‹ La vision et ses anomaliesChapitre 75 sur 213 · LEÇON.] RAYONS DE FEU · texte numérisé non relu

LEÇON.] RAYONS DE FEU

mène que nous analysons repose sur deux circonstances essentielles et suffisantes : La première est la présence d'une surface de réflexion donnant accidentellement, au-dessus et au-dessous de la cornée et très près d'elle, lieu à une petite image brillante de la bougie, et envoyant ainsi vers l'œil des rayons dirigés sous un angle très ouvert en avant.

La seconde est l'action réfringente prismatique du larmier oculo-palpébral. Maintenant, où est ladite surface réfléchissante?

Ri ibert-Houdin la voit dans le bord même lisse et poli de la marge palpébrale ; la figure ci-dessous, que nous lui empruntons, expose entièrement le mécanisme producteur tel que nous l'admettons nous-mêmes, sous la seule réserve qui va suivre.

Complètement d'accord avec cet auteur sur la marche générale des rayons, telle qu'elle est exposée dans cette figure, nous différons avec lui quant au siège même de la réflexion préalable de la bougie.

Nous ne pouvons admettre que le bord des paupières soit le siège de cette réflexion. Pour lisse qu'il soit, il ne saurait être comparé comme pouvoir réfléchissant avec la sonde de Bowman (argent) de l'expérience relatée plus haut. Et cependant, lors de l'expérience latérale avec ce petit cylindre d'argent, l'image obtenue est bien inférieure en vivacité à celle du phénomène spontané.

Eu second lieu, le bord cylindro-convexe des paupières, comme le cylindre de Bowman, ne donne lieu et ne doit donner lieu qu'à un trait de feu unique. Or, dans le phénomène naturel, le faisceau est multiple, large, en éventail.

La plus légère observation ne nous permet pas d'en douter : chacun des rayons de feu verticaux se compose bieu manifestement d'un véritable groupe ou faisceau de fascicules se développant en éventail vers l'observateur, et partant d'un sommet unique se perdant dans la source de lumière.

Cette dernière circonstance montre que les points de réflexion sont multiples : car les points d'incidence et de réflexion le sont eux-mêmes, comme le montre le fait de de leur intersection commune dans l'axe qui unit directement la source de lumière à son image rétinienne.

Comment une arête continue cylindrique, le rebord arrondi de la paupière, pourrait-elle donc fournir une série de surfaces de réflexions voisines et jouant le rôle de miroirs isolés?

Il y a évidemment une cause à ce phénomène de multiplicité.

Sur ce point, nous nous éloignons donc de la plupart des auteurs. Dans l'opinion du plus grand nombre d'entre eux, le faisceau des rayons de feu ne serait, pas originairement multiple. Unique, en réalité, il est multiplié, éparpillé par quoi? Par l'interposition des cils.

Cette explication ne peut tenir contre l'expérience. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à ouvrir largement l'œil, releverla tète et demeurer le regard fixé sur labougic: la cornée est alors tout à fait découverte en haut, et le faisceau supérieur des rayons de feu est dans toute sa splendeur.

Eu ce moment, le rebord inférieur de la pupille est au niveau même de la paupière infeneure, mais nulle touffe de cils ne se trouve sur le chemin d'aucun des rayons pénétrant dans l'œil.

Secondement, placc-t-on devant l'œil un peigne lin, les dents dirigées verticalement (expérience invoquée, on ne sait pourquoi, par les partisans de l'opinion que nous combattons ici, et qu'elle détruit immédiatement), nulle modification ne survient dans le phénomène observé. Les rayons de feu toujours présents et au même

ieu, maigre le déplacement du peigne, sont seulement un peu affaiblis comme par une gaze : voila tout.

[Par compensation, cette même expérience nous donnera tout, à l'heure le secret ae ta véritable influence exercée par les cils.]

Où donc est le siège, non de l'image réfléchie, mais des images réfléchies de la bougie, qui produisent chacune un des fascicules composant chacun des deux groupes de l'ayons de feu verticaux?

Si l'on regarde de près l'œil à demi ouvert d'une personne placée en face d'une fenêtre, le bord libre de la paupière arrivant au contact de la cornée, on voit régner le long de la ligne courbe de ce contact, non seulement le ménisque concave déjà décrit, mais sur son arête antérieure, un petit chapelet curviligne de six à huit millimètres, plus ou moins, formant une ligne onduleuse, brillante, en avant de la rainure cornéo-palpébrale.

Cette ligne présente une série de petits sommets arrondis et brillants et se peut comparer sans complaisance à une série linéaire de petits miroirs microscopiques convexes. Quand on a un instant considéré ces petits sommets onduleux brillants, l'esprit ne conserve aucune hésitation : c'est bien là le lieu des réflexions multiples de la bougie.

Si l'on se demande maintenant par quoi est formée cette ligne onduleuse, on ne peut l'attribuer qu'à l'inégalité des surfaces en contact (la muqueuse palpébrale et la convexité cornéenne). L'arête du ménisque ou larmier n'a pas le tranchant vif d'une arête de prisme cristallin; elle se compose d'une série de dépressions et d'élévations successives dont les plus accentuées paraissent en rapport avec les canalicules méibômiens.

Chacun de ces sommets formerait ainsi un petit miroir microscopique donnant lieu en même temps à une réfraction régulière dont le sens serait dû à l'épaisseur même du prisme curviligne.

La figure suivante (58) résumerait la marche géométrique des rayons dans ces circonstances.

Fig. 58.

Axe visuel sur lequel est placée la bougie S.

Sis' Rayon extrême et dernier, pénétrant directement dans l'œil après réfraction, et rasant la pupille en I.

SP l Rayon réfléchi par les inégalités du

bord brillant ciliaire de la paupière, réfracté eu / par le prisme des larmes, et pénétrant suivant / IP', renvoyant par conséquent l'impression P' en sens inverse, ou du coté de l'autre paupière.

En résumé, le phénomène des rayons, de feu reposerait sur le mécanisme suivant: Sur le bord ondulé antérieur du ménisque formé par les larmes dans la rainure cornéo-palpébrale, se produirait une série de très petites images de la source même de lumière (bougie). La réflexion qui se fait de ces petites images vers la cornée, dans le plan d'incidence et de réfraction perpendiculaire à cette membrane, plan passant par l'axe de l'œil, ou par la bougie et son image directe rétinienne, rencontrant le prisme concentrique des larmes, s'y voit réfractée en sens contraire à son entrée dans l'œil, c'est-à-dire du côté de la base du prisme. La traînée lumineuse se fait par conséquent sur la rétine dans le même méridien et du côté même de son point de pénétration. La projection sensorielle en renvoie naturellement la localisation du côté opposé.

Page 1