LEÇON.] RAYONS DE FEU
Nous ajouterons à cet exposé quelques détails signalés par Vallée et qui compléteront avantageusement le tableau :
« Cette apparition est plus frappante que dans tonte autre circonstance, si l'on a les yeux mouillés de pleurs. Elle exige, pour être bien complète, que l'on regarde la bougie de face, en tenant la tète droite et les yeux à la hauteur de la bougie. Celle-ci parait alors présenter comme appendices deux rayons de feu à peu près verticaux. » .
Ce phénomène si commun a occupé beaucoup de savants, et cependant le dernier mot, à notre connaissance du moins, n'est pas encore donné.
Voici le résumé dû à Troiiessart des principales solutions proposées par les auteurs pour ce petit problème :
« Les deux rayons principaux sont toujours dirigés perpendiculairement aux deux paupières, et en suivent les mouvements, comme l'avait déjà fort bien observé Galilée. Il les expliquait par la réflexion des rayons directs qui se fait sur les bords humides des paupières. Rohault a développé cette explication, qui a été réfutée par Briggs et Lahire.
« Les larmes, dit ce dernier, forment dans l'angle de la cornée, avec chaque pau- « pière, un prisme curviligne dont la base a trois côtés, le premier sur la cornée, le « second, à peu près d'équerre sur le premier, sur le rebord de la paupière, et le k troisième, concave, est en rapport avec l'air et tourne sa convexité vers les deux « premiers. Or, quand le pinceau efficace, venant de la bougie, entre, par le fait « du rétrécissement de l'une des paupières, dans le prisme des larmes, les rayons I lumineux éprouvent une réfraction qui les détache du pinceau principal et les « éparpille dans le plan vertical correspondant à la bougie; les autres, à mesure « qu'ils s'éloignent davantage de l'axe, éprouvent de plus fortes réfractions, de « façon que, pour chaque paupière, il y a un rayon de feu continu. » Lors de cette observation, un second point important se remarque : C'est par le rapprochement de la paupière supérieure de la ligne médiane que l'on voit apparaître les rayons de feu dirigés vers le bas (et réciproquement pour la paupière inférieure). On s'en assure aisément au moyen d'une carte approchée peu à peu de l'axe de l'œil et portée de haut en bas. Dès qu'elle arrive vers le bord de la paupière supérieure, on voit disparaître les rayons. cVen bas (et inversement pour la paupière inférieure).
' 11 ressort de cette observation que l'image rétinienne déterminée par la présence de la paupière supérieure et y produisant la traînée de feu, est formée dans la partie supérieure de la rétine (et de même pour l'inférieure).
Le sens de cette déviation des rayons incidents indique suffisamment qu'ils sont réfractés par un prisme dont la hase est tournée excentriquement.
Cette conséquence ne permet pas d'admettre que la traînée ou rayon de feu soit produite par la déviation d'un des rayons directs de la bougie, comme le supposait Lahire. L'analyse de la marche des rayons directs, à leur rencontre avec le ménisque des larmes, montre que ces rayons déviés en divergence, ne pourraient entrer dans la pupille. Pour que des rayons entrent dans la chambre postérieure de l'œil, sous cette influence, il faut que leur direction première soit inclinée sur l'axe de dehors en dedans, c'est-à-dire qu'ils proviennent d'une source excentrique relativement à l'axe cornéal.
Suivons, en effet, dans son parcours, la marche du dernier rayon envoyé par la flamme de la bougie (le plus excentrique, celui appartenant à la surface d'enveloppe, du cône lumineux formant directement l'image de la bougie sur la rétine), rayon Êpii, convergeant dès son entrée dans la chambre antérieure, rase le bord pupillaire.
Comparons-lui maintenant le rayon immédiatement suivant que nous supposerons pénétrer dans la cornée après avoir rencontré le ménisque des larmes. Ce rayon est
A DIOPTRIQUE OCULAIRE. [Ije,
dévié vers la base du ménisque : il est donc plus ou moins notablement écarté du ! Doni pupillaire et ne saurait ainsi entrer dans l'œil.
Aucun rayon envoyé directement par la bougie no peut donc contribuer à la formatmn du rayon de feu. Seuls peuvent produire cette traînée des rayons partant d une source excentriguement placée par rapport à l'axe de l'œil, et se dirigeant vers lui de dehors en dedans.
Cette nécessité n'avait pas échappé à Trouessart; cependant il n'avait pas tiré de sa première analyse une conviction suffisante à la transformer en principe.
« J'avais d'abord supposé, dit-il, avec Galilée et Rohault, que les rayons supérieurs et inférieurs étaient dus aux réflexions multiples sur les bords des paupières humides, et qu'ils étaient analogues à ceux qu'on observe en approchant très près de l'œil un corps un peu convexe sur lequel se réfléchit une vive lumière. J'ai constaté depuis, par l'expérience que j'ai indiquée, qu'il y avait réellement un effet de réfraction; mais il est très probable qu'une grande partie de la lumière qui forme ces rayons est réfléchie sur les paupières avant d'être réfractée par l'humeur lubréfiante. » (Trouessart, Recherches sur quelques phénomènes de la vision. Brest, 1854.)
Le mécanisme et l'expérience sommairement indiqués par Trouessart ont été repris et analysés ultérieurement par Robert-Houdin, dans un travail publié en 1869.
Voici cette expérience :
Ouvrez largement les paupières, puis approchez tout près de l'œil, et de côté, un; petit corps convexe et brillant, une aiguille polie, par exemple, une sonde de Bowman encore, tenues verticalement, ou tout autre objet lisse et poli analogue (même, tout simplement, la face convexe de l'ongle); à l'instant vous voyez apparaître dans le champ horizontal un rayon de feu tout semblable, à la vivacité près, à ceux dont nous nous occupons. Seulement, au lieu d'être multiple, il est unique; et de plus, au lieu d'être vu du côté opposé de l'axe de l'œil, il est vu du même côté que l'objet servant de miroir réflecteur. Mais la nature de l'impression lumineuse est la même; si on les observe (ces rayons de feu) les uns et les autres alternativement, on reconnaît que leur tissu (que l'on nous permette cette image) offre chez tous une succession non interrompue de fins petits globules (irisés) et d'égale dimension, et sur la nature desquels l'habitude des observations entoptiques ne permet pas de douter. Ce sont les images des globules physiologiques du vitré, si bien décrits par Donders sous le nom de spectres perlés.
L'expérimentation vient donc confirmer les indications géométriques; ces traits de feu si parfaitement identiques doivent être l'effet d'une même cause, à savoir : une réflexion de la lumière de la bougie sur un objet situé latéralement à l'axe du système.
Mais si ces phénomènes ont une de leurs causes prochaines commune — celle que nous venons de dire — une dissemblance signalée les différencie. La traînée 1 umineuse (rayon de feu) suit , dans les deux cas, une direction absolument contraire.
Il existe donc entre les deux phénomènes, si entièrement comparables par tous leurs autres caractères, quelque point de mécanisme différentiel méconnu, et, eu égard au renversement du sens de l'impression, on peut affirmer à l'avance : 1° que ce fait mécanique doit être la conséquence d'une déviation ou réfraction s'accomplissant quelque part entre le point de réflexion et le centre dioptrique de l'œil ; 2° que cette réfraction doitavoir poureffet de porter l'image du point de réflexion sur la moitié de la rétine située du même côté que ce point lui-même relativement à l'axe.
Or, en considérant les conditions matérielles du phénomène observé, il est clair que l'organe de cette réfraction ne peut être que le ménisque concave, le larmier prismatique qui règne sur le bord du sillon oculo-palpébral, et dont l'action a étédepuis longtemps analysée.
Nous sommes donc désormais en mesure de conclure que la production du phéno-