U5Q0N.] MOUCHES VOLANTES
La première base à établir, dans toute étude pratique de la vue d'un sujet, c'est donc le degré de l'acuité (voir § 105), et le résultat de cette analyse devra être rapproché du tableau dressé par le docteur de Haan, et qui donne la courbe de la décroissance graduelle de la finesse du sens même de la vue, avec le progrès des années, indépendamment de tout état de la réfraction ou de maladies évidentes.
Ce tableau a été dressé sur 281 observations relevées au moyen de l'échelle de M. Snellen, sur des sujets de 77 à 82 ans. En voici un extrait :
Jusqu'à 20 ans, l'acuité de la vision est un peu supérieure à celle qui forme l'unité de l'échelle de M. Snellen et de la nôtre.
A 20 ans 20/20 ou 1.
A 40 ans, elle n'est plus tout à fait égale à l'unité.
A 50 ans, elle n'est plus que des 18/20.
§ 163. — Symptômes concomitants de la diminution de l'acuité visuelle. Myiodopsie. — Scotômes mobiles. — Mouches volantes.
La diminution graduelle de la perfection du sens même de la vue avec le progrès des années, et qu'accuse d'une manière si sensible ce tableau, a particulièrement sa cause dans les altérations variables de transparence que présentent les milieux de l'œil, par suite d'une nutrition de ces tissus qui a perdu plus ou moins de sa vitalité. Avant de s'en apercevoir par la mesure de ses effets, les malades en sont très souvent avertis par l'apparition, dans le champ de la vision, de petites ombres plus ou moins sensibles qui le traversent en certaines circonstances, et qui, lorsqu'elles ont acquis une certaine importance, ne laissent pas de préoccuper fortement ceux qui les ont constatées sur eux-mêmes. Elles reçoivent alors le nom de « mouches volantes » et, à ce titre, méritent de notre part quelque attention. Ces apparitions font partie d'une catégorie de phénomènes qui a reçu le nom d'imagés entoptiques.
On appelle « images entoptiques » toutes les apparitions qui se présentent dans le champ de la vision et qui n'ont point de raison d'être extérieure ou objective. Elles sont de plusieurs sortes et leur étude offre, au double point de vue de la physiologie et de la pathologie, le plus grand intérêt.
a) Les plus communes entre ces images consistent en depetits corps gris ou pâles, qui se montrent au-devant denous, et se lient aux mouvements du regard, particulièrement quand l'œil reçoit la lumière,
moyennement vive, de surfaces uniformément éclairées. On les rend visibles avec facilité en faisant pénétrer dans l'œil des faisceaux de lumière parallèles ou peu convergents, qui dessinent sur la rétine des cercles plus ou moins étendus. Un trou d'épingle d'un 1/2 millimètre de diamètre environ, étant tenu à 13 millimètres de l'œil (au foyer antérieur de celui-ci), tous les rayons qui le traversent sont réfractés dans le corps vitré à l'état de parallélisme. Cette petite ouverture dessine donc sur la rétine un cercle plus ou moins étendu, suivant la dimension pupillaire, si on a soin de diriger le regard vers une surface blanche ou bien éclairée, comme une muraille au soleil, les nues, etc.
Dans ces circonstances, on aperçoit, passant devant soi, de petits corps plus ou moins apparents (inégalement accusés), et formés de petits granules parfaitement ronds, égaux généralement, les uns isolés, les autres groupés, d'autres formant des chapelets linéaires, d'autres enfin des chapelets entortillés. Tous ces petits corps ont ce caractère commun, d'apparaître au moment d'une direction plus ou moins vive du regard de bas en haut, de suivre ce même mouvement, de s'arrêter avec lui, après l'avoir un peu dépassé, puis de descendre lentement vers la position première et enfin de disparaître. Ces ombres persistent cependant quelquefois, mais c'est qu'alors elles sont plus accusées.
En plaçant au-devant de l'œil (voir la fig. 49) et toujours à la même distance, non pas un trou d'épingle seulement, mais deux trous très petits et disposés comme ceux de l'optomètre de Scheiner, c'est-àdire séparés par un intervalle inférieur à l'ouverture pupillaire, on a fait pénétrer dans l'œil deux cylindres de rayons parallèles au lieu d'un. Le même corps rencontré par ces cylindres de lumière a pu alors porter sur la rétine une ou deux ombres, suivant sa position par rapport au lieu d'intersection mutuelle des deux cylindres; la situation de ces images doubles, par rapport aux cercles lumineux dessinés par les deux cylindres sur les rétines, a permis alors de déterminer, avec une certaine approximation, la position même des petits corps qui les produisaient. Ce procédé, dû à SirD. Brewstew a fait connaître que tous ces petits corps étaient suspendus dans le corps vitré à des distances très variables; les uns se montrent en contact avec le cristallin, les autres avec la rétine. On a même pu penser que quelques-uns de ces derniers appartenaient à la couche granuleuse de cette membrane. Ces apparitions dans le champ de la vision ont reçu le nom de « spectres perlés. »
Dans quelques autopsies oculaires, l'examen du corps vitré, au moyen du microscope, a permis à M. Donders d'y reconnaître les mêmes petits corps qu'il avait pu observer sur lui-même.