lequel l'observateur croitsouvent être le jouetde quelqu'illusion; ayant reconnu la veille un strabisme simple de l'œil droit, et se trouvant le lendemain en présence d'un strabisme simplede l'œil gauche. Dans ce cas-là, on constate l'égalité de l'acuité visuelle entre les deul yeux.
Cette particularité est intéressante et doit être mise à profit. Elle se fonde sur un besoin égal, et une possibilité égale, dans les deux yeux, d'une vision nette. Au point de vue de la réparation, après l'opération, il est très heureux d'avoir ainsi à sa disposition le secours des éléments mêmes de la vision binoculaire. Cette condition d'alternance doit donc être avec soin conservée jusqu'au moment où l'opération pourra être pratiquée.
Dans cette forme, on constate l'exercice alternatif de la vision au moyen des rapports ou de l'association de l'axe principal d'un côté, avec un axe secondaire de l'autre. En outre, l'échange de ces axes est constant.
Chaque œil neutralise donc, par abstraction psychique, tantôt ce qui appartient au demi-champ visuel droit, tantôt ce qui ressortit au demi-champ de gauche. Cette neutralisation alternante montre ainsi que, dans ce phénomène, la sensibilité des deux rétines a toute son intensité, mais qu'alternativement, l'attention cérébrale peut porter entièrement sur l'une des images à l'exclusion simultanée de l'autre.
§ 451. — Développement du strabisme convergent.
On voit le strabisme convergent, suite d'hypermétropie, se développer le plus souvent, entre la première et la cinquième année; plus près pourtant de cette seconde époque que de la première; ses rapports avec l'anomalie de réfraction expliquent cette circonstance, puisque c'est vers cet âge que les enfants commencent à apporter plus d'attention dans les objets rapprochés. Les récits que l'on entend souvent de l'apparition du strabisme peu après la naissance, à la ^uite de convulsions et d'autres maladies, ne méritent généralement que peu de créance; au moins doivent-ils toujours être très scrupuleusfl ment contrôlés.
La déviation est d'abord passagère, subordonnée à l'action de regarder fixement; l'œil se redressant dès que le regard redevient vague ou indifférent : c'est ce que Ton a appelé la période intermittente Au strabisme.
Pendant toute sa durée, même lorsque la déviation ne survient qu'à seize ou dix-huit ans, on n'entend jamais les sujets se plaindre de diplopie.
M. Donders explique cette circonstance par ce fait que la déviation