LEÇON.] DE L'EMPLOI BINOCULAIRE DES LUNETTES
Pour tous les cas moyens, on ne court donc point le risque de violenter soit la convergence, soit l'accommodation, dans leurs rapports mutuels, si l'on a soin, lors des travaux plus ou moins rapprochés, de calculer la distance mutuelle des verres positifs de façon qu'ils se trouvent placés plus ou moins exactement sur les lignés visuelles de la convergence imposée par la position de l'objet (comme dans la fig. 108).
Etant donnés la distance de ce point de concours et l'écartement des yeux, rien n'est plus simple que de faire ce petit calcul.
Mais on n'a là qu'une solution de composition avec les difficultés de la question pratique, et, si l'on veut — ce qui a souvent une très réelle importance — comme nous le montrerons tout à l'heure, régler rigoureusement les rapports de la convergence avec l'accommodation, il y aura lieu de se conformeraux conséquences de l'analyse qui va suivre, et que nous empruntons à notre Traité de la vision binoculaire (§ 238).
Au lieu de deux lentilles distinctes, placées au droit de chaque œil , supposons qu'il n'y en ait qu'une seule, LL', mais assez large pour r; que les deux yeux 0, 0' puissent se placer symétriquement de chaque côté de l'axe du système.. On voit que, dans ces condition»;, l'image virtuelle A' de A étant sur l'axe commun et unique, le point de concours des deux axes polaires se trouve exactement en rapport, et spontanément, avec le degré de l'accommodation.
Pour réaliser cette solution simple, on se servira donc d'une lentille unique comme dans l'a figure 109, et comme a été depuis réalise l'instrument nommé « graphoscope » (loupe binoculaire à photographies), et dont nous indiquerons tout à L'heure une autre et avantageuse application (§ 492).
Les considérations qui précèdent concernent seulement l'œ'il emméfcrope.; dans . l'amétropie, les rapporta de l'accommodation et de la convergence>ont quelque peu différents.
Fig. ion.
808 VISrON BINOCULAIRE.
Dans le travail précité de Donders, ces rapports s'ont indiqués et les voici :
Dans l'hypermétropie, seul cas qui, exigeant comme la presbytie l'emploi de verres convexes, se rapporte à la discussion actuelle, l'accommodation, au lieu de se partager, comme chez l'emmétrope, plus ou moins également en deçà ou au delà du point de convergence est comme reportée en bloc du côté de l'horizon. Plus ou moins facile encore pour les convergences éloignées, elle manque d'autant plus qu'on rapproche davantage l'objet de l'attention (§ 398).
En deux mots, chez l'hypermétrope, l'accommodation manque et la convergence est au contraire facile ; elle est même plus que facile, puisque, ainsi que nous l'avons montré (voir la lre leçon, § 16) dans cette amétropie, existe le plus souvent une certaine tendance à la production du strabisme convergent (insuffisance des droits externes).
Lors de la rupture de l'harmonie amenée par les lunettes positives associées, entre la convergence et l'accommodation, il y aura donc, chez l'hypermétrope, autant à se préoccuper de venir en aide à cette dernière qu'on pourra avoir un moindre souci de la convergence. Il
y aura donc bien moins d'imporm "? • tance chez lui que chez l'emmé-
trope à rapprocher des axes oculaires en convergence les centres des verres convexes employés. Et même, eu égard à cette propriété dont jouit la convergence d'entraîner à sa suite et synergiquement la faculté accommodative, il pourra y avoir avantage chez l'hypermétrope à laisser les yeux en rapport avec la moitié de chaque verre agissant à la façon d'un prisme convergent, c'est-à-dire à écarter plutôt qu'à rapprocher les centres de ces verres.
b) Passons au cas de l'excès de réfraction ou à l'emploi des lunettes concaves ou négatives. — La même argumentation appliquer à l'usage des verres concaves nous conduirait « mutatis mutandis »
aux conséquences suivantes.
Premièrement : le rapport exact des centres des verres concaveavec les centres des pu pi 1 1 es étanl préalablement établi sur la distance
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mutuelle de celles-ci lors de la vision indifférente au loin (suivant les axes xi/,x'i/'), si, dans ces conditions, la vue doit se porter sur un objet A plus ou moins rapproché et dont chaque verre doit procurer une image virtuelle m ou n, plus voisine que l'objet de l'observateur, les deux images virtuelles seront dans les rapports de la diplopie homonyme (ou du strabisme convergent). (Voyez la fig. 110.)
Leur fusionnement exigera donc un effort de divergence relativement à la position de l'objet : effort de divergence qui serait épargné dans la proportion du rapprochement des centres des verres, et annulé au moment où ces centres arriveront sur la ligne droite qui réunit l'objet visé au centre diop trique de l'œil correspondant.
Alors, s'il s'agissait d'un emmétrope, l'accommodation et la convergence seraient sinon dans un rapport absolu, du moins dans des relations conformes à la physiologie pratique (voyez fig. 111).
Mais de même que chez l'hypermétrope , quoiqu'en sens contraire, la loi de ces rapports communs est modifiée chez le myope, auquel seulement peuvent être d'ailleurs conseillés des verres négatifs.
« Chez le myope, la latitude Se l'accommodation, quoique toujours à peu près la même comme quantité totale au même âge, est transportée en bloc du côté et en deçà de sa limite, inférieure monoculaire, perdant pins ou moins du côté de l'horizon » (voir § 398) (Donders)
Mais, d'autre part, concurremment avec cette première dérogation a la loi qui régit l'emmétropie, à savoir cette facilité particulière à accommoder en deçà même du punctum proximum, on observe presque, sans exception- chez le myope, un,, grande prëdominànc. s
forces de ta divergence. Lorsque l'on armera de lunettes concaves les feux ,1 „n pareil sujet pour la vision rapprochée, on devra donc bien goinsse préoccuper de venir au secours de l'accommodation que de
Ie ;""",,! en paPP°rt avec la prédominance naturelle des muscles de l.i uivergcuce.
Fig. m.
810 VISION BINOCULAIRE. 33*
D'où la double indication d'accepter le secours de verres négatifs relativement forts (dans les limites, bien entendu, d'une convenable appropriation au degré de l'excès de réfraction), et, secondement, de se mettre en rapport avec la divergence naturelle des axes par un écarlement plutôt sensible des centres des verres.
On voit que cette conclusion revient encore à placer au droit de chaque œil la moitié interne du verre concave, dont l'action prismatique est celle même indiquée pour la correction de l'insuffisance des droits internes (§ 485).
En résumé, si, chez l'emmétrope presbyte, les rapports harmoniques entre l'accommodation et la convergence des axes ne sont exactement satisfaits que par l'emploi d'une lentille unique à large surface, dont le centre serait placé dans le plan médian sagittal, la fonction régulière binoculaire est cependant, sans danger, compatible avec un rapprochement des centres des verres convexes qui les placerait sur la direction même du lieu occupé par l'objet de l'attention.
Considérant pourtant que,- dans toute application de la vue associée de près, il y a, d'une manière générale, intérêt à soulager la convergence, même en ce cas, conviendra-t-il encore de rapprocher, plutôt que d'écarter, le centre des verres des besicles.
Mais d'après ce que l'on vient de voir, ces rapports, facultatifs chez l'emmétrope, doivent, dans les amétropies, obéir à des obligations plus formelles.
Si, dans les deux formes de l'amétropie, le numéro du verre doit être réglé sur la quantité de réfraction à fournir ou à soustraire, l'écartement des centres devra être basé sur l'effet prismatique do la région de la lentille en rapport avec l'œil. Effet prismatique qui devra . dans la plus grande généralité des cas, apporter compensation à l'insuffisance native des droits externes dans l'hypermétropie, ef à celle des droits internes dans la myopie; c'est-à-dire offrir à l'œil une région convergente des.verres dans le premier cas, une région 1 divergente dans le second; double condition qui sera réalisée, dans l'un et l'autre cas, par l'accroissement de l'écartement des centres des verres relativement à celui des pupilles.
c) Remarque relative à r insuffisance des droits internes associés ■ exceptionnellement à l hypermétropie. — Cette règle comportera cepen- • dant un certain nombre d'exceptions. De même que l'emmétrope 1 et le myope, quoique dans une fréquence considérablement amoindrie, l'hypermétrope présente parfois, contrairement à la règle la plus habituelle, les symptômes incontestables do l'insuffisance des droits internes; nous en avons relevé des exemples dans notre mémoire de 1806 sur le mécanisme de la production du staphylûnie