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LEÇON.] STRABOTOMIE : EFFETS CONSECUTIFS

circonstances bien définies, porter les épreuves : chez le myope, on ne craindra pas un léger degré de convergence apparente lors de la vision au loin, et l'on aura soin de constater que la vision des objets très rapprochés ne produit point d'images doubles croisées; pour les vues longues ce sera le contraire, et c'est de la limite éloignée qu'il faudra se préoccuper.

Il est à cet égard une observation à faire ; c'est que, dans les premiers temps après l'opération, le muscle incomplètement cicatrisé est plus ou moins comparable à un muscle paralysé, et par là incapable de produire tous ses effets. La diplopie, quand on provoque l'action encore incomplète de ce muscle, n'a donc pas toute la signification que l'épreuve précédente comporte.

Gomment dès lors baser un jugement sur cette épreuve? Très simplement; il n'y a qu'à étudier l'étendue du balancement musculaire en sens opposé.

Le sujet est-il myope, et la ténotomie a-t-elle porté sur le droit interne ; on place un objet à 3 pouces, et cet objet provoque une diplopie croisée. Mais on a quelque raison de l'attribuer à la greffe encore incomplète du muscle. Eh bien, renversons l'expérience : du côté de la divergence, nous n'avons point à redouter d'images doubles par inertie des droits externes. L'objet étant tenu à 6 pouces, voyons quelle étendue les muscles associés vont pouvoir parcourir dans le sens externe. Plaçons des prismes à sommet externe devant les deux yeux. Des prismes de 21° amènent les axes optiques dans le parallélisme. Eh bien, si nous atteignons à cette limite, chez le myope, il n'y aura pas d'insuffisance à craindre vers l'horizon ; donc elle sera à redouter du côté des objets rapprochés; et cette crainte augmentera si l'angle de 21» est aisément surmonté, et, à fortiori, si les yeux fusionnent les images doubles de prismes plus forts.

Dès lors toute l'attention doit se concentrer sur l'insuffisance possible du côté des objets rapprochés.

Mutalismutandisilensera.de môme pour la vue longue; et une épreuve de môme ordre doit lui être appliquée.

En un mot, si du côté du muscle coupé, l'épreuve positive ne peut ire faite avec certitude, elle peut être tentée dans le sens opposé mis alors doit être négative. Pour ne pas avoir à redouter dïnsuffi- ?ance d'un cùu', il faut en rencontrer une légère dans le sens con- Puis(ïue l'0D ne Peut compter sur un balancement exael el ggulier, rendu impossible par le changement de rapports introduit crii.iv les longueurs musculaires.

On n'oubliera pas, d'ailleurs, les considérations présentées plus jaut , a propos du strabisme par sympathie que peut affecter el lu allectc communément l'œil gain.

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Si les épreuves précédentes ont été satisfaisantes, il n'y a nulle préoccupation à conserver à l'endroit de cette apparence qui persiste encore après l'opération. L'expérience générale concorde à considérer ce strabisme de l'œil sain comme se corrigeant, à la longue, spontanément. Toute la question est toujours dans les insuffisances possibles, et ce que nous venons d'en dire doit suffire à fixer la conduite du praticien.

§ 480. — Conduite à tenir pendant la période de cicatrisation, en prévision d'un effet insuffisant.

Que peut-on faire immédiatement après l'opération, pendant les vingt-quatre, les quarante-huit premières heures qui la suivent, et pendant lesquelles s'opèrent les processus, d'abord de l'implantation sur la sclérotique de l'extrémité du tendon rendu libre, secondement, de la consolidation progressive d'attaches cellulo-fibreuses encore plus ou moins molles et flexibles?

Y a-t-il quelque moyen d'agir sur ce processus, d'influer pendant son accomplissement, sur le degré d'étendue de l'arc de la mobilité finale, par diminution, si l'on redoute une insuffisance du muscle coupé, par extension, si l'on redoute, au contraire, la survivance d'un raccourcissement dans le sens ancien?

a) Prenons d'abord le cas d'un strabisme convergent. Dès le commencement de cette première période, c'est-à-dire le premier jour, on peut instituer une conduite en rapport avec la crainte conçue à première vue.

L'œil opéré, en voie de cicatrisation, est évidemment assimilable à l'œil frappé de paralysie, complète au moment qui suit sa division; en voie de régression progressive, au fur et à mesure de la cicatrisation.

On peut donc appliquer à ses rapports avec son congénère, les lois constatées dans les relations de la déviation secondaire avec la déviation primitive lors d'une paralysie; en particulier, celle même qui caractérise cette paralysie : la déviation secondaire l'emporte sur la déviation primitive (§§ 424, 495, 496). «•

Si donc on a en vue de remédier à une crainte de persistance d'un certain degré de raccourcissement du muscle opéré, on pourra, pour obtenir un accroissement d'effet, du côté de l'œil opéré, faire développer une déviation secondaire dans l'œil sain. Il suffira, pour cela, de couvrir ce dernier et de provoquer le mouvement tic l'oBO opéré, dans le sens du muscle coupé.

Tous les efforts infructueux faits par ce dernier seront reproduits avec exagération dans l'œil sain; cl la répétition constante ou fréquemment renouvelée de la mise en jeu de cette déviation secon-

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daire, ne peut qu'être favorable à l'agrandissement de l'angle mutuel entre les axes optiques.

Mais ce n'est pas une chose tout à fait innocente que de laisser libre un œil tout fraîchement opéré, et, en outre, de le rendre le siège d'efforts musculaires, au lieu même de la plaie. On pourra heureusement y obvier dans une certaine mesure tout en couvrant cet œil et en chargeant le muscle sain des efforts de mouvement. D'une manière générale, ce sera même le procédé à suivre, vu que l'œil opéré est loin d'avoir constamment une perception visuelle qui se prête à cet emploi.

En couvrant cet œil d'un bandeau et en prescrivant au malade de regarder avec l'autre, et constamment, s'il est possible, du côté de 'œil opéré, on arrivera en effet, à un résultat analogue.

Dans ce cas à la vérité, c'est la déviation primitive que l'on met en jeu; mais une déviation primitive qui a de nombreux points communs avec la déviation secondaire. On remarquera en effet que si l'on a sectionné, par exemple, le droit interne droit, et que l'on fasse regarder avec obstination le malade à l'extrême droite (de son œil gauche par conséquent), l'œil droit se porte par synergie d'une manière égale sur la droite. Or, pendant ce mouvement, le muscle coupé est naturellement demeuré inactif; son extrémité libre n'a pas été entraînée par le globe vers la droite, comme elle l'eût été dans la paralysie. L'intervalle entre la nouvelle insertion et l'ancienne, si elle se fait dans ces rapports d'extrême adduction de l'œil gauche, est donc plus grand que si elle se faisait pendant le parallélisme des lignes de regard avec le plan médian ou sagittal de la face. On a donc là un écartement tout à fait de même ordre que dans le cas où Ton aurait mis en œuvre l'action de la déviation secondaire.

Ce résultat peut être poursuivi pendant tout le cours de la première période de la cicatrisation. Si on l'a négligé le premier jour, on peut, lors du second et même du troisième pansement, chercher encore à l'obtenir. Il suffit pour cela de passer de nouveau le crochet mousse sous la nouvelle insertion, et d'en détruire les adhérences au globe.

Maintenant, recommanderons-nous ce procédé : oui, si la crainte de la survivance du raccourcissement est criante. Non, s'il y a quelque doute à cet égard.

Ce moyen risque d'outrepasser les résultats poursuivis • on n'en eut aucunement contrôler L'étendue. Si, dans la généralité des cas, 'inattention ou l'insouciance du malade en rendent L'efficacité problématique, nous en avons rencontré, ,,,•„• contre, quelques-uns ou

effet cherché avait été dépassé. Ce q st toujours disgracieux pou,

operateur. Le plus souvent donc, et à, moins d'indications très posl-

tiinAUU-TKULON. — Ù VISION. 5Q

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tives, nous abandonnons à lui-même, pendant les premier» jours, le processus de la cicatrisation.

En résumé, pour accroître l'effet dans le cas de la rétro-raphie pour un strabisme convergent, nous chercherions, pendant la première période de la cicatrisation, à amener plus de divergence que ne semble en devoir comporter l'indolence du regard ou le parallélisme des lignes visuelles lors de l'inattention; à cet effet, après avoir pansé et recouvert l'œil opéré, nous recommanderions au malade de regarder (de l'œil sain) avec persévérance du côté de l'œil opéré et à l'extrême.

b) Cas du strabisme divergent. — S'agit-il au contraire d'un strabisme divergent, et voulons-nous accroître l'effet de l'opération que nous redoutons devoir être insuffisante, c'est la conoergence relative que nous devons chercher à produire.

Nous y arriverons encore de la même manière, c'est-à-dire en faisant porter l'œil sain dans le sens de l'œil opéré, une convergence en excès étant l'effet naturel de ce mouvement.

De sorte que pour le cas d'une insuffisance d'action opératoire, qu'il s'agisse de strabisme convergent ou de strabisme divergent, la même règle est applicable : panser l'œil à la manière ordinaire e% tendre constamment le regard de l'œil sain, du côté de l'œil opéré.

Dans ce dernier cas, où l'on cherche à aider à l'accroissement de la convergence finale, on rencontre une seconde méthode dans l'application de la synergie qui relie entre elles la force accommodative et les mouvements de convergence mutuelle des axes. A cet effet, on n'aura qu'à engager le malade à lire d'une manière plus ou moins suivie, soit des deux yeux, s'il n'en résulte pas trop de fatigue, soit au moyen du seul œil sain.

§ 481. — Conduite à tenir dans la prévision d'un effet final exagéré.

Supposons maintenant le cas contraire, et qu'on ait lieu de redouter une insuffisance finale dans le sens du muscle coupé, en d'autres termes, d'avoir dépassé la mesure cherchée.

Pour un objet contraire, il faudra naturellement recourir à des procédés opposés.

Parlons d'abord du strabisme convergent.

Si, après l'opération, on craint de voir se produire une divergence relative, on doit se proposer évidemment d'agir sur la greffe musculaire dans un sens qui ramène un certain degré de convergence. D'après ce que nous venons de dire, un seul moyen s'offre, la tension de l'accommodation pendantla réparation : lalecture prolongée ou des deux yeux, ou au moins d'un seul.

S'il s'agit au contraire d'un strabisme divergent, c'est de la divergence qu'on va vouloir ramener dans une certaine mesure.

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Or ici, quelque soitle sens dans lequel on porte l'œil sain, on ne pourra que maintenir les axes en parallélisme, ou amener de la convergence. Nulle méthode orthopédique ne peut être invoquée en cette occurrence. Considérant en effet le sens de l'action suspendue par la division du muscle, on voit que la tension du regard de l'œil sain du côté opéré ne peut y amener que de la convergence; et que d'autre part, la tension de ce même œil du côté opposé entraîne dans un mouvement parallèle l'axe de l'œil opéré, couvert.

La seule ressource en ce cas est le procédé applicable d'ailleurs dans tous les autres cas de même ordre, à savoir le rapprochement mesuré des lèvres de la plaie par une suture.

% 18,;. — De l'enfoncement de la caroncule à la suite de la strabotomie.

L'opération de la strabotomie est souvent suivie d'effets secondaires en importance, mais auxquels le chirurgien est parfois appelé à remédier.

Nous voulons parler de l'enfoncement de la caroncule, et de la saillie du globe oculaire (voir § 472).

Parlons d'abord de l'enfoncement de la caroncule. De Grœfe conseille, pour y remédier, une modification du procédé de Cunier, lequel consistait, comme on sait, en une suture de la conjonctive après l'opération de la ténotomie.

De Graîfe, attribuant cette petite difformité à l'action du tissu cicaiciel du muscle sur la conjonctive, incise cette dernière, au point uu se pratique l'opération de la ténotomie, mais plus largement. Puis détruit les adhérences secondaires de la conjonctive avec le bulbe avec la face extérieure du muscle, et ramène ensuite les parties n avant par un point de suture.

La suture produit ici des effets tout différents de ceux qui en esultent lorsqu'elle est faite immédiatement après la strabotomie; ar alors les adhérences qui s'établissent ramènent en avant le muscle léplacé et qui est encore mobile. Dans ce cas-ci elle ne ramène en ivant que la conjonctive.

Quant à la saillie plus forte du globe après l'opération, saillie que le Graîfe attribue à l'agrandissement delà fente palpébrale (et que ous mettrions plus volontiers sur le compte de l'action des muscles trotracteurs, §388), de Grœfe conseille d'y remédier en ramenant à la ême longueur les deux fentes palpébrales. Il pense en effet que cette ifl'érence des fentes palpébrales était antérieure à la strabotomie, 1 80 ''attachait d'ailleurs à la déviation. (De Gnefe semble attribuer ette inégalité à l'action prolongée d'une cornée plus convexe et gissant entre les paupières à la façon d'un coin.)

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Pour y remédier, de Grœfe conseille de raccourcir la fente à son angle externe comme dans un ectropion qui aurait tiraillé cetffl fente.

Voici le procédé opératoire que suivait le regretté professeur de Berlin : (Tarso-raphie.)

« Il est facile de se convaincre que le rapprochement des bords palpébraux, près de leur angle externe, diminue l'écartement des paupières; on peut donc ramener de cette manière une fente palpébrale trop large à un degré normal d'ouverture. Il faut déterminer d'abord, en pinçant les paupières, dans quelle étendue à peu près elles doivent être réunies, pour qu'on obtienne le résultat voulu, à peu près comme on évalue, dans le ptosis de la paupière, l'étendue du pli cutané à exciser, en appliquant une petite pince. J'enlève le bord ciliaire des deux paupières dans l'étendue d'une ligne à une ligne et demie à partir de l'angle externe, en interposant d'ordinaire, une plaque de bois entre l'œil et la paupière. J'avive la partie intermarginale un peu au delà, de manière à obtenir en somme une plaie d'une ligne et demie à deux lignes et demie, tout en évitant de produire une trop grande perte de substance près de l'angle externe et à la partie interne du bord avivé; enfin, je réunis au moyen d'une seule aiguille.

« Il faut tenir les yeux fermés au moins pendant deux jours pour assurer le succès de l'opération; sans cela, le clignotement des paupières empêche assez souvent la réunion par première intention.

« L'effet, pour être satisfaisant, doit paraître beaucoup trop marqué au commencement, au point que l'œil opéré paraîtra beaucoup r plus petit que l'autre. Cette différence disparait au bout d'un moisi quand les mesures ont été bien prises. »

Quant aux suites chirurgicales de la strabotonhe, elle? sont dos plus simples. Des compresses d'eau fraîche sur l'œil opéré, le repos dans l'obscurité pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures, quelquefois pendant une journée seulement. Voilà tout le traitement à instituer.

Si, par exception, les choses ne se passent pas aussi simplement, nous n'avons pas besoin d'établir une discussion sur ces cas imprévus, * le chirurgien suivra naturellement les indications présentes, et nous écrivons ici pour des chirurgiens.

Le petit bourgeon charnu qui se développe après l'opération, poun peu que la conjonctive ait été largement ouverte, préoccupe quelque-» lois et le malade et l'opérateur. La conduite à tenir est des plus simples; on laisse ledit bourgeon se développer sans s'en oeeupci 1 pendant quelques semaines. Quand on a reconnu qu'il s'est élrangl* j à sa base de façon à former un petit pédicule — c'est sa manièrt I régulière de se comporter — on l'enlève d'un coup de ciseaux cour- I

leçon.] RESULTATS DE LA STRABOTOMIE. 78!)

bés sur le plat; quelques gouttes de sang, un peu d'eau fraîche, et c'est fini.

Il y a quelquefois récidive; cela arrive si l'on n'a pas attendu la formation d'un pédicule assez mince. On en est quitte alors pour recommencer.

§ 483. — Strabismes en haut et en bas.

Nous nè nous sommes occupé jusqu'ici que des muscles de la divergence et de la convergence. Il y a cependant à dire quelques mots du strabisme sursùm et deorsùm. Ce ne sera pas bien long.

Nous avons vu, leçon 26e, § 391 et 392, que tout mouvement des yeux en haut ou en bas, direct, appelle en action deux muscles,. et s'il est oblique, trois; une déviation directe ou oblique, en haut ou en bas, exigera donc une étude différentielle qui indique au chirurgien quel est le muscle raccourci.

Nous n'entrerons pas ici dans cette discussion : les éléments seront très simples et chacun les déduira avec la plus grande facilité de l'étude des paralysies qui font l'objet de la dernière partie de ce travail.

Ajoutons seulement que s'il s'agit de corriger une insuffisance du droit supérieur ou du droit inférieur, il n'y a rien à modifier, que le lieu de l'opération, dans le procédé décrit au § 467.

Quant aux obliques, on trouvera dans les manuels de médecine opératoire la description des procédés qui peuvent être mis en œuvre. Disons pourtant que, jusqu'ici, la ténotomie des obliques n'est pas encore scientifiquement classée et que rien de satisfaisant ne saurait encore être dit à son endroit : d'où nous pouvons conclure qu'elle n'a pas jusqu'ici ses indications précisées, car en Allemagne, où se pratiquent annuellement près de cinq mille opérations de strabisme, elle n'a pas de rang dans la pratique, ni dans la théorie.

§ 184. Des résultats de la strabotomie.

Les conséquences de l'opération de la strabotomie sont à considérer au point de vue chirurgical d'abord, au point de vue fonctionnel final en dernier lieu.

Sous le premier rapport ils sont - nous oserions dire « toujours» satisfaisants; - si ce mot toujours était applicable à un résultat chi rurg.cal. Pour ne pas nous exposer à la manifestation raisonnable d"". doute' nous dirons seulement avec une assurance entière qu'il n existe pas à notre connaissance, une opération - puisque opération

IjJn P ",î lnn°Cente, ^ qUi ]aiSSG 10 chi»'u^n Plus tranquille lorsquil quitte son malade. H

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A l'époque où nous exposions les théories nouvelles (1863), ou plutôt les progrès considérables accomplis depuis l'inauguration de la méthode brute de 1839, nous ne pouvions invoquer que l'expérience de nos voisins; et si nous étions édifié, quant à nous, il ne nous était cependant permis de manifester que notre confiance personnelle.

Aujourd'hui, après dix-huit années, nous pouvons joindre les résultats de notre propre expérience à. celle des ophthalmologistes étrangers, et ce témoignage sera certainement corroboré par tous les médecins, malheureusement encore en trop faible nombre, qui ont été appelés à les contrôler.

Ces résultats, nous ne les offrirons pas sous la forme régulière d'une statistique détaillée: nous n'en avons pas pu conserver les éléments. Mais si nous disons que sur un minimum de 30 opérations par année, ces quinze ans ne nous ont jamais, nous disons jamais, pas une fois sur 4 à 500 cas, donné une heure de complication chirurgicale quelconque, il nous semble que, sous ce point de vue restreint des suite? chirurgicales, il y a là justification complètement rassurante de cette intervention.

Venons maintenant aux conséquences fonctionnelles : en ce qui concerne celles-ci, nous pouvons encore reproduire en notre propre nom, ce qu'en 1863 nous empruntions à notre illustre maître de Grsefe.

Pour apprécier les effets terminaux de l'intervention chirurgicale, il y a, comme au moment où il s'agissait de préciser les indications opératoires et leurs limites, lieu à poser encore deux catégories de cas. L'objet poursuivi n'est pas le même chez un sujet désormais impropre à la vision binoculaire, ou chez celui en possession d'une perception binoculaire suffisante.

Chez ce dernier , l'effet ne sera absolument complet qu'après restitution de la vision associée et simple : chez les premiers, la restauration de l'harmonie apparente, L'effet dit cosmétique, sera le seul desideratum à réaliser.

Si le problème est simple dans ce second cas, la réalisation de l'effet cosmétique, on voit qu'il est loin d'en être ainsi quand il s'agit d'une restitution fonctionnelle complète.

On le comprend aisément : dans tout strabisme concomitant confirmé, (l'alternant excepté), une des plus ordinaires complications est la diminution de l'acuité visuelle. Avant d'annoncer la restauration intégrale de la fonction, laquelle a pour base un degré de perception comparable, sinon égale entre les deux yeux, il faut avoir obtenu cette proportion nécessaire.

On y arrive par des exercices tant préalables que consécutifs, dan? un grand nombre de cas ; mais on sent que cette première restitution

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de la sensibilité rétinienne est le premier pas, la première conquête à assurer.

C'est dans cet objet qu'il est si important, quand un strabique vous est amené, soit avec la forme alternante, soit avec la forme intermittente ou périodique, par conséquent à une époque de la maladie où les deux yeux jouissent encore d'une égalité ou entière ou très rapprochée de puissance de perception, de les maintenir dans ces conditions d'égalité, par l'exercice journalier de chaque œil à l'exclusion de son congénère.

Dans le même esprit est-il également nécessaire, quand on a reconnu dans l'œil dévié les éléments existants d'une perception qui n'a besoin que d'être réveillée, de faire précéder l'opération de semblables exercices. Quinze jours et plutôt encore un mois, ne son t pas à cet égard un temps mal employé.

Quel que soit d'ailleurs le degré de perception que l'on parvienne à rétablir par ces exercices, il n'y a pas à douter que cette perception ne gagne encore après l'opération par le seul fait de la restauration du concours régulier des axes optiques; non pas qu'il faille pourtant exagérer les effets de cette influence qui ne devra pas dispenser des exercices journaliers de l'œil faible isolé. Mais, comme on l'a vu au § 331, leçon 20e, le concours de deux yeux même assez inégaux a en soi une grande valeur fonctionnelle. Le lecteur s'en peut faire une idée au chapitre consacré à la physiologie supérieure de la vision binoculaire.

De Grsefe a, sur de très grands nombres, pu construire un tableau d'ensemble des effets fonctionnels obtenus, et même des limites de leur perfection, par cette admirable opération.

Nous allons la reproduire ici : « Sur cent cas de strabisme concomitant, quatre-vingt-dix-neuf se présentent à nous chez lesquels il n'y .a point perception simultanée de l'objet par les deux rétines; mais chez vingt-cinq sur ces cent, il est possible de faire naître cette perception d'images doubles simultanées, soit au moyen de prismes, soit au moyen de verres de couleurs différentes.

« Sur vingt-cinq autres, vous n'arrivez à ce résultat qu'après avoir pratiqué la strabotomie.

« Soit un ensemble de cinquante pour cent environ chez lesquels vous pouvez vous proposer pour but, et le plus souvent avec succès, le rétablissement de la vision associée simple. »

Quanta la seconde moitié des cas, elle ne vous offre d'autre espoir que le rétablissement de l'harmonie apparent,-, de l'effel cosmétique Rassurez-vous pourtant : c'est de ce résultat que les malades el leur entourage vous sauront généralement le plus de gré.

En ce qui concerne le rétablissement de la vision binoculaire, n'ou.

71,2 VISION BINOCULAIRE. [33^

blions pas que le déplacement de l'arc de mobilité a plus ou moins diminué l'étendue du mésoroptre binoculaire; que, par conséquent, il est presque impossible d'éviter l'apparition d'images doubles à l'une des extrémités du champ visuel; images, il est vrai, souveal peu gênantes, eu égard à la grande diminution del'acuïté, à la périphérie. Ajoutons aux considérations que nous avons présentées ces dernières remarques de de Grsefe :

« Quand il s'agit d'apprécier l'état des choses, il ne faut pas oublier que dans le repos complet des yeux, les axes optiques ne sont pas ordinairement parallèles, mais qu'ils s'entre-croisent à une distance déterminée, en rapport avec l'équilibre de tension des muscles de l'œil ; cette distance, très variable avec les individus, est assez petite, chez les myopes à mésoroptre étroit, pour amener un certain degré de convergence. Les variations physiologiques nous ont déjà habitués à une légère convergence, lorsque les regards sont vagues et que le degré de convergence dépasse quelque peu les limites physiologiques.

« La divergence, au contraire, imprime toujours à la physionomie quelque chose de hagard, d'inanimé; le regard ne parait pas naturel, il exprime la distraction et la souffrance. Les images doubles homonymes de la convergence relative ne tardent pas, au contraire, à perdre leur influence nuisible. En somme, en maintenant pour la vision distraite une certaine convergence, les conditions de la vue sont beaucoup plus favorables que dans le cas contraire. La divergence doit donc, par-dessus tout être écartée, surtout pour les distances correspondant à un degré actif d'accommodation rapprochée.

« L'expérience nous a, en outre, appris qu'en suivant ces règles, le résultat est plus satisfaisant quant à la puissance visuelle de l'œil strabique. »

En faisant disparaître le défaut d'harmonie qui existait entre les forces musculaires, on se trouve avoir rendu plus faciles, pour l'œil faible, les exercices séparés si utiles pour le rappel de la sensibilité endormie.

En résumé, si la fonction binoculaire n'est que dans le moindre nombre des cas susceptible d'une restauration complète, absolue, le strabisme considéré comme tel, est au contraire, dans la grande généralité, véritablement guéri, en ce sens que l'harmonie est rétablie dans le regard. Il n'y aque le physiologiste qui puisse se montrée sévère dans le jugement à formuler et signaler les desiderata que l'opération peut laisser après elle, et que nous venons d'indiquer.

Pour les assistants, pour le malade, le résultat est immense.

Ieçon. I

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