VISION UNI-OCULAIRE — CLINIQUE
§ 149. — De l'œil emmétrope ou dioptriquement physiologique.
Définition.
On désigne sous le terme « emmétrope » (moyenne mesure) l'œil dans lequel, en l'absence de tout effort, les rayons incidents parallèles sont réunis en foyer exact sur la couche photochimique sensible de la rétine (voir fig. 64, § 201). Cet œil est, ainsi que nous l'avons vu, celui des populations vivant au grand air dans les conditions les moins éloignées de l'état naturel ou le moins atteintes par la civilisation (voy^B)1.
L'expression (moyenne mesure ou emmétropie) vise à 1 avance les cas possibles dans lesquels les rayons parallèles qui viennent tomber sur la cornée iraient former — toujours en l'absence de toute action dynamique développée par le sujet — leur foyer, soit en avant, soit en arrière de la couche sensible de la rétine. Or ces cas se rencontrent,
1. L'emmétropie est-elle, en fait, comme elle peut être admise au point de vue de la dioptrique théorique, l'état ordinaire ou général de l'œil humain, au point de vue de la réfraction ?
Les recherches statistiques sur les yeux sains d'adultes sont encore trop peu nombreuses et trop peu précises, pour pouvoir, soit l'affirmer, soit le nier.
Mais chez les enfants et les jeunes gens, elles ont pu être suivies avec beam -un plus d'assurance ; et chez eux l'emmétropie semble réellement plus rare que 1 hypermétropie. (Cohn — Érissmann — Conrad — Emmert — Pflûger — Laqueur, etc.) « Les relevés statistiques de ces auteurs permettent de considérer comme un point désormais acquis le nombre considérable des hypermétropes pendant les vingt premières années de la vie. »
Ces relevés démontrent, en outre, que « de l'enfance à la jeunesse, le nombre de ces hypermétropes diminue progressivement — et qu'en mémo temps, comme on le sait bien, le nombre des myopes, très faible dans les classes inférieures, suit une marche ascendante rapide et assez régulière. »
(Haltknhoff, Congrès de Genève, 1877.)
J.EÇON.] EMMÉTROPIE. 207
et fréquemment, mais pas assez pour ne pas être considérés comme des anomalies ou des états pathologiques. Nous les étudierons en leur lieu, ne les citant ici que comme justification du terme « emmétropie. »
L'œil emmétrope pouvant être fonctionnellement malade, comme tout autre, ce terme ne voudra donc pas dire : normal ; cette expression ne s'adresse qu'à la condition de sa réfraction statique : elle répond seulement à l'idée de l'état dioptrique physiologique.
§ 150. — Influence physiologique de l'âge sur les qualités de la vue.
L'œil, comme tous les autres organes, subit les effets de l'âge; l'œil emmétrope -n'est donc point exactement le même aux différentes époques de la vie.
En mettant de côté les altérations ou dégénérescences que peuvent éprouver ses tissus constituants, il subit deux sortes d'atteintes qui, par leur marche régulière et progressive, doivent être considérées comme des mouvements physiologiques. Tels sont: 1° l'affaiblissement progressif et régulier de son pouvoir accommodatif ; 2° la diminution également progressive de l'acuité de ses perceptions.
Commençons par la plus saillante de ces atténuations fonctionnelles, fatales et prévues, la presbyopie.
§ 151.— Presbyopie; définition; développement.
La fonction qui, dans l'œil, témoigne la première de l'influence des années, c'est l'accommodation. L'étendue de cette énergie commence à diminuer dès le très jeune âge.
On peut suivre, dans le bel ouvrage consacré par Donders à l'étude des anomalies de la réfraction, le déplacement imposé par le progrès des années aux limites éloignée et rapprochée du champ visuel antéro-postérieur. Les courbes schématiques en sont reproduites aux figures 104-107 de ce bel ouvrage.
Dix années de nouvelles observations ont amené quelques corrections de détail dans les éléments de ces courbes. A la réunion ophtalmologique de 1875, à Heidelberg, l'auteur a présenté de nouveaux diagrammes plus précis : nous les donnons ci-dessous, d'après M. Landolt.
Dans cette table, les chiffres placés sur le haut de la figure indiquent l'âge; sur la colonne verticale, la position des points proximum et l'emotum, p et /', est évaluée en dioptries à droite, en millimètres à gauche.
La courbe représente la position du piinctum Pemotum ^correspond