SEPTIÈME LEÇON
DE L'OPTOMÉTRIE § 10:3. — Son objet.
i/optométrie a pour objet l'étude, par mensuration exacte, des qualités de l'organe de la vision.
Ces qualités sont :
1° Le degré de sensibilité, perception ou acuité de la vision ;
•2° La portée de la vue, comme distance; c'est-à-dire ses limites éloignée et rapprochée, son champ d'action exacte dans le sens antéro-postérieur;
3° Son étendue comme surface (champ périphérique ou superficiel ;
4° Enfin, l'étude du sens chromatique ou mesure des différences de sensibilité de l'organe aux couleurs 1.
§ 104. — De l'acuité visuelle et de ses deux facteurs principaux.
Occupons-nous d'abord de la première de ces qualités, base de toutes les autres, à savoir de l'évaluation du degré de puissance de la perception visuelle ou de sensibilité de la rétine, ou encore de l'énergie ou délicatesse du sens que rend très bien l'expression générale d' a acuité visuelle. »
On comprend aisément comment cette première donnée est tout à fait indépendante de la portée de la vue; qu'un myope, par exemple, ait le même degré de perception qu'un individu offrant l'état opposé de la réfraction. Le premier ayant, supposerons-nous, son punctum remotum à 18 pouces, pendant que le second a, en ce lieu même, son punctum proximum, et tous deux bornés cependant en ce même point , parlamême limite,quant àladimension du plus petit caractère lisible.
Or, cette propriété de l'organe, sa sensibilité spéciale, offre, dans son expression ou dans son fonctionnement deux formes, deux modalités distinctes. La première, fondamentale, point d'origine et de développement de toutes les autres qualités de l'organe, consiste dans le simple fait de son genre de sensibilité propre, de son mode
1. Cette étude, tout à fait à son aurore encore, possède déjà un certain nombre de faits acquis; cependant, eu égard à l'indécision qui domine encore les théories ohro • matiques en physiologie, nous la renvoyons aux leçons que nous consacrerons exclusivement à la question du sens chromatique normal el pathologique. (Leçons SÏ* et 22e.)
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de réaction sous son stimulant spécial, à savoir, la différenciation entre le jour et les ténèbres, la notion même de la lumière, transmise ensuite au cerveau.
Le second rôle qu'elle remplit, cl non le moindre par ses conséJ quences, est plus complexe, et se manifeste par plusieurs attributs dont le principal est Visolement des sensations résultant des impulsions reçues des différentes régions de l'espace extérieur; à ce premier attribut se lie intimement la propriété connue sous Je nom d'extériorisation, dans un sens déterminé, desdites sensations, ou le principe des directions visuelles. (Voir leçon 5°, § 82.)
Or, le rôle rempli par la propriété d'isoler les sensations et de leur attribuer une extériorisation causale, dans une direction déterminée, et géométriquement liée à l'individu, est un objet, ou un effet capital dans la fonction. C'est sur cette qualité que se fondent nos relations avec le monde extérieur : c'est la qualité maîtresse de l'appareil, et en laquelle se résume la définition même de la vision : Le touchef à distance! (Voir § 83.) Objet si supérieur qu'on pourrait, sans exagération, énoncer que la sensibilité générale à la lumière déposée dans la rétine, est simplement un premier pas fait par la nature animée pour l'atteindre.
Dans tout le cours de nos recherches sur les lois de la vision binoculaire, nous avons avec insistance mis en relief l'importance de la propriété d'extériorisation des sensations dans une direction donnée, attribut de l'élément rétinien photo-esthésique, le bâtonnet ou le cône. Le mécanisme du relief corporel, de la détermination du lieu de chaque point vu dans l'espace; la notion de la distance absolue ou relative des différents objets, de leur grandeur, en un mot de toutes les qualités géodésiques de l'appareil, ne sont que des conséquences de l'individualité du rôle rempli par chaque élément, des corollaires directs de son exclusivisme fonctionnel en rapport avec son individualité anatomique. La notion des formes, de la continuité d'un dessin, ne sont elles-mêmes que des conséquences de celle faculté supérieure.
A défaut de tout autre indice, l'importance capitale de ce facteur de l'opération, la faculté de distinguer les objets les uns des autres] apparaît dans tout son éclat au premier coup d'œil jeté sur l'anatomie comparée. Quel est, dans l'échelle animale, le fait anatomiqufl qui se montre comme le rudiment central de l'organisation progressive de l'œil, celui autour duquel, pour la réalisation duquel, semblent converger tous les autres? C'est Visolement des sensations!
Dès que l'animal a dépassé le premier degré de développement oculaire, à partir de l'apparition du point visuel des animaux inférieurs, lequel se borne à séparer la lumière de l'obscurité, jusqu'au