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MOUVEMENTS OBLIQUES

L'objet est porté en dehors et en haut. Images inclinées divergeant par en haut.

L'objet est porté en dehors et en bas. Images inclinées convergeant en haut.

L'objet est porté en dedans et en haut. Images inclinées divergeant en haut.

L'objet est porté en dedans et en bas. Images inclinées convergeant par le haut.

§ 511. — Légère inégalité de hauteur des images. — Sa cause.

Il est, dans ces deux exemples de paralysies, une remarque à présenter : les images doubles que nous venons d'étudier, nous les avons notées comme projetées à la même hauteur. Ce n'était pas tout à fait exact. Lors de l'arrêt du mouvement latéral déterminé par la paralysie, .1 n'y a pas que le méridien vertical primaire qui se soit incliné en un certam sens dans l'œil sain; tous les autres méridiens, et le méridien horizontal primaire en particulier, ont éprouvé la même inclinaison. Dès lors l'image fausse dans l'œil malade, et qui n'est plus tout à fait exactement au pôle même de l'œil, se trouve un peu

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plus basse ou un peu plus haute que sa congénère, suivant le sens dans lequel a dû s'incliner le méridien horizontal primaire de l'œil sain.

Il est donc simple qu'une légère inégalité dans la hauteur de ces images s'observe dans les circonstances que nous venons de décrire. Mais on distinguera toujours aisément ce degré d'inégalité de hauteur de celui bien autrement accentué qui caractérise les diplopies par arrêt du mouvement en haut ou en bas.

§ e12. — Paralysie du mouvement en haut. — Mouvements directs.

Le mouvement direct, en haut, est l'effet de l'action simultanée, et en combinaison définie, du droit supérieur avec l'oblique inférieur (loi de Ruete). Il y aura donc lieu, quand on aura reconnu la diminution du mouvement en haut, dans un œil, de rechercher si elle est l'effet d'une suspension d'action de l'un ou de l'autre de ces deux muscles, ou de tous les deux à la fois.

a) Paralysie complète. — Pour plus de simplicité dans l'exposition, nous supposerons d'abord ces paralysies complètes.

Le premier caractère objectif de la diminution du mouvement en haut se reconnaît à la différence de la hauteur que prennent les pupilles quand on appelle directement l'attention dans ce sens.

Le même fait a pour signe subjectif adéquat une diplopie par différence de hauteur. On remarque alors que l'image la plus élevée appartient à l'œil pour lequel la pupille, observée directement, atteint la moindre hauteur, c'est-à-dire pour lequel l'œil est entravé dans son mouvement en haut (voir § 501).

Si la paralysie est complète, et porte à la fois sur les deux composantes du mouvement en haut, on observe une immobilité complète de l'œil pendant que l'autre s'élève.

Gomme dans le cas précédent — c'est une loi générale — la distance des deux images croît avec le mouvement en haut; et si on fait exercer l'attention par l'organe malade, la distance des images et le strabisme par inégalité de hauteur sont, pour une même élévation de l'objet, notablement plus prononcés que dans l'épreuve pal l'œil sain (déviation secondaire).

b) Paralysie de V oblique inférieur seul. — Supposons maintenant un seul muscle paralysé : l'objet visé est porté directement en haut, on observe, outre l'inégalité de hauteur des images, que l'une d'elles est inclinée par rapport à l'autre.

Le mouvement, avons-nous dit, est direct (cardinal) : or, les méridiens principaux ne s'inclinent pas dans les mouvements associés" directs, il n'y a pas en ce cas de rotations physiologiques des globes oculaires. L'image inclinée appartient donc à celui des yeux qui s'esj

incliné, et l'a fait contrairement à son rôle; c'est évidemment l'œil malade et celui dont l'image est la plus haute.

Supposons maintenant que l'on constate en outre que les images sont homonymes.

On en conclut que l'œil malade est, relativement à l'autre, dans une situation de convergence : il y a donc strabisme convergent, en même temps que par différence de hauteur. Cela ne peut signifier rien autre que ceci : le muscle qui travaille encore à porter l'œil en haut est celui qui a une action en même temps adductrice ; c'est le droit supérieur, — c'est donc nécessairement l'autre muscle du même groupe élévateur, l'oblique inférieur, qui, dans un tel cas, est paresseux ou mort.

Ces signes sont absolument suffisants pour différencier le siège des paralysies dans le mouvement en haut.

§ 513. — Caractères tirés de l'obliquité dans le mouvement direct.

Mais l'obliquité reconnue lors du mouvement direct en haut, dans l'image la plus élevée, pouvait conduire à la même conséquence.

Rien qu'en constatant cette inclinaison de l'une des images dans le mouvement direct, nous pouvions reconnaître quel était l'œil paralysé, puisque cette inclinaison ne pouvait provenir que d'une rotation produite dans un cas qui n'en comporte pas.

C'est, avons-nous supposé, Yoblique inférieur gauche qui est paralysé; nous devons donc trouver dans l'image de gauche, la plus haute, une inclinaison produite par un excès de mouvement, une inclinaison inverse de celle du mouvement effectué (voir le § 506, leçon précédente) ; cette inclinaison est due en effet à la rotation en dedans de l'œil gauche, sous l'action, non contre-balancée du droit supérieur. Le sens de. l'image projetée est donc celui de la divergence par en haut; et comme les images sont homonymes, son pied se rapproche de celui de sa congénère.

Inversement, si dans l'image la plus haute, nous trouvons, lors du mouvement direct en haut, une inclinaison qui por,te son pied en dedans, son extrémité supérieure en dehors (images divergeant par en haut, et en même temps croisées), nous devrons conclure que dans l'œil frappé, c'est le droit supérieur qui est paralysé.

C'est, en effet, ce que nous apprend la clinique :

Dans la paralysie du mouvement en haut, l'attention étant appelée directement en haut, la diplopie apparaît dans le champ supérieur de la vision; l'image fausse est plus haute que la vraie ; les deux images divergent par en haut, elles sont homonymes si l'oblique inférieur est seul paralysé; croisées, si c'est le droit supérieur.

VISION BINOCULAIRE.

g 514. — Paralysies du mouvement en haut; caractères fournis par les images dans les directions obliques ou intermédiaires.

Quoique la symptomatologie précédente soit au fond suffisante, cependant les mouvements obliques apportent aussi leur contingent d'enseignements précieux et le tableau n'en manque pas d'intérêt pratique.

Nous avons vu que, lors des mouvements oculaires associa physiologiques, dans un sens oblique, les deux yeux exécutaient un mouvement de rotation sur eux-mêmes, ayant pour effet d'incliner tous les méridiens d'un même degré sur leur position première, angle ou degré identique à droite et à gauche ; conditions exprimées par ce fait que ces méridiens (prenons le vertical primaire pour point de départ) demeuraient constamment parallèles d'un œil à l'autre (loi deRuete, §§ 391 et suivants).

Or, si l'on considère un des yeux seulement, se portant dans une de ces positions obliques — en haut, on sait que pendant ce mouvement, l'un des muscles élévateurs voit sa composante élévatrice augmenter, pendant que chez l'autre, c'est la composante de la rotation. Ainsi prenons le mouvement oblique en haut et à gauche, et suivons l'œil gauche dans ce mouvement. Au fur et à mesure de l'accroissement de ce mouvement, la composante verticale gagne en puissance dans le droit supérieur, tandis que c'est la composante rotatrice qui s'accuse davantage dans l'oblique inférieur.

Pendant le même acte, dans l'œil droit, c'est le contraire qui s'observe. Le droit supérieur y perd de sa puissance élévatrice, et gagne en force rotatrice, tandis que, dans l'oblique inférieur, l'équilibre est rompu en sens inverse.

Et c'est par ce consensus harmonique et défini, que le parallélisme des méridiens est constamment maintenu entre les deux yeux.

Cela posé, supposons qu'une paralysie frappe l'œil gauche dans l'un des facteurs de son mouvement en haut, et admettons puur un instant que l'agent frappé soit l'oblique inférieur.

Lors du transport graduel de l'attention en haut et à gauche, la force rotatrice (celle qui détermine l'inclinaison du méridien primaire] accusera de moins en moins son action : le parallélisme des imagos sera ainsi de plus en plus compromis; Jesdiles images s'inclineront donc d'autant plus l'une sur l'autre. Et il est clair, par opposition, que le mouvement en hauteur sera de moins en moins différent en énergie à droite et à gauche, puisque, physiologiquement, dans cette direction, le droit supérieur gagne toujours en force relative, pendant que l'oblique inférieur voit naturellement baisser l'influence de sa composante verticale.

leçon. ] PARALYSIES MUSCULAIRES DES YEUX. 84b

Ou conclura donc de là que lors de la paralysie de l'oblique inférieur gauche, le mouvement, croissant vers la gauche et en haut, donnera lieu à une moindre différence de hauteur relative des images, et au contraire, à une augmentation progressive de leur inclinaison mutuelle.

- Inversement, lors de la paralysie du droit supérieur gauche, le même mouvement du regard associé en haut et à gauche fera décroître l'inclinaison mutuelle des images et augmenter au contraire leur différence de hauteur relative.

Cette analyse étant bien comprise, rien ne sera plus simple que de la reprendre mutalis mutandis, en ce qui concerne les symptômes subjectifs, si, clans le même cas morbide (paralysie du mouvement en haut clans l'oeil gauche), on porte l'objet de l'attention en haut et à droite.

Il ne sera pas moins facile par la même argumentation, de conclure de là, en renversant les termes, à ce qui se passerait si la paralysie venait, au contraire, à frapper les mêmes muscles dans l'œil droit. Nous résumerons toutes ces données diagnostiques dans le tableau suivant :

§ 515. — Tableau des signes différentiels subjectifs de la paralysie des deux agents du mouvement en haut. — Droit supérieur et oblique inférieur.

Symptômes communs, mouvements cardinaux :

î° Diplopie dans le champ supérieur de la vision seulement ; 2° L'image fausse est plus haute que l'image vraie ; 3° Les deux images divergent par en haut.

symptômes différentiels. (Tous les mou vements.)

Paralysie du droit supérieur, « Images croisées. »

Paralysie de l'oblique inférieur.

« Images homonymes. »

mouvements diagonaux en haut, du côté paralysé.

Droit supérieur.

La différence de hauteur des images augmente.

Leur inclinaison relative diminue.

Oblique inférieur.

La différence de hauteur des images diminue.

Leur inclinaison relative augmente.

EN haut, nu côté sain.

Droit supérieur.

La différence de hauteur des images diminue.

L'inclinaison relative des images augmente.

oblique inférieur.

La différence de hauteur des images augmente.

Leur inclinaison relative diminue.

VISION HINOCULA1KK.

g 516. — Remarque relative au droit supérieur.

Dans la paralysie du droit supérieur (mouvement en haut), nous devons noter l'excessive élévation de la paupière supérieure lors de l'effort de l'œil paralysé pour se porter en haut. C'est un effet sympathique ou synergique de l'élévation de la paupière avec l'action des muscles du mouvement supérieur. Ce bâillement particulier de la paupière supérieure, pendant lequel la sclérotique devient visible au-dessus de la cornée d'une façon insolite , donne à l'œil cette expression étrange que l'on rencontre dans la maladie de Basedow.

§ 517. — Paralysie du mouvement en bas.

Des développements qui précèdent on peut aisément conclure à ce qui se passe dans les paralysies de ce genre — c'est lors du mouvement en bas seulement, que le strabisme et la diplopie se manifestent.

— L'image la plus basse appartient à l'œil en retard dans le mouvement. — Les doubles images sont homonymes si le muscle paralysé appartient au groupe divergent — croisées dans le cas contraire.

L'image fausse est toujours inclinée : dans le mouvement direct, par rotation vicieuse de l'œil paralysé — dans les mouvements obliques par omission de rotation de ce dernier.

— De plus, la différence de hauteur des images s'atténue dans les mouvements obliques du côté paralysé, tandis que l'inclinaison relative des images augmente si la paralysie porte sur un muscle du groupe divergent {oblique supérieur), et que les effets opposés s'observent dans les cas eux-mêmes opposés.

Le mécanisme de ces symptômes nous est fourni par la connaissance des lois du mouvement physiologique.

Le mouvement en bas est dû, comme on le sait, à l'action combinée en proportion définie du droit inférieur et de l'oblique supérieur (leçon 26°). Comme l'étude analytique des symptômes dus à la suspension d'action de chacun d'eux peut se calquer exactement sur l'exposé que nous avons fait des aberrations du mouvement en haut, nous y renvoyons le lecteur et ne donnerons ici que le tableau différentiel du diagnostic propre à chaque agent du mouvement en bas.

§ 518. — Tableau des caractères subjectifs différentiels de la paralysie des deux agents du mouvement en bas.

Nous pouvons, dès lors, résumer comme il suit et en un tableau, les caractères communs et les caractères différentiels subjectifs de la paralysie du droit inférieur ci de l'oblique supérieur.

leçon.] PARALYSIES MUSCULAIRES DES YEUX. 847

Caractères communs, mouvements cardinaux.

Diplopie par différence de hauteur des images, quand on porte l'objet en bas.

L'image fausse est la plus basse.

Les deux images sont inclinées l'une sur l'autre ; elles convergent par en haut.

symptômes différentiels. (Tous les mouvemeiils.)

Droit inférieur.

Images croisées.

Oblique supérieur, Images homonymes.

mouvements diagonaux en bas, du cote paralyse.

Oblique supérieur.

La différence de hauteur des images diminue.

L'inclinaison relative des images augmente.

Droit inférieur.

La différence de hauteur des images augmente.

L'inclinaison relative des images diminue.

en bas, du cote sain.

Droit inférieur.

La différence de hauteur des images diminue.

L'inclinaison relative des images augmente.

Oblique supérieur. * La différence de hauteur des images

augmente.

L'inclinaison relative des images

diminue.

§ 519. — Remarques sur la différence d'éloignement que présentent parfois les images doubles, particulièrement dans les paralysies de l'oblique supérieur.

Dans tous les traités d'ophthalmologie on lit, à propos de la symptomatologie de la paralysie de l'oblique supérieur:

« Un phénomène qui s'observe très sensiblement dans cette sorte de paralysie, c'est la position apparente plus rapprochée de l'image double du côté paralysé. Il résulte, comme dans la paralysie du droit inférieur, de la projection de cette image sur un plan horizontal placé au-dessous de la hauteur des yeux, comme, par exemple, le plancher de la pièce. » (De Graefe.)

Cette explication très judicieuse est exprimée en termes trop concis pour satisfaire entièrement, et d'autant plus qu'elle a été présentée ou interprétée avec des variantes qui en laissent peut-être le mécanisme quelque peu obscur encore. Il nous a paru d'une certaine utilité de l'analyser et de la dégager de quelques obscurités qui l'enveloppent.

Nous rappellerons d'abord que de Grœfe, avant de produire cette manière de voir, et dans des recherches antérieures, avait conçu le phénomène d'autre façon et avancé, qu'il était dû à la rétrocession

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du centre de mouvement de l'œil, amenée par la prédominance des muscles rétracteurs, résultat immédiat de la paralysie de l'un des muscles protracteurs.

Une expérience de M. Alfred de Graefe, son élève, avait pu faire nai trd chez lui cette opinion justement abandonnée depuis. Ce dernier, en effet, avait annoncé qu'on pouvait produire à son gré le rapproche-. < ment ou l'éloignement de l'image, en élevant ou abaissant par pression l'un des yeux avec le doigt. Ce que de Grœfe avait cru vérifier.

Plus tard cependant, reconnaissant que la protraclion du globe, qui suit nécessairement une paralysie complète de l'oculo-moteur, ne détermine pas le phénomène contraire, l'éloignement de l'image double, le savant physiologiste dut abandonner cette explication.

La voie vers une interprétation plus exacte fut depuis ouverte à l'illustre maître par des expériences ultérieures de Forster et du même Alfred de Greefe, et qui le conduisirent à conclure :

« Que le phénomène en question dépend de la surface de projection de l'image double; je me suis convaincu, dit-il, qu'en modifiant convenablement la surface de projection, le phénomène disparaît. » Et on trouve un dernier développement (bien court toutefois) donné à cette idée, dans le dernier extrait que voici:

« Dans la paralysie du droit supérieur, on observe aussi parfois une différence, apparente d ' éloignement des images par rapport au malade, lorsque, comme il arrive d'ordinaire quand le plan visuel est fortement élevé, la projection a lieu vers le plafond de la chambre.

L'image la plus haute tombe sur une partie plus rapprochée de cette surface horizontale ; et jusqu'à ce que les conclusions soient corrigées, elle est considérée comme plus rapprochée. (De Grsefe.)

Ces trois passages renferment tout ce que nous connaissons de l'interprétation assignée au phénomène qui nous occupe ici, par le savant si justement regretté auquel on doit tant de découvertes dans l'étude des paralysies musculaires des yeux. "Leur extrême concision, la réserve qui termine la dernière remarque témoignent d'aperçus encore incomplets, du besoin de développements ultérieurs. Nous ignorons si ces développements ont été donnés quelqu'autre part par l'auteur ; la date du travail dont nous venons de donner les extraits (1870, dernière année de la vie de l'auteur), nous fait craindre qu'ils n'aient existé que dans ce rare génie. Ces nouveaux aperçus avaient d'ailleurs leur origine clans une voie ouverte par un physiologiste allemand justement considéré.

Forster avait dit : « Si nous fixons un objet placé sur un plan horizontal (obliquement de haut en hasi. l'image se Fera sur la tache jaune. Tout ce qui se trouvera entre le point fixé et nous, fera son image sur la partie supérieure de la rétine, tout ce qui sera au delà se pein-

dm. sur Ja moitié inférieure. Nous sommes habitués à considérer comme étant plus rapproché de nous l'objet qui se dessine au-dessus de la macula. »

« Il en résulte que dans les paralysies où l'image se produit anormalement, du côté malade, en un point supérieur à la tache jaune, nous la considérons comme étant plus rapprochée de nous que celle du côté opposé. » (De Wecker, 2° édit., IIe vol., p. 250.)

Cette explication de Fôrster, limitée aux termes que nous venons de reproduire, nous laisserait sans conviction sérieuse à son endroit, si nous ne l'étudiions à la lumière répandue sur elle par de Grœfe.

Dans cette exposition, c'est bien, sauf erreur de notre part, la rétine, et la rétine seule, qui, par le lieu de l'image fausse, procure, suivant M. Fôrster, la notion du rapprochement ou de l'éloignement de l'objet. Il n'y est question de nul autre élément physiologique jouant un rôle dans l'établissement de cette notion de la distance apparente de la fausse image, et en particulier, de la surface de projection de cette image; addition tout à fait capitale, comme on va le

voir

« Toutes les fois, nous dit son auteur — et il ne nous dit que cela — toutes les fois qu'un objet , placé dans le plan de notre horizon rétinien, donnera son image doublée au-dessus de la tache jaune, il nous paraîtra, vu nos habitudes acquises, plus rapproché de nous'. »

Nous nous représentons autrement, pour notre part, le mécanisme producteur de l'esLimation des distances.

La rétine ne nous parait point suffire, à elle seule, à procurer toutes ces notions géodésiques. Son pouvoir propre, en cette matière, ne va pas au delà de la faculté de nous fournir le sentiment des directions visuelles des objets multiples qui peuplent la perspective, rapportées angulairement chacune à l'axe principal ou centre de fixation ; mais ce sont d'autres organes qui établissent à chaque instant les rapports de ce dernier, et par suite du champ visuel entier, avec notre centre de ligure. Ces organes, ce sont les muscles moteurs oculaires; c'est par I appared nervoso-musculaire seul que la réline, théâtre dos impressions extérieures, se trouve orientée, et nous avec elle, eu égard aux surfaces et objets qui nous entourent.

• exemPle tiré dd suJct même va mettre ce principe en toute évidence. r

L Nous avons vu dans les premières expériences d'Alfred Grœfe et de [<>rster,le déplacement en haut de l'œil par le doigt, ou Imlerpos.Uon dm, prisme à sommet inférieur, reproduire devanl nous la louble image caractéristique de la paralysie, soil du grand oblique. M?° ^oit inférieur, avec la, sensation qu'elle détermine du 'anproenement de 1 image fausse,

GIRAUD-TF.ULON. — U VISION'.

850 VISION BINOCULAIRE. 38*

Mais si nous éludions attentivement le phénomène, nous ne tardons pas à reconnaître que cette image fausse présente encore une qualité particulière : non seulement elle nous parait plus rapprochée que l'image de l'œil sain, mais encore elle est manifestement plu - "petite.

De plus, si nous renversons le sens, soit du prisme, soit de la direction de notre doigt, nous reconnaissons des effets inverses : la faussé image nous paraît, à la fois, Qt plus éloignée et sensiblement plus grande ; d'autant plus grande qu'elle est plus éloignée.

Nous renconlrons ici l'influence de la surface de projection signalée par de Grœfe; et suivant la direction môme imprimée par ce savant à ses recherches, pénétrons plus avant dans l'étude du phénomène.

Étendu horizontalement sur un canapé, ou, plus simplement sur un tapis dans une pièce de grandeur moyenne, notre axe propre se confondant avec l'axe principal de cette pièce, notre sinciput touchant la muraille, mettons nos deux lignes de regard en rapport avec l'anneau central du plafond destiné à supporter le lustre, et fixons sur lui notre attention.

En cette situation, l'anneau central du plafond est, par rapport à nous, et à 90° près, comme serait, lors de l'attitude droite, un objet placé au-dessous de nous ; pour maintenir sur lui notre attention , notre plan de regard doit être relativement abaissé; cette position relative est celle que nous aurions, si d'un balcon au second élage, nous considérions à travers la rue, un objet placé au premier étage de la maison faisant face.

Gela posé, reprenons l'expérience ci-dessus; avec le doigt faisons tourner en haut notre œil gauche, ou bien plaçons devant lui un prisme vertical à angle inférieur. La fausse image s'offre naturellement audessous du plan transversal des yeux; mais ce qui étonnerait, si l'on s'en tenait à la seule démarcation tracée par la tache jaune, c'est qu'au lieu de paraître plus rapprochée que l'image vraie, elle semble, au contraire, plus distante et en outre pins grande

Ce n'est pas tout :

Renversons le sens de la rotation imprimée par le doigt, ou celui du prisme vertical, voilà la double image de l'anneau qui passe audessous de la tache jaune de l'œil déplacé réellement ou relativement: mais en même temps, sont renversées les notions précédentes de distance et de grandeur de l'objet. L'image fausse, maintenant se rapproche de nous et nous parait plus petite; et d'autant plus que nous augmentons l'angle de déviation des axes.

Et cependant, ici, c'est au-dessous de l'horizon propre de la rétine qu'est dessinée l'image, bien au-dessous de la tache jaune.

Il ne suffit donc pas de la notion apportée par la rétine pour nous renseigner sur le haut et le bas, le distant et le rapproché; il faut encore

que ces notions soient combinées, fusionnées dans le sensorium avec celles établissant pour lui les rapports géodésiques du tableau rétinien extériorisé, c'est-à-dire de l'espace peuplé ouvert devant nous, avec notre axe de figure.

Et l'instrument de ces relations c'est, on le sait, notre sens d'activité musculaire, notre conscience musculaire, interprète toujours en éveil de la situation des leviers dont l'ensemble constitue le squelette de la machine animale.

En fait, l'image fausse, qu'elle soit formée dans la moitié supérieure ou inférieure de l'hémisphère rétinien, est projetée, extériorisée sur la surface, quelle que soit sa direction, qui fait le fond du tableau de la perspective; elle fait, pour nous, partie du plan de ce tableau, et nous paraîtra ou plus distante ou plus rapprochée, et en même temps ou plus grande ou plus petite, suivant que le lieu de cette projection appartiendra à une partie de ce jDlan, située relativement à nous, au delà ou en deçà du point de concours de nos lignes visuelles.

On comprend aisément la connexité intime qui réunit la qualité de petitesse au rapprochement apparent de l'objet, la qualité inverse à son éloignement relatif apparent. A un angle visuel identique répond, dans le premier cas, un plan sécant plus rapproché, c'est-à-dire une section de moindre étendue réelle; dans le second, une section plus grande; d'où les notions de petitesse et de grandeur relatives (§ 364).

Dans l'observation classique, c'est-à-dire dans les conditions ordinaires, cette surface de projection est le terrain même horizontal qui nous porte ainsi que les autres objets avec lesquels nous sommes en rapport; dans l'expérience de l'anneau du lustre, cette surface, tout à fait inverse de la précédente, est fournie par le plafond supérieur à nous; elle reproduit ce qui se passerait si une personne frappée de paralysie de l'œil gauche dans les mouvements en haut ou en bas, observait d'un second étage des objets situés au premier à un balcon en face. La façade de la maison formerait le plan de perspective ou de projection : la double image semblerait s'éloigner en s'abaissanl, se rapprocher au contraire en passant au-dessus du point de visée normal.

Voilà bien certainement ce qu'avait du reconnaître de Graefe quand il écrivait cette proposition concise :

« Je me suis convaincu qu'en modifiant convenablement la surface de projection, le phénomène disparait. »

Il ressort donc suffisamment des analyses qui précèdent que c'est non pointà sa position seule dans l'un ou l'autre hémisphère rétinien, Supérieur ou inférieur, comme l'exprimait Fôrster, que l'image double doit d'apparaître, soit plus rapprochée, soit plus éloignée (pie le point de fixation de nos regards. 11 faut encore que notre sensorium

So2 VISION BINOCULAIRE. [3o«

soit informé des rapports actuels de l'un oul'autre de ces hémisphères avec la région de l'espace qui, pour lui, représente le distant ou le rapproché, c'est-à-dire qui se trouve au delà ou en deçà du croisement des axes optiques. L'habitude de rapports de telle ou telle ri n'est pour rien dans le phénomène.

Le plan transversal qui, dans la position primaire des lignes de regard, divise en deux moitiés supérieure et inférieure l'hémisphère rétinien, et qui semblerait ainsi servir de ligne de démarcation entre le haut et le bas, le rapproché et le distant, est en effet loin d'ètra constant dans les rapports les plus ordinaires. Ne sait-on pas que pour toute direction oblique du regard, ce plan transversal change d'inclinaison relativement à l'horizon réel; que pour chaque obliquité de ce regard, les méridiens oculaires exécutent autour de l'axe visuel principal, une rotation déterminée par l'angle latéral et l'angle ascensionnel, établissant ainsi, à chaque instant, une nouvelle répartition des points rétiniens qui vont former les moitiés supérieure et inférieure de la rétine (loi de Ruete).

Le haut et le bas, le distant et le rapproché sont donc indépendants des rétines considérées en elles-mêmes; ils n'ont de point de partage que celui occupé par l'objet visé, le point de mire, le point géométrique d'entre-croisement de nos axes optiques. ' Et la position et la distance de ce dernier n'ont eux-mêmes de rapports avec notre sensorium que clans la notion du lieu de cet entre-croisement, résultant du degré de convergence des axes optiques, ou des angles qu'ils font l'un et l'autre avec notre axe de figure : notion que l'on sait d'ailleurs relever exclusivement des propriétés du sens musculaire.

C'est relativement à ce point remarquable que se rapportent ensuite les différentes surfaces qui se coupent dans le champ de la perspecî tive, et forment, en chaque cas, ces surfaces de projection dont \é rôle, dans l'espèce, a été si judicieusement signalé par de Gnefe.

Une conséquence finale, qui n'avait point échappé à cet esprit clairvoyant et qui ressort nettement de cette analyse, c'est que lephéno-j mène signalé à l'endroit de l'oblique supérieur, et aussi, quoique da façon moins frappante, relativement au droit inférieur, n'est poititj du tout une particularité exclusive à l'un ou l'autre de ces muscles.

S'il a été le seul signalé, c'est que la diplopic en bas a pour ainsi dire constamment pour plan de projection le sol qui s'étend devant nous. Mais il n'est pas douteux que si l'on analysait avec soin, dans! des conditions spéciales, les apparences des images doubles produites lors de la paralysie des mouvements latéraux, droits interne oiî externe, on relèverait des variations de même ordre dans leurs apparences comme dislance et comme grandeur.

leçon.] PARALYSIES MUSCULAIRES DES YEUX. 853

L'expérience d'ailleurs est facile ù faire. En ce moment môme, nous venons de nous mettre à notre fenêtre, exposée au nord; devant elle court du sud-est au nord-ouest une longue et belle façade dirigée, par conséquent, en sens oblique relativement à notre plan médian sagittal. En face de nous, un peu sur notre droite, se voit un large cadran d'borloge.

Nous plaçons alors devant notre œil gauche un prisme de 15° environ, le sommet exactement en dehors: nous voilà en présence de deux Images homonymes du cadran; celle de droite, la vraie, celle de gauche assez éloignée de la première, sur la même horizontale et se détachant sur la portion de façade verticale située obliquement devant nous, au delà de l'image vraie (point réel de fixation). Or, cette image fausse nous apparaît à la fois, plus distante et notablement plus grande que la vraie, -absolument comme dans le cas d'une paralysie du mouvement en haut, et nous sommes, comme on voit, dans les conditions artificielles de la paralysie de la sixième paire gauche.

Maintenant renversons le sens du prisme : plaçons son angle du côté nasal; la scène change.

Nous voilà avec deux images croisées : c'est la fausse image (celle de droite) qui, actuellement, est la plus voisine de nous et la plus petite. Or, nous sommes maintenant dans le cas de la paralysie du droit interne gauche.

Voilà donc, par le seul fait d'une inclinaison présentée par le plan de projection, les paralysies des muscles latéraux qui donnent pour chaque œil (car ce que nous venons de faire pour l'oeil gauche, nous pouvons le reprendre pour le droit), une image plus distante et plus grande, ou plus rapprochée et plus petite, exactement comme le fait pour le plan horizontal une paralysie du mouvement en hauteur.

Nous espérons avoir, par cette discussion, établi bien nettement les conditions formulées d'une manière générale par de Grœfe, de la manifestation de ce symptôme subjectif : l'éloignement ou le rapprochement apparents de l'image fausse dans le strabisme paralytique, et sa signification propre : à savoir, la position relativement au point de fixation et à nous-même , de la surface sur laquelle est projetée la fausse image, laquelle nous paraîtra, quel que soit le sens du mouvement entravé, ou rapprochée ou distante suivant l'éloignement relatif de la surface sur laquelle elle se trouve projetée.

VISION BINOCULAIRE.

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