DE LA LUEUR OCULAIRE
Cela posé, que reste-l-il à faire' pour s'emparer de cette image? Premièrement: éclairer l'œil intérieur, en laissant autour de lui l'espace relativement obscur. Secondement, se placer sur le chemin de l'image aérienne du fond de l'œil, pour recevoir les rayons qui la forment.
Deux propositions difficiles à concilier; car, d'après les lois de la dioptrique, pour se trouver sur le chemin des rayons qui sortent d'un ; œil, d faut se placer, en même temps, sur la route de ceux qui y pénètrent. De sorte que les termes de la question semblent impliquer contradiction. C'est même cette contradiction qui a si longtemps retardé la réalisation de l'ophtalmoscopie, en laissant penser qu'il ne sortait aucun rayon de l'œil. Mais la pupille n'apparaît noire que parce que, dans les circonstances ordinaires, l'extérieur de l'œil est beaucoup plus éclairé que l'intérieur; et secondement, que si on l'éclairé avec une lumière artificielle même éclatante, on est toujours, par la nature même des choses, en dehors du chemin suivi par cette lumière à sa sortie.
§ 210. - Éclairage de l'œil. — Manifestation de la lueur oculaire.
La réalisation de cette première partie du problème, l'éclairage de I l'œil a été obtenue de diverses manières. Cumming et Babbage, en Angleterre, y sont arrivés en mettant l'œil à observer en face d'une lampe, et, se plaçant eux-mêmes en arrière de la lampe, préservés par un écran de son éclat direct. Leur regard, rasant alors le bord de l'écran, le bord de la lampe et suivant l'axe même de l'œil soumis à l'examen, a pU constater que la pupille, ainsi observée, était rouge et non noire. C'est la première manifestation scientifique du phénomène de la « lueur oculaire. »
Plus tard, et pour atteindre le même but, la perception de la lueur oculaire , Helmhqltz a procédé dune autre manière.
Le plan qu'il adopta Fig. 70.
et dont la description appartient, de droit, à l'histoire de La science, est le suivant :
320 DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. [14e '
Ayant placé une lampe sur le côté et un peu en arrière du sujel à observer, en garantissant ce dernier, par un écran, des rayons direcljp de la source de lumière, Helmholtz, placé devant lui, reçut sur une glace non étamée à faces parallèles, jouant le rôle de miroir réflecteur, les rayons de la lampe, et obtint de cette disposition les effej suivants : 0 (fig. 70) étant l'œil à observer, et 0' celui de l'observateur , l la lampe , M N, la glace-miroir, était inclinée sur l'axe commun à l'observateur et à l'observé, de façon à ce que, conformément aux lois de la catoptrique (égalité des angles de réflexion et d'incidence), le faisceau réfléchi vers l'œil suivît l'axe môme l'A de
l'organe
Dans ces circonstances, l'œil observé, naturellement accommodé pour la perception de l'image nette de la flamme, devait la voir en un point l' symétrique de l par rapport à la glace MN.
De son côté, l'observateur, placé sur l'axe 0' A, derrière la glacemiroir, se trouvait sur le chemin des rayons émergeant de l'œil observé, puisque, d'après les lois de la réfraction, ces derniers doivent suivre, en sens inverse, exactement le chemin suivi lors de la pénétration.
De même que lors de l'incidence première sur la glace, partie seulement de ce faisceau venant vers l'observateur traversait la glace sans déviation, l'autre partie était réfléchie vers la source de lumière et par conséquent perdue comme effet utile. Celle pourtant qui traversait la glace suffisait encore à procurer la manifestation de la lueur oculaire.
On reconnaît bien que ce n'était là qu'une lueur et non une image: les faisceaux partis de la lampe se rendent en effet en divergeant vers l'œil observé, ils convergent donc quand ils en sortent, vers le sommet du cône émergent l' .
Ces faisceaux sont donc impropres à former une image dans l'œil de l'observateur emmétrope (celui pour qui nous écrivons) : ils n y peuvent inscrire que des cercles de diffusion.
Ce n'est donc encore jusqu'ici que la moitié du problème qui ;e voit réalisée; l'observateur ne peut encore reconnaître dans cette lueur rien qui ressemble à une image des objets figurés du fond.
§ 211. — Réalisation de l'image.
L'observateur placé, comme il vient d'être dit, en présence de la pupille de l'œil observé émettant des rayons parallèles, comment s'appropriera-t-il ces rayons? telle est la seconde partie du problème à résoudre.
Deux méthodes s'offrent pour cela : celle dite à l'image droite, la seconde portant le nom de méthode par Yimage renversée.
LICljON. |
OPHTALMO.SCOPIE.
Procédé de l'image droite.
a) Émergence parallèle. — Plaçons en avant de l'œil observé une lentille concave de 12 pouces de longueur locale, par exemple, ou de 3 dioptries. Les rayons parallèles, émergeant de la pupille, rencontrent la lentille, et en sortent dans la divergence qu'ils affecteraient s'ils émanaient d'un point F situé à 12 pouces ou 33 centim. en arrière de cette lentille (son foyer principal postérieur).
Soient fig. 71 , 0 l'œil observé ;
L la lentille négative de 33 centimètres ;
F son 2e foyer, 0' l'œil observateur;
A un point déterminé du fond de l'œil observé ;
Ce dernier étant supposé accommodé pour Thorizon, les rayons divergents partis de A, en sortent dans le parallélisme; rencontrant alors la lentille négative L, ils en émergent en divergeant, comme s'ils venaient du foyer F de cette lentille.
Un observateur qui se placerait en 0' et qui accommoderait pour la distance F, verrait donc en ce point F l'image virtuelle et droite du point A. Tel est le procédé dit de l'image droite. Chacun sait, en effet, qu'en regardant au loin (c'est-à-dire avec des rayons parallèles) à travers un verre concave ou dispersif, on voit les objets rapprochés et droits. (Voir, figure 72, la construction de l'image.)
Voilà pour les rayons émergents parallèles.
Sera-t-il plus difficile de s'approprier les rayons, s'ils sortent de l'œil observé à l'état de divergence (cas rare, qui sera examiné au chapitre de l'hypermétropie), ou à l'état de convergence, ce qui est le cas général? Aucunement.
b) Rayons émergents divergents. — Si la lentille négative L a eu le pouvoir de faire piverger de F les rayons incidents parallèles de la figure, les rayons, déjà divergents à l'incidence, rendus encore plus divergents par cette lentille, paraîtront partir d'un point situé plus près d'elle, à savoir entre F et la lentille L. L'observateur pourra donc encore parfaitement s'approprier l'image A avec la lentille F. ou SlT''- plus, obligé d'en choisir une un peu plus faible.
GIHAUD-TEULON. — I,A VISION. •> 1
c) Si, au contraire, les rayons sortent convergents, la lentille L devra être plus forte que pour les rayons parallèles, puisqu'elle devra, par une première portion de son action, les amener d'abord au parallélisme, puis, par une seconde portion, les faire diverger du point F.
Fig. 72.
La figure 72 montre la marche des rayons dans cette circonstance.
p à étant le diamètre vertical de la papille optique, p- û' en est l'image renversée, formée à une distance finie. Maintenant, on interpose lalentille dispersiveL, de foyer F; si l'on applique ici les règles pratiques de la construction des images, on voit que le rayon parallèle à l'axe et passant par S>', offre, après la réfraction, la direction 1F £>" ; d'autre part, le rayon qui, pour aller former l'image passerait, avant la réfraction, par o', y passe encore après l'interposition de lalentille; il n'est donc pas dévié.
fi>" se trouve donc à l'intersection de ces deux dernières lignes. L'image renversée par rapport kp' <V, centre de la lentille, est donc droite par rapport à pû.
§ 212. — Procédé de l'image renversée.
Mais il existe encore un autre moyen de réaliser l'image cherchée, et nous le trouvons dans le procédé dit de l'image renversée.
Fig. n.
L'œil A, observé fig. 73, est toujours supposé adapté pour l'horizon. L'observateur, au lieu d'une lentille dispersive, en prend une seconda collective au contraire :
Qu'arrivc-t-il dans ce cas? a) Les rayons parallèles sortis de A, rencontrant la lentille L et, réfractés par elle, se réunissent au delà d'elle, à son foyer principal F.
LEÇON.] OPHTALMOSCOPIE. 323
Dès lors, l'oeil B de l'observateur, placé au delà de F, et s'accommodant pour la distance qui le sépare de ce point, verra le point A en F, dont les rayons divergent vers lui.
Chacun sait, en effet, qu'en regardant à l'horizon avec un verre convexe, il faut, pour avoir une image, s'éloigner de la lentille d'une distance supérieure à sa longueur focale, et alors on voit les objets renversés (voir d'ailleurs la construction de l'image, fig. 74).
Qu'arrive-t-il maintenant dans le cas de rayons émergeant de l'œil observé, à
l'état de divergence ou de convergence?
b) Rayons émergeant en convergence; c'est le cas général, celui dans lequel l'œil
observé est adapté pour une distance finie, distance à laquelle existe dans l'air l'image réelle et renversée de ses parties profondes. De même qu'un objet situé à cette
distance se peindrait sur la rétine en envoyant vers la cornée des rayons divergents,
inversement, l'image des parties profondes de l'œil, formée en son lieu et place le serait au moyen de rayons convergents. Ces rayons convergents, l'observateur' ne peut les utiliser que s'il se place au delà de leur point de concours à partir duquel ils deviennent divergents; l'œil normal est impropre à s'approprier les rayons convergents. Eh bien, supposons que l'observateur place encore devant l'œil observé
a lentille collective L, il est clair que, puisque dans le premier cas (rayons parallèles;, cette lentille avait pour effet de concentrer en F les rayons parallèles des rayons déjà convergents au moment où ils la rencontrent, viendront se réunir plus près d elle que son foyer principal.
La lentille L ramène donc en deçà de F l'image aérienne indéterminée formée par
œi observe ; et comme L peut être pris d'un très court foyer, l'observateur a toupilla faculté de fixer a une distance à très peu près connue et très voisine de lui Image renversée du fond de l'œil observé, et alors il peut se placer lui-même à là distance convenable au delà de cette image.
La figure 74 montre la marche des rayons dans cette circonstance : p 5 étant le
l^r de la papille optique' &v en est ^ *
deçà de y n P°S r!'ieur ''" la lentille' l'image ^ ^lenée on S>V en
si ^yons sortaient (par exception) de l'œil observé a r-.,.„ ,„ »
Cetlui se le foyer prfnc I de l'œil s tué aïïelàïï \L Ïi i T?T*
e^ont, pour p, re le môme effet que dans le \r
*■ l'a lentille 1 m„. r,,,,-. ,i , ..•«• ,,• V 6 cas de raY°ûs parallèles, ajouter diver^n f i; faction suffisant à amener au parallélisme ces rayons r"ent"(42)- Mai» rien n'est changé au mécanisn laméthode.
Tel est, en définitive, le procédé tlil « de l'image renversée. » Nous reviendrons plus loin, dans l'étude des anomalies de la réfraction de l'œil, sur les conséquences pratiques à tirer de cette discussion du problème général de l'oplitalmoscopie.
d) 11 y a encore un cas qui peut se présenter, quoique bien rarement. C'est celui où l'image p'ù' de la figure 74 se formerait naturellement tout près de l'œil dont elle émerge. Ce serait le cas d'une myopie très élevée. Pour réaliser les conditions que nous venons d'analyser, il faudrait donc mettre la lentille collective L encore plus près de l'œil que ne l'est l'image : ce qui serait sans elfet utile si le champ de l'image est assrx i-Lendu. En dételles circonstances, l'observateur voit l'image renversée à l'œil nu.
La lentille collective a cependant encore ici son application. Placée entre l'obsem eateur et l'image, mais de manière à ce que son foyer soit entre ladite image et l'œil observé, cette lentille fait alors office de loupe ou verre grossissant. Elle amplifie l'image réelle en question; et comme, dans ce cas, cette dernière est très petite, son intervention ne serait pas sans avantage.
Quiconque aura une idée nette de la marche de la lumière dans les circonstances que nous venons d'étudier, ne dira donc jamais qu'il vient devoir le fond de l'œil, mais l'image (soit réelle et renversée, soit droite et virtuelle) du fond de Vœïl.
INSTRUMENTATION § 213. — Des différentes espèces d'ophtalmoscopes.
Dans l'exposé qui précède, nous ne nous sommes occupé que de la formation et de l'acquisition de l'image extra-oculaire; nous avons supposé l'œil éclairé, et nous avons dit seulement qu'il Tétait au moyen d'un miroir qui, réfléchissant la lumière émanée d'une certaine source, située latéralement ou en arrière, permettait à l'observateur de se placer sur le trajet du rayon pénétrant dans l'œil et, conséquemment, du rayon émergent qui suit la même direction.
Les miroirs employés à cet effet sont de trois sortes : 1° Plans : c'est celui de l'inventeur, M. Helmholtz, et qui appartient à l'histoire de la science.
Nous avons commencé par sa description (§ 210, fig. 70) l'histoire théorique de l'ophtalmoscopic.
Mats s'il jouit de ce grand intérêt historique, ce procédé ne laisse pas de présenter certaines imperfections pratique-.
La région éclairée dans l'œil observé est extrêmement réduite: clic se borne à la faible étendue de l'image de la flamme d'une lampe. Celle-ci étant, supposons-nous, à 90 centimètres de l'œil observé, s|tt image est, comme étendue diamétrale éclairée, à celle de la flamme de la lampe, dans le rapport inverse de 90c,M1,ini- à Ki,nm environ, ou
,1,. — = — (de La surface de la flamme de la lam pe). 900 60 1
On voit combien un tel éclairage, complet pour la démonstration du
LEÇON.] OPHTALMOSCOPIE. 325
fait-principe de l'ophtalmoscopie, était insuffisant pour la pratique.
Ajoutons, en ce qui concerne la quantité de lumière réfléchie vers l'œil, que la lame de verre non élamée1 n'utilisait qu'une très faible partie de celle émise par la lampe.
M. Hemholtz remédia lui-même à ces deux inconvénients. Il réalisa, en la modifiant avantageusement, une idée conçue premièrement par Brùcke, et qui avait pour objet de concentrer préalablement, en un faisceau convergent, les rayons destinés à l'éclairage de l'œil. Parla, on devait déterminer la formation de l'image de la lampe dans l'intérieur même de l'œil, en plein corps vitré, de sorte qu'au lieu d'une petite image nette, la rétine et la choroïde recevaient des cercles de diffusion plus ou moins étendus; effet accru encore par la lentille collective des fig. 73 et 74 (dite ophtalmoscopique), et destinée à procurer l'image renversée.
Ruete ajouta à ces avantages l'introduction, dans l'instrumentation, d'un miroir concave qui rassemblait un nombre de rayons utiles encore plus grand, et assurait la formation du foyer lumineux intraoculaire, aussi bien dans l'absence, qu'avec le secours de la lentille collective L, la suppléant dans le cas de l'examen à l'image droite; ajoutant son action à la sienne dans l'exploration au moyen du second procédé.
Fig. 75.
La figure 75 montre tous ces avantages réalisés :
Soit MN un miroir concave de rayon oC, Ao l'axe de l'œil observé. L la position ue la lampe.
(*LrE*iA\ ÏT1"/1? dilT,,,,c' la Slace n'étant pas étamée, une partie des rayons émergeant de 1 œil observe la traversaient pour se rendre vers l'observateur comme ! ;;!"■■'• part- une Partie seulement de ceux de la lampe / éiaient réllérlus vers l'œil h observer I antre parhe continuant sa route en ligne droite, .mi égard au parallélisme des deux laces de la glace plane MiN (fig. 70, p. Ce principe est celui des images spectrales de la féerie moderne.
J2f) DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. [14e
Pour que le rayon lumineux ho soit réfléchi suivant oA, il faut que, des deux cotés de la normale Co, axe principal du miroir, l'angle d'incidence LoC = l'angle de réflexion CoA ;
La position du miroir est ainsi déterminée quant à son inclinais.»!) sur Ao.
Maintenant, où est l'image l de L (image réelle et renversée)?
On la trouve en tirant la ligne LC du point L par le centre de courburedu miroir; puis en menant le rayon U parallèle à l'axe Co; enfin, en joignant i au milieu de là ligne Co, foyer principal du miroir; l se trouve ainsi à l'intersection des deux lignes LC, iF.
U ne reste plus qu'à rapprocher ou éloigner le miroir de façon à placer le point l vers le centre de l'œil observé. On obtient alors le plus grand des cercles de diffusion possible mn.
En résumé, l'éclairage de l'œil est procuré par la formation en /, centre (approximatif) de l'œil observé, de l'image réelle cl renversa de L, au moyen d'un miroir ardent ou collecteur, au centre duquel un petit orifice ménagé permet à l'observateur de placer son œl Dans ces conditions, la plus large zone de lumière m n est étendue au fond de l'œil observé, si, comme on le voit dans la figure, la source de lumière, le centre de courbure du miroir et le centre de l'œil observé sont à peu près en ligne droite. Cette donnée est facile à Féal liser, si l'on a eu soin préalablement de déterminer la longueur du rayon de courbure de son miroir.
Cette règle répondrait à l'examen à l'image droite. Nous verrous plus loin que, dans l'examen à l'image renversée, c'est la position de la lentille collective qui détermine celle du point /.
L'ophtalmoscope de M. Ruete est, depuis cette époque, dans la pratique, et le plus répandu. Fixe ou mobile (question de convenance, de commodité, et non de science), il est représenté par les instruments de MM. Jaeger, Stelhvag von Carion, Anagnostakis, Ulrich jeune, Hasner, Liebreich, Follin, Desmarres, Cuscô, le notre (sauf, pour ce dernier, ce qui concerne son adaptation à la vision binoculaire).
L'objet qu'il réalise a été atteint avec la môme exactitude théorique, mais moins de commodité dans le maniement, par les miroirs plans de MM. Coccius, Donders et Epkens, Meyerstein, et convexe de Zehender. Dans ces instruments, le miroir, soit plan, soit convexe, est associé avec une lentille convexe qui réunit sur lui, à l'état de convergence, les faisceaux divergents de la lampe : l'effet est alors identique à celui du miroir concave
§ 214. — Pratique de l'ophtalmoscopie. — Règles à suivre. Procédé de l'image renversée.
a) Éclairage de l'œil. — Rapports de distance entre Vœil observé et la lentille objective. — La première indication à remplir est d'assurer, toutes circonstances égales d'ailleurs, le maximum d'éclairage, c'est! à-dire d'obtenir sur la rétine les cercles de diffusion les plus grands, comme dans la figure 7bVPour cela, il faut que la lentille objective
1. Voir le § •'ÎO.'J de notre Traité rfr tu rision binoculaire.
LEÇON.] OPHTALMOSCOPTE. 327
aitson foyer vers la région clu cristal I i n . La lentille objective doitdonc être éloignée de l'œil d'une quantité à peu près égale à sa propre longueur focale.
Cette position de la lentille objective a un autre avantage assez considérable. Etant à une distance de l'œil observé égale à sa propre longueur focale, elle joue, relativement aux parties antérieures du globe oculaire, l'iris notamment, la conjonctive bulbaire, etc., le rôle de loupe. Or, un peu au delà de la distance focale de la loupe, ces parties cessent d'être vues distinctement; elles n'attirent donc plus l'attention avec la même fixité et permettent ainsi à l'observateur de la porter sur l'image aérienne, ce qui n'est pas chose inutile. Quand les détails de l'iris sont vus avec quelque netteté, et il n'est pas besoin que cette netteté soit grande, ils forment pour l'observateur un tableau dont son attention se détache difficilement. L'accommodation obéit en effet à l'attention, sans que l'observateur non prévenu sans doute. Or, l'image réelle et renversée du fond de l'œil est toujours (pour une lentille collective de 2 pouces), à 3 pouces 1/2 environ, et^ au minimum, du plan de l'iris. On a donc sur le même axe visuel deux images, l'une vers l'horizon (l'image droite et virtuelle de l'iris), l'autre (l'image renversée du fond de l'œil) à 6 ou 8 pouces de soi ; ce qui constitue un écart accommodatif de 5 à 6 dioptries ; circonstance nullement indifférente. Il est certain que cette discordance est pour beaucoup dans la difficulté éprouvée par certains sujets à se livrer à l'étude de l'ophtalmoscopie. Cet obstacle est très sérieux surtout dans l'observation monoculaire. Il est certain qu'il a été et est souvent encore la cause principale de la non-réussite première des essais ophtalmoscopiques qui découragent tant de personnes. Nous verrons plus loin comment cet obstacle se trouve au contraire écarté dans l'observation avec le concours des deux yeux.
b)^ Rapports de position du miroir réflecteur et de la source de lumière. — Si la lentille collective, placée devant l'œil observé à une distance égale à sa propre longueur focale, est ainsi chargée de réunir dans la région de la pupille ou du cristallin, les faisceaux de lumière destinés à l'éclairage, il convient, pour que l'observateur ait, en chaque instant, présentes à l'esprit les circonstances de détail où il se trouve, que les rayons, réfléchis par le miroir vers la lentille le soient à l'état de parallélisme.
A cet effet, il faut que la lampe soit à une distance du miroir sensiblement égale à la distance focale de celui-ci
■ 1 s s 1 „ à 1 état de parallélisme, et réciproquement, de réfléchir à
traité d , i ' l0"s rayoi,s h°™<*ntriqueS pattam de soi, foyer. (Tous les
328 DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. i V
c) Observateur . — Ses rapports de dislance avec l'observé. — Quant à l'observateur, la condition ainsi remplie par le miroir lui permettrait, en écartant ou rapprochant à volonté de l'œil observé, le miroir et la lampe, de se mettre à une distance convenable de l'image, soit réelle, soit virtuelle , fournie par les deux procédés. Doué d'une vue longue, il pourrait s'éloigner; myope, se rapprocher à loisir.
Il y a cependant des limites, et assez rapprochées, à cette latitude • apparente ; elles sont imposées, du côté de l'éloignement, parla diminution de l'image dont les détails échappent promptement à l'observateur, obligé de se reculer pour satisfaire aux exigences de l'état de réfraction de son œil. Du côté du rapprochement, les conditions de réflexion de la lumière, la proximité de la lampe peuvent amener également plus d'un obstacle matériel.
Il convient donc de demeui'er à une certaine distance, à peu près ■ constante, ou ne variant qu'entre certaines limites. On l'a fixée naturellement assez rapprochée, la plus rapprochée possible de la lentille f objective. C'est le moyen d'avoir de plus grandes images.
Les distances ont donc été fixées, dès le principe et tout naturelle- ment, pour les vues plutôt courtes, et dès lors il n'y a plus qu'une préoccupation à sauvegarder : mettre les vues longues en état de voir rj des images trop rapprochées pour leur état ordinaire de réfraction. Chacun comprend ce qu'il y a à faire pour cela. C'est d'armer le mi- roir ophtalmoscopique de lentilles convexes, disposées dans une» monture située derrière le trou central, ou bien de garnir son œil 1 d'un verre approprié à son degré de presbytie.
L'ignorance de toutes ces règles a reculé de six à huit années, pour r la France, la possession réelle de l'ophtalmoscopie.
§ 215. — Procédé de l'image droite.
Les développements contenus dans le § 211, même leçon, indiquent, dans ce cas, la conduite à tenir. Nous donnerons simplement le. conseil d'avoir recours, pour l'examen à l'image droite, aux verres^ concaves en série que tout ophtalmologiste a dans sa boîte, et qui peuvent être disposés derrière l'ophtalmoscope , comme le verre» convexe l'est pour le presbyte. Alors on ne change rien aux distances familières d'exploration, et tous les petits calculs que cet examen permet de résoudre (comme nous le verrons dans l'étude des anomalies de la réfraction) deviennent d'une grande facilité.
Quantité de modèles différents remplissent cet objet. Les plus complets portent en arrière du miroir une plaque tournante renfermant, sous diverses combinaisons, toute la série des verres, tant positifs que négatifs, de nos boites d'essai.
Dp toutes ces combinaisons, celle qui nous paraît la plus simple et la plus com-
6gn0N.] ÉCLAIRAGE LATÉRAL. 320
Blète esl celle due au Dr Badal, qui embrasse toute la série dioptrique de 0 à 20 dans les deux sens, avec le 1/4 de dioptrie pour les premiers numéros.
Nous aurons occasion d'en reparler à propos de l'application de l'ophtalmoscope à [a mesure des anomalies de la réfraction statique (voir §§220 et suivants).
Images secondaires par réflexion. — On est souvent gêné par les images de la lampe et de l'ophtalmoscope, que réfléchissent les deux faces de la lentille objective. Un léger mouvement d'inclinaison du plan de la lentille rejette l'une d'un côté, l'autre en sens opposé.
Il nJest pas en notre pouvoir de nous débarrasser complètement des images semblables fournies par la cornée et les cristalloïdes : leur petitesse seule nous permet d'en faire abstraction; il n'y a même, à proprement parler, que celle formée par la cornée qui soit parfois vraiment gênante et qu'il faut s'habituer à ne point voir.
§ 216. — Éclairage latéral (ou focal).
a) S'il est nécessaire de suivre les enseignements qui précèdent, pour procurer au regard le tableau des parties profondes de l'œil (procédé qui fournit en même temps une vue très avantageuse des parties antérieures), l'examen de ces parties antérieures peut avoir lieu cependant encore d'autre façon.
La projection latérale d'un faisceau de lumière éclatante, renvoyée à l'observateur par la réflexion opérée sur les premières surfaces courbes de l'appareil oculaire, suffit très bien à faire distinguer tous les détails matériels que peuvent présenter ces membranes ou les milieux qu'elles séparent.
S'il existe, dans ou sur ces parties, des éléments plus ou moins opaques, ils deviennent le siège de la diffusion de la lumière réfléchie, et sont alors directement perceptibles pour l'observateur.
La méthode consiste à concentrer, au moyen d'une loupe, les rayons émanés d'une lampe, en dirigeant obliquement les l'ayons, et se plaçant soi-même sur le chemin du rayon réfléchi, c'est-à-dire à angle égal de l'autre côté de la normale au point d'incidence (voir fig. 76).
b) Images de Purkinje ou de Sanson. — Mais quand on éclaire laté-
330 DIOPTRIQUE PATHOLOGIQUE. [|4e
ràlement la région antérieure de l'œil, en sus des altérations possibles des surfaces transparentes ou des milieux, et surtout en leur absence, on rencontre une autre série d'images. Celles-ci ne sont plus l'effet de la réflexion irrégulière ou diffuse; elles sont produites par les trois surfaces des milieux que l'on a sous les yeux et que la nature polie et lisse de ces surfaces dote des qualités des miroirs réfléchissants.
Ces images, au nombre de trois, comme les surfaces qui les produisent, portent le nom de leurs premiers observateurs , Purkinje et Sanson.
Voici comment on en réalise l'observation :
Lorsqu'on tient (fig. 76) une bougie allumée L à quelques pouces d'un œil sain, on voit s'y former trois images réfléchies 1, 2, 3 de la flamme, situées l'une derrière l'autre. L'image antérieure (1) et la postérieure (3) sont droites, la moyenne (2) est renversée. L'antérieure (1) est la plus brillante et la plus distincte, la postérieure (3), celle qui l'est le moins; la moyenne (2, renversée) est la plus petite des trois, et à l'état physiologique, toujours plus nette et précise que la postérieure.
L'image antérieure (1) est formée par la cornée, la moyenne (2) par la face postérieure (concave) du cristallin, la postérieure (3) par sa face antérieure (ou convexe). Dans la formation de ces images, la cornée et la face antérieure de la lentille agissent comme miroirs convexes ; la cristalloïde postérieure comme miroir concave. Cette dernière donne donc lieu à une image réelle, ou positive, et renversée; les deux autres surfaces à des images droites et virtuelles, celle de la cornée ayant son siège du même côté que la lumière incidente relativement à l'axe de l'œil, et dans l'humeur aqueuse; celle de la cristalloïde antérieure du même côté encore, mais plus profondément dans l'humeur vitrée.
En conséquence de ces qualités des images, et de leur siège, quand on imprime un mouvement à la bougie, les deux images droites se déplacent dans le même sens que celle-ci, l'image renversée en sens opposé ; les deux groupes se rapprochent donc ou au contraire s'éloignent l'un de l'autre, suivant que l'observateur (placé toujours symétriquement à l'axe de l'œil observé par rapport à la bougie) rapproche ou éloigne de lui-même la bougie qu'il tient à la main.
Pour simplifier cette étude, nous nous abstiendrons de calculer en détail le mécanisme de la formation de ces images; pur problème de catoptrique. Qu'il nous suffise de dire que, de ces trois imagos, deux s'offrent toujours (dans l'œil sain) immédiatement à la vue. Ce sont d'ailleurs, sous le rapport pratique, les plus utiles à consulter; à savoir l'image droite cornéonne, et l'image renversée fournie par la