LEÇON -1 LUMIÈRE PROPRE DE LA RÉTINE
De la lumière propre de la rétine. - L'éminent physiologiste ne . explique pas très positivement sur l'origine de cet éclaircment autochtone : , l ' « En réalité, dit-il, il n'y a pas de champ visuel complètement obscur - même lorsqu'on exclut toute lumière extérieure, il reste toujours une certaine excitation faible de la rétine par des causes internes, et qui produit le chaos lumineux, la poussière lumineuse du champ visuel obscur. » Et plus loin : « Et comme ces causes jouent un rôle important dans certains phénomènes,', tels que les images accidentelles, nous les réunirons sous la désignation de lumière propre de la rétine.»
Qu'à la suite d'expérimentations de l'ordre de celles exposées cidessus, qu'en d'autres circonstances encore, il existe dans l'œil, entièrement soustrait aux influences extérieures, une cause $ excitation faible de larétine, cela est incontestable.
De la nature et de l'origine de la lumière propre de la rétine. — Maintenant, cette cause siège-t-elle dans la rétine même? est-elle, comme le suppose M. Helmholtz, le produit de sa propre activité ? cet organe, en un mot, peut-il, en pleine obscurité, par son pouvoir propre et sans le concours d'aucun agent extérieur, engendrer soit de la lumière, soit un accroissement de l'obscurité?
Pour la première question, nous pouvons répondre affirmativement, mais en sortant du domaine de la physiologie pour entrer dans celui de la pathologie. Les phénomènes entoptiques connus sous le nom de photopsie, de chrupsie, de phosphènes spontanés, sont concluants à cet égard. Mais, en dehors d'eux, nous ne connaissons nul exemple d'apparition de lumière dans un œil maintenu depuis un certain temps dans l'obscurité complète. Nous soulignons les mots « un certain temps ; » on en verra la raison tout à l'heure. Passons à la seconde question.
L'œil est-il parfois le théâtre ou le témoin d'un accroissement réel du noir absolu qui l'enveloppe (toujours depuis un certain temps) ; y a-t-il, en un mot, un noir plus noir que l'obscurité même?
Le seul phénomène entoptique qui nous paraisse répondre à cette question paradoxale, a été décrit par Gœthe. sous le nom de bandes nébuleuses mobiles. Helmholtz le reproduit comme il suit d'après Purkinje et ses propres vérifications :
« Ce sont des bandes larges plus ou moins courbées, séparées par des intervalles moins noirs, et qui se propagent sous forme de cercles concentriques vers le centre du champ visuel, pour y disparaître, et tantôt se coupent en ce point sous forme d'arcs mobiles, ou bien encore tournent en cercles autour de ce point en formant des rayons curvilignes. Leur mouvement est lent, de sorte qu'une semblable bande met ordinairement huit secondes à parcourir son trajel
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et à disparaître entièrement (Purkinje). Pour ma part, ajoute Ilelmholtz, je les vois le plus souvent représenter deux systèmes d'ondes circulaires qui s'avancent lentement vers leurs centres situés des deux côtés du point visuel. La position des centres m'a paru correspondre aux points d'entrée des deux nerfs optiques; leur mouvement est synchrone à la respiration. »
Nos propres observations sont identiques avec cette dernière, mais> elles comportent quelques réserves.
Et d'abord, c'est que ce phénomène est loin d'être constant, loin de se produire à volonté. On peut passer des nuits sans l'observer, quoiqu'en le recherchant avec attention; le plus souvent il survient à l'improviste.
Enfin, d'après notre expérience personnelle, ce phénomène doit I confiner par quelques côtés au territoire pathologique. Nous l'avons le plus souvent observé concurremment avec quelques autres indicede perturbation circulatoire, comme de la lourdeur de tête, la rupture de l'équilibre général produite par le réveil. Ajoutons que ces • ondes successives, tranchant en noir sur l'obscurité même, en offrent parfois de colorées, affectant divers degrés de violet, nous n'osons dire de pourpre, quoique nous ayons cru y noter quelque apparence de rouge ou de rose.
Dans ces circonstances concomitantes, on ne peut méconnaître tout au moins des troubles passagers dans la circulation de l'organe, en un mot, des conditions anormales ou même peut-être pathologiques et de l'ordre de la photopsie.
Quoi qu'il en doive être, retenons ici seulement, pour la discussion qui nous occupe, ce point capital, à savoir : que les ondes circulaires ou bandes nébuleuses de Goethe contiennent en elles an élément inconstant, capricieux, exclusif d'une détermination nettement physiologique.
Or, la lumière, relative tout au moins, qui détermine le phénomène représenté par l'image négative, est une circonstance parfaitement régulière et constante, s'accentuant, il est vrai, dans certains étals personnels, mais ne manquant jamais, ne connaissant pas le caprice; en un mot, comme l'image négative elle-même, se montrant toujours dans les mêmes circonstances et avec les mêmes caractères généraux. C'est donc un acte essentiellement physiologique. Jusqu'à ce que des faits nouveaux nous aient montré la possibilité d'une activité photogénique spontanée de la rétine, il nous faut donc chercher la cause prochaine du phénomène qui nous occupe dans des conditions physiques, constantes et inséparables du fait principal.
Voici celles que nous suggère l'examen attentif de ces circonstances.