LEÇON • MOUCHES VOLANTES
Au moyen d'un procédé très simple, l'éminent professeur a pu mesurer, avec une assez grande approximation, la distance de ces petits corps à la rétine (voir la note ci-dessous). Il a reconnu ainsi qu'ils étaient suspendus, les uns dans le voisinage immédiat de cette membrane, les autres dans le voisinage du cristallin, autrement dit, dans le corps vitré ; et de plus que, dans cette circonstance, ce milieu possédait un certain excès sur le degré de sa fluidité normale. Ce judicieux observateur a reconnu, en outre, par déduction logique, que leur densité (à ces corpuscules) était inférieure à celle du liquide dans lequel ils étaient plongés. Leur mouvement de retour, par descente, au point qu'ils occupaient au commencement du mouvement du regard se portant de bas en haut, doit, en effet, être interprété, vu le renversement des images (nous parlons ici de ceux en rapport avec la rétine, car ceux situés dans le voisinage du cristallin, donneraient une impression contraire), comme un mouvement d'ascension consécutif à l'arrêt du regard.
Sous la dénomination générale de « mouches volantes » nous distinguons, dit M. Donders :
a) De petits cercles isolés, offrant des contours, les uns obscurs, les
autres pâles, avec un centre brillant, d'un diamètre de 1/28 à — de
millimètre, et distants de la rétine de 1/3 de millimètre à 4 millimètres. Dans le mouvement de regard de bas en haut, leur déplacement vertical peut être de 1 1/2 millimètre; dans le sens horizontal, à peine leur constate-t-on un mouvement.
b) Des chapelets en cordons de perles de 1 à 4 millimètres de longueur, situés comme les précédents.
c) Groupes cohérents de petits cercles de taille variable, les uns pâles, les autres plus sombres, plus foncés que les autres formes : ce sont, à proprement parler, les mouches volantes. Ils sont constitués par la réunion des deux catégories précédentes.
d) Enfin des plis ou membranules présentant l'apparence de petits rubans brillants, limités par des lignes plus opaques sans être cependant très marquées. L'idée la plus exacte qu'on s'en puisse faire, c'est celle d'une plicature irrégulière dans une membrane extrêmement fine. Leur siège est généralement dans les 2 à 4 millimètres de la rétine.
On constate pourtant encore leur présence immédiatement en arrière de la lentille. Dans ce cas, les déplacements apparents qu'ils éprouvent lors des brusques mouvements du regard, se manifestent en sens contraire de ceux cités plus haut et offerts par les corpuscules voisins delà rétine. Pendant que ceux-ci descendent, on voit» au contraire, monter ceux voisins du cristallin. On en comprend aisément
]a raison, le centre de projection sensorielle et de mouvement du globe se trouvant intermédiaire à ces deux régions.
Ces derniers corps, les plis et membranules, forment un groupe symptomatologique d'un ordre plus sérieux que les simples mouches volantes, en ce sens que lorsqu'ils atteignent un certain volume, ils deviennent parfaitement visibles à l'opbtalmoscope et prennent alors le nom de corps flottants ou de flocons dans le vitré.
Cette analyse précise et délicate a rendu à la pratique un immense service, en permettant d'éclairer avec certitude les malades sur les vraies causes d'un phénomène pour eux éminemment perturbateur. On peut aujourd'hui leur affirmer que ces symptômes, dans leurs degrés légers et moyens, ne sont que des altérations légères d'éléments physiologiques à peine transformés ; qu'ils siègent dans le corps vitré et surtout qu'ils sont indépendants tant du tissu nerveux oculaire, que de celui du centre cérébral, et qu'ils n'annoncent par conséquent ni l'amaurose, ni la paralysie.
Leur volume et leur coloration foncée sont seuls en droit d'éveiller
les préoccupations. Quand, de l'état de simples mouches, ils passent à la condition de vrais corps flottants, et que le sujet est atteint de myopie ou de toute autre forme de choroïdite, alors il est sage de les prendre en considération. Ils indiquent toujours par l'augmentation de la teinte foncée, de leur nombre ou de leur volume, l'étendue de leurs déplacements, un plus haut degré de fluidité momentanée du corps vitré, et, par induction, un accroissement de congestion dans la choroïde.
Les malades, une fois prévenus de ce fait, reconnaissent alors, aux plus grands troubles qu'ils éprouvent, les conséquences d'un excès d'application de près, ou de quelque écart de régime dans plusieurs départements fonctionnels; en un mot, l'effet d'une fluxion sanguine vers la choroïde.
Nous insistons sur cette conclusion finale qui limite pratiquement la portée de ce phénomène pathologique. Après avoir été singulière* ment exagérée, et jusqu'aux proportions, sans fondement, de menace de prochaine amaurose, on u été, comme il arrive souvent dan? cel
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ordre d'idées, jusqu'à leur enlever toute signification morbide. Dans cette dernière proposition, le danger changeait de nature : on risquait de lui opposer trop d'insouciance.
En fait, si des mouches volantes variant peu, et peu nombreuses, ne doivent point préoccuper outre mesure, il est d'autre part, important de leur accorder attention comme à des signes évidents d'un certain degré de ramollissement du vitré, et de s'attacher d'autant plus expressément aux règles de l'hygiène oculaire, que le nombre et la teinte foncée des scotômes mobiles indiquera un plus haut degré de stase ou de fluxion sanguine dans la choroïde.
En tout cas, et au point de vue de la pratique ophtalmologique, da myiodopsie devra être considérée tout au moins comme un témoin, s'offrant spontanément, d'un embarras, actuel ou passé, dans la membrane nourricière de l'œil, et conséquemment comme un indice d'une fatigue de l'organe.
Note additionnelle au § 163.
Calcul servant de base à la méthode de Brewster pour la détermination de la position des corps flottants dans le vitré (voir fig. 49).
Ko, second point nodal; centre de réfraction, de similitude et de projection sensorielle.
E, l'écran opaque portant les deux trous d'épingle A A'. mn = diamètre de la pupille.
A K ( rayons non déviés passant par A et A' ; axes communs des faisceaux a f 2 a ) coniques divergents incidents lumineux, et des faisceaux réfractés a' A' K2 a' j Cyiin(jriqties dont la section droite est la pupille; a et a', lieux de la projection extériorisée des points a et a', sur le plan vertical de projection.
o, o', centres des cercles de diffusion projetés sur le même plan et dont la moitié seulement est dessinée pour la simplicité du dessin, ir, corps opaque dans le vitré.
p, p', ses ombres portées sur la rétine par les faisceaux lumineux cylindriques. q, q', leurs projections sur le plan vertical, suivant les lignes de direction visuelle pK2,j/K2.
Appelons encore d (l'inconnue) la distance du point opaque t à la rétine; D la distance du point K2 au plan de projection.
Les deux triangles npp', «a'Kj, dont, les côtés sont respectivement parallèles, nous donnent, comme triangles semblables :
a a' : ppi : : ©' : d. (1)
De môme les triangles n'«Ks, aa'Kît semblables comme opposés par le sommet . nous donnent :
aa' D : cp', (2)
et, par la môme raison, les triangles pp' K„ q q' K2 nous donnent à leur tour :
q q' : pp' : : D : cp', (3)
et, par suite :
aa' : a.a.' : : q q' : pp',
~2* DIOPTRIQUE OCULAIRE. [d0<= I
011 a-fé ■ : : a a' : pp' j ; cp' : d:
d'où à = <{q' X y'.
Quant à aa', on voit sur la figure 49 que la valeur de cette quantité est donnée par la proportion : aa': AA' (écart mutuel des orifices de l'écran) : : D : (G, = ©"), distance de l'écran au 2e point nodal.
§ 163 ôis a). — De la mesure du diamètre de la pupille et des cercles de diffusion, i
Dans les Annales d'oculistique, n° mai-juin, 1876, M. Badal a fait connaître un i procédé très simple pour obtenir à un moment donné la dimension de l'ouverture» pupillaire, et en même temps l'étendue des cercles de diffusion.
La mesure du diamètre pupillaire est fondée sur la généralisation de la méthode! proposée par Robert-Houdin au congrès de 1867. Le pupillomètre de cet ingénieux t observateur (voir le compte rendu du congrès) se composait d'un petit cylindre en i forme d'œilleton qui s'appliquait sur l'orbite devant l'œil, et portait, à son extré- • mité opposée, une plaque de cuivre percée en son centre de deux très petits orifices i capillaires, l'un fixe, l'autre dont la distance au premier pouvait varier et être me- • surée à chaque observation.
Placé devant l'œil, exposé à une large surface suffisamment lumineuse, et à la i distance de 12 millimètres, position du foyer principal antérieur de l'organe, cet instrument envoyait vers la cornée deux faisceaux coniques de rayons lumineux, , que la réfraction transformait en faisceaux cylindriques de rayons parallèles, et : qui dessinaient chacun un cercle de diffusion sur la rétine, cercles ayant pour dia- • mètres celui même de la pupille (comme dans le procédé de Donders pour la détermination de la distance des corps entoptiques, § 163). Dans l'application de cet ins- -! trument, il était clair qu'au moment où les cercles de diffusion étaient tangents, la . distance de leurs centres était la mesure de leurs diamètres, et comme ce diamètre était égal à la fois à celui de la pupille et à l'écartement des orifices capillaires (vn le parallélisme des rayons dans le vitré), la mesure de cet écartement donnait en même temps celui du diamètre de la pupille.
M. Badal a étendu cette méthode en montrant que, dans son application, quelle que soit la distance des orifices à l'œil, dès que les deux cercles de diffusion sont amenés au contact, l'écartement des orifices est égal au diamètre de la pupille.
La figure ci-contre permet de s'assurer de l'exactitude de cette proposition.
Fig-. .".0.
Admettons, en effet, que dans la figure 50, A et A' représentent les orifices de l'écran à la distance de l'œil pour laquelle les deux cercles de diffusion o, o' sont exactement tangents, au point de fixation Fâ. foyer principal de l'œil.