XLIV
-Arch
i des causes qui font varier la durée de la persistance de la
I sensation lumineuse. Ainsi finle/isUé de rexcllrrlion agit en
sens opposé sur la durée de l'impression rétinienne persistante
I et de rimage consécutive positive. Plus l'excitation est forte,
plus la persistance de Timpression rétinienne est courte
et plus la durée de l'image consécutive est longue. Quand
on expérimente avec l'image solaire reçue sur un verre
' dépoli, par exemple, j'ai dit que l'impression rétinienne
I atteint son minimum de durée et n'est guère que de 1/45 de
t seconde. Or l'image consécutive positive produite par
j l'image solaire peut durer une minute et même plusieurs
, minutes, d'après Helmholtz. Dans ces conditions, la durée
I de l'image consécutive positive devient trois mille fois plus
I grande environ que celle de l'impression rétinienne.
L'impression rétinienne persistante et l'image consécutive positive sont donc deux choses différentes, et l'on voit I l'erreur qne commettent les auteurs qui, à l'exemple de i Exner, tirent des conclnsions sur les images consécutives à jj l'aide d'expériences faites avec les disques tournants, expé- I riences qui s'appliquent à l'impression rétinienne persistante.
Sit-ge rèréhral des images conséculires .
Les physiologiste.^ ont localisé dans la rétine les images consécutives qu'ils ont d'ailleurs plus ou moins confondues, ainsi que nous venons de le voir, avec l'impression rétinienne persistante. Plateau' les explique par une série d'oscillations que la lumière développe dans la rétine et qui la font passer allernalivemcnt par des étals opposés avant d'arriver
' Plateau. Essai d'une théorie yénériile comprenant l'ensemble des appareni-es vi»ueltes qui succèdent à la contemplation d'^n objet coloré. BraxeW^s,
lût LA SENSIBILITÉ VISUELLE
au repos. Il admet une aelivifé propre do la réliiie dans le phénomène, pour expliquer certaines particularités. D'après Fecliner', tous les phénomènes des images accidentelles trouvent leur explication en partie dans une excitation persistante de la rétine, en partie dans une diminution de son excitabilité. Helmlioltz' accepte et développe les idées de Fechner en les rattachant à, la théorie de Th. Young sur les couleurs et en attribuant un rôle important à la lumière propre de la rétine. Exner' s'est particulièrement appliqué à établir le siège rétinien des images consécutives. En 1882, j'ai admis le siège cérébral des images consécutives enm'appuyanl sur des expériences que je vais rappeler \
A. Une image acridentelle produite par timpression d'un seul œil peut Ptre extériorée par l" autre, — Charcol, qui m'a suggéré l'idée de ces recherches, m'a en même temps signalé une expérience peu connue, décrite en ces termes dans le Traité de physiologie de Béclard : « L'impression d'une couleur sur une rétine éveille sur le point identique de l'autre rétine l'impression de la couleur complémentaire. Exemple : Fermez l'un des yeux, fixez avec l'œil ouvert et pendant longtemps un cercle rouge; puis fermez cet œil, ouvrez celui qui était fermé, vous verrez apparaître une auréole verte » (p. 863, édit. de 1866).
Ainsi présentée, cette expérience prête à la critique; sa formule énonce même une erreur; mais, ramenée à sa
■ Fechner. Fogg. Ann., XLIV, XL, L.
^ Helmholtz. Ofiti'iue physiologique, p. 4Ti-'J08, édit. franc. ' F. E\SER. Pfluger'n Arch. f. Physiologie, BJ. II, 1873. ' Parisaitd. Da siège cérébral des imagesconsécQlives. Soc 13 mai 1882.
vériliible signification, elle renferme hi démonstralion de la proposition que je viens d'émettre.
Pour bien nous rendre compte de la nature de la sensation développée dans l'œil non impressionné, voyons d'abord ce qui se passe dans l'œil qui reçoit l'impression.
Fermant l'œil gaucbe, pour le moment exclu de l'expérience, nous fixons un cercle rouge sur une feuille de papier blanc, ou mieux, un point tracé au centre du cercle, afin de mieux immobiliser l'œil. Après quelques secondes, le fond blanc perd de son intensité et la couleur elle-même s'obscurcit. Retirant le cercle rouge sans cesser de fixer le point, nous voyons apparaître, sur le papier, l'image du cercle colorée en vert et plus claire que le fond : c'est Vimage nêgatke. Ferme-t-on l'œil, l'image, après avoir disparu un instant, se reproduit avec les mêmes caractères.
Répétons maintenant Texpérience de Béclard, c'est-à-dire, au moment où nous retirons le cercle, fermons l'œil droit impressionné et ouvrons l'œil gauche en fixant toujours le papier.
L'image du cercle n'apparaît pas immédiatement.
Le blanc du fond s'obscurcît tout d'abord, et c'est seulement alors que l'image se dessine colorée en vert et plus claire que le fond. C'est la même image négative, extériorée par l'œil gaucbe non impressionné, telle que nous l'avons reconnue dans l'œil droit qui a reçu l'impression.
On peut produire le même transfert avec l'image positive en variant les conditions de l'expérience.
L'extérioration de l'image accidentelle par l'œil qui n'a pas reçu l'impression implique forcément l'intervention du cerveau et, avec une grande probabilité, le siège cérébral de l'image elle-même. Je ne parle que de probabilité, car, ainsi que semble le faire Béclard, on peut admettre, par
106 LA SENSlIilLlTÉ VISUELLE
hypothèse, une modification de la K'iine non impressionnée par une sorte d'action nitlexe partant de l'œil opposé. L'hypothèse serait fausse, ainsi que le démontrent les expériences suivantes :
B. Les images rnnsêi'nlivpx qui siiivenl hs mniivement); nnrmai(.F del'ii'U, ne se dêjilat'ent fias quand un dévie F aie optique Là laide du doigt. — Une des raisons qui ont sans doute le plus contribué h la localisation des images accidentelles dans la rétine, c'est que, si l'on promène le regard sur un fond uni, gris de préférence, ces images se déplacent avec l'œil, traduisant avec une grande précision ses moindres mouvements. Elles se comportent, en un mot, comme des images rétiniennes. Mais, par un contraste bien remarquable, elles ne se déplacent plus dans les déviations du globe, lorsqu'on déplace l'axe optique à l'aide du doigt. Si l'image est cxtériorée sur un fond, elle parait bien se mou- . voir au premier abord, mais il est facile de se convaincre que c'est l'effet d'une illusion. C'est le fond et non l'image consécutive qui se déplace. Si l'écran est assez étendu pour embrasser tout le champ visuel et assez uni pour que l'on n'ait pas la sensation de son déplacement, l'image accidentelle reste immobile.
Une épreuve non moins concluante résulte de l'impossibilité de produire le dédoublement de l'image lorsque les deux yeux ont été impressionnés et que l'on déplace l'un d'eux à l'aide du doigt, de manière à produire la diplopie 1 des objets extérieurs. Enfin, si au lieu de projeter l'image accidentelle sur un écran, on l'observe les yeux étant fermés, on remarquera encore qu'elle se déplace dans la direction intentionnelle du regard, mais nullement dans les j mouvements imprimés artificiellement au globe de l'œil.
LE ROLE DE LA RÉTINE ET LE ROLE DU CERVEAU lu"
Est-il nécessaire de faire remarquer que, si l'image avait un siège périphérique sur la réLioe, cette différence dans les résultats obtenus par les deux espèces de mouvements ue devrait pas exister? Une image persistante de la rétine se déplacerait dans la déviation mécanique du globe aussi bien que dans les mouvements normaux, au même titre qu'un scotome positif produit par une lésion de la macula.
Le professeur Exner, de Vienne, que j'ai omis de citer dans ma courte communication à la Société de Biologie, m'a réfuté dans une forme assez peu courtoise', mais la ïivacité du langage n'a jamais remplacé les bons arguments. Il ne nie pas les faits sur lesquels je m'appuie, il en conteste la signification.
11 dit k propos de la première expérience ; « Je tiens If cette interprétation pour erronée, c'est à peine s'il est besoin de l'établir, » En effet, il ne l'établit pas. 11 invoque les faits d'antagonisme des cliamps visuels et s'abrite derrière la notion confuse que l'on a de cet antagonisme pour donner l'illusion d'une réponse.
Ilelmbollz n'a pas craint de dire que ces faits d'antagonisme des champs visuels ne peuvent pas s'expliquer par une disposition organique et qu'ils sont le résultat d'un ■H acte psychique u. Mais où donc localise-t-on cet acte psychique, si ce n'est dans le cerveau.
Dans l'étude des relations fonctionnelles des deux yeux, j'expliquerai en quoi consistent ces faits d'antagonisme, qui ne sont en réalité que l'antagonisme des différents modes .■de vision que j'ai décrits. Ils se produisent en particulier, quand on sollicite la vision binoculaire dans des conditions où elle ne peut pas s'exercer régulièrement ; il y a
' F. ExNEit. Hejiertc
ider l'hysiL. Wien, n
alors substitution de la vision simultanée ou de la visionl alternante à la vision binoculaire. Mais cette substitiitioD:| qui implique le changement des rapports qui unissent les rétines aux centres visuels, est essenlielicment uu acte cérébral.
Dans lu conception psycliologique, comme dans la coa-l ception physiologique de l'antagonisme des champs visuelsJ on arrive donc à la conclusion qu'il s'agit d'un processus cérébral. Si le transport d'une image consécutive d'un œîH à l'autre est le résultat de cet antagonisme, comment Exnen peut-il y trouver la preuve du siège rétinien de ces imagesr
Au surplus, que vient faire ici l'antagonisme des champs visuels, qui implique pour se produire l'impression de deux rétines en même temps, qui exige que les deux yeux soient ■ ouverts, alors que, dans l'expérience en question, on ne 9 sert alternativement que d'un œil? C'est créer à plaisir 11 confusion.
Exner réfute de la manière suivante la seconde expé-l rience : <• Ce fait me semble s'expliquer de lui-même et na^ justifie nullement le siège cérébral des images consécutives J Car, lorsque nous faisons agir les muscles de l'œil, lei images des objets immobiles se meuvent sur la rétine'a cependant nous ne voyons pas les objets comme s'ils e mouvaient, attendu que nous avons la conscience, faible, i est vrai, que nous innervons les muscles de l'œil. Si i contraire les muscles de l'œil sont au repos et si les imaget se meuvent sur la rétine, nous percevons les objets en mou3 vement. Tel est le cas quand, au repos des muscles, jfl déplace le globe de l'œil par la pression du doigt. Ce pourquoi, comme le dit très bien Farinaud, le plan lequel est projetée l'image secondaire semble se mouvoiîJ mais l'image secondaire elle-même ne se déplace pas.
iTINEET LE ROLE DU CERVEAU
quand une image ne change pas de place sur la rétine, is, comment y aurail-il
alors (
! les 1
icles sont i
muHcle perception de monvement ? »
Exner nous conduit encore ici sur le terrain mouvant de la psychologie. A ce raisonnement, j'oppose deux faits.
\° La vision stéréoscopique s'obtient, ainsi que nous le verrons, à l'aide d'images avec projection fausse, c'est-à-dire projetées dans une direction qui n'est pas celle de l'objet, avec déplacement apparent de l'objet, bien que le mouvement des yeux s'exécute sous l'influence de l'innervation normale des muscles.
2° Un phosphène, produit par une pression latérale de l'œil, se déplace verticalement si avec le doigt on im- I prime au globe de l'œil un déplacement vertical, bien qu'il n'y ait pas de déplacement correspondant de l'image rétinienne sur la rétine.
J'oppose encore au raisonnement de Kxner le raisonnement suivant :
Le mécanisme physiologique de l'extérioration des images, c'est-à-dire du transport au dehors de la sensation visuelle, nous est inconnu. 11 n'est pas scientifique de s'appuyer sur l'inconnu pour une démonstration. Mais la connaissance de ce mécanisme n'est pas nécessaire pour établir le siège cérébral des images consécutives, par le seul raisonnement, en s'appuyant sur des faits positifs.
Dans la seconde partie de ce travail, en étudiant la projection spéciale à la vision binoculaire, je ferai remarquer que la vision normale comprend un double processus, le processus d'impression et le processus d'extérioraLion; que dans les deux cas il faut distinguer le trajet oculaire et le trajet cérébral. La projection ne peut être modifiée que par le cerveau ; dans le trajet oculaire, tout se passe suivant les
LA SBSSIBIUTÉ VISUELLE
Klois (le lii rcfraclion. Dans le processus «l'exlérioralion, imc rimagc rétinienne est projelce suivant la ligne qui part lie Jce point et passe par les deux points nodaux. Dans les ^déplacements du globe de quelque nature qu'ils soient, cel rsxe de projection conserve les mêmes rapports avec l'axe principal, c'est-à-dire qu'il doit être intluencé par les mou- Ivemenls du globe.
Si tout se passaitdans l'a'il, comme ont semblé le croire Ijes physiciens qui se sont occupés de la vision. la ligne d'ira- Ipression et la ligne de projection seraient toujours confon- "dues. La dissociation entre la ligne d'impression et la ligne de projection, qui a lieu dans tous les cas de déplacement apparent de l'objet, ne peut se produire que dans le trajel cérébral ; elle tient à ce que la ligne de projection, au moment où elle pénètre dans l'œil, n'a plus la même direction que lu ligne d'impression, mais, dans son trajet oculaire, elle obéit toujours aux lois de la réfraction. Voilà des faits qui, je pense, ne sauraient être contestés par personne. Une image de siège rétinien doit donc être influeocée par les mouvements du globe, quels qu'ils soient, au même titre que l'image projetée d'un point lumineux placé sur la rétine dans l'œil artificiel.
Voilà ce que dit le raisonnement, et c'est ce que l'expérience confirme.
Dans la vision normale, le problème est complexe, aon seulement parce qu'il y a un double processus d'impression et de projection avec trajet oculaire et trajet cérébral, mais parce qu'il y a, ainsi que j'aurai à le dire, deux modes de projection, celui de l'appareil de vision binoculaire, el celui de l'appareil de vision simultanée.
Dans l'expérience qui nous occupe et qui consiste dans la ■ITérence de projection de l'image consécutive, suivant que
l'œil se déplace sous l'influence de l'innervation normale, ou d'une pression h l'aide du doigt, le processus d'impression est supprimé, et l'expérience réussit aussi bien quand les yeux sont fermés que lorsqu'ils sont ouverts. Or, les phosphènes développés par une excitation mécanique de la rétine nous permettent d'expérimenter dans les mêmes conditions, les yeux étant fermés, avec des images de siège» sftrement rétinien.
Il y a longtemps que Serre dXzès et Giraud Teuton ont démontré que les phosphènes sont projetés, conformément aux lois de la réfraction, dans la direction où un objet extérieur viendrait former son image sur le point de la rétine qui est le siège de l'excitation mécanique. Or, la projection du phosphène est influencée par tous les déplacements du globe, qu'ils soient produits par l'innervation normale des muscles, ou par déplacement à l'aide du doigt. Si on développe un phosphène par une pression exercée près du grand angle de l'œil, et que l'on imprime en même temps des mouvements verticaux au globe de l'œil, à l'aide du doigt, on voit nettement le phosphène se déplacer verticalement, conformément à ce que le raisonnement indique. Nous savons que l'image consécutive se comporte différemment, et reste immobile, dans les mêmes conditions. Si elle est de siège rétinien, Exner, qui est un professeur de physique distingué, devra nous expliquer cette dérogation aux lois de la physique.
A ces preuves, déjà nombreuses, du siège cérébral des images consécutives, on peut en ajouter une autre, tirée des phénomènes de contraste que je vais étudier. Les faits de contraste, ainsi que nous allons le voir, sont directement liés à la production des images consécutives. Or, on peut réaliser la modification physiologique qui produit le con-
trasle dans ua œil en impressionnant, seulement l'autre. Manifestement, cela ne peut se produire qu'avec le siège cérébral de l'image inductrice.
111. — Le contraste des couleurs Sa raison physiologique. Son siège cérébral'
Depuis les travaux de Clievreul, on a étudié minutieusement les conditions physiques qui produisent le contraste des couleurs, mais nous ne sommes pas encore fixés sur les causes du phénomène, c'est-à-dire sur les propriétés de \ l'organe visuel qui lui donnent naissance.
Les phénomènes de contraste, reux des couleurs proprement dites, comme ceux du blanc et noir, qui sont de même nature, sont liés à la production des images consécutives. C'est dans les caractères et les propriétés de ces images qu'il faut chercher les lois qui les régissent.
On distingue deux espèces de contraste, le contraste con- J sèru/i/'Qi le contraste simullané.
Contraste consécutif.
Le contraste consécutif suppose deux impressions se produisant successivement sur la même partie de la rétine. La seconde se trouve modifiée par la première.
Expérience I. — Fixez une surface rouge pendant quelques secondes avec l'œil droit, le gauche étant fermé ; regardez ensuite une autre couleur rouge, elle vous paraîtra -
nicalion à la Société de Biologie (28 juillet \ Tiodîllée en certains endroits pour la clarté '
plus paie qu'avec l'œil gauche qui n'a pas reçul'impi'ession. Regardez au contraire une surface verte; elle vous paraîtra plus saturée qu'avec l'œil gauche.
L'interprétation du phénomène est facile. L'impression d'une couleur, suffisamment prolongée, laisse après elle, dans la partie correspondante du champ visuel, la sensation plus ou moins persistante de la couleur complémentaire. C'est l'image négative; l'image positive, trop fugace, intervient rarement dans le contraste consécutif. Celte sensation subjective s'ajoute aux effets des impressions nouvelles et les modifie de telle sorte qu'une couleur de même ton que la première paraîtra moins saturée, tandis qu'une couleur qui se rapproche de la complémentaire paraîtra plus saturée qu'elle ne l'est réellement.
11 est de toute évidence que le contraste successif est lié à la production des images consécutives. Je n'insiste donc pas.
Contraste simultané.
C'est surtout le contraste simultané qui a fixé l'attention des observateurs ; c'est sur lui que l'on a discuté sans en donner une explication satisfaisante. Il s'agit de démontrer qu'il est, tout comme le contraste successif, lié à la production des images consécutives.
Le contraste simultané est caractérisé par ce fait qu'une surface incolore placée, dans certaines conditions, sur un fond coloré parait teintée de la couleur complémentaire de celle du fond. Pour la même raison, une couleur placée sur ce fond coloré, ou seulement dans le voisinage d'une autre couleur, peut être modifiée dans sa teinte.
Entre plusieurs exemples, choisissons le plus connu, celui des ombres colorées.
LA SENSIBILITEVISUKLLE
Exi'ËRiENCE II. — A l'iiiile de deux lumières, I'lihc blanche (celle du jour), l'aiilre colorée (lalumière jaune-orange d"une bougie), on projelle sur un écran deux ombres d'une même tige. L'ombre qui est produite par l'interception de la lumière blanche est éclairée par la bougie et présente la couleur jaune de la llamme. L'ombre produite par l'interception de la lumière de la bougie et qui est éclairée par la lumière blanclie, /larait bleue, de la teinte complémentaire de la flamme de la bougie.
Dans cette expérience classique, remarquons d'abord que ce n'est pas l'opposition des deux ombres qui produit le contraste. On peut couvrir l'ombre jaune sans que la bleue perde sa couleur. C'est en réalité la couleiiv dti fond, mélange de jaune et de blanc, qui produit le contraste.
La couleur de l'ombre bleue qui n'a pas de réalité objective, a-L-elle une réalité subjective, c'est-à-dire est-elle produite par une modification des éléments nerveux ou bien n'est-elle que l'effet d'une illusion, d'une erreur de jugeinenl. Cette dernière interprétation, qui constitue la théorie psychique, est celle de llelmholtz. Elle a été combattue par Hering qui lui oppose une théorie physiologique déduite de sa théorie générale des substances visuelles.
Le contraste simultané, comme le contraste successif, est lié i\ la production des images consécutives. Il relève de la propriété suivante de l'appareil visuel ; Une image consécutive produite par une imitressïon rliromatique sur une partie de la ?'êline, dèvelojipe, dans la partie non impression' née, la sensation de la couleur complémentaire.
Pour établir ce fait fondamental, il ne faut pas se mettre dans les conditions ordinaires des expériences de contraste, mais étudier directement l'effet des images consécutives, c'est-à-dire après suppression de la couleur objective.
ExpÉRiEscE III. — Un carton carré de 10 centimètres de côté présente, sur une de ses faces, une moitié blanche et î l'autre rouge. La face opposée est complètement blanche. Un point, tracé au centre du carton, sur les deux faces, servira à immobiliser le regard. On fixe pendant une minute !e côté blanc-rouge en tenant le regard bien immobile. On retourne le carton, et, fixant le point central, on voit les deux moitiés de la surface blanche teintes de couleurs complémentaires. Celle qui correspond à la moitié de la rétine impressionnée par la couleur rouge est verte, l'autre est rouge et un peu plus sombre.
On peut encore procéder de la manière suivante en expérimentant avec un seul œil : au centre d'une feuille de papier blanc, on trace un point que fixe l'œil droit, le gauche étant fermé. On avance au-devant de l'œil ouvert un verre rouge tenu verticalement jusqu'au contact du point iixé, de manière qu'une moitié de la rétine reçoive de la lumière rouge, l'autre de la lumière blanche.
Après quelques secondes, on retire le verre sans cesser de fixer le même point. Les deux moitiés du papier paraissent alors colorées de teintes complémentaires comme dans l'expérience précédente.
Le développement de la sensation rouge dans la partie du champ visuel qui n'a reçu aucune impression chromatique est bien évidemment lié à celui de la sensation verte dans la partie qui a été directement impressionnée. Toutes deux apparaissent dès que l'on supprime le verre et toutes deux s'effacent en même temps, ou à peu près.
Cette môme sensation rouge est bien une sensation réelle, et non l'effet d'une erreur de jugement par comparaison avec la couleur de l'image consécutive verte, car on peut supprimer ou du moins atténuer beaucoup la perception de
LA SENSIBIUTÉ VISUELLE
l'imnge roiiséculivc verte sans qu'elle cesse d'exercer son action inductrice sur la partie de l'appareil visuel oon impressionnée. On obtient ce résultat eu glissant sur la moitié du papier qui parait coloré par l'image consécutive verte un écran noir. Dans ces conditions, la couleur verle est diFficilemenl perçue, tandis que le rouge ne perd rien de son intensité de couleur ; il est seulement modifié dans son intensité lumineuse par un nouvel effel de contraste.
On peut encore supprimer la sensation de l'image consécutive inductrice, en expérimentant de manière à ce qu'elle soit projetée dans le vide ou sur un fond très éloigné.
Les images consécutives positives jouissent d'ailleurs de la môme propriété que les images négatives. Comme elles sont très fugitives, elles se prélent plus difficilement m\ expériences. On peut cependant constater la propriété inductrice de ces images en procédant de la manière suivante :
Expérience IV. — Le carton mi-partie blanc et rouge est placé sur une table de manière à recevoir directement lu lumière solaire. Les yeux étant tenus fermés pendant une minute, recouverts de la main pour les soustraire piii;^ complètement à la lumière, on les ouvre rapidement et l'on fixe pendant moins d'une seconde la feuille de papier, puis on les ferme de nouveau. On voit alors apparaître les images positives des deux surfaces. L'image de la moitié rouge esl rouge, et celle de la moitié blanche olfre une teinte verte.
L'action inductrice des images eonséculives esl tout à fait comparable, on le voit, aux phénomènes depolarisalion électromagnétique, à ce qui se passe dansuu corps que l'on aimante. Toute modilication électromagnétique que l'on détermine dans une partie de ce corps s'accompagne d'une
LE ROLE DE LA RÉTINE ET LE ROLE DU CERVEAU ilT
modification contraire dans les autres parties de ce corps.
Telles sont les propriétés des images consécutives. Pour comprendre leur rôle dans les phénomènes de contraste simultané, il faut maintenant considérer que lorsqu'une couleur impressionne la rétine, elle détermine une modification des éléments nerveux qui répond à la sensation de cette couleur. Si l'on supprime l'excitation et si elle n'a pas été trop prolongée ou trop intense, la modification des éléments nerveux se traduit par l'image consécutive positive, de même couleur quel'objet qui excite la rétine. Si au contraire l'excitation a été suffisamment prolongée, lorsqu'on la supprime, cette modification nerveuse est remplacée par la modification contraire, donnant l'image consécutive négative. Appelons la première modification des éléments nerveux étal positif, la seconde état négatif.
Tant que l'excitation dure, elle tend à maintenir l'état positif des éléments nerveux. Voilà pourquoi la couleur induite qui se développe dans les parties non impressionnées, et qui produit le contraste simultané, est complémentaire de la couleur objective dans les conditions ordinaires où se produit le contraste.
Mais il y a des cas, signalés par Brucke et llclmlioltz, où la couleur de contraste qui était d'abord complémentaire de la couleur objective est remplacée par la couleur homonyme, si l'observation se prolonge. Ce fait, en apparence paradoxal, s'explique naturellement si Ton considère que ce n'est pas précisément lacouleurobjeclive qui produit ce contraste, mais la modif'calion qu'elle détermine dans les éléments nerveux. Or nous savons que l'impression des éléments nerveux par une couleur, détermine d'abord l'état positif correspondant à la couleur, mais que l'état négatif lui succède quand l'excitation se prolonge. Tant que l'excitulion
persiste, elle tend à maintenir Tétai positif; l'état négatif se manifeste surtout quand on cesse l'excitation. Mais ce n'est pas une règle absolue ; Tétat négatif peut se développer même lorsque la couleur objective continue à impressionner l'œil, si cette couleur est vive ou si son action se prolonge. Ce sont précisément les conditions qui font changer de caractère la couleur de contraste.
C'est pour la même raison que des couleurs peu intenses sont nécessaires pour la production et la persistance du contraste simultané, dans les différentes expériences qui réalisent le phénomène.
Au résumé, tous les phénomènes du contraste chromatique ont leur cause dans les deux propriétés suivantes de l'appareil visuel, déduites des caractères des images consécutives.
1° Toute impression d'une couleur sur la rétine détermine dans les éléments nerveux un état particulier qui se traduit par une sensation persistante positive ou négative. Cette sensation consécutive, surtout la négative, modifie les impressions nouvelles qui portent sur les mêmes parties de la rétine (contraste successif).
2'' A cet état des parties directement impresionnées, correspond, dans les parties qui n'ont pas reçu l'impression, l'état conlruirc, qui donne la sensation de la couleur complémentaire. Cette nouvelle sensation subjective est la cause du contraste simultané ; comme la première, elle modifie les impressions nouvelles.
Sikje cérébral du contraste des couleurs.
Nous venons de voir que les phénomènes de contraste consécutif ou simultané relèvent, en définitive, de la pro-
duction des images conpéculives. Or je crois avoir établi, dans l'article précédent, le siège cérébral de ces images. Mais on peut donner une preuve directe de ce siège cérébral, en ce qui concerne le contraste simultané.
Lorsque la sensation inductrice et la sensation induite se développent sur le même œil, on peut supposer que la réaction se passe dans la rétine, mais si la couleur n'agit que sur un œil, et si la sensation induite se développe dans l'autre, on sera bien obligé d'admettre que celte réaction a lieu dans le cerveau.
ExpÉRiENCt: V. — Un verre rouge étant placé sur l'œil droit, on fixe avec les deux yeux une surface blanclie vivement éclairée. Portant ensuite le regard sur une surface blancbe ou grise, moins fortement éclairée, et fermant alternativement l'un des yeux, on voit que l'image consécutive de ebacun d'eux est diversement colorée. Celle de l'œil droit muni d'un verre rouge, est verte, celle de l'œil gauche, qui n'a reçu que de la lumière blanche, est rouge.
Expérience VI, — Le carton mi-partie blanc et rouge étant directement éclairé par la lumière solaire, on applique au-devant de chaque œil un tube noifci à l'intérieur, de manière que l'œil droit ne voie que la surface rouge, l'œil gauche la surface blanche. Si par une (îxation très courte, on développe des images consécutives positives, on remarque que l'image de l'œil gauche est verte, de teinte complémentaire de celle de l'œil droit.
Des expériences analogues ont été faites par d'autres auteurs et sont désignées sous le nom de contraste b'uwriilriire, mais on ne leur a pas donné ta signilication que je leur attribue. En 1882, l'année où je faisais cette commu-
nication à la Société de Biologie, Gorliam* a publié des expériences analogues à l'expérience VI, sans faire allusion aux phénomènes de contraste. Mais il invoque à juste titre l'action cérébrale. Après les détails dans lesquels je viens d'entrer, on reconnaîtra facilement que les résultats qu'il a obtenus ne sont autres que des effets de contraste simultané, dans lesquels la couleur inductrice agissant sur un œil, la couleur induite se développe dans l'autre, la couleur induite pouvant être complémentaire ou homonyme de la couleur inductrice objective, suivant la durée de l'excitation, d'après les lois que je viens d'étudier.
^ GoRHAM. On the blending of colours hy the sole agency of Ihe sensorium. Brain, janv. 1882.