‹ La vision et ses anomaliesChapitre 71 sur 213 · LEÇON.] APPARENCE STELLAIRE DES CORPS LUMINEUX · texte numérisé non relu

LEÇON.] APPARENCE STELLAIRE DES CORPS LUMINEUX

Quand on regarde bien fixement et d'un seul œil, une étoile, sa forme stellaire apparente demeure invariable. Bien plus, quand nous changeons d'objet, que nous passons d'une étoile à une autre, ou à une planète, ou à un réverbère très éloigné, nous retrouvons, sauf l'éclat ou la dimension du petit cercle un peu diffus du centre, la même division des branches, leur bifurcation inégale identique.

Changeant maintenant d'oeil, nous retrouvons la même constance dans le phénomène, quelle que soit la petite lumière considérée ; mais la figure stellaire, constante pour le même œil, est différente d'un œil à l'autre. Et nous ajouterons que l'observation reprise à des jours différents, reproduit encore pour chaque œil, le même dessin étoilé que les jours précédents.

L'observation de ce phénomène nous permet de résoudre un autre problème encore. Nous verrons, lors de l'étude de la dynamique des mouvements oculaires, que longtemps a été agitée la question de savoir si, lors des mouvements par inclinaison de la tête sur son axe vertical, les axes principaux des globes oculaires conservent constamment les mêmes rapports avec ce dernier.

Or, si pendant l'observation d'une étoile comme dans la description précédente, nous inclinons la tête sur l'une des épaules, nous voyons tourner avec elle la figure stellaire. Voici, par exemple, le dessin d'une étoile, pour l'un de nos yeux, dans deux positions successives de la tête, droite, et ensuite inclinée à 45° .. sur l'épaule.

S'il y a quelque écart en ces circonstances entre les axes de la tête Flg' 53et des yeux, ils est donc assurément peu étendu (voir pour le complément de cette étude, les §§ 391 et 392).

Les images multiples fournies par le cristallin lors d'une adaptation inexacte de l'appareil, formeront un des caractères symptomatiques les plus précieux pour le diagnostic des aberrations de la réfraction dynamique (voir le § 323 de la leçon 20°).

(Nous signalerons encore une application que nous reproduirons en appendice à la fin du volume, de cette propriété du cristallin, à l'explication du phénomène du ligament noir en astronomie.)

Note additionnelle au § 171

Scintillation des étoiles. — On ne confondra pas l'apparence stellaire (branches étoilées du phénomène çpie nous venons de décrire) avec un autre phénomène qui a avec ce dernier une certaine affinité ou parenté : nous voulons parler de la scintil~ lation des étoiles.

Ce dernier phénomène est exclusivement d'ordre physique, tandis que le précédent est entièrement physiologique.

^ DIOPTRIQUE OCULAIRE. |Hc

On appelle scintillation la couleur mobile et changeante des étoiles, entourant excentriquemenl, d'une espèce de nébuleuse aux apparences intermittentes et saccadées, l'image de l'étoile même.

Ce phénomène est rattaché, dans la science, au principe des interférences lumineuses. Les rayons des étoiles traversant, pour parvenir jusqu'à nous, d'immenses espaces où il peutexisterdes variations de densité des milieux, les diverses ondes qui les composent y éprouvent sans doute des résistances inégales et ne nous arrivent ainsi que plus ou moins en retard les unes par rapport aux autres. D'où ces apparences colorées mobiles et intermittentes.

Pour expliquer l'absence de ce phénomène lors de l'observation des planètes, lesquelles ne scintillent point ou du moins fort peu, on a allégué (Arago) queleurdisque peut être considéré comme une agrégation d'étoiles ou de petits points émettant isolément leur lumière. Les images de différentes couleurs propres à chacun de ces points considérés isolément, se superposant, en arrivant à nous, par empiétement contigu, formeraient du blanc.

Peut-être l'immense différence de distance de ces astres est-elle simplement la raison d'être de ces différences d'apparence; on ne sait rien des milieux qui les séparent de nous, pas plus d'ailleurs, que de leurs qualités propres.

§ 172. — Observation de l'arbre vasculaire rétinien. — Expérience

de Purkinje.

Dans des expériences intéressantes, Purkinje, a montré que Ton pouvait se procurer à soi-même, une image subjective de la distribution de l'arbre vasculaire de la rétine.

On y arrive de plusieurs manières.

Voici les principaux de ces procédés, dont nous empruntons la description à Helmholtz, qu'il devait lui-même à Purkinje, et à H. Millier.

« 1° Au moyen d'une lentille convergente, à court foyer, on concentre une lumière très intense, de préférence la lumière solaire, en un point de la surface externe de la sclérotique, le plus éloigné possible de la cornée, de manière à former sur la sclérotique, une image

petite, mais très éclairée de la source lumineuse. Pendant cette opération, le regard est porté sur un fond obscur, et l'on imprime au foyer formé sur la sclérotique, un mouvement de va-et-vient. Le champ visuel obscur semble alors éclairé d'un rouge jaunâtre, et il apparaît un réscau de vaisseaux sombres, dont les ramifications, rappellent celles d'un arbre, dépouillé de ses feuilles, et qui répondent aux vaisseaux rétiniens tels que les offrirait une préparation injectée (fig. 54).

2° La seconde méthode employée pour l'observation des vaisseaux

rétiniens, est la suivante : clans une chambre obscure, on dirige le regard vers la région La plus sombre, et plaçant une bougie allumée à 90° environ, avec la direction du regard, on lui donne un mouvement de va-et-vient, soit au-dessous de l'œil, soit latéralement. On voit bientôt le fond obscur se recouvrir d'un reflet mat et blanchâtre, sur lequel se dessine l'arbre vasculaire obscur.

3" Nous nous procurons les mêmes résultats, à la lumière du jour, et suivant un mécanisme analogue, de la manière suivante :

Dans une chambre bien éclairée par la réflexion de la lumière solaire, sur un mur opposé, ou bien encore, le matin au réveil, par l'introduction récente du jour dans votre chambre, placez-vous obliquement par rapport à la fenêtre, de façon à ce que lalumière vienne raser la surface de la cornée, soit de dehors en dedans, soit de basen haut. Couvrez l'un des yeux avec la main, celui qui sera exclus de l'expérience, puis fermez l'autre en dirigeant mentalement le regard d'ans une direction faisant 90° à 120° avec celle de la lumière incidente. Gela fait, avec le doigt indicateur, déprimez très légèrement et de très peu la paupière inférieure de ce dernier, par de petits mouvements répétés, de façon à procurer des accès intermittents, d'un filet lumineux, par une très légère béance périodique de la fente palpébrale.

«A chacun de ces mouvements, vous verrez apparaître dans larégion sur laquelle est dirigée le regard, l'arbre vasculaire se détachant en beau noir sur un fond moitié pâle et moitié obscur. »

4° Une quatrième variante, obéissant au même mécanisme, repose sur l'emploi d'un système instrumental fort ingénieux, dû à Robert- Houdin, et présenté par nous, en son nom, au congrès international ophtalmologique de 1867, et décrit et représenté dans les comptes rendus de cette assemblée, p. 69.

Cet instrument, nommé rétinoscope, consiste en un petit opercule, percé d'un orifice latéral : l'opercule est destiné à clore hermétiquement l'œil, sauf en un point excentrique qui, mis à cheval sur le bord scléro-cornéal, permet le passage d'un mince faisceau lumineux qui entre dans l'œil à 90° avec la direction du regard. L'autre œil étant, comme nous l'avons dit, tenu fermé.

La lumière est fournie par un jour très vif, et mieux encore par une bougie très rapprochée, dont l'éclat est renforcé par une petite loupe encastrée dans l'orifice latéral de l'opercule.

L'apparition de l'arbre vasculaire repose sur les mêmes conditions géométriques que dans le procédéprécédent; ily est conservé, comme dans les autres cas, par de petits mouvements de va-et-vient de l'opercule.

•f)° La cinquième méthode pour l'observation des vaisseaux réti-

240 DIOPÏRIQUE OCULAIRE. [{à

niens, consislc à regarder à travers une ouverture étroite, très étroite (un trou d'épingle très fin en un écran noir), un grand champ éclairé, le ciel par exemple, en donnant à cette ouverture un rapide mouvement de va-et-vient. Les vaisseaux rétiniens apparaissent très finement dessinés, foncés sur fond clair, et se meuvent, dans le champ visuel, dans le même sens que l'ouverture.

6° On retrouve encore la môme figure vasculaire en regardant dans un microscope composé, sans y mettre d'ohjet, de manière à voir seulement le cercle uniformément éclairé du diaphragme. Si l'on fait mouvoir l'œil au-dessus du microscope, on voit les vaisseaux de la rétine se dessiner très finement et très nettement dans le champ de l'instrument.

b) Mécanisme de la production de l'ombre. — Pour procéder du simple au composé, prenons la méthode la plus simple, celle du trou .d'épingle, très fin, promené dans un plan perpendiculaire à la direction du regard, à une dislance de l'œil approximativement égale à celle du foyer principal antérieur de cet organe, 12 à 13 millimètres de la cornée.

Le faisceau lumineux qui tombe sur l'œil, sous une divergence conique dont la hauteur est cette distance du foyer à la cornée, et la base ou section droite est l'ouverture pupillaire, constitue, dans le corps vitré, un cylindre de rayons parallèles, intercepté par les vaisseaux dans la région antérieure de la rétine, et portant ombre sur les plans plus profondément situés ; mécanisme des plus élémentaires (voirie §163).

Dans cette circonstance, on observe que les ombres portées se déplacent dans le sens même des mouvements du trou d'épingle. Laraison en est simple : l'ombre elle-même suit naturellement la marche inverse de celle de la lumière. Mais les images rétiniennes sont projetées à l'envers; ces ombres paraîtront donc se déplacer dans un sens deux fois renversé, ou direct.

Ce mécanisme est rendu sensible dans la figure 49, du § 163.

Supposons que le faisceau de lumière suive d'abord la direction ka; l'ombre portée du corps opaque w dessinée en p, dans la moitié opposée de la rétine, se trouve projetée sensoriellement, extériorise suivant/)^, c'est-à-dire dans la même moitié du champ visuel que A.

Le trou d'épingle étant transporté en A', l'ombre portée p' est maintenant projetée du côté de A'.

Le trou d'épingle étant porté de gauche à droite, l'ombre semble donc se déplacer à l'extérieur, sur le champ de la perspective, dans le même sens, c'est-à-dire encore de gauche à droite.

Dans la méthode de Purkinje, dans celle de Etobert-Houdin, dans le procédé très simple du mouvement imprimé à la paupière infé-

tEÇON.l ARBRE VASOULAIRE RÉTINIEN DE PURKINJE. '241

rieurc, quand l'œil est rasé par un filet de lumière naturelle, pénétrant presque tangentiellementau bord extrême de la cornée, le mécanisme de la production de l'ombre est un peu différent. Dans ces circonstances, la lumière, ne pouvant atteindre que l'extrême circonférence de la rétine, ne saurait produire l'ombre directe portée par les vaisseaux de la région polaire (qui est, comme on le verra plus loin, celle que l'on observe en effet), puisqu'elle est fort loin de la rencontrer, dans son trajet direct. Cette ombre portée ne peut donc être l'effet que de faisceaux réfléchis.

On s'en assure aisément : admettons pour un instant que, dans l'expérience, la lumière vienne rase?- de dehors en dedans notre cornée gauche (c'est-à-dire de gauche à droite). Aumoment où nous ouvronsla fente palpébrale horizontale, qui donne accès à la lumière, nous avons très nettement la sensation de la vue directe du lieu d'origine de ce faisceau lumineux: nous la localisonsexactement par projection extériorisée sur notre gauche extrême; c'est une sensation absolument régulière.

Or, en même temps, la région droite de notre champ visuel qui devrait être tout à fait obscure, offre une teinte pâle demi obscure, et cette région correspond à la moitié gauche de notre rétine qui ne reçoit aucune lumière directe (la chambre est supposée obscure dans la région sur laquelle se porte notre regard intentionnel). Or, c'est sur cette région du champ visuel (la droite) qu'est projetée subitement l'arborisation rétinienne. Cette apparition ne peut donc êtrequel'effet d'un faisceau lumineux atteignant la demi-sphère externe ou gauche de notre rétine, et il n'y en a d'autres, dans les conditions de l'expérience, que ceux réfléchis par l'image périphérique dessinée sur la moitié droite extrême de la rétine.

Cela posé, il n'est pas plus difficile que dans les cas précédents, de s'expliquer l'identité de sens du déplacement de la lumière et du mouvement apparent des ombres portées (fig. 55).

Prenons ici, pour exemple plus facile à manier comme moyen de démonstration, l'instrument de Robert-Houdin; et suivons la marche 1 des faisceaux lumineux dans deux positions successives, la lumière étant déplacée aux environs du bord scléro-cornéal, de acn«(fig. 55), ^dehors en dedans, ou de gzmke h droite. Le faisceau pénétrant, passant par le second point nodal K, donnera sur la région opposée et

périphérique de la rétine, deux images lumineuses successives, b, 6, se rapprochant, dans le passage de la première à la deuxième position, de la région polaire ou centre de fixation. Les ombres portées sur l'hémisphère opposé c ety, étant naturellement déplacées en sens inverse, celle produite par la lumière, dans la seconde position y Bera donc plus distante du pôle lui-même que celle c, qui correspond à la première position b.

Mais alors, dans leur projection extériorisée, la seconde ombre portée <J sera donc plus distante de l'axe visuel que la première d, c'està-dire, plus à droite que la première, comme on le voit des directions c d, 7 <?.

La translation des ombres aura donc lieu dans le même sens encore que, dans le premier cas, elles suivent le même mouvement, de gauche à droite, ou de haut en bas (et vice versa) que les foyers primitifs.

Ce mécanisme est encore le même dans le cas où le phénomène est produit en regardant dans le champ lumineux d'un microscope. Les rayons qui pénètrent dans l'œil viennent de se rencontrer, avant cette incidence, dans le plan de Vanneau oculaire, fort voisin du foyer antérieur de l'œil et suivent, dès lors, dans le corps vitré, un même chemin, très voisin de celui suivi à l'émergence du trou d'épingle (voir § 56).

Dans ces deux circonstances, on remarque que les ramifications vasculaires qui se manifestent le plus nettement sont celles dont le sens général est perpendiculaire ausens du mouvement. Ainsi, les vaisseaux les plus nettement perçus, sont ceux à direction verticale, lorsque le mouvement de va-et-vient a lieu dans le sens horizontal, et réciproquement.

Cette particularité rappelle la même observation faite lorsque l'on examine les images entoptiques des corpuscules du corps vitré (mouches, volantes plus ou moins accentuées), à travers une fente sténopéique tantôt verticale, tantôt horizontale.

§ 173. — Remarques sur le paragraphe précédent.

Nous venons, dans l'analyse du mécanisme par lequel se trouvent produites les ombres portées, objet de ce chapitre, de classer et même au premier rang, parmi les méthodes dans lesquelles ces ombres sont l'effet d'une réflexion opérée dans l'intérieur de l'œil, et d'un côté de la sphère à l'autre, l'ingénieux procédé de Robert- • Houdin. Nous le faisons en toute assurance, l'ayant expérimenté un grand nombre de fois, et nous avons le regret de nous trouver, à cet égard, en opposition avec une autorité considérable.

Lorsque, dans la session clu congrès de 1867, l'appareil de Robert- Houdin fut l'objet d'une discussion dans les comités, M. Helmholtz parut bésiter à admettre que la lumière pénétrât, commele supposait l'auteur, et comme nous l'admettions également, par l'ouverture pupillaire et suivant une tangente au bord scléro-cornéal.

L'illustre physiologiste était disposé à penser que la voie suivie par le faisceau lumineux, pouvait ou devait être la voie directe à travers la sclérotique et la choroïde, exactement d'ailleurs comme dans le procédé décrit ci-dessus au début de cette exposition, et qui lui appartient.

Une trace de ce doute se retrouve même dans le procès-verbal des séances : tout en approuvant hautement le petit et ingénieux appareil de l'auteur, « je ferais cependant mes réserves, disait l'éminent physiologiste, quant au procédé au moyen duquel M. Robert-Houdin se procure l'image entoptique des vaisseaux rétiniens. »

Eh bien! après les douze années écoulées depuis cette petite discussion, nous croyons devoir retourner le sens de ces réserves. Nous ne nous sentons pas assuré que, dans la méthode de M. Helmholtz, le phénomène puisse reconnaître pour origine la transmission directe de la lumière à travers la sclérotique et la choroïde. , Pour oser être affirmatif, il faudrait avoir essayé nous-même de faire concentrer avec une loupe, un faisceau de rayons solaires, sur le globe oculaire entre l'insertion de l'un des muscles droits, et le pôle

| postérieur de l'organe, opération peut-être un peu délicate pour l'œil sur lequel on la devrait tenter ; et qui exige d'ailleurs le concours d'un

• collaborateur expérimenté. Nous n'avons pas eu cette opportunité, et si nous ne l'avons pas avidement recherchée, cela tient aux considérations théoriques suivantes, qui se sont présentées à nous comme presque égales à des impossibilités.

En premier lieu, la région antérieure de la ; choroïde, occupée par les procès et l'anneau

ciliaires, est une des mieux défendues par le pig- I ment contre toute pénétration lumineuse. Quand

on songe à l'impénétrabilité de l'iris, à l'état

d'atrésie complète, on a peine à concevoir qu'au

travers de l'épaisse et obscure région ciliaire,

une lueur quelconque trouve à se faire jour. La seconde difficulté qui nous frappe est la

suivante : comment le foyer lumineux placé suc-

cessivement en a, et en b, dans l'hypothèse

de M. Helmholtz (voyez, flg. 56), assez puissant pour déterminer sur

ia tace opposée de la rétine une ombre portée «, 6, suffisamment

244 DrOPTRIQUE OCULAIRE. [{|*

sensible, n'impressionnerail-il pas d'abord la rétine qu'il vient de traverser par sa première face en a el b ? (fig. 56.)

Parce que, nous objectera-t-on, ce faisceau lumineux aborde la rétine en sens contraire de la direction physiologique; et il est certain que cette circonstance introduit dans la question de grandes différences. Mais d'une différence dans les effets à la nullité de l'action, il y a loin, et considérer un tel foyer comme sans effet sensible sur la rétine, cela nous semble quelque peu téméraire. Nous voyons la pression du doigt en ce même point, déterminer un phosphène, l'interruption d'un courant électrique y produire un éclair, et le foyer d'une loupe recevant la lumière solaire directe, serait comme non avenu! Y a-t-on bien songé !

On ne nous contestera pas pourtant, quand nous évoquerons la découverte de Boll, que cefaisceau,suffisantpourilluminer lamoitiéopposée de la rétine, ne doit pas siéger ou passerez indolent dans la couche du pourpre rétinien de la moitié de la membrane qu'il traverse immédiatement, ou sans intermédiaire. Et si nous suggérons la crainte que la fin de l'expérience ne donne lieu, en ce dernier point, à un scotôme, ou, tout au moins, à une image consécutive plus ou moins prononcée, on ne nous taxera pas de témérité. Les expériences dans lesquelles nous voyons le pourpre rétinien sensible, même après la mort, à l'abord de la lumière, et continuer alors même ses opérations chimiques, donnent trop de raisons d'être à nos craintes sur ce point.

Loin donc d'admettre que la méthode de Robert-Houdin ait été mal interprétée par son auteur, loin de croire que le mécanisme auquel elle obéit soit celui admis comme la base de la méthode de M. Helmholtz, nous serions beaucoup plus disposé à supposer que cette dernière méthode n'est elle-même qu'une application méconnue du mécanisme du procédé de Robert-Houdin.

Nous nous imaginons que lorsqu'il a réuni vers l'équateur de l'œil les rayons solaires reçus par la loupe, M. Helmholtz ne s'est pas entièrement garanti contre toute échappée de quelque faisceau direct ou indirect pénétrant dans l'œil en rasant la cornée et allant I former du côté interne un petit foyer de réflexion. Et nous nous rangeons d'autant plus à cette idée, que M. Helmholtz, après avoir reçu sur sa sclérotique le foyer d'une loupe plongée dans les rayons solaires, n'aurait pas même une image consécutive que ne pourrait manquer d'avoir produite en ce point la décomposition du pourpre rétinien.

Ajoutons que notre procédé, qui consiste à faire entrer les rayons • lumineux par une fissure palpébralc, ne leur donnant accès possible qu'en rasant la surface même de l'iris (voir ci-dessus), démontre irré-

LEÇON.] ARBRE VASCOLAIRE RÉTINIEN DE PURKINJE. 245

sistiblement la possibilité du mécanisme môme de la méthode de Robert-Houdin.

Particularités à relever dans les observations sur les images de Purkinje. — L'arborisation vasculaire se montre généralement d'un noir parfait, se détachant sur un fond semi-obscur, recouvert d'une surface opaline.

Quelquefois cependant les ramifications arborisées noires sont, sur un de leurs côtés, bordées de blanc; enfin, lorsque l'image noire a duré quelque temps et qu'on ferme les paupières, ou que l'on enlève la source éclairante, l'image arborisée noire est instantanément remplacée par sa complémentaire blanche qui s'efface graduellement comme une image consécutive négative, mais beaucoup plus vite.

Pour que le phénomène ait lieu, il faut que la source éclairante soit sinon vue, du moins sentie dans la direction excentrique qu'elleoccupe. Le phénomène disparaît (sauf l'apparition de la complémentaire) avec la source éclairante.

§ 174. — Corollaire de l'expérience de Purkinje : le lieu des images rétiniennes est la couche la plus externe ou la plus postérieure de la membrane.

Au centre des anses terminales des vaisseaux rétiniens, s'observe une lacune, soit simplement chagrinée à sa surface, soit tout à fait vide et donnant la sensation de la profondeur. Pendant l'observation, si le regard est intentionnellement maintenu avec fixité sur ce centre et sur ce vide, qui rappelle l'excavation de la papille optique dans l'observation ophtalmoscopique, on voit l'arborisation vasculaire se déplacer, à droite ou à gauche, ou de haut en bas, dans le sens du mouvement, mais sans jamais voiler par ses limites la partie médiane de cette lacune ou excavation virtuelle. On a là comme une sensation de l'épaisseur de la membrane.

Or, l'immobilité entière du centre de cette lacune autour duquel oscillent, en de certaines limites, les bords mêmes de la lacune, et plus en dehors, l'anneau des anses vasculaires, correspondant à la fixité de l'attention, montre bien aussi que c'est sur ce plan profond que doivent se dessiner les images, car il est difficile de supposer que le point de mire soit localisé dans un plan différent du reste de l'image.

Le mouvement des ombres vasculaires ne permettant pas de douter d'autre part, que le lieu des images ne soit postérieur au plan des vaisseaux qui les produisent.

C'est cette observation importante qui a permis à Helmholtz d'établir que :

« Le lieu de formation des images rétiniennes est bien la couche la plus externe, ou leplan postérieur de la membrane. »

§ 175. — Pourquoi le mouvement du foyer lumineux est-il nécessaire à la sensation de l'ombre des vaisseaux?

Voici l'explication que donne do cette particularité mécanique l'illustre auteur do Y Optique physiologique :

« Dans deux des méthodes décrites ci-dessus et qui ont pour effet l'apparition de l'image subjective de l'arbre vasculaire de la rétine, la lumière arrive à la rétine suivant une direction insolite, et, pour cette raison, l'ombre des vaisseaux rétiniens vient se former sur des parties de la rétine qui ne reçoivent pas cette ombre dang la vision ordinaire, et qui, par suite, sont facilement impressionnées par cet état inaccoutumé.

« Dans une dernière méthode, au contraire (observation du ciel à travers une ouverture étroite, animée d'un rapide mouvement de va-et-vient), la lumière suit sa voie ordinaire et entre dans l'œil par la pupille. Si la pupille entière est libre, et l'œil tourné vers un ciel clair, chaque point du plan pupillaire laisse arriver des rayons de lumière au fond de l'œil, absolument comme si la pupille elle-même était la surface lumineuse. Sous l'influence de cet éclairage, les vaisseaux rétiniens doivent projeter sur la partie de la rétine située derrière eux une ombre large et estompée, de manière que la longueur du cône d'ombre totale ne soit que de quatre à cinq fois le diamètre du vaisseau. Comme d'après E.-H. Weber, le diamètre du vaisseau le plus épais de la veine centrale mesure 0n™,038, et que, d'après Kôlliker, l'épaisseur de la rétine est de 0">",22, on peut admettre que le cône d'ombre totale des vaisseaux n'atteint pas la surface postérieure de la rétine.

« Mais si nous amenons une ouverture étroite au devant de la pupille, l'ombre des vaisseaux devient nécessairement plus étroite, plus nettement dessinée, et l'ombre totale devient plus longue, de sorte que les parties de la rétine qui sont généralement dans la pénombre viennent se trouver soit dans l'ombre complète, soit dans la partie éclairée de la rétine.

« Si, dans la vision ordinaire, nous n'apercevons pas l'ombre des vaisseaux, c'est sans doute parce que la sensibilité des parties ombragées de la rétine est plus grande, leur excitabilité moins émoussée que celle des autres parties de cette membrane sensible; mais dès que nous modifions la position de l'ombre ou son étendue, elle devient perceptible, parce que le faible éclairage vient alors rencontrer des éléments rétiniens fatigués et moins excitables. Les plus excitable*, au contraire, des éléments rétiniens, ceux qui, auparavant, étaient dans l'ombre, vienne™ d'autre part à se trouver, en parlie, en pleine lumière et sont plus sensibles à cet éclairage. C'est ce qui explique comment, surtout au commencement de l'expérience, il arrive parfois que, pour quelques instants, l'arbre' vasculaire se dessine en clair sur fond sombre, et comment, chez certaines personnes, la partie claire du phénomène peut moins attirer l'attention que la partie sombre. Aussitôt que. dans notre < expérience, l'ombre des vaisseaux vient à conserver quelque temps sa nouvelle posi- • tion, les parties nouvellement ombragées deviennent peu à peu plus sensibles, celles primitivement ombragées paraissent, au contraire, perdre très vite leur excès d'excitabilité, et le phénomène disparaît.

« Pour le voir d'une manière durable, il est donc nécessaire de faire varier con- stamment la position de l'ombre, et dans les mouvements rectilignes de la source lumineuse, les vaisseaux dont l'ombre change de place sont les seuls qui restent visibles. » (Opt.phys., p. 220.)

Nous avons voulu reproduire in extenso cette argumentation, d'abord par esprit d'équité, secondement par nécessité; n'étant jamais par-

venu à nous l'assimiler, il nous eût été trop difficile de chercher à la résumer.

Et d'abord, comment le fait d'être projetée sur la rétine, suivant une direction insolite, donne-t-il à l'ombre des vaisseaux la faculté l'être sentie parla rétine? Un objet qui est habituellement en situation de porter ombre sur cette membrane, finit-il donc par être sans effet sur elle?

Un corps opaque qui passerait devant notre œil, soixante fois par heure, cesserait-U, pour cela, d'être senti (vu) par nous?

Maintenant, en ce qui regarde la méthode par le trou d'épingle, pour nous rendre compte du phénomène, M. Helmholtz ajoute :

« Avant cette interposition du trou d'épingle, chaque point de la surface pupillaire peut être considéré comme émettant lui-même un faisceau conique divergent de rayons marchant vers la rétine; or, chacun de ces cônes divergents doit projeter sur les couches postérieures delà rétine, une ombre large et estompée... etc.,» et M. Helmholtz s'attache à évaluer les dimensions angulaires de ces cônes lumineux portant ombre, pour les comparer à l'épaisseur du vaisseau.

Or, c'est ici que l'auteur introduit une confusion. Si nous acceptons sa manière d'argumenter, si nous considérons chaque point de la pupille comme lumineux par lui-même, comme émettant dans toutes les directions, un cône de rayons divergents, il ne saurait exister d'ombre projetée sur la rétine, chaque cône voyant son ombre effacée par les cônes lumineux voisins.

La comparaison de la dimension des cônes de lumière pouvant produire ombre, avec celle du corps qui doit la porter, ne peut reposer sur ce mode d'argumentation. Il faut, dans ce cas, considérer chaque point du ciel comme dessinant son image nette sur la couche rétinienne sensible (œil emmétrope ou moyen nécessairement) et, dans son chemin, rencontrant un vaisseau. Or, en prenant les données de l'auteur, le plus gros vaisseau de la veine centrale, ayant 0mm,038 de diamètre et étant situé à environ 0ram,200 de la rétine, serait vu, de la couche sensible de cette membrane, sous un angle dont la tangente

Page 1