LEÇON.] ÉLÉMENTS DE L'ACUITE VISUELLE
merveilleux instrument d'optique qu'offre l'œil de l'oiseau de proie, tous les efforts de la nature gravitent autour d'un seul objectif : d'abord, la distinction de la direction d'origine des impressions lumineuses; puis, le perfectionnement graduel du degré de cette distinction, s'accusant dans l'accroissement du nombre des éléments dansles yeux agglomérés; de l'œil de la mouche, à mosaïque convexe, à celui du faucon, à mosaïque concave, comme est le nôtre, tous les progrès concourant à diminuer l'angle qui sépare deux de ces canalisations élémentaires de la lumière ou de sa direction!
La faculté isolatrice dans la rétine, c'est donc la multiplication des yeux : c'est le passage de l'œil élémentaire à l'œil composé : le chiffre qui la mesure, donne en même temps le degré de perfection atteint par l'organe dans la race ou l'individu considérés.
Or, ce chiffre nous est donné par l'inverse de l'angle séparant les deux directions les plus voisines que l'on puisse isoler dans un œil, l'angle du minimum visibile de Porterfield.
C'est là, assurément, la qualité caractéristique de la véritable puissance de pénétration de l'organe, et celle qui a, physiologiquement , droit à la qualification à' acuité.
Nous soulignons ici le mot physiologiquement, devant mettre en lumière, dans un instant, une confusion faite dans la pratique, entre la faculté isolatrice des sensations et la sensibilité propre de la rétine, confusion sur laquelle l'éveil a été donné par une remarque fort judicieuse de M. le Dr Em. Javal.
Ainsi, en clinique, la qualification acuité visuelle, appliquée à la symptomatologie morbide, est évaluée d'après les variations simples de l'angle minimum défini ci-dessus ; or, cet angle, dont l'unité se rapporte à un élément anatomique, soit constant, soit bien peu variable d'un sujet à l'autre dans une clinique, n'est pas, en réalité, l'objet visé dans une analyse de symptomatologie morbide. Dans cette dernière circonstance, il s'agit, au contraire, d'altérations plus ou moins graves, soit de la sensibilité propre de la rétine, soit de la transparence des milieux dont elle accuserait les troubles. Les grands écarts des chiffres relevés en ce cas ne peuvent d'ailleurs dépendre des variations de dimension nécessairement minimes d'un élément anatomique relativement fixe et invariable comme est le bâtonnet.
Cette confusion a amené un grave malentendu signalé, avons-nous dit, par M. Javal qui a, le premier, exprimé que l'acuité visuelle devrait être évaluée d'après l'inverse des carrés de l'angle minimum, et non d'après l'inverse des premières puissances de cet angle ou de ses lignes trigonométriques.
Mais en appelant l'attention sur cette évidente méprise, en appliquant toujours indistinctement aux deux manifestations fonction-
(URAUD-TKUI.ON. — LA VISION". <)
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nelles dont il s'agit icila même appellation «d'acuité visuelle, » notre savant confrère a laissé subsister plus d'une condition propre à maintenir les malentendus.
D;ins un mémoire inséré en mai 1879, dans les Annales d'oculiA tique, nous nous sommes attaché à préciser plus expressément les attributs différentiels à mettre en lumière, entre les deux principaux éléments constituant la puissance visuelle, et à déterminer exactement leurs rapports.
Le résumé de cette étude va faire le sujet des paragraphes suivants.
§ 105. — Mesure du degré de la sensibilité propre de la rétine.
La puissance de perception de l'organe visuel repose donc sur deux éléments ou facteurs distincts quoique intimement associés, à savoir :
La propriété isolatrice déposée dans chaque élément sensible de la rétine ;
La sensibilité commune propre à tous ces éléments.
Nous avons exposé, de plus, que le premier de ces facteurs variait évidemment en raison inverse de l'angle sous-tendu par 1 élément.
11 est indiqué maintenant de chercher la loi que doivent suivre les variations de la sensibilité générale et de leur trouver une unité de mesure.
Pour ne pas compliquer l'argumentation, nous supposerons — ce qui est sensiblement exact pour une région donnée de la rétine — que chaque unité élémentaire de cet écran sensible jouit du même degré d'énergie réactionnelle, vis-à-vis de son stimulant spécial, au moins dans la région centrale qui seule nous occupe ici. Et, comme l'organe n'a de rapports physiologiques avec nul autre agent ou facteur naturel, nous sommes' forcés de voir, dans l'intensité de cet agent, la mesure de la réaction de l'organe ou de la sensibilité générale, comme] inversement, nous trouverions, dans les manifestations réagissantes de celui-ci, la mesure de l'intensité lumineuse.
Ces deux énergies sont, réciproquement, la mesure l'une de L'autre] et ne peuvent avoir, ni l'une ni l'autre, d'autre mesure, d'autre terrai de comparaison que leur congénère.
L'énergie ou le degré de la sensibilité élémentaire n'aura donc dé limite ou d'unité comparative que clans la quantité de lumière ou ledegré d'éelairement; comme — inversement — le degré de l'éclat! lumineux n'a, physiologiqucment , d'autre mesure que son degré1 d'action sur notre rétine, la réponse de cet organe à l'impression: qu'il en éprouve.