PréàiS de ta réfraction. Supplément à Mackenzie
fcîjÇON.]
AMPLITUDE ACCOMMODATIVE.
§ 134. — Évaluation numérique de la réfraction dynamique totale ou de l'amplitude accommodative.
, La formule du § précédent fournit encore en corollaire la réponse à la question que nous venons de poser.
L'homme adulte, au moment où il atteint son complet développement, c'est-à-dire à 20 ans environ, peut voir très nettement les objets délicats jusqu'à 10 centimètres environ de l'œil, dans l'exercice monoculaire.
Il jouit donc, à cet âge, de la faculté d'ajouter à sa réfraction statique une réfraction dynamique qui porte son point rapproché de l'horizon jusqu'à 10 centimètres, c'est-à-dire qui se mesurerait d'après le paragraphe précédent, par une lentille collective de 10 centimètres ou de 10 dioptries. C'est cette étendue qui représente l'amplitude de l'accommodation physiologique au moment du développement normal de l'âge adulte.
S 135. — Division de l'étendue accommodative en parties aliquotes dans le
système duodécimal.
Historique, — La quantité de réfraction dynamique qui mesure l'étendue de l'accommodation avait été pour les besoins de la pratique, divisée en parties aliquotes ou équivalentes. Cette idée avait été proposée et réalisée par Donders dans la proposition suivante :
L'étendue de l'accommodation peut être indifféremment représentée par une lentille de i pouces ou par six lentilles de 24 pouces, correspondant chacune aux positions suivantes du punctum proximum :
de l'oo ou du parallélisme à 24" 1/24
de 24" à 12" 1/24
de 12" à 8" 1/24
de 8" à 6" 1/24
de 6" à 4// 4/5 1)24
de ce dernier point à j, 4.» 1/24
Et si l'on reporte ces mêmes quantités entre 4" et l'œil, on aura successivement encore, entre 4" et 2", six autres lentilles de 1/2-1 correspondantaux stations suivantes du punctum proximum :
en dessous de 4".
Cette division est devenue aujourd'hui sans objet; la mensuration des quantités de réfraction dans le système métrique, ou en dioptries, rend inutile la conservation des- subdivisions aliquotes. La dioptrie, unité de réfraction, permettant de représenter toutés les mesures en nombre entiers ou décimaux, toute addition ne sci ait qu'une complication.
Nous croyons cependant devoir mentionner cette convention, quia régné quinze années dans la science et y a rendu de grands services. Cette mention pouvant tacihter aux futures générations scientifiques la lecture des travaux glorieux qui ont fondé l'ophtalmologie moderne.
DE i/OPTOMÉTRIE.
§ 186, — Des lunettes sténopéiques et des conserves.
En sus des instruments (lunettes) dont nous avons parlé, et destinés à modifier la direction des rayons-incidents sur l'œil, il en existe qui ont pour objet de modifier la quantité ou la qualité (couleur) des rayons qui pénètrent dans l'organe. Ce sont les lunettes sténopéiques et les conserves.
a) Lunettes sténopéiques. — M. Donders a donné le nom de « sténopœiques » (cttsvo.ç, étroit, oto, petite ouverture) à des instruments qui consistent en un petit écran opaque, placé tout contre l'œil, et portant à son centre une petite ouverture (comme le trou d'épingle) variant d'un 1/2 à 1 millimètre 1/2 de largeur. . Ces écrans, portés en guise de lunettes, sont employés :
1° Pour garantir de la lumière diffuse les yeux dont les cornées portent des portions opaques, et que gène considérablement la dissémination de la lumière pénétrante, à sa rencontre avec ces parties opaques réfléchissantes, ou même simplement translucides. La netteté des images régulières gagne beaucoup par l'usage de ces lunettes.
2° On en retire encore de grands avantages dans les circonstances où une pupille artificielle, une iridectomie, une synéchie indienne antérieure, suite de kératotomie, ayant déformé, agrandi la pupille, ou altéré la courbure de la cornée, produisent de trop grands cercles de diffusion.
3° Dans les hauts degrés de myopie, dans lesquels l'acuité a ellemême beaucoup souffert; dans ce cas, leur mode d'action est la diminution notable des cercles de diffusion, toujours grands avec une pupille large comme celle des myopes. Par leur moyen, la vision monoculaire permet de se procurer de grandes images : on y arrive en rapprochant autant qu'on le veut les objets. Et quant à la vision de loin, elle est analogue, avec leur secours, à celle que procurent des verres qui neutralisent imparfaitement la vision, sauf cet avantage qu'elles dessinent des images plus grandes (§ 112 bis).
Dans ces circonstances, l'usage du trou d'épingle monté sur écran fixe, circonscrit la vue à un espace très limité, et ne peut s'appliquer qn'àdes occupations sur objets rapprochés.
Fente sténopéique horizontale. — Si l'on est dans la nécessité de les conseiller pour la vie extérieure, dans laquelle la convergence des axes optiques varie à chaque instant, on remplacera le trou d'épingle par une petite fente horizontale, d'un millimètre de hauteur, qui laisse des bandes de diffusion dans le plan horizontal, mais procuivra cependant encore de grands avantages relatifs, et dont le clignement naturel aux myopes permet de se faire une idée (§ 262).
Dans les cas où la lunette sténopéique a pour objet de préserver les
i LUNETTES STÉNOPÉIQUES. <83
images rétiniennes de la diffusion qu'amène un albugo de la cornée, il convient de l'armer de l'addition apportée par M. Donders. Ce savant garnit l'ouverture dol'écran d'un petit cône de 3 1/2 millimètres de hauteur et qui défend l'entrée de l'orifice aux rayons latéraux. Dès lors, les seuls rayons utiles pénètrent à travers les parties transparentes de la cornée.
b) Lunettes destinées à modifier la qualité de la lumière [couleur). — Ces instruments portent généralement le nom de « conserves ; » ce sont simplement des verres de couleur, de nuances diverses et de teintes graduées, à faces parallèles, et qui, d'après cela, n'agissent sur la réfraction que par leur couleur. On les fait verts, bleus ou gris fumée, tendant plus ou moins sur le noir.
On s'est longtemps et beaucoup servi des diverses nuances du vert. Ces verres excluent les rayons extrêmes du spectre ou du moins en diminuent plus particulièrement la quantité. Leur coefficient de réfraction se rapproche le plus de celui de la lumière blanche ou composée : ils n'ont donc, par le fait de la couleur, que peu ou point d'action réfringente ; mais, augmentant relativement la quantité de lumière jaune, en excluant le rouge et le bleu, ils laissent pénétrer les rayons les moins agréables, les moins doux à la rétine, les plus irritants, les rayons jaunes. Cette couleur (le vert) est donc plutôt à éviter dans les circonstances mêmes qui exigent l'emploi des conserves.
La teinte bleue est aujourd'hui reconnue très préférable, particulièrement le bleu cobalt de Berlin (verre très pur et très bien fabriqué). Cette couleur exclut particulièrement l'orangé ; en outre c'est par son rang dans le spectre, la moins riche en rayons calorifiques : elle est donc, à tous égards, la mieux tolérée par des membranes plus ou moins irritables. Enfin, disons encore qu'elle agit un peu à lafaçon d'un verre collectif, le bleu étant la nuance la plus réfrangible du spectre . Quant au gris fumée, tendant jusqu'au noir, son emploi n'est indiqué qu'à titre d'écran ou de voile, quand on veut surtout garantir l'œil de la lumière elle-même, sans se préoccuper autrement de l'acuité visuelle. Or, ce n'est pas le cas en général. Les conserves ont pour effet, non d'exclure, mais de modifier la lumière. Elles doivent permettre l'exercice de la vision, laisser par conséquent entrer toute la lumière utile, en excluant seulement celle qui, par sa qualité, peut nuire. Or, le bleu, en excluant la lumière jaune orangé, irritante, laisse la faculté visuelle presque complète.
« Nous laissons provisoirement intact le jugement qui précède, porté par la généralité des Écoles vers 1865, sur les qualités physiologiques des diverses couleurs spectrales. Ce jugement n'a pas encore été directement réformé. Cependant nous croyons que la question appelle une étude nouvelle. Nous ne serions pas surpris que ladécou-
verte, faite par Boll, delà photochimie rétinienne exigeât des conclu- , sions absolument refondues sur cette matière, particulièrement en ce qui concerne l'influence de la lumière jaune, que les expériences dfl l'Ecole de Rome semblent devoir faire considérer comme beaucoup plus appropriée à la rétine qu'on n'était disposé à le croire d'après des vues théoriques.
« Plusieurs observations cliniques que nous avons eu occasion de faire nous ont, en effet, porté à accorder une valeur thérapeutique très positive aux verres de couleur jaune dans des cas d'hyperesthésie rétinienne. »
Pour compléter ce qui concerne les lunettes sténopéiques, voir au § 112 bis, la mesure de l'effet quantitatif produit sur l'acuité visuelle par la lunette à trou d'épingle.