MESURE DE L'ACUITÉ VISUELLE. U
§ 112 bis. — De la valeur comparative de la mesure de l'acuité visuelle" relevée au trou d'épingle.
Un trou d'épingle percé dans une plaque métallique mince ou une carte noircie, et placé devant l'œil, transforme (§ 73, leçon 5) l'organe en une chambre noire, à peu près mathématique. A ce titre elle peut servir à la mesure approchée de l'acuité visuelle.
Supposons un instrument de ce genre, de 1 millimètre de diamètre, placé tout près devant l'œil : ce petit orifice peut être considéré comme le sommet commun du cône qui embrasse l'objet extérieur, et du cône inverse qui enveloppe son image sur la rétine.
Or, ledit orifice étant à 30 millimètres à peu près de cette membrane, se trouve ainsi à une distance de l'image, double de celle du deuxième point nodal (G2 = 15mm, § 138 et suivants). Cette image est donc sensiblement et grosso-modo d'un diamètre double de celui qu'à l'œil nu (l'œil étant supposé emmétrope), l'objet dessinerait sur la rétine.
Dans de telles conditions expérimentales, l'expérience nous apporte, d'autre part, pour mesure approchée de l'acuité visuelle, V =
2 4'B ou les — de l'acuité physiologique ; or, le calcul devrait nous don-
ner une acuité double etnon pas des — de l'unité physiologique.
Le diamètre de la plus petite image séparable, au trou d'épingle, est donc (rois fois celui qui correspond aux conditions physiologiques! Lors de l'expérience au trou d'épingle, l'action exercée sur la rétine réclame donc trois éléments linéaires au lieu d'un, à égalité d'effet produit, si on prend pour terme de comparaison l'exercice physiologique. v
Or, si l'on se reporte aux considérations développées au § 109 la cause de cette différence ne peut être recherchée que dans une insuffisance de la sensibilité propre de l'organe, ou une insuffisance de stimulation, c'est-à-dire de lumière.
La première hypothèse n'étant pas en cause, examinons ce qu'est dans ce cas, l'éclairage.
Nous voyons à cet égard que dans l'épreuve, avec un trou d'épingle de mdhmetre de diamètre, la quantité de lumière qui pénètre dans
C^ZPt7\Y * qUi' danS 1CS conditi^ binaires, traverse * pupille (dont le diamètre moyen est de 3 millimètres), est tout
Mement d'un neuvième (±., raison inverse du carré des dia^
mètres des diaphragmes).
li8 DE L'OPTOMÉTRIE. [/]
Tout s'explique dès lors; cl il esl tout à fait logique que l'acuité]
mesurée au trou d'épingle, nous donne pour résultai les — de celle
qui correspond à l'exercice physiologique. Si, effectivement, l'acuité isolatrice [minimum separabile) est, à la
limite, au lieu de 2, elle n'est donc que le ^ j de ce
qu'elle devrait être; ce qui ne peut être que si la sensibilité propre
de la rétine, ou l'éclairement sont eux-mêmes le -~ f carré de -y
de l'unité de mesure.
Or, dans l'espèce, la sensibilité rétinienne est supposée physiologique, tandis que, d'après ce que nous venons de démontrer, la
quantité de lumière est en effet réduite par le trou d'épingle au —
de l'unité de comparaison. C'est là une application des principes du § 109.
§ 113. — De la vue sous le rapport de sa portée ou de l'état de la réfraction de l'oeil : Des limites éloignée et rapprochée du champ visuel.
Occupons-nous maintenant de la mesure de la vue dans sa portée, c'est-à-dire de la détermination de ses limites éloignée et rapprochée dans un cas donné. ,
Les anciens désignaient les limites de cette portée de la vue sous les dénominations de punctum proximum et punctum remotum qui emportent avec elles leur signification. (Voir la leçon précédente.)
Nous ne les retiendrons aujourd'hui que pour un certain état de la vue, la myopie, qui seule, a un punctum remotum à une distance finie.
On se rappelle que l'œil régulier, physiologique, quand il ne fait aucun effort, se trouve tout préparé pour les rayons parallèles : son punctum remotum est alors à l'horizon ou à l'infini.
C'est la position physiologique du punctum remotum clans l'œfl construit normalement, dans l'œil nommé emmétrope 78).
§ 114. — Détermination du punctum proximum.
Presque tous les moyens employés pour la détermination du punc-tum proximum sont excellents. L'objet pris pour point de mire, naturellement choisi dans des objets de petite dimension, et en rapport I avec l'acuité la plus commune de la vision, ne fût-ce qu'une épingle,, remplira à merveille le but proposé. Au moment où, en le rapprochant lentement de l'œil, il devient confus, on mesure sa distance à l'œil, et l'on a la distance du punctum proximum.
LEÇON . J PUNCTUM PROXIMUM. 14lJ
\ cet effet, une épingle, un fil noir sur un fond blanc, les caractères 0 33 ou 0,50 de nos tableaux optométriques, des crins tendus dans un petit cadre (optomètre de Grœfe), et glissant sur une échelle métrique, font tous d'excellents optomètres. On leur donne une précision bien plus grande en les faisant servir de point de mire à l'optomètre de Scheiner (voir flg. 28 a et b, § 90), ou, en employant une carte percée de deux trous d'épingle, séparés entre eux par un intervalle moindre que le diamètre de la pupille (2 à 3 millimètres). Quand on se sert de cet instrument et que le petit objet visé, graduellement rapproché du sujet, vient à sortir du champ de la vision nette, au lieu de devenir confuse, trouble, son image devient double; phénomène qui rend beaucoup plus sensible le moment précis où commence le défaut de netteté.
Nous avons exposé au § 90, flg. 28, le mécanisme de l'application de cette méthode : au moment où le petit objet visé, passe en deçà du punctum proximum ou limite inférieure (rapprochée) du champ de la vision, il donne lieu à deux images croisées.
Remarque. La mesure du punctum proximum chez un sujet qui n'y voit plus de très près, ou dont l'acuité a été plus ou moins diminuée, exige une modification dans le procédé. Le petit objet, adopté dans la méthode précédente, peut en effet être au-dessous, comme dimension de celui qui correspond à l'acuité de la vision chez l'individu à l'étude, ou qui serait en rapport avec la distance qui devra mesurer la limite rapprochée de la vision.
Pour sortir de cet embarras, on n'a qu'à rendre le sujet artificiellement myope et d'une quantité donnée. On rapproche ainsi d'un seul coup, et en bloc, tout le champ de son accommodation. Appliquant alors le procédé ci-dessus, on détermine le punctum proximum dans cette nouvelle condition, et il ne reste plus ensuite qu'à défalquer la quantité de réfraction, en plus, dont on a artificiellement doté l'œil du sujet.
Un exemple pratique fait saisir immédiatement le mécanisme du procédé.
Un sujet, pour une raison ou une autre, ne distingue le caractère n° 1/3 de l'échelle métrique à aucune distance entre 1 et 33 centimètres. Je place devant son œil, et tout près de lui, une lentille convexe de 3 dioptries ou 33 centimètres de longueur focale. Le caractère qu'il ne pouvait déchiffrer auparavant, lui apparaît alors avec netteté dans une étendue déterminée, d'un certain point à un autre, entre 0 et 33 centimètres. Le champ entier de l'accommodation s'est en effet vu transporté entre ces limites, par le fait de l'interposition de la lentille de 33 centimètres devant l'œil.
Mesurant alors les deux limites relativement rapprochée et
*30 DE L'OPTOMÉTRIE. |7p>
éloignée auxquelles devient confus, sur la règle de 33 centimètres! le caractère qui sert à l'épreuve, on obtient, supposerons-nous, les distances cl, d' mesurant 22 centimètres et 125 millimètres, pal exemple, qui correspondent à 4D,5* et 8D.
Ces chiffres nous offrent les limites relatives de l'étendue du champ visuel lorsque nous avons ajouté 3 dioptries à la réfraction primitive du sujet. Les limites réelles seront donc chacune de 3 dioptries plus distantes, c'est-à-dire mesurées réellement par (4D,5* — 3) et (8D — 3), ou 1D,5 et 5 dioptries; équivalant comme distances à un punctum remotum de 66 centimètres et un proximum do 20 centimètres.
§ 115. — Détermination du punctum remotum ou limite éloignée.
a) Méthode élémentaire. — Pour déterminer le punctum remotum dans les méthodes anciennes, on suivait le même procédé que pour le punctum proximum ; seulement au lieu de rapprocher, on éloignait graduellement le petit objet servant de point de mire (cas de la figure 29, § 90). La méthode était défectueuse : au fur et à mesure, en effet, que l'objet visé s'éloigne, son image diminue sur la rétine et au moment où il devient confus, l'expérimentateur ne sait plus s'il doit attribuer la perte de la netteté, à l'excès relatif de la réfraction de l'œil, ou à la diminution de l'image; en outre il est tout à fait en dehors des bases régulières de la mesure de l'acuité.
Il faut donc qu'à chaque accroissement de distance, l'objet visé augmente de dimension clans un rapport donné, d'une part, par cette distance, de l'autre par l'acuité de la vision. On remplit cette double condition de la manière suivante : le sujet est placé en face des échelles optométriques, lesquelles sont naturellement offertes à la plus grande distance dont on puisse disposer, au moins 5 mètres et mieux encore 7 ou 10 mètres, et dans les meilleures conditions d'éclairage possibles.
La distance de 7 mètres (et au besoin de 5 mètres, ce qui pourtant est bien juste) peut être, dans la pratique, admise comme analogue à celle de l'horizon ; l'ouverture d'un cône de raj-ons divergents, ayant pour base le cercle pupillaire et pour hauteur 7 mètres, ne différant pas assez du parallélisme pour altérer notablement In position du foyer conjugué.
La différence est donnée par la formule ^ ls = j>' ?" = 300 millimètres carrés; or /, = 7000; d'où /„ = = 0mD,,04 et comme on sait que, pour 10 dioptries, le déplacement du foyer sur l'axe
]E(,0N1 PUNCTUM REMOTUM. loi
mesure au plus 3 millimètres, c'est-à-dire par dioptrie, 0""n,3, une dilTérence de lieu de 0mm,04 est donc inférieure à celle qui correspondrait à 1/10 de dioptrie.
Cela posé, supposons-nous en présence d'un sujet qui, placé à 7 mètres des échelles, ne lit point le caractère n° 7. Ce sujet offre donc soit un excès de réfraction (par rapport aux rayons parallèles), soit une acuité visuelle inférieure à l'acuité normale. Notre premier soin doit être de distinguer ces deux états l'un de l'autre; ce que nous faisons en éprouvant l'acuité au trou d'épingle.
Cette épreuve préalable nous révèle les 2/3 de la véritable acuité ; en en prenant les 3/2, nous avons donc la mesure réelle de ce facteur (§ 112 bis). Le reste de l'épreuve coule de source. Le sujet ouit, par exemple, d'une acuité réelle de 2/5àl'œil nu. Il est clair qu'à la distance de 7 mètres, avec une portée normale (emmétropie), il lui est impossible de lire le caractère n° 7, ou de 5 mètres, le numéro 5 ; mais, de la première de ces distances, il doit lire 7 : 2/5 ou 35 : 2 ; mettons : 30 : 2, ou 15,
et de la seconde, 5 : 2/5 ou 25/2 ou 12. (Si ce dernier caractère fait partie de l'échelle.)
Voilà pour le cas où l'on aurait affaire à un œil emmétrope (ou à peu près tel), atteint d'un certain degré de diminution de l'acuité.
Si donc l'épreuve ne répond pas à ces conditions, on en conclut que le sujet est affecté d'un certain degré d'excès de réfraction.
Pour déterminer ce degré, on fait rapprocher le sujet des tableaux en le priant de lire tout haut le plus fin des caractères qu'il puisse distinguer; comme son accommodation est alors en jeu, on est certain à l'avance qu'il lira celui qui est en rapport avec son acuité.
Dès qu'il a lu le plus fin des caractères qu'il puisse distinguer, on le fait graduellement reculer, et l'on arrive vite à celui qui est en rapport avec son acuité. Il n'y demeure pas longtemps, car en le faisant s'éloigner davantage, ce caractère devient bientôt confus ; à cet instant, sa distance au tableau est celle de son punctum remotum; et on en est aussitôt convaincu ; car, un pas de plus, et les deux autres types qui suivent celui-ci dans la série ascendante, disparaissent presqu'à la fois.
Telle serait la méthode élémentaire: mais on voit qu'elle entraîne bien des tâtonnements, des à peu près et des longueurs.
Heureusement, une méthode aussi rapide et facile qu'élégante et que l'on doit à M. Donders, abrégeant infiniment l'épreuve, permet de laisser la précédente dans le cadre théorique.
b) Méthode de Donders. — Nous avons exposé plus haut qu'une
lu~ DE L'OPTOMÉTRIE. |>
personne, qui, mise en face du tableau des types progressivement, décroissants de nos échelles, lirait à 7 mètres de distance, avec netteté, le numéro 7 de l'échelle métrique, jouirait d'une acuité visuelle égale à l'unité, et que, de plus, n'éprouvant nulle amélioration de cette perception par l'interposition d'un verre, soit convexe, soit concave, cette personne serait par là même tout naturellement adaptée par les rayons parallèles; son point «remolum» est à l'horizon.
Mais voici un second sujet qui, placé à la môme distance des tableaux, ne lit plus, ni le numéro 7, ni même 10, ni peut-être 15; son acuité, mesurée au trou d'épingle, nous révèle cependant une perception égale à l'unité. Il diffère donc du premier, seulement par la portée de sa vue, par le a quantum» de sa réfraction. Il n'est pas apte à s'adapter pour lesrayons parallèles. Alors nous plaçons devant son œil (il faut ici éprouver chaque œil séparément à son tour) des verres concaves de plus en plus puissants, c'est-à-dire en commençant par les plus faibles de la boîte d'essai.
Ces verres, successivement essayés, améliorent de plus en plus la vision; enfin l'un deux permet la vue nette des caractères composant le numéro 7 : ce sera, supposerons-nous, le numéro 2 négatif.
Qu'est-ce à dire, et qu'en devons-nous conclure? évidemment ceci : que pour donner aux rayons parallèles la faculté de se concentrer exactement sur l'écran rétinien, il faut leur imprimer la divergence que présenteraient les rayons partis d'un objet situé à 0ra,50 de l'œil.
Les rayons parallèles qui viennent frapper une lentille dispersive de 0m,50 de longueur focale, par exemple, en émergent en effet comme s'ils partaient du foyer de cette lentille situé du côté de l'incidence.
Fig. 36.
Dans la figure 36, on voit un œil ainsi conformé que les objets éloignés, ou envoyant vers lui des rayons parallèles, ne déterminent qu'une vision absolument confuse, mais qui s'éclaircit à mesure que l'on place devant lui des verres concaves de plus en
LEÇON.] PUNCTDM REMOTDM. 133
plus forts, devenant parfaitement nette pour une certaine lentille divergente L dont le foyer est en F; le foyer conjugué de ce point F dans l'œil, est donc sur la rétine en F', comme, en l'absence de la lentille L, serait celui d'un objet réel placé en F. De l'horizon à ce point F, les objets forment donc image dans le corps vitré en r ; ce ; dernier point se rapprochant de F', jusqu'au moment où l'objet arrive en F. R ou F est donc le punctum remotum du sujet.
On peut donc dire que le punctum remotum chez un sujet dont la limite distante et en deçà de l'infini, est au foyer même de la lentille négative la plus faible qui réunit sur sa rétine les rayons incidents parallèles.
c) Méthode chromatique de M. Helmholtz. — La méthode suivante conduit à des résultats encore plus précis. Elle repose sur le principe d'optique physiologique formulé au paragraphe 101 et relatif aux conditions qui réalisent l'achromatisme fonctionnel de l'œil. Seulement l'auteur n'emploie pas la lumière blanche, mais une source lumineuse composée uniquement de deux couleurs opposées l'une à l'autre dans leur degré de réfrangibilité.
On se procure cet'e source particulière de lumière en faisant passer des rayons solaires à travers des verres ordinaires teints en violet. Ces verres éteignent les rayons du milieu du spectre, ne laissant passer que les rayons extrêmes rouges et violets. Si l'on se sert d'une lampe, on emploie avec plus d'avantages les verres teints en bleu cobalt, lesquels ne laissent passer qu'en petite proportion l'orangé, le jaune et le vert, mais admettent pleinement le rouge extrême, le bleu et le violet.
M. Helmholtz place un verre teint comme il vient d'être dit, en face d'une étroite ouverture pratiquée dans un volet de chambre obscure. La lumière qui le traverse peut être considérée comme une source de rayons rouges et violets. Or, suivant ce que l'on a vu dans la proposition (§ 101), ce point lumineux produit sur l'œil de l'observateur un effet différent, suivant la distance pour laquelle cet œil se trouve accommodé .bu adapté. S'il est accommodé pour les rayons rouges, les rayons violets donnent lieu à un cercle de dispersion: un point rouge central apparaît, entouré d'un cercle violet. Inversement, si l'œil est adapté pour le violet, ce sera une auréole rouge qui bordera le centre violet. Pour une distance d'adaptation moyenne entre le point de concours des rayons parallèles incidents violets et le point de concentration des rayons parallèles rouges, on a un cercle forme de la superposition de deux cercles de dispersion égaux, l'un rouge, l'autre violet, dont l'effet résultant sera une impression unique de la couleur intermédiaire, le bleu pourpre.
En résumé, tant que la source de lumière ou le point brillant est
l0* DE L'OPTOMÉTRIE. (7*»
Bitué entre les limites de l'accommodation, le trou lumineux apparaît» net et de cette couleur intermédiaire. Mais du moment où l'objet sorti desdites limites, alors apparaissent les auréoles que nous venons de? décrire : il y a cercle de dispersion bleu violet au centre, avec auréole rouge, si l'écran rétinien est en avant du foyer moyen, c'est-à-dire sii le point lumineux a passé en deçà du punctum proximum. Les cou-» leurs sont disposées en sens inverse, centre rouge, auréole bleue, sii l'objet lumineux a franchi, en s 'éloignant, la limite distante (fig. 35)..
d) Combinaison ou association des deux méthodes précédentes. — du peut très avantageusement combiner les deux méthodes de Dondem et d'Helmholtz. En plaçant la source de lumière colorée à la distance; de 6 mètres, les rayons qu'elle émet peuvent être considérés commeparallèles; si donc le sujet a un punctum remotum à une distance' finie (s'il est myope), le point de mire sera entouré d'une auréole • bleue, alors le verre concave le plus faible qui annulera cette auréole i bleue aura pour longueur focale la distance même du punctum remo-tum. Ce moyen métrique est d'une grande précision. Des personnesinexpérimentées reconnaissent bien plus sûrement la présence d'uneauréole colorée qu'elles ne savent quelquefois affirmer le plus oui moins de netteté d'une image.
§ 115 bis. — Nouveau procédé optométrique de M. Prompt.
M. le Dr Prompt, ancien élève de l'École polytechnique, a présenté l'année • dernière (1879) à plusieurs Sociétés savantes de Paris un nouveau procédé propre à i déterminer les limites antérieure et postérieure de la portée de la vue.
Voici la description qu'il en donne :
« Supposons qu'on place devant la pupille, et très près de l'œil, une épingle ordir • naire et qu'on regarde un objet quelconque offrant des surfaces claires et sombres • séparées par des lignes droites parallèles à l'épingle, par exemple, une échelle opto- • métrique formée des groupes de lignes parallèles pour la détermination de l'astig-matisme, comme notre nouvelle échelle (§ 112).
« Si ces lignes sont dans les limites de la vision nette, elles sont vues en parfaite netteté à travers l'épingle qui est comme si elle n'existait pas.
« Mais il n'en est plus de même, si ces lignes objectives sont en deçà ou au delà ■ des limites de la vision nette;
« Alors l'épingle apparaît.
« Dans le premier cas (presbytie), si l'on promène l'épingle parallèlement aux : dites lignes, l'épingle et les lignes se meuvent ensemble, mais en sens inverse.
« Si l'objet est au delà du punctum remotum (myopie relative), le mouvement des lignes et de l'épingle a lieu dans le même sens. »
L'auteur fait observer avec raison que le mécanisme qui préside à ces phénomènes est exactement le môme que celui par lequel on se rend compte de la célèbre expérience des deux épingles de Lecat.
On sait en quoi consiste cette expérience :
Deux épingles sont placées l'une B, voir la fig. 37, tout près de l'œil, comme celle de M. Prompt ; l'autre, plus ou moins distante, mais dans le champ de la vision nette. Cette fois, on place un peu au delà de la première, et à une distance que
LEÇON.] PDNCTU.M REMOTDM. 155
nous supposerons, pour la clarté de la démonstration, être égale à celle du foyer antérieur de l'œil, c'est-à-dire à 12 ou 13™ de la corné,, ni,, carte noire percée d'un trou d'épingle. On a ainsi, par hypothèse, sur une môme droite, l'axe de l'œil, [es deux épingles et l'oriflce sténopéique. On remarque alors avec un grand étonnement que les deux épingles sont vues en sens inverse l'une de 1 autre, si elles sont dirigées réellement dans le même sens; et qu'elles sont vues dans le même sens, si elles sont, en l'ait, disposées en sens contraire.
Avec un moment de réflexion, on a raison de ce paradoxe. L'épingle Éloignée A forme son image a au fond de l'œil, à travers le système combiné du trou d'épingle et de l'œil, suivant les lois ordinaires de la chambre noire, c'est-à-dire que l'épingle et son image sont en sens inverse l'une de l'autre.
Mais il n'en est pas de même de l'épingle rapprochée; celle-ci se trouve en deçà du foyer antérieur de l'œil et est éclairée par un cône divergent de rayons, transformés, par réfraction, en un faisceau parallèle dans le corps vitré.
L'ombre de l'épingle ou son image sera donc dessinée droite sur la rétine, c'està-dire dans le sens même qu'elle affecte vis-à-vis de l'œil. Sa projection, extériorisée par la rétine, étant ensuite renversée, cette épingle est dès lors toujours vue en sens contraire de celui qu'elle affecte en réalité. L'épingle éloignée, qui a son image renversée, étant, au contraire, vue dans son sens exact.
Les mêmes circonstances se rencontrent dans le procédé optométrique de M. Prompt : son épingle, placée très près de l'œil (fig. 38), étant rencontrée par le cône divergent incident qu'envoie vers l'œil un point lumineux éloigné, absorbe certains des rayons de ce cône et d'une manière générale, doit ainsi porter ombre sur l'écran rétinien.
Seulement, eu égard aux différences présentées par l'angle d'ouverture du cône incident, cette ombre sera, suivant les cas, droite, nulle ou renversée. Elle sera nulle, si tous les rayons du cône incident vont, après la réfraction, converger en un seul point sur la rétine. Il est clair que, dans ce cas, les rayons enlevés au cône incident par l'épingle, ne devant pas atteindre d'autre point rétinien que leurs congénères, leur absence ne pourra être notée dans le nombre.
C'est le cas de l'effet nid de l'épingle de M. Prompt sur l'image de tout objet placé dans le champ de la vision nette : Tous les cônes lumineux vont former sur la rétine leur foyer, l'ombre ne saurait apparaître, l'épingle n'est pas vue.
Mais son ombre ou son image apparaît, au contraire, dès que cette condition n'est pas remplie. Les rayons manquant à l'appel font tache dans le cercle de diffusion. Et il est facile de voir sur les figures 37 et 38 que cette ombre doit être dessinée dans le même sens que l'épingle elle-même, si le cône de réfraction doit former son sommet ou le foyer conjugué de l'objet au delà de la rétine, et dans le sens contraire, si ce même sommet du cône doit être formé dans le corps vitré.
Le premier cas répond à la .presbytie ; le second, à la myopie absolues ou relatives.
Or, nous savons que la projection extériorisée de ces images s'opère par renversement : les déplacements de l'ombre qui se forme dans le sens même du mouvernentréel seront donc estimés (en sens contraire) comme s'exécutant en sens oppose : Inversement, ceux qui seront renversés par la réfraction, étant redressés par '•i projection extériorisée, seront vus dans le sens même du mouvement réel.
M. Prompt se sert comme objet de l'attention, dans l'application de cette méthode optométrique, d'une surface divisée en rectangles très allongés, alternativement blancs et noirs (mosaïque).
Lépingle, placée tout près des cils, est tenue parallèlement au long côté do ces rectangles. En deçà ou au delà de la position focale, c'est-à-dire en dehors du champ de l'accommodation, l'ombre de l'épingle se montre sur les rectangles blancs.
13,1 DE L'OPTOMÉTRIE. [~c
Les figures ci-dessous représentent ces mécanismes.
Expérience de Lecat (fig. 87),
Soient B l'épingle voisine de l'œil, A l'épingle distante,
w L'orifice étroit de l'écran opaque au foyer antérieur de l'œil.
Le cône divergent incident de lumière qui pénètre de l'orifice ta dans l'œil, a . pour sommet », pour base, la cornée CC. Dans le corps vitré, il est transformé en i faisceau cylindrique.
L'ombre ou image de l'épingle B est donc imprimée droite, sur la rétine en L, par les rayons parallèles ib. Cette image est projetée à l'extérieur, sensoriellement en i b', renversée.
L'épingle A a son image régulière renversée en a, et redressée en projection en A.
Fig. V,. . Fig. as.
Optomètre de Prompt (fi£. 38).
Soient R, P, les limites extrêmes du champ de la vision nette.
L'épingle de M. Prompt est placée en M. Le point lumineux A situé nu délit du champ de la vision nette, formant son foyer dans le corps vitré en n, donne lieu à une image ou ombre de l'épingle en m et n pour les deux positions successives M et N (images renversées).
Le point lumineux étant alors transporté en B, les ombres de M et N dans les • mêmes circonstances sont formées en m et n', en sens inverse du cas précédent.
Dans le premier cas, la projection est donc droite, c'est-à-dire du même enté que t N; dans le second, elle est renversée comme dans l'expérience île Lecat.
^Oi,.] CHAMP SUPERFICIEL DE LA VISION.
, ne - Du champ superficiel ou périphérique de la vision. Son étendue
normale.
La rétine tout entière est une surface focale (§ 76) ; les images s'y peignent partout avec une netteté qui paraît objectivement égale La sens bilité de l'écran jouit-elle de la même propriété 'acuité y
t elle aussi la même dans toute l'étendue de sa surface? L appréciation de cette qualité relative de la vue dans les différentes régions du tableau, tant sous le rapport physiologique que dans les cas cliniques, est ce qu'il faut entendre par « mesure du champ superficiel ou périphérique de la vision. » ,
Pour résoudre ce problème on s'appuie sur les points de fait sui-
vants : ...
Un œil normal qui pointe son regard ou son attention sur un point de mire placé devant lui, et l'y fixe avec persévérance, est cependant parfaitement averti de la présence et de la direction de tout objet visible qui se présente dans le champ superficiel ouvert devant lui, et cela presque jusque dans le plan même de l'équateur du globe de l'œil, c'est-à-dire dans le plan virtuel delà circonférence cornéale, au moins du côté temporal. Il jouit donc des principales propriétés de la vue jusque dans ce plan, c'est-à-dire, en moyenne, dans un rayon de 90 degrés autour de l'axe antéro-postérieur de l'œil. Il faut naturellement déduire de cette surface d'activité sensorielle les régions limitées du côté interne par la protubérance nasale, en haut par les arcades orbitaires et les sourcils, en bas par la région malaire.
Les observations physiologiques montrent que toute cette étendue de la surface rétinienne ne jouit pas d'une égale sensibilité. Laperception y diminue du centre à la périphérie, où elle n'a plus guère que des qualités d'avertissement. Ce manque de netteté dans la vision indirecte paraît tenir à une moindre sensibilité ; car, à une faible distance du point fixé, la netteté de la vision a diminué bien plus rapidement que la netteté objective des images rétiniennes. L'anatomie confirme cette appréciation: les bâtonnets et les cônes deviennent moins nombreux et moins serrés du centre de la fovea à Vora serrata.
La surface visuelle, nous le verrons dans l'étude de la pathologie, est souvent réduite par des altérations matérielles ou simplement sensorielles ; et l'on a même pu établir certaines relations de coïncidence entre les formes géométriques des lacunes superficielles dans le champ visuel et certaines formes morbides. On arrive à ces déterminations par le procédé suivant:
§ in. — Procédé pratique. — Campimètre.
Ayant dressé une large feuille de papier dans un cadre à ce destiné, on divise la surface de cette feuille soit en quatre angles droits,
158 DE I/OPTOMÉTRIE. |?c
soit en un plus grand nombre d'angles égaux et ayant même sommel : — On peut encore la diviser en petits carrés égaux. — Marquant aloJ d'une manière Lien visible Je point de centre, on maintient sur ce point toute l'attention du malade dont l'un des yeux a été préalablement couvert. Gela fait, on promène sur le tableau, en parlant de la périphérie, un crayon porté sur un manche un peu long et dont la pointe tranche nettement par son éclat avec le fond du tableau. On marque sur ce dernier les points où cette pointe apparaît ou disparaît. On obtient ainsi d'une manière très suffisamment exacte une figure qui représente, en sens inverse, l'image de séparation sur la rétine des parties sensibles et insensibles. — Au nombre des lacunes partielles ou isolées, on aura soin de ne pas comprendre comme pathologique, la lacune correspondant à l'entrée du nerf optique ou punclum cœcum de Mariotte, et qui se trouve à 15° du point de fixation, du côté nasal (rétinien), un peu au-dessous du plan horizontal (§ 87).
§ 118. — Méthodes de mensuration du champ visuel. — Campimètre de Wecker.
Le procédé pratique sommaire que nous venons d'indiquer ne donne que des résultats grossièrement approximatifs : la nécessité d'obtenir des mesures plus exactes a donné successivement lieu aux perfectionnements suivants :
Le premier en date et le plus élémentaire consiste dans la régularisation du procédé primitif, par la substitution d'un tableau fixe à la feuille de papier, et l'adoption de moyens accessoires pour fixer absolument la tête du sujet à une distance constante. Ce moyen consiste dans l'adaptation au tableau d'une mentonnière pour recevoir la tête du sujet.
Le tableau, d'un fond noir, porte une croix blanche en son centre, pour servir de point de mire fixe ; des divisions rectilignes partant de ce point, partagent le tableau en angles égaux représentant les méridiens de l'œil de 15 en 15°. Une boule blanche mue par un mécanisme dissimulé, avec la main qui la fait mouvoir, derrière le tableau, permet de marquer les limites de la visibilité tout le long de chaque méridien. Rien n'est donc plus simple que de déterminer rétendue relative du champ sensible de la rétine, pour un certain nombre de degrés, autour de l'axe antéro-postérieur.
§ 119. — Périmètre de Fôrster.
A cette méthode, Fôrster en a substitué une autre plus exacte, en ce qu'elle permet de relever le degré de la sensibilité rétinienne jusque flans le plan même de la cornée ou de l'êquatëur de l'œil (voir le 8 82, fig 27); ce que ne saurait évidemment réaliser le tableau-plan.