LE,;0N.] DU POURPRE RETINIEN
brane rétinienne qu'il sépare du pigment sous-jacent, et dont la face postérieure se montre d'un beau rouge. Il glisse sous ce lambeau une mince plaquette do porcelaine et l'expose ainsi à la lumière du jour, où bientôt il pâlit et se décolore.
Reportant alors la pièce dans la chambre à préparation éclairée à la lumière sodique, l'auteur retire la plaque de porcelaine et laisse retomber sur son ancien lit pigmenté le lambeau rétinien décoloré. Après quelques minutes de repos dans ce contact, la rétine a recouvré sur sa face postérieure son revêtement rouge, et à un degré tel, que le secteur rétinien soumis à l'expérience ne pouvait se distinguer par sa nuance des secteurs voisins.
L'auteur conclut donc avec une grande probabilité de vérité que, dans ce fonctionnement si intéressant, la rétine ne se comporte pas seulement comme une plaque photographique sensibilisée, mais comme un véritable laboratoire photographique, dans lequel le préparateur reproduit sans discontinuité la matière sensible, au fur et à mesure de sa décoloration. De cette décisive expérience on peut conclure, en premier lieu, que ce n'est pas à l'abord incessant du sang vital qu'il faut attribuer comme on aurait été tenté de le faire, la re vivifleation directe de la matière colorante. C'est à un procédé vital sans doute, mais à l'une de ces propriétés de la vie qui survivent plus ou moins longtemps à la vie elle-même.
Cette même expérience, en second lieu, en précisant le siège du mécanisme, en le localisant dans la couche épithéliale mosaïque, vient apporter un nouveau poids à l'opinion des anatomistes qui rattachaient cet épithélium à la rétine et non à la choroïde. La reproduction du pourpre rétinien par les tissus sous-jacents ne se prolonge pas longtemps après la mort. Elle cesse complètement avec l'activité nutritive interstitielle des tissus, ce qui arrive très rapidement tout au moins, comme on le sait, chez les mammifères.
e) Extraction dujiourpre rétinien. — Plus heureux que Bol], son rival de seconde main est parvenu à isoler le rouge ou pourpre rétinien; Kùlme a réussi à le dissoudre dans la bile.
Par là fut tranché le doute qui suspendit quelque temps les conclusions de la brillante découverte du professeur de Rome. Ne pouvant isoler la précieuse matière, Boll n'osait affirmer que cette coloration fût le témoignage assuré de l'existence entre les bâtonnets d'une substance propre et indépendante. N'était-ce pas un simple effet optique de l'ordre des phénomènes de coloration des lames minces (interférences), et produit dans les lamelles superposées qui constituent les membres externes des bâtonnets? Question qui tombait d'elle-même lorsque ladite matière lut isolée.
D'après les recherches de Capranica, l'érythropsine de Boll serait, comme composition et au point de vue de ses propriétés chimiques, spectroscopiques et photoebimiques, extrêmement voisine delà lutéine. Cotte dernière substance s'extrait '!'** C0I'PS jaunes des ovaires des mammifères, du jaune d'reul'des ovipares, du sérum 'lu sang, de la graisse jaune du lait, des cellules du tissu adipeux, ainsi que de divers, s parties jaunes des végétaux usuels. Quelques-uns l'ont déclarée identique à l tiematoïdine.
L'iso'en t du pourpre rétinien, permettant l'étude plus précise des qualités de
tte substance, a même conduit Kilhne à quelques autres constatations différant sur certains points de celles de Boll.
Apres avoir donné, dans les derniers temps, à la substance nouvelle la qualifia ;I0n de Pourpre rétinien, le professeur de tlome avail en, depuis se m, mirer plus
exaci en changeant cette dénomination elle de rouge rétinien (èrythropsine).
' '■ '" kllhl 1 son collaborateur Éwald, la couleur de la rétine esl bien positiveen! pourpre et non rouge. Sa complémentaire est franc ne, h, verte; fraîche, elle
eaecomposeen rouge et en violet; enfin, sa coloration h, plusviveesl pro te sous
un rayon pourpre. Cette détermination précise nous oblige à adopter dorénavant, de préférence au nom d'érythropsine (rouge rétinien), la première désignation proposée par Boll, le seh-purpur ou pourpre rétinien.
f) Influence des lumières monocliromatiques sur le pourpre rétinien. — L'étude des propriétés du pourpre rétinien ne devait pas se limiter à celle de l'influence exercée par la lumière composée ou blanche. Il y avait évidemment indication de rechercher si la photographie rétinienne possédait ou non les avantages poursuivis par sa congénère de l'industrie, à savoir, la reproduction des couleurs. On dut donc analyser le pourpre rétinien dans ses rapports avec les lumières monochromatiques.
Voici les résultats sommaires de ces recherches.
Suivant Boll, la couleur fondamentale de la rétine est modifiée diversement suivant la longueur différente des ondes lumineuses.
Tous les rayons qui ont des ondes plus longues que celles du rouge rétinien, c'està-dire entre C et A du spectre, modifient la couleur fondamentale dans le sens de la partie la moins réfrangible du spectre et, en même temps, la rendent plus intense.
Cela veut dire qu'entre les raies C et A, la couleur propre de la rétine se voit rem forcée, augmentée de ton.
Tous les rayons qui ont des ondes plus courtes, c'est-à-dire de D à H, modifient la couleur fondamentale dans le sens de la partie la plus réfrangible et, en même temps, la pâlissent.
Les résultats obtenus par Kiihne sont assez sensiblement différents. Suivant ce dernier, toute lumière monochromatique décolore et pâlit le pourpre ; comme le fait la lumière blanche, mais plus lentement.
Les différentes régions du spectre agissent selon l'ordre décroissant suivant de rapidité : jaune vert, vert jaune, vert, vert bleu, bleu verdàtre, bleu, indigo, violet, ensuite jaune et orangé, plus tard enfin, l'ultra-violet et le rouge. Ces résultats ont de nombreux points communs, mais aussi quelques discordances, tenant sans doute aux grandes difficultés des préparations anatomiques sous la faible lumière de la raie D du spectre.
g) Circonstances anatomiques concomitantes. — Au fur et à mesure de sa décoloration, la rétine, comme ramollie dans sa couche de Jacob, ne se laisse plus détacher facilement de l'épithélium pigmentaire hexagonal; elle se déchire de plus en plus aisément, entraînant avec elle des fragments pigmentés.
Les rétines demeurées à l'abri de la lumière présentent le phénomène opposé, un endurcissement, une indépendance relatifs plus grands de la couche des bâtonnets ; et du pigment (rétino-choroïdien).
Ainsi donc, la décoloration de la rétine est accompagnée d'un ramollissement i adéquat et de l'extrémité des bâtonnets et du pigment sur lequel ils reposent.
Boll va plus loin; l'observation des pièces anatomiques conservées lui a fait voirr que, dans les yeux qui n'avaient point reçu l'influence de la lumière, les interstices des bâtonnets étaient complètement indemnes de toute pénétration de filaments pigmentaires, tandis que, dans les yeux précédemment exposés à la lumière, d'épais cordons de pigment brun pénétraient dans ces interstices et s'étendaient même jusqu'à la base des bâtonnets et à la membrane limitante externe : conditions confirmatives du rôle joué par la couche mosaïque dans la production du pourpre rétinien, et de son action directe sur les bâtonnets eux-mêmes.
§ 188. — L'action exercée par la lumière sur la rétine est d'ordre chimique.
Photochimie rétinienne.
Une première et importante conclusion ressort de cet ensemble de faits intéressants.
LEÇON.] PHOTOCHIMIE RÉTINIENNE. 277
La lumière, soit composée, soit simple, exerce sur le pourpre rétinien, et consécutivement sur les membres externes des bâtonnets, une action qui en altère la composition, une altération de nutrition, une altération chimique.
Mais, nous dira-t-on, est-ce bien là une action chimique?
Les rayons plus particulièrement dits chimiques, les rayons ultraviolets, sont, nous l'avons vu, sans action sur la rétine. Boll le démontre dans ses expériences; la physiologie, d'autre part, nous l'apprend également.
Qu'est-ce donc que cette chimie qui commence par exclure de son cadre les conditions jusqu'ici caractéristiques de l'action chimique?
11 est certain que, si la qualité de chimiques ne devait être donnée qu'aux rayons agissant sur les sels d'argent ou quelques autres réactifs du môme ordre, les altérations produites par les rayons lumineux proprement dits, ou compris entre les raies A et G du spectre, ne pourraient recevoir cette qualification.
Mais les actions chimiques de la physiologie ne sont pas comprises entre d'aussi étroites limites. Les rayons jaunes, par exemple — qui ne passent pas pour particulièrement chimiques — sont les'plus actifs clans la décomposition de l'acide carbonique au sein des parties vertes des plantes (Draper).
D'autre part, les rayons ultra-violets sont spécialement puissants dans la décomposition de la résine de gaïac ou du sulfate de quinine.
Or, les uns et les autres sont sans action sur la rétine; mais à côté d'eux, les rayons rouges, verts, bleus, violets, jouissent d'une évidente action altérante sur la substance qui nous occupe. Quel nom donner à cette action modificatrice moléculaire, si on lui refuse celui d'action chimique?
Nous conclurons donc que :
« L'action de la lumière sur la rétine est essentiellement d'ordre chimique et peut, à bon droit, être dénommée une photochimie. »
Cette proposition, à la lumière de laquelle nous nous proposons d'étudier à nouveau les phénomènes de la vision colorée, comporte cependant les réserves suivantes.
§ 189. — Réserves à faire encore sur le caractère photographique des images rétiniennes.
Certains faits nouveaux, en contradiction apparente avec les conclusions qui précèdent, doivent, à ce point de vue, attirer un moment notre attention.
Il résulte, en effet, des recherches de Kûhne, que le pourpre n'est pas dans la rétine fa seule substance que puisse impressionner la lumière, bien qu'elle soit la seule qui, jusqu'ici, s'accuse à nos yeux.
n existe, en effet, d'après cet observateur, des animaux dont les rétines ne pu-
278 DIOPTRIQUE OCULAIRE. [i2«
raisscnt point colorées en pourpre, et qui jouissent cependant de la faculté de distinguer les couleurs.
Les mômes observations démontrent encore que, dans les rétines étudiéesjusqu'a ce jour, les bâtonnets seuls, et non les cûnes, présentent le pourpre rétinien. La fovea centraiis, centre de la vision, son point le plus pariait, uniquement formée de cônes, ne contient pas de pourpre.
Ce fait a été rigoureusement constaté par l'auteur chez deux sujets humains morts dans l'obscurité. Le pourpre rétinien, magnifiquement conservé dans toute l'étendue de la rétine (bâtonnets), faisait entièrement défaut dans la région polaire (cônes).
La vision, avec ses attributs de sensibilité pour les couleurs, peut donc s'exercer en l'absence de la coloration pourpre de la rétine.
Cette observation semblerait, au premier abord, devoirporter atteinte à la propriété photochimique, dont les faits antérieurement exposés conduisent naturellement à investir la rétine.
Cependant, s'il convient d'avoir égard à cette particularité exceptionnelle et de ne pas se montrer trop précipité dans les conséquences que comporte la théorie photochimique, on devra pourtant prendre en considération les circonstances suivantes :
Et d'abord, la région remplie par les cônes forme, malgré sa prépondérance fonctionnelle, une trop faible étendue de la surface générale de la rétine pour que son apparence exceptionnelle d'écran non photographique puisse annuler les enseignements apportés par le reste de la surface, disons mieux, par sa quasi-intégralité. Et si l'on considère, en outre, la continuité parfaite de ces régions, tant au rapport anatomique qu'au point de vue de la sensibilité, l'idée d'une différence de mécanisme a peine à s'y faire une place.
Secondement, si l'on réfléchit attentivement à ces faits, les dernières observations de Kûhne ne disent point, en réalité, que la matière chimiquement impressionnable à la lumière soit absente dans la région des cônes ou dans la rétine des animaux, où n'a pas été rencontré le pourpre. Un seul fait en ressort : c'est que la couleur, qui seule jusqu'ici révèle cette matière, fait en ce cas-là défaut ; d'où l'on ne peut conclure avec assurance qu'à l'absence seule de l'attribut couleur qui l'a fait reconnaître, et non à celle de. la substance elle-même; car, constatant sa présence dans la grande généralité des cas, et son absence seulement dans un point circonscrit et doué d'une perfection fonctionnelle supérieure, il est tout aussi légitime de supposer en ce point dans l'érythropsine ou la purpurine une destructibilité supérieure que de décrète! son absence. Son absence, en effet, ne laisse plus de place qu'à cette autre supposition, moins probable assurément, à savoir : que la couche mosaïque qui la sécrète dans toute l'étendue de la surface sensible et l'y dispose pour la formation des images, perd brusquement sa faculté sécrétoire dans la région même où les images sont les plus parfaites, sans que sa constitution anatomique soit en rien modifiée.
Or, considérant la délicatesse infinie des qualités qui caractérisent la purpurine, il est assurément plus naturel de penser que, par suite de circonstances particulières et toutes encore inconnues, quelque modification chimique, dont la cause échappe, a pu transformer son apparence ou son vêtement extérieur, que de conclure à son absence première.
Ces contradictions — plus apparentes que réelles — n'ont point échappé aux physiologistes. Un des plus autorisés, M. Paul Bert, dans une leçon sur les rapports de la lumière avec les êtres vivants, rappelant la découverte de Boll, s'exprimait à son propos ainsi :
« On a cru tout d'abord avoir trouvé dans cette découverte l'explication du phénomène vision, qui se réduirait à une sorte de photographie rétinienne. Mais il a bientôt fallu en rabattre. »
N ; PHOTOCHIMIE RÉTINIENNE. 270
Citant alors les expériences restrictives de Kiihne que nous venons de reproduire, le savant professeur, revenant sur le fait principal, continue ainsi :
« Ce phénomène intéressant, et qui a sans doute des rapports d'ordre nutritif avec les conditions de l'impulsion lumineuse, est donc loin de présenter l'importance qu'on a voulu lui attribuer tout d'abord. »
« J'attache plus d'intérêt au fait, découvert par l'Anglais Dewar, que la mise en action île la rétine par la lumière amène toujours, comme conséquence immédiate, l'apparition d'un courant électrique. » (Soirées scientifiques de la Sorbonne. Revue scientifique, 20 avril 1878.)
Nous nous associons avec empressement aux appréciations du savant professeur, mais sous la réserve du concours que se prêtent les deux découvertes, et non avec l'admission implicite d'un conflit entre elles. Le fait découvert par Dewar, au point de vue du principe ou caractère de l'action de la lumière sur la rétine, nous semble, comme à M. Bert, absolument démonstratif. Le dégagement d'électricité est une caractéristique irréfragable des actions chimiques. Mais l'altération de la couleur propre de la purpurine rétinienne emporte aussi ce caractère. Les deux faits témoignent, en même temps, d'une altération locale de la nutrition ou d'un effet chimique.
Celui de Dewar a, nous le reconnaissons, en outre, deux avantages sur son congénère : le premier, d'étendre la démonstration aux portions de la rétine exceptionnellement dépourvues de l'apparence pourprée, et, à cet égard, il comble une lacune importante.
Sa seconde supériorité est celle de l'antériorité de date. Mais une découverte isolée a toujours quelque chose de contestable et d'incertain, et la science ne peut que bénéficier à la concordance de deux sources de lumière qui viennent, sans interférences, faire rencontrer sur un même point obscur des ondes de même sens.
Nous conclurons donc en toute assurance ce chapitre par la proposition énoncée plus haut :
« La formation des images rétiniennes est un acte photochimir/ue. »
§ 190. — Nouvelles considérations introduites dans la théorie physiologique des couleurs à la suite de la photochimie rétinienne.
Nous nous demanderons maintenant avec Boll :
« Quels rapports peuvent présenter ces faits avec les résultats les plus saillants de l'ancienne physiologie des couleurs, par exemple, avec les phénomènes de contraste, des couleurs entoptiques, de la théorie Young-Helmholtz? »
Occupons-nous, pour commencer, du mot couleur, qui, dans les analyses que ce sujet comporte, va prendre désormais deux significations, n'en ayant jusqu'à présent connu qu'une seule.
Jusqu'à ce jour, en effet, le phénomène désigné sous le nom de couleur n'était en somme qu'une sensation, une réaction de l'organisme sensible contre une impression d'ordre physique. Entre l'action, inconnue dans son mode d'exercice, de l'onde lumineuse sur l'élément nerveux primitif rencontré cl, excité par elle, nul autre intermédiaire connu qu'un filet nerveux. Nul rapport pénétrable pour
nous entre l'ondulation lumineuse et la réponse de l'organisme à son contact, contenue dans le mot couleur.
Ce mot ne vise donc jusqu'ici que la sensation éprouvée par l'individu, sa réaction subjective. Maintenant si nous admettons, comme dit Boll, que les faits observés chez la grenouille et quelques autres animaux se vérifient chez l'homme avec les mêmes caractéristique-, nous nous trouvons en présence d'une seconde signification que va prendre ce mot couleur, signification non plus subjective, mais bien objective; car ce terme se trouve naturellement employé par l'anatomiste pour caractériser les phénomènes objectifs que lui présente l'examen des rétines animales dans les expériences sus-relatées. Les altérations qu'il y observe, après l'exposition aux différents rayons du prisme, sont en effet désignées par lui par le changement de couleur qu'il y constate, et il n'a pas d'autre expression à donner à sa sensation.
Or, il importe de ne pas laisser s'établir de malentendu et de ne pas confondre l'indication de la couleur donnée par l'anatomiste, avec celle qu'accuserait le sujet en expérience s'il s'exprimait dans notre langue.
Ce dernier, soumis par exemple à l'action d'une lumière jaune, lorsqu'il accuse cette couleur, exprime la modification éprouvée par la constitution intime de sa rétine lors de Yabsorption de cette lumière par son tissu, phénomène toujours le même en présence de la même nuance spectrale. Mais, au même instant, s'il pouvait étaler sur le porte-objet de son microscope la rétine ainsi influencée, l'anatomiste nous désignerait sous le nom de rouge clair l'apparence que lui offrirait ladite rétine par sa face externe ou postérieure. Or, cette apparence, qui se nomme la couleur propre du corps, n'est que l'effet de la réflexion diffuse par les premières couches d'un corps de partie de la lumière qui les a pénétrées, l'autre partie demeurant absorbée par lui.
Or, c'est cette dernière qui, seule, agit chimiquement, la précédente l'ayant abandonné.
Dans les mêmes circonstances, c'est-à-dire mise en rapport avec la même région du spectre, la rétine sera donc toujours modifiée de même manière dans sa constitution intime, et de même aussi, par suite de cette modification, la couleur propre de sa face externe sera dans les mêmes cas modifiée aussi de façon toujours identique. Mai? les deux caractéristiques, différentes entre elles, n'en seront pasmoins constantes en tous cas identiques, n'en seront pas moins les témoignages invariables, exclusifs et parallèles d'un seul et même fait : l'altération chimique constante, quoique inconnue, éprouvée par le pourpre rétinien fondamental.
LEÇON. PHOTOCHIMIE RÉTINIENNE. 281
En ce sens expressément défini, le terme « couleur » peut être employé par nous flanqué de deux adjectifs soit différents, soit plus ou moins semblables suivant les cas, mais répondant l'un au témoignage objectif, l'autre au témoignage subjectif, fournis par la rétine, d'une même et identique modification éprouvée par elle.
C'est pour prévenir, à cet égard, un malentendu menaçant, et auquel il n'a pas complètement échappé lui-même, que Boll s'exprime ainsi sur ce conflit de mots :
« Qui nous assure, dit-il, qu'une rétine devenue jaune ou une rétine devenue bleue ait pour l'âme cette même signification de jaune et de bleu et non pas la signification inverse, c'est-à-dire du bleu pour la rétine jaune et du jaune pour la rétine bleue? »
Et effectivement, ne trouvons-nous pas dans les expériences fondamentales de la photographie rétinienne l'image d'une fenêtre sur cette membrane avec ses panneaux décolorés et ses membrures d'un rouge intense, quand nous savons que, subjectivement, l'impression est : carreaux ou panneaux clairs, membrures noires.
Le pourpre rétinien ne répond-il pas en effet, à l'obscurité ou au noir pour le sensorium, comme sa décoloration, son blanc satiné correspond à la sensation de la lumière blanche ou composée.
§ 191. — Des images persistantes et consécutives. — Mécanisme de leur production, tant dans la théorie purement physique (Young-Helmholtz), que dans la théorie photochimique.
Le point de départ de cette étude comparative exige une exposition préalable de la théorie physique classique la plus généralement en faveur, celle connue sous le nom d'Young-Helmholtz. Nous allons en donner un court résumé par anticipation sur l'étude analytique qui en devra être faite (voir leçon 22e, §§ 351 et suiv), à la lumière de la pathologie du sens chromatique.
a) Résumé de la théorie <ï Young-Helmholtz. — Dans cette théorie, on suppose d'abord le spectre solaire réduit à trois couleurs principales : le rouge, le vert et le violet, dont l'action isolée ou, au contraire, en diverses proportions associées, détermine toutes les sensations colorées.
A chacune de ces trois couleurs correspond, dans la théorie d'Young, une fibre spéciale et exclusive. Leur ébranlement deux à deux devait, dans la pensée de l'auteur, répondre à toutes les sensations correspondantes aux combinaisons 'leux à deux des couleurs principales, se résolvant dans les nuances intermédiaires.
Mais au jugement d'Helmholtz, cette conception ne représentait pas tous les phénomènes observés; elle laissait en dehors d'elle, sans explication possible, certains faits expérimentaux dont il fallait pourtant tenir compte. Nous exposerons et discuterons ces faits quand nous reprendrons pour l'analyser, cette théorie (§ 351).
limons-nous pour le moment, à énoncer la modification introduite par Helmholtz aans la théorie d'Young, pour y faire rentrer les nouveaux faits reconnus iacompatibles avec elle.
Dans la pensée du physiologiste de Ileidelberg, les trois fibres fondamentales d'Young ne sont pas aussi exclusives que le supposait cet auteur.
« Chaque région du spectre agit à la fois sur les trois ordres de fibres, mais d'une manière très différente :
« Le rouge simple excitant, par exemple, fortement les fibres sensibles au rouge, très faiblement les congénères : sensation rouge et ainsi des autres; l'excitation égale de toutes les fibres par la lumière composée donnant la sensation du blanc ou des couleurs blanches. »
Ces préliminaires établis, comparons l'une et l'autre théorie (celle physique d'Young-Iielmholtz et celle fournie par la découverte de Boll), au point de vue de la facilité qu'elles peuvent offrir l'une et l'autre à se rendre compte de ces deux faits remarquables : 1° la persistance des impressions primitives; 2° leur dégénérescence successive témoignée par les phénomènes des images négatives.
b) 1° Fait de la persistance première. — Dans la théorie physique, comme dans la seconde, le fait fondamental de la persistance s'explique, pour ainsi dire, par son seul énoncé :
Dans la première, la fibre nerveuse ébranlée met plus de temps à revenir au repos qu'elle n'en a mis à entrer en vibration. Simple traduction du fait observé, dans Vhypothèse d'une vibration physique transmise directement de l'éther à un filet nerveux.
Dans la théorie chimique, il n'y a pas besoin de recourir à une hypothèse. La sen- sation « survivant à l'impression » n'est que le témoignage de la survivance même ■. de l'image matérielle à l'action qui l'a produite. Cette image et la sensation qu'elle i engendre durent le temps nécessaire à la reproduction, à la réparation du pourpre ■ rétinien (expérience de Boll).
2° Images négatives, dans la théorie physique (Young-Helmholtz). — Le mécanisme i de la succession de l'image négative consécutive à l'image primaire repose, on se le ; rappelle, sur deux circonstances principales :
Premièrement, l'épuisement momentané de la sensibilité de la rétine pour la \ couleur qui l'a frappée;
Deuxièmement, la mise en évidence de cet épuisement, lors de l'action d'une nouvelle cause excitante, soit une lumière nouvelle extérieure, soit ce que l'on a i appelé la lumière propre de la rétine (fluorescence : voyez le § 185, même leçon).
c) Comment, maintenant dans cette théorie, se rendrait-on compte de l'apparition i de l'image consécutive, négative ou complémentaire? Par le raisonnement suivant : \
L'ébranlement communiqué aux fibres rétiniennes lors de la production de l l'image, survit à la cause qui l'a déterminé ; en d'autres termes, l'excitation dure plus longtemps que sa cause. Voilà pour la première phase du phénomène.
Mais on constate un peu plus tard que sous l'influence d'un nouvel accès de i lumière extérieure, ou sous celle de la fluorescence des milieux qui joue le même rôle eu égard à la couche sensible, l'image persistante change d'aspect et prend la i couleur complémentaire.
Eh bien! cela signifie que la substance nerveuse primitivement excitée perçoit : plus faiblement la lumière réagissante que ne le font les autres parties de la rétine: leur sensibilité est amoindrie plus ou moins, épuisée pour de nouvelles excitations semblables.
Cette conséquence est assurément en harmonie avec les lois générales de la physiologie du système nerveux, tant sensitif que moteur. Mais, dans l'espèce, elle se heurte à l'anatomie.
Dans l'hypothèse de Young, à chaque élément rétinien photo-esthésique isolateur (bâtonnet) doit, de toute nécessité, correspondre une triade de libres chromatiques : car l'image est tout entière formée sur la surface postérieure de la membrane de
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[acob et celle-ci n'est constituée que par des bâtonnets ou des cônes; or, vingt années de progrès micrographiques admirables ont été absolument impuissants à montrer trois, ni môme deux fibres dans un bâtonnet.
Or, trouvons-nous une semblable discordance dans les réponses de la théorie pfiotochimique ? C'est ce que nous allons rechercher.
Des images négatives dans la théorie photochimique. — Examinons sous ce jour nouveau les conditions d'apparition de l'image négative.
Une lumière monochromatique donnée altère chimiquement, d'une manière constante et uniforme, le pourpre rétinien qu'elle vient rencontrer. Or le bâtonnet, ou élément nerveux primitif, plonge par son tiers extérieur dans le bain formé par cette substance. Toute l'hypothèse à formuler se borne donc à admettre dans cet élément nerveux la faculté de sentir de manières différentes^ contact intime de milieux différents, exactement comme les papilles de tous les nerfs de sensibilité générale ou spéciale réagissent différemment contre l'excitation directe apportée par les corps différents qui viennent les toucher, ou seulement les effleurer. Les nerfs gustatifs ou olfactifs, par exemple, ne portent-ils pas au sensorium des indications aussi multipliées qu'est la nature des liquides ou des effluves qui viennent caresser leurs épanouissements? Ajoutons que l'altération ana tomique même du bâtonnet (Boll), après une impression un peu prolongée, témoigne suffisamment des effets qu'il a lui-même éprouvés dans le bain de pourpre altéré (voir § 187-A).
Inversement, quand la cause primaire (l'objet lumineux) a été soustraite, la fibre nerveuse, au fur et à mesure de la reconstitution chimique du pourpre rétinien sous l'influence de l'obscurité, annonce par ses témoignages successifs la revivifi cation graduelle du bain normal. Ces témoignages, ce sont les sensations successives provoquées par ce que l'on est convenu d'appeler la lumière propre de la rétine (voir plus haut), dans ses rapports avec la substance pourpre dans son état actuel au moment considéré, c'est-à-dire, pour chaque moment, la nuance complémentaire de la portion de i'érythropsine non encore revivifiée.
Quand la réparation est devenue complète, la sensation est le blanc affaibli de la lumière propre (phosphorescence), s'il en reste encore dans l'œil; s'il n'en existe plus, le rouge rétinien, non sollicité, répond au noir, ce qui est conforme à l'observation.
Ce mécanisme n'a peut-être contre lui que d'être trop naturel. Image de celui qui s'applique aux autres sens, il n'exige aucune hypothèse nouvelle et sa formule n'est que la simple déduction des faits dont le sens commun est l'expression banale.
L'explication est-elle moins simple dans le cas de la lumière composée? Aucunement.
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Ce que nous venons de dire de L'action d'une onde lumineuse, d'un ordre de réfrangibilité déterminé, est exactement applicable — Inexpériences le montrent suffisamment — à l'action de deux, de Lrois, d'un nombre quelconque de ces ondes lumineuses. Chacune d'elle nous l'avons vu dans les observations portant sur le contraste successif, laisse, après l'impression faite, l'élément touché plus ou moins tj insensible pour une nouvelle onde de même rang dans la série chromatique, mais respecte sa sensibilité pour les autres ondes ou complémentaires.-
Comment se traduira cette observation dans le langage imposé par -I les faits nouveaux? Ne sera-t-on pas autorisé à dire : chaque onde m détruit ou altère chimiquement la molécule de l'érythropsine ou d. la purpurine d'une façon qui lui est propre et exclusive, sansdétrui en elle l'aptitude à subir de nouveaux changements déterminés soi l'action des autres ondes également déterminées.
Associées ou synchrones dans leur action, les ondes lumineuses agis- • sent toujours individuellement de la même manière. La résultante seule est complexe ; mais la constance et l'identité de cette résultante, . ou sensation composée, dans des circonstances expérimentales iden- • tiques, démontrent que le rôle joué par chaque élément composant a été, lui aussi, constant et uniforme en ce qui le concerne.
Ce mécanisme n'est-il pas, en même temps, la plus simple des il réponses à cette proposition — question posée par Helmholtz en ces •• termes, à propos de la sensibilité obscure de la rétine pour les rayons • ultra- violets?
« Admettons, dit-il, que la rétine perçoive la lumière quelle émet \ elle-même, etc.. »
Quoi de plus probable, en effet, que cette conclusion?
La lumière emmagasinée par la rétine dans ses régions antérieures j transparentes, et qui rayonne ou s'épanche dans tous les sens, rencontre à sa périphérie, à sa limite même, la couche de purpurine. Comment imaginer qu'elle ne la modifie pas chimiquement au contact immédiat, quand elle a déjà la propriété de l'influencer à distance ?
Paradoxe offert par la théorie de Young. — Le paradoxe expérimental qui avait servi de base à la modification apportée par Helmholtz à la théorie de Young, se trouve aussi lui-même réduit dans la théorie • chimique à ses véritables' proportions. Le fait expérimenté était, on se le rappelle, le suivant :
Un œil reposé est moins profondément impressionné par une couleur spectrale pure que s'il a été premièrement fatigué par la couleur complémentaire. »
Ce paradoxe apparent est-il en conflit avec la nouvelle théorie, comme il t'était dans celle de Young?
, PHOTOCHIMIE RÉTINIENNE. 28.5
U ne nous le semble pas : il constitue un simple enseignement, une notion nouvelle.
Quand un pinceau de rayons monochromatiques, bleus, par exemple, vient rencontrer la rétine, et qu'il pénètre la molécule élémentaire d'érythropsine et en modifie la constitution chimique, il se présente
deux cas : .
Ou cette molécule est intacte, n'a subi aucune altération récente, ou bien, au contraire, pour nous placer dans les conditions de la question proposée, elle vient, dans les instants précédents, d'être atteinte par des rayons de la coulenr complémentaire, ici, le jaune, qui l'ont laissée modifiée d'une certaine façon.
L'expérience physiologique nous apprend qu'en cet état l'impression sensorielle faite par les rayons bleus est plus vive, plus accusée, que dans le cas où la molécule est intacte.
Nous n'avons qu'à enregistrer le fait. Il revient à dire que la modification préalablement amenée par les rayons jaunes dans la molécule, l'a rendue plus libre pour les combinaisons qu'y déterminent les rayons bleus. On ne l'eût peut-être pas imaginé a priori; mais il parait que cela est ainsi, et, comme la chose n'a rien de contradictoire avec ce que l'on observe en chimie générale, on n'a qu'à noter là un nouveau fait d'observation.
En deux mots, le fait signalé par Helmholtz, qui pouvait paraître paradoxal dans la théorie physique pure, ne l'est plus dans la considération d'un processus d'ordre chimique. Gomme nous ne connaissons rien des rapports mutuels des atomes dans le sein de la molécule, le fait dont il s'agit ne peut pas plus nous surprendre que son contraire.
Dans ces actes de chimie interstitielle, qu'y a-t-il de surprenant à ce que les atomes composant les molécules exercent certaines actions réciproques les uns sur les autres?
§ 192. — De la lumière propre de la rétine dans la théorie photochimique.
La théorie photo chimique n'est pas en moins parfait rapport avec les faits d'observation qui ont donné naissance à la question de la lumière propre de la rétine. On comprend immédiatement que l'emmagasinement de la lumière dans les milieux transparents de l'œi] (hypothèse de la phosphorescence de Monoyer) ne reçoit nul échec des propriétés reconnues dans la substance purpurine.
On peut même dire, que les qualités photoehimiques de cette substance, et sa génération sur place après sa destruction, jettent un nouveau jour sur une des circonstances les plus complexes de certaines phases des images consécutives,
~*s,> DIOPTRIQUE OCULAIRE. [12*
On sait que, dans le cas d'une excitation produite par une lumièré primaire intense, l'image consécutive éprouve une série de pualternatifs du positif au négatif, et vice versa, avant de s'effacer entièrement. Cette observation avait conduit Plateau à supposer dans la rétine l'existence d'une force de réaction à phases oscillantes, dans laquelle chaque demi-oscillation correspondait à la couleur complémentaire de l'autre moitié : hypothèse absolument arbitraire et donnant d'ailleurs lieu à des conclusions démenties par les faits.
Considérées comme résultant des processus chimiques nécessaires à la reproduction de la purpurine, ces phases ou oscillations irrégulières deviennent bien plus intelligibles.
Si, en effet, après une impression lumineuse modérée, physiologique, la restauration moléculaire de la substance suit une marche régulièrement progressive, si chaque teinte effacée y reparait à son moment physiologique, il se conçoit aisément qu'un grand trouble, comme celui apporté par une lumière éblouissante, altère trop profondément la constitution des molécules pour que leur réparation ne reflète, par des irrégularités, une telle perturbation.
Cette opinion trouve un point d'appui de quelque valeur dans les observations semi-pathologiques clans lesquelles ces mêmes phénomènes sont produits sous l'influence de lumières à moitié intenses, mais sur des yeux fatigués et quelque peu malades.
De ces derniers exemples la transition est des plus faciles aux phénomènes de la photopsie franchement morbide, aux apparitions lumineuses spontanées, comme il s"en manifeste dans tant d'états pathologiques.
On ne saurait être surpris qu'une circonstance quelconque propre à déterminer des troubles nutritifs dans la choroïde, ne fût-ce qu'une congestion passagère, amenât, comme conséquence, des troubles adéquats dans la sécrétion ou l'état de la purpurine dont elle est la matrice. Le mécanisme de la perturbation éclate ici dans tout s<>n jour et éclaire tous les phénomènes de cet ordre depuis la productioi dçs ondes nébuleuses de Gœthe jusqu'aux éclairs photopsiques les plus sérieux.
§ 193. — Conclusions : Des applications possibles des conséquences de la découverte de la photochimie rétinienne à la physiologie et à la pathologie.
L'introduction dés propriétés photochimiques de la rétine dans l'étude des image! consécutives n'est, dans son ébauche écourtée, qu'un premier pas fait dans celle de ses applications à la physiologie et à la pathologie.
Nous n'avons pas besoin d'insister pour taire prévoir la fécondité d'une pareille étude. Il nous suffira de citer les questions relatives à l'irradiation, au contrastj simultané, dans l'analyse desquelles lauillUrede la lumière propre de la rétine doit
leçon PHOTOCHIMIE RÉTINIENNE. 287
entrer en composition ou en conflit avec la délicatesse chimique dupourpre rétinien.
Au même titre aurions-nous à vous signaler, dans le domaine de la physiologie pathologique, tous les phénomènes subjectifs contenus dans les chapitres de la photopsïe, des phosphènes, de Paenromatopsie où daltonisme S en un mot, toutes les perversions sensorielles ayant leur siège dans le laboratoire des couleurs. Les principes formulés dans les développements qui précèdent indiquent suffisamment dans quel esprit les recherches ultérieures nous semblent devoir être conduites.
Ces prévisions sont aujourd'hui aussi opportunes qu'étaient anticipées celles qui, il y a une douzaine d'années, avaient été lancées dans le grand public à propos d'une acquisition nouvelle faite par la médecine légale. On se rappelle l'annonce à sensation donnée, il y a quelque quinze années, par un journal américain promulguant longtemps avant son éclosion, la découverte de la photographie rétinienne. Les imaginations promptes avaient déjà tiré des conséquences pratiques considérables de la prétendue découverte, et, avant même que les circonstances et procédés de cette dernière ne fussent connus du monde savant, la médecine légale avait, disait-on, obtenu déjà d'importants renseignements de l'examen des rétines d'individus assassinés.
On se rappelle le remarquable rapport lu par notre regretté collègue Vernois devant la Société de médecine légale (décembre 1869) au sujet d'une épreuve photographique communiquée à cette Société savante par un confrère de province, et représentant la rétine d'une femme assassinée. Sur cette épreuve on avait cru reconnaître l'image de l'assassin, celle d'un enfant tué avec sa mère, enfin le chien de la maison se précipitant vers la malheureuse petite victime (sic).
Se fondant sur des considérations générales très plausibles, et même sur des expériences directement instituées dans cet objet, mais surtout sur les circonstances corrélatives du prétendu dessin et de la cause criminelle à instruire, Vernois 3 n'eut pas de peine à réduire à leur juste valeur les imaginations de l'ardent médecin légiste. Mais des expérimentations négatives n'ont de valeur qu'à titre suspensif et provisoire, et les conclusions de Vernois, légitimes pour son époque, seraient aujourd'hui trop radicales ; car s'il était, comme il le dit, parfaitement impossible à cette date de retrouver sur la rétine d'un cadavre la représentation de quelque objet l'ayant impressionnée au moment du dernier battement du cœur, cette assertion serait aujourd'hui démentie.
Quant à la conclusion médico-légale, elle n'est pas moins vraie aujourd'hui qu'il y a dix ans, et avant de pouvoir reconnaître sur la rétine d'une victime le portrait de son assassin, il se passera peut-être quelque temps.
Si semblable communication était présentée aujourd'hui, elle ne serait pas écartée par une simple fin de non-recevoir, jugement toujours suspecté. Maison lui demanderait en témoignage l'apport de tous les détails d'exécution assurant l'accomplissement non seulement des conditions si spéciales imposées à la conservation des images, mais encore du perfectionnement des procédés nécessaires pour en obtenir, sans les altérer, l'amplification.
Car, pour être réelles en principe, les propriétés photographiques de la rétine sont loin encore d'être chose maniable et qu'on puisse toujours diriger à sa salisfaction. Que l'on parvienne un jour àreconnaitre les derniers optogrammes Inscrits sur une rétine humaine, comme on cherche aujourd'hui à les découvrir ophtal-
1. On lira, avec intérêt, sur ce sujet, un très remarquable travail de MM. Delhœuf etSpring, publié dans la Revue scientifique du 23 mars 1878, et qui semble rattacher directement la cécité relative pour le ronge a la composition de la substance pourpre de la rétine?
2. Vernois. Applications de lu photographie à la médecine Ugale lA nnaïès d'hygiène publique et de mèdecint légale, L870, 2" série, t. XXXIII. p. >:w).
~M DIOPTRIQUE OCDLAIRE.
moscopiquement sur la rétine vivante, nous devons l'espérer plutôt qu'en nier la la possibilité.
Mais jusqu'à ce jour les faits acquis, difficilement obtenus, n'ont pas encore dépassé l'enceinte des laboratoires de physiologie expérimentale, et n'ont été réalisés que grâce à la grande habileté des expérimentateurs, appuyés sur uniscience approfondie. Il importe de joindre ce correctif à la vulgarisation d'un principe nouveau, riche seulement de conséquences possibles, de crainte que l'abus de conclusions trop hâtives ne remplace par des illusions actuelles des résultats encore à l'état d'espérances.
N'oublions pas que l'on a annoncé comme acquises les qualités photochimiques de la rétine avant de s'être douté de l'existence de la couche du pourpre rétinien, qui en est le siège!
§ 194. — Théorie des couleurs. — Des phénomènes de contraste; définitions.
C'est un fait d'observation fort ancien, mais particulièrement ! élucidé par les beaux travaux de M. Chevreul (1832), que de la juxtaposition ou du rapprochement de deux surfaces de couleurs, ou sim- •[ plement de nuances différentes, résulte pour l'œil soit un renforce- •[ ment de leur teinte à l'une et à l'autre, une plus grande vivacité d'éclat, , soit, au contraire, un affaiblissement de leurs différences de colora- • tion. Ces faits ont, d'une manière générale, reçu le nom de phéno- • mènes de contraste.
Dans l'énoncé qui précède, l'influence réciproque des deux couleurs ; l'une sur l'autre est caractérisée par J'épithète de simultanée; caracté- • ristique qui a pour objet de différencier ces phénomènes des sensations que nous venons d'étudier sous le titre d'images consécutives ou A accidentelles, et qui, ainsi qu'on l'a vu, offrent à un haut degré ces oppositions et ces contrastes, mais seulement en succession et non il simultanément.
Le caractère le plus fréquemment observé clans ce? phénomènes de contraste apparemment simultané, lorsqu'on opère en opposant à il une couleur monochromatique donnée, le blanc pur ou le gris clair, c'est-à-dire dans des circonstances faciles à analyser, consiste en ceci; i que cette dernière (blanc ou gris) se recouvre d'une teinte complémen- taire de la surface monochromatique juxtaposée.
Or ce fait éveille trop manifestement le souvenir des expériences 4 de contraste successif (images consécutives), pour que l'esprit ne se 1 mette à l'instant en garde, et ne craigne d'être la dupe d'une confusion entre ces deux ordres de phénomènes. Il est donc de la plushaute importance, dans l'analyse de ces observations, de différencier H avec le plus grand soin les influences isochrones ou actuelles, de celles qui ressortiraient à une action consécutive.
Nous aurons donc à distinguer deux sortes de contrastes :
Le contraste successif ;
Le contraste positivement simultané.
HÉçoiW !
§ 195. — Delà part à faire au contraste successif (images consécutives) dans les observations de contraste simultané.
Au chapitre des images consécutives, nous avons reconnu un fait considérable et général, à savoir que lorsque nous avons arrêté, un temps plus ou moins long, notre attention sur une surface colorée de moyenne intensité, à une impression persistante plus ou moins fugitive de ladite couleur, succède de façon subite, une impression beaucoup plus durable, et qui ne s'efface ensuite que par transitions régulières, de la sensation de la couleur complémentaire.
Si, encore sous cette impression, nous portons alors notre regard sur une nouvelle surface, c'est-à-dire sur un autre plan coloré, cette image négative que nous portons en nous, ajoutera dans le fond nouveau son influence à celles de même nuance qu'elle y rencontre, ou, ce qui revient au même, affaiblira dans ce fond nouveau les nuances complémentaires à elle-même ou semblables à celles du premier fond considéré.
On a là un exemple très net du contraste successif.
C'est celui produit par l'image persistante négative du premier fond considéré (inducteur).
Ce genre de contraste successif est celui rencontré le plus communément. Pour qu'une image consécutive pût produire l'effet opposé c'est-à-dire raviver dans le nouveau fond les nuances de même ordre que celles du fond primitivement observé, il faudrait que l'image |ersistante fût positive, c'est-à-dire encore dans sa phase primitive, et produite par une lumière ou impression de grande intensité • ce' qui n'est pas le cas ordinaire. Une fois prévenu, un observateur en saura toujours faire la distinction.
Ce mécanisme ne saurait manquer de se produire dans nombre de circonstances où l'on croirait étudier les seuls phénomènes de contraste réciproque et actuel.
Il suffit, en effet, pour que les deux éléments concourent à la production du phénomène d'ensemble, que le regard vienne à se déranger quelque peu du point de repère offert à l'attention
cilnT111^1;6' 7 ^S*6 faǰninconscientc et présenter ainsi les nstances dont nous allons donner le tableau dans l'expérience générale et très simple que voici :
JDjoses un large pain à cacheter blanc au milieu d'un champ
KaVobTicS Cer°ie le regard oscille dans
.1 m, aans des limites même très étroites, le fond coloré
"JU DIOPTRIQUE OCULAIRE. j {Oc
se borde d'un plus vif éclat d'un côté, tandis que vers l'extrémité opposée du même diamètre, le cercle blanc se borde d'un liseré de la couleur complémentaire du fond. Gela est classique.
Mais le phénomène se présente aussi en dehors de toute condition de mobilité de l'attention. Sans cesser de maintenir celle-ci sur le centre du cercle blanc, rapprochez-vous quelque peu dudit point de mire, l'image du cercle persistant sur la rétine, vient à découper par projection extériorisée un cercle de moindre étendue sur la surface objective du pain à cacheter. Ce dernier se couvre donc d'une zone circulaire extérieure très marquée de la couleur complémentaire du fond.
S'éloigne-t-on au contraire, les rapports d'étendue de l'image consécutive et du cercle objectif changent de sens : une zone d'une vivacité plus ou moins accentuée se dessine autour du cercle sur le fond coloré et de la même couleur que lui.
On reconnaît là évidemment dans le 1er cas (rapprochement de l'observateur), l'influence de l'image négative du fond qui déborde sur le blanc central; et, par contre, si le sujet s'éloigne, l'image négative du blanc délimitant une zone de rétine moins épuisée par la couleur du fond.
Mais dans ces expériences mêmes, si elles sont bien sérieusement conduites et avec la certitude que le regard n'a pu errer, on peut reconnaître, par contre, très nettement, l'action simultanée et réciproque des deux couleurs juxtaposées.
Pour peu que la surface du fond soit étendue, relativement à celle en rapport avec le siège de l'attention, cette dernière offre elle-même, dans son centre , une nuance plus ou moins reconnaissable de la complémentaire du fond. On ne peut méconnaître là un fait de contraste simultané.
§ 196. — Du contraste simultané par opposition au contraste successif. Expériences et observations.
Deux surfaces de couleurs différentes étant juxtaposées, il résulte le plus souvent de ce rapprochement :
Que les couleurs plus foncées le paraissent davantage par l'opposition des couleurs claires voisines, et réciproquement; — ou bien encore :
Qu'une teinte complémentaire de la couleur voisine se répand surr chacune. Mais il se rencontre aussi des cas où ce phénomène n'a pas lieu, et où la couleur influencée l'est dans le sens même de sa voisine, et non de la complémentaire de cette dernière.
Pour constater sûrement le contraste simultané pur, il faut, avonsnous vu, se mettre à l'abri de toute possibilité d'intervention de la
production d'images consécutives" ou accidentelles. Il faut ainsi exclure avec soin l'impression directe, même momentanée, sur le centre de l'attention, du champ inducteur.
Les effets du contraste simultané, à l'inverse de ceux du contraste successif, sont d'autant plus perceptibles que le champ inducteur et le champ induit sont moins distants en couleur ; ils ressortissent à de faibles différences de coloration.
La raison de cette condition se reconnaîtra plus tard.
Les deux procédés suivants permettent de s'assurer la réalisation de cette condition, l'absence de toute intervention d'une image consécutive, en d'autres termes, du contraste successif.
Nous avons dit plus haut, au § 195, relatif au rôle joué par les images consécutives dans ces phénomènes, comment, dans des observations où l'on s'est parfaitement assuré de la fixité du regard, on peut constater cependant, sur la région fixée, la présence de la complémentaire du fond.
Ce fait peut être mis en plus grande évidence par le procédé suivant :
a) « Qu'on prenne un fragment de papier blanc ou gris, au bout d'une petite pince, et tenant un œil fermé, qu'on le regarde fixement avec l'autre. Si l'on place ensuite derrière ce morceau de papier une grande feuille ou surface colorée qui remplisse la plus grande partie du champ visuel, on voit immédiatement la couleur complémentaire teindre le petit papier. » (Helmholtz).
On arrive encore au même résultat par la méthode que voici :
b) « Contraste par ombres colorées. — Les circonstances les plus favorables à l'observation du phénomène de contraste simultané sont réunies dans l'expérience des ombres colorées.
Le moyen le plus facile de les observer consiste à éclairer simultanément une feuille de papier, 'dm côté L, par la lumière affaiblie du jour, et de l'autre, par la lumière d'une bougie B (fig. 63).
— La lumière naturelle L, c'est-àdire la lumière blanche provenant, soit d'un ciel nuageux, soit d'une surface blanche éclairée par le soleil, soit enfin du disque lunaire, pénètre à travers une ouverture 'I111 ne doit pas être trop large, afin qu'il puisse, se. former des images
ZJZ JHOPTRIQUE OCULAIRE.
ncllcs. On place ensuite en avant du papier un corps opaque quelconque (le doigt, un crayon G) qui projette aussitôt deux ombre- suj le papier.
Nommons ombre de la lumière naturelle celle qui se formerai! seuil en l'absence de la bougie, ci ombre de la lumière artificielle, celle dont la formation dépend de sa présence. La première est éclairée par la lumière jaune rouge de la bougie, et ne reçoit rien de la lumière du jour. Elle apparaît donc avec une coloration objective jaune rouge.
La seconde (ombre de la bougie), éclairée par la lumière du jour, ne reçoit rien de la bougie; sa couleur objective est donc blanche.
Mais cette dernière n'apparaît pas telle ; elle se montre avec une coloration bleue, c'est-à-dire complémentaire de la coloration du fond jaune rouge blanchâtre ou mixte M, qui reçoit les deux lumières.
Or, que le regard soit maintenu sur l'ombre de la lumière naturelle, ou qu'il y revienne après avoir erré sur le fond, cette ombre est toujours vue bleue, d'une nuance un peu moins vive dans le premier cas que dans le second, mais, enfin, toujours bleue. »
(Helmholtz.)
Ce phénomène, on le voit, est le même, en somme, que celui réalisé par le premier procédé ; seulement il offre une grande netteté et laisse moins de cloutes encore chez l'observateur.
Il nous reste maintenant à en expliquer le mécanisme.
§ 197. — Mécanisme de la production du contraste simultané : Explication proposée par M. Helmholtz.
Après de longues circonlocutions et des inductions qui ont le caractère confus propre aux discussions de pure philosophie, l'opinion à laquelle s'arrête l'illustre auteur de Y Optique physiologique est celle qui fait dépendre le contraste simultané de notre seul jugement, en un mot de la métaphysique.
Avec Fechner, M. Helmholtz considère les sensations du contraste simultané pur , comme un acte du jugement, de la psychique (p. 545) ; et il s'en justifie par cette remarque : « Ceux de mes lecteurs qui sont encore peu familiarisés avec l'influence des actions psychiques sur les perceptions sensuelles, admettront peut-être difficilement qu'une fonction psychique puisse nous faire voir, dans le champ visuel, une couleur qui n'y est pas. »
Comme nous ne voulons altérer en quoi que ce soit la pensée de l'auteur sur ce sujet, et qu'il y est très sobre de développements, nous reproduirons, in extenso, le passage de ce chapitre important qu'il signale lui-même comme le plus concluant, à ses yeux et le plus propre parmi les faits expérimentaux à servir de base à sa doctrine.
« Pour prévenir toute mobilité du regard pendant les expériences, marquons un point quelconque a, situé dans l'ombre bleue (celle de la bougie); plaçons devant la bougie un écran opaque de manière à ne laisser parvenir sur le papier pendant un certain temps, que la lumière du jour, jusqu'à ce que l'effet consécutif de la lumière jaune rouge ait complètement disparu, et que la lumière du jour paraisse de nouveau complètement blancbe, et, fixant le point a, enlevons l'écran qui masquait la bougie ; aussitôt l'ombre de la bougie se colore en bleu et reste telle, même sans que le regard ait subi la moindre oscillation. De plus, la couleur par contraste se présente aussitôt sur la surface de cette ombre, lorsqu'après avoir fermé et recouvert les yeux pendant un certain temps, on les ouvre brusquement en les dirigeant vers elle.
« Qu'on place un tube, noirci intérieurement, dans une position telle qu'en regardant à travers, l'œil ne puisse voir que des parties du papier placé dans l'ombre de la bougie; si on ne laisse arriver d'abord que la lumière du jour, et qu'après avoir appliqué l'œil à l'ouverture du tube, on laisse arriver aussi la lumière de la bougie, dans ces conditions, l'observateur ne voit aucune des parties éclairées par cette lumière ; elles sont non avenues pour lui, et les parties du papier qu'il voit à travers le tuyau ne présentent aucun changement d'aspect.
« Mais si l'on dirige le tube de manière à apercevoir une partie du champ éclairé parla lumière jaune rouge artificielle, l'ombre de la bougie devient bleue;
[Tout cela est clair et reproduit simplement les faits identiques à ceux qui constituent le contraste simultané; mais attention à ce qui suit:] H
« Une fois ce bleu développé d'une manière bien intense, ajoute M. Helmholtz, si l'on dirige de nouveau le tube de manière que le champ vrsuel ne contienne plus que ce bleu subjectif, sa coloration subsiste, soit qu on laisse, soit qu'on ne laisse pas la lumière de la bougie arriver sur le reste du papier, ce qui est évidemment indifférent puisque, dans ces conditions, l'observateur n'en perçoit rien
« Mais au moment où l'on supprime le tube, le bleu subjectif disparaît aussi, parce qu'on reconnaît son identité avec le blanc oui | recouvre le reste du champ visuel. 1
« Il n'y a pas d'expériences, ajoute en terminant M. Helmholtz " f™ d mema^Plus frappante et plus netie rw/J '
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nation des conditions qui ont déterminé ce jugement, jusqu'à
294 DIOPTRIQUE OCULAIRE. [12c
ce que la suppression du tube ait rendu possible une nouvelle comparaison avec d'autres couleurs, et que de nouveaux faits provoquent en nous un jugement différent.
« La sensation bleue, nous dit le physiologiste de Berlin, demeure bleue tant que nulle nouvelle nuance n'est apportée auprès d'elle qui soit de nature à provoquer une comparaison, et conséquemment à établir un jugement, une opération psychique. »
Or, un mécanisme beaucoup plus simple s'offre ici, et sans qu'il soit besoin de l'intervention d'un ordre d'idées aussi complexe que la succession d'opérations mentales.
Sans sortir de l'ordre des phénomènes sensibles ou de perception, on peut aisément comprendre qu'il en puisse être ainsi ; et c'est ce que nous allons nous efforcer de faire voir dans le paragraphe qui suit.
§ 198. — Mécanisme de la production du contraste simultané pur. Notre théorie; discussion de celle de M. Helmholtz.
Voici quel serait, suivant nous, le mécanisme — exclusivement physique — de la production du contraste simultané pur ou réel. (
Rappelons comme type l'expérience si simple du fragment de papier blanc ou gris tenu au bout d'une pince, et en arrière duquel on étend subitement une surface unie, étendue et colorée (§ 196 a).
Si pendant cette expérience, nous avons pu conserver la conscience absolue de l'immobilité de notre regard , nous devons exclure de l'explication du phénomène toute intervention du contraste successif. Il est certain pour nous qu'en se peignant sur la surface d'ensemble de la rétine, le fond coloré n'a pu envoyer un seul rayon direct sur la région rétinienne centrale, siège de l'image du papier blanc ou gris, objet invariable de l'attention.
Et cependant, sur cette image immobile, une teinte complémentaire s'est répandue.
D'où peut-elle venir?
Le fait de physique organique qui a paru à M. Monoyer d'abord, à nous ensuite, expliquer l'existence de la lumière propre de l'œil, la fluorescence de ses milieux, ne pourrait-il rendre compte également de celui-ci.
Deux mots de M. Monoyer à la fin de son article additionnel à la théorie présentée par •Wundt, nous feraiënl penser qu'il est de cm avis.
Dans l'espèce, la teinte du fond, pour aller impressionner la région excentrique générale de la rétine, a traversé l'ensemble des milieux transparents que nous savons être doués de fluorescence, c'est-à-dire de la propriété de retenir la lumière monochromatique
qui la traverse, et de l'émettre ensuite directement dans tous les sens comme un corps lumineux par lui-même.
Or on sait, depuis les découvertes de Kirchoff, qu'un corps, lumineux par lui-même et doué en même temps de transparence, absorbe bu intercepte les ondes lumineuses de mêmes périodes que les siennes.
La lumière blanche qui, dans l'expérience dont il s'agit ici, traverse ces milieux teints de la couleur du fond, y sera donc dépouillée des ondes lumineuses de même durée d'oscillation, c'est-à-dire que ses complémentaires seules arriveront à la rétine.
Le disque blanc sera donc vu sous la teinte de la complémentaire au fond.
Appliquons cette argumentation à l'expérience même de M. Helmholtz en la suivant d'un bout à l'autre (voir fig. 63, § 196).
Dans la première partie de ces expériences, M. Helmholtz marque un point a dans l'ombre bleue (celle provenant de la bougie); il place ensuite devant la bougie un écran opaque de manière à ne laisser parvenir sur le papier, pendant un certain temps, que la seule lumière du jour, jusqu'à ce que l'effet consécutif de la lumière jaune rouge ait complètement disparu, et que la place occupée par le point a soit devenue complètement blanche; fixant alors le point a, on enlève l'écran qui masquait la bougie.
Aussitôt l'ombre de la bougie se colore en bleu, etc.
Rien de plus simple ; le point a est sur une partie du papier qui ne reçoit que de la lumière blanche (comme le disque de papier blanc de la première expérience) ; cette partie paraît donc blanche tant que l'écran cache la bougie. Mais au moment où l'on enlève cet écran, tout le fond éclairé de lumière mixte ou jaune rouge envoie sa lumière à l'œil en observation. Ses milieux sont teints de cette couleur (fluorescence), et quand les rayons partis de la région du point a, rayons blancs ou formés de toutes les ondes du spectre, viennent frapper l'œil pour se rendre à la rétine, ils laissent en route, dans les milieux transparents, les rayons jaunes rouges qui s'y trouvent absorbés, et seuls arrivent à la rétine leurs complémentaires bleus.
Mais M. Helmholtz ajoute à l'expérience ce détail : Pour assurer, pendant la même expérience, la parfaite fixité du regard, il la recommence en emprisonnant absolument l'œil dans un tube étroit noirci à l'intérieur, et dont l'embouchure l'enveloppe assez exactement pour le protéger contre l'accès de toute autre lumière que celle qui lui parvient suivant l'axe du tube. Dans cet état, l'œil, comme dans le premier cas, maintient son attention sur le point a dans le centre de l'ombre de la bougie.
Dans cette condition, que la bougie soit masquée par l'écran ou découverte, l'ombre de la bougie demeure blanche; cela n'a rien de
DIOPTRIQUE OCULAIRE. |12e
surprenant pour personne, puisque l'œil en expérience est tout à fait a l'abri de ce qui se passe en dehors de cette région limitée et bien défendue qu'il considère. Il n'y a naturellement lieu à aucun phéno- mène d'influence ni de contraste.
« Mais, ajoute M. Helmholtz, si l'on dirige le tube de manièn „ apercevoir une partie du champ éclairé par la lumière jaune rouge mixte, l'ombre de la bougie devient bleue. »
Rien de plus naturel encore; les milieux deviennent fluorescents de jaune rouge, et dès lors peuvent absorber les rayons de même nuance qui sont compris dans les rayons composés ou blancs venant de la région a (ombre de la bougie), comme ils le font quand I ils reçoivent ces mêmes rayons obliquement au lieu de les recevoir directement. Seulement, dans ce second cas, impressionnant la région i centrale, ils pourront en outre y laisser une image consécutive néga- • tive, c'est-à-dire bleue, qui ajoutera son effet à celui produit par la i fluorescence.
« Or ce bleu, une fois développé d'une manière bien intense, ajoute • l'auteur, si l'on dirige de nouveau le tube de manière que le champ > visuel ne contienne plus que ce bleu subjectif, sa coloration subsiste soit qu'on laisse, soit qu'on ne laisse pas la lumière de la bougie ! arriver sur le reste du papier, ce qui est évidemment indifférent : puisque dans ces conditions l'observateur n'en perçoit rien. »
Au lieu de cette fin de phrase, de l'aveu de l'auteur absolument : superflue, M. Helmholtz aurait mieux fait de nous dire combien de ; temps « cette coloration bleue subsiste. » Elle subsiste comme peut le • faire toute image consécutive négative, en proportion de son inten- ■ sité ; et M. Helmholtz, paraît s'être attaché à rendre intense ce bleu développé subjectivement, c'est-à-dire cette image consécutive né- • gative.
Tout cela est fort naturel encore.
Enfin, M. Helmholtz ajoute :
Mais au moment où l'on supprime le tube, le bleu subjectif disparaît aussi, parce que, ajoute l'illustre physiologiste, « on reconnaît son identité avec le blanc qui recouvre le reste du champ visuel. »
Nous aurions dit, nous, parce que, si intense que puisse être une image négative consécutive formée dans les conditions qui viennent d'être exposées, lesquelles ne comportent rien d'éblouissant, ces images négatives, maintenues avec plus ou moins de peine au moyen d'un tube étroit noirci qui les défend contre toute cause de dérangement extérieur, disparaissent tout naturellement devant un large fond blanc dont la lumière vient tout d'un coup remplir l'œil.
Si, comme il l'exprime en terminant, M. Helmholtz ne connaît pas d'expérience qui « fasse voir d'une manière plus frappante et plus
nette, l'influence du jugement sur nos déterminations des couleurs, » nous dirons, nous, que voilà un fondement bien léger pour appuyer l'introduction de la « psychique » dans l'interprétation des phénomènes sensibles.
Dans l'expérience du tube étroit, M. Helmhollz double le phénomène du contraste simultané d'un résultat de contraste successif, voilà tout; et la plus grande durée de la sensation bleue n'a pas d'autre cause.