DEUXIEME PARTIE
CHAPITHE l'HI'MIliil CONSIDERATIONS ANATOMIQUES
L'appareil visuel est composé, comme tout appareil orga- |. nique eo général, d'une partie seusorielle et d'une partie ! motrice reliées entre elles par des connexions nerveuses.
La vision avec les deux yeux suppose trois espèces de connexions nerveuses : les premières entre les deux rétines |l pour associer leur action, les secondes entre les nerfs moteurs des muscles pour associer les mouvements des deux yeux, les troisièmes entre la partie sensorielle et la partie motrice de l'appareil pour les associer dans la même fonction. Ces dernières connexions constituent la base analomique des réflexes.
Pour qu'il y ait vision avec les deux yeux, il faut, comme première condition, qu'un objet puisse impressionner en même temps les deux rétines, il faut qu'il y ait un champ visuel commun.
Observons que, chez certains animaux, celle condition ne peut être réalisée à cause de la jiosition latérale des globes oculaires, ayant chacun un champ visuel distinct. Chez ces
animaux, il ne peut naturellement être question de la vision d'un objet avec les deux yeux en même temps.
Chez d autres, au contraire, les axes des orbites et des globes oculaires sont plus ou moins dirigés en avant, de telle sorte que les champs visuels de chaque œil empiètent Tun sur l'autre, et se superposent dans une étendue plus ou moins grande. Dans ce champ visuel commun, un objet impressionne nécessairement les deux rétines en même temps. Chez rhomme, le champ visuel commun au repos est de 120"* environ dans le sens horizontal, bien plus petit que la somme des deux champs visuels monoculaires qui est de 200"*. Dans le sens vertical il est le même que le champ visuel monoculaire, qui est en moyenne de 55*" en haut, 70"* en bas. Par les mouvements oculaires, l'espace que le champ visuel commun peut embrasser se trouve naturellement agrandi.
A la vision indépendante des yeux disposés latéralement et à la vision commune des yeux dont les champs visuels se superposent, correspondent certainement des connexions nerveuses différentes des rétines avec les centres visuels.
L'entre-croisement des fibres optiques dans le chiasma total ou partiel, suivant les espèces, serait en parfaite conformité avec ces deux modes de vision. Malheureusement cette question est encore conlroversée par les anatomistes. On admet sans conteslalion l'entre-croisemenl lotal chez les oiseaux, le cobaye, la souris. Il serait également total chez le lapin, d'après Jacobsohn, tandis qu'il serait partiel chez le chat, le singe et Thomme pour un grand nombre d'anatomistes. Pour rhomme, rculre-croisement partiel a été surtout soutenu par Gudden, il a clé nié par Michel et Kœlliker, qui admettent que rentre-croisement est toujours total.
Les phis récenles observalions de dégénérescence à la
CONSIDEBATIONS ANATOMIQUES suite (l'extirpation du globe oculaire, faites par Schmidl- Uimpler, Jacobsolm, sont favoriiMes à T entre- croisement partiel.
Quoi qu'il on soit, il est certain que, par une voie quelconque, les deux moitiés homonymes de chaque rétine se mettent en connexion avec l'hémisphère du même côté. Il est positivement établi qu'une lésion de l'hémisphère, siégeant au niveau de la scissure calcarine, produit Thémiopie homonyme par insensibilité des deux moitiés des rétines du même côté.
La semi-décussalîon dans le chiasma paraissait autrefois nécessaire pour expliquerThcmiopie ; avec les connaissances actuelles sur la structure cérébrale, cette semi-décussation semble moins indispensable. Du reste l'objection de Michel persiste toujours : les partisans de l'enlre-croisement partiel sont obligés de reconnaître que le faisceau croisé est beaucoup plus considérable que le faisceau direct, par conséquent cet entre-croisement partiel n'explique pas l'hémiopie, où les moitiés insensibles des rétines sont égales en étendue aux moitiés restées sensibles. Même en admettant la semi-décussation dans le chiasma, il faut donc, pour expliquer l'hémiopie, que l'entre-croisement se complète dans un autre endroit qui pourrait être, d'après van Gehuchten, au niveau des tubercules quadrijumeaux antérieurs, où siège un premier centre optique.
La zone visuelle corticale siège dans le lobe occipital, au niveau de la scissure calcarine. Cherchons à établir le trajet des fibres optiques de la rétine k cette zone, d'après les idées généralement admises.
Rappelons d'abord que le nerf optique est un nerf tout à fait à part, ou plutôt qu'il n'est pas un nerf. Au point de vue embryologique comme au point de vue anatomique, le nerf
12i RELATIONS FONCTIONNELLES DES DEUX YEUX
optique et la rétine doivent êlre considérés comme une expansion orbitaire de la substance cérébrale.
Après avoir traversé l'orbile, les nerfs optiques, en pénétrant dans la cavité crânienne, paraissent se fusionner ensemble pour former le cliiasma des nerfs optiques. Du chiasma émergent deux nouveaux faisceaux, les bandelettes optiques qui contournent les pédoncules cérébraux et se rendent dans plusieurs éminences situées au niveau du cerveau moyen et du cerveau intermédiaire, ce sont les corps genouillés externes, les tubercules quadrijumeaux antérieurs, et la partie postérieure de la couche optique. Cliaque bandelette comprend trois sortes de fibres : des fibres directes venant de la rétine du même côté ; des fibres croisées venant de la rétine opposée et, à la partie la plus interne, t fibres commisBurales qui ne se rendent pas dans les nerfs optiques et forment, à la partie postérieure du cliiasma, la commissure de Gudden.
Les fibres des bandelettes se terminent, en grande partie du moins, par des ramifications libres dans la substance grise des corps genouillésjexternes, des tubercules quadrijumeaux antérieurs et de la partie postérieure de la couche optique. Un certain nombre de fibres, dites fibres longues, se rendent directement dans l'écorce cérébrale.
Les noyaux de substance grise des corps genouillés externes, des tubercules quadrijumeaux antérieurs et de la partie postérieure de la couche optique, constituent les centres optiques primaires ou sous-corticaux ; ils forment un véritable centre optique inférieur où s'établissent certainement des connexions multiples et dont l'importance fonctionnelle est attestée par le développement qu'il prend dans certaines espèces, chez les oiseaux, par exemple, où les lobes
CONSÏDÊRATÏONS ANATÔMIQÛES
optiques, si volumineux, représentent les tubercules quadrijumeQux antérieurs, j Le trajet des fibres du centre optique inférieur au centre ! supérieur ou cortical est moins bien connu. On sait que le l faisceau des fibres optiques est contenu dans la partie postc- ! rieure de la capsule interne, où il est mêlé aux fibres audi- 1 tives et aux fibres de sensibilité tactile, dans cette partie qui !' constitue le carrefour sensitif de Chai'cot et Ballet, Le fais- } ceau optique s'isole en se dirigeant en arrière, pour se répani dre dans le centre visuel situé à la partie postérieure et interne du lobe occipital, au niveau de la scissure calcarine'. i La disposition organique qui relie les deux moitiés liomo- ■ nymes de chaque rétine à l'hémisphère du môme côté est i sans doute fort importante, cependant elle nous donne une I idée très incomplète des connexions qui relient les rétines J aux centres visuels. Non seulement elle est impuissante h 1 nous donner l'explication du fonctionnement de l'appareil i| visuel, mais elle est plus propre à nous égarer qu'à nous j guider dans celte étude. Nous verrons que ce fonclioone- [ ment suppose des connexions autrement complexes.
La pathologie nous a fait entrevoir depuis longtemps la complexité de ces connexions. En 1882 j'ai admis, avecCharcot, l'existence de connexions mettant en rapport chaque rétine dans sa totalité, avec'1'hémispbère du côté opposé. (Des rapports directs et croisés des nerfs opdfpies avec les hémisphères. Société de biologie, 11 mars 1882.) Plus tard, d'autres faits m'ont conduit h admettre des connexions différentes pour la vision centrale et la vision périphérique. L'analomie commence à démêler la disposition organique qui nous permettra de comprendre la complexité de ces rapports. Je
1 ' Sur celle que
voyez ks travaux Je Dcjcrme, Brissaud el Vialel.
i HEUTIONS FONCTIONNELLES DES DEUX YEUX
; me bornerai à signaler deux fails qui se dégagent des travaux récenls : d'abord le rôle du corps calleux comme organe d'association des centres visuels de chaque hémisphère, en second lieu, l'existence d'un trajet distinct pour les fibres qui servent à la vision centrale.
Du reste, ce n'est pas seulement dans l'anatomie descriptive qu'il faut chercher la disposition organique qui régit les phénomènes visuels, c'est surtout dans la structure intime du cerveau, dans la disposition et le fonctionnement des éléments nerveux. Je vais avoir à rappeler les travaux qui ont transformé si complètement nos idées sur cette question.
La vision avec les deux yeux suppose en second lieu des ] connexions nerveuses destinées à assurer la synergie d'à lion des muscles et ù faire mouvoir les deux yeux comme j un seul organe.
Les agents immédiats des mouvements oculaires sont les \ muscles, au nombre de six pour chaque œil, et les nerfs qui j innervent ces muscles, au nombre de trois pour chaque œil. Il est superflu d'insister ici sur l'action de chaque muscle. J Cette étude, qui a été faite et bien faite, a surtout de l'intérêt 1 pour l'étude physique des mouvements du globe oculaire,! mais elle ne nous avance pas beaucoup dans la connaissance! du fonctionnement de l'appareil visuel. Le mouvement le plu simple, on apparence, n'est pas le résultat de l'action d'un seul muscle, mais de l'action coordonnée de plusieurs! muscles, coordination qui est une fonction de l'appareil nerveux.
Soutenu par les six muscles qui l'enveloppent, par '. parties fibreuses et les coussinets graineux plus ou moins: incompressibles, l'œil se meut dans l'orbite à la manière ^ de la tête du fémur dans sa cavité, c'est-à-dire qu'il n'exé-
cule que des mouvements de rolalion. IVaprùs Donders et I Dojer, le centre de ces rotations, a peu près fixe, est situé, pour UQ œil moyen, h 10 millimètres en avant de la rétine, coïncidant avec le centre anatomique do l'œil supposé sphérique. La lij;ae reliant les deux centres s'appelle lïgnede hase. On appelle position primaire des yeux celle qui correspond à la direclion horizontale des lignes de regard, quand nous fixons devant nous, la tête droite et au repos. Toute autre position est dite secondaire.
11 résulte des recherches de Ruete, Donders, Listing, laites à l'aide des images consécutives, que dans le passage de la position primaire i'i une position secondaire quelconque, la rotation s'exécute autour d'un axe unique. Cet axe unique est perpendiculaire à la fois aux deux directions successives des lignes visuelles (loi de Listing), La loi de Listing n'est pas applicahle pour le passage d'une position secondaire à une autre position secondaire ; elle ne l'est pas non plus pour les mouvements de convergence. Elle ne s'applique qu'à un cas particulier qui se présente rarement dans les mouvements habituels des yeux. L'étude des mouvements ainsi envisagée est donc assez spéculative et, malgré l'importance qu'on lui a attribuée, elle n'offre pas un grand intérêt pour le physiologiste.
La loi de Listing pourrait s'exprimer plus simplement : Le passage de la position primaire à une position secondaire se fait par le plus court chemin. Et encore : Le passage de la position primaire à une position secondaire se fait par le chemin qui exige la moindre dépense de force, Nous transformons ainsi la loi géométrique en une loi physiologique qui, selon toute vraisemblance, s'applique à tous les mouvements de l'œil et, par suite, est plus générale. Si la loi géométrique comporte de nombreuses exceptions cl
ne se confond avec la loi physiologique que dans des limites , restreintes, c'est que les mouvements de l'œil ne sont que très imparfailement comparables à ceux d'une sphère roulant dans tm contenu de même forme, sans autre résistance que les frollements. Il y a en effet, outre le défaut de sphéricité absolue du globe de l'œil, les résistances opposées par le nerf optique, les muscles, les ailerons tendineux qui le relient à l'orbite. On peut donc admettre avec une grande prohabilité, que la loi qui préside aux mouvements oculaires est la suivante : Le pas-tage tTiine pusilion quelconque de l'œil à tine autre posillon se fait pm- le chemin qui exige la moindre dépense de force.
Mais cela ne nous apprend pas le mécanisme de ces mouvements, leurs diiïérenls modes d'innervation, les influences qui les déterminent, leur rôle dans le fonctionnement de l'appareil visuel. C'est là le véritable but de la physiologie. Revenons-y donc.
Si nous observons les caractères objectifs des mouvements oculaires, nous sommes immédiatement frappés par ce fait que, dans l'état normal, ce sont toujours des mouvemenU \ associés, c'esl-à-dire qu'un mouvement exécuté par un œil \ l'est invinciblement par l'autre.
Une observation un peu plus attentive nous permet de ■ reconnaître que ces mouvements associés sont de deux j espèces. Les uns nous permettent de diriger les yeux simultanément en haut, en bas, à gauche, à droite, sans modilier | sensiblement l'état de parallélisme ou le degré de conver--! gence des axes. Ce sont les tnoiiveme/its associés de direction. Les autres, au contraire, ont pour caractère de modifier 1 les rapports des axes oculaires entre eux, de manière à les j faire converger sur l'objet fixé, quelle que soit .sa distance. \ Ce sont les mouvements associés de convergence que l'on
CONSIDÉHATIOHS ANATOMIQUES
lit
appelei
les
ni
aussi mouvements associés de distance.
Si nous considérons la musciilalnre interne de l'œil, nous voyons également queles mouvements de l'iris, comme ceux de raccommodation, sont toujours les moiwemenls associés.
Nous voyons enfin que les mouvements extrinsèques et intrinsèques des yeux sont associés entre eux. Le mouvement de convergence, le mouvement d'accommodation et les mouvements pupillaires s'exécutent synergiquement.
Le fonclionuementderappareil moteur des yeux implique donc, comme première condition, des centres d'association quiassureaU'automatisme de ces mouvements, de telle sorte qu'un mouvement exécuté par un œil l'est nécessairement par l'autre.
L'existence de ces centres d'association est démontrée par les faits cliniques et par quelques notions anatomiques. Dans un mémoire sur les Paralysies des mouvements associés des yeux {Arch. de neuivlogie, mars 1883), j'ai signalé différents types de paralysies attestant l'existence de ces centres d'association des difïérents mouvements.
C'est une observation clinique de Féréol, qui a fait connaître le rôle du noyau de la sixième paire dans l'association des mouvements horizontaux.
J'ai décrit une autre forme de paralysie intéressant les mouvements d'élévation et d'abaissement, ainsi que le mouvement de convergence. Si l'on combine ce type avec celui qui altère les mouvements horizontaux, on réalise la synthèse de l'ophtalmoplégie externe, c'est-à-dire de la paralysie de tous les mouvements extrinsèques de l'œil, avec conservation des mouvements intrinsèques, qui constitue une autre forme de paralysie des mouvements associés connue sous le nom d'ophtalmoplégie interne.
La pathologie nous montre encore l'iilléralion des mouvements associés qui relèvent lie la musculature interne de l'œil, ceux de l'iris, ceux de l'aceommodation, qui peuvent être altérés simultanément ou indépendamment.
Dans la forme de paralysie que j'ai qualiliée de paralysie essentielle de la convergence, nous avons un exemple d'altération simultanée des mouvements associes de convergence et d'accommodation, attestant l'existence d'un nouveau genre de connexion, reliant la musculature externe et interne de l'œil.
Les faits physiologiques et pathologiques concordent donc très bien pour établir l'existence de centres d'associations multiples des mouvements oculaires. L'anatomie pure nous fournit peu de renseignements positifs sur ces centres d'association.
Nous savons par les recherches anatomiques de iJuval et
jLaborde, confirmatives des observations cliniques, que
Idans le noyau de la sixième paire existe un premier centre
d'association des mouvements horizontaux. Le noyau de la i
sixième paire innerve, en réalité, le droit externe de l'œil
du même côté et le droit interne de l'œil opposé.
En ce qui concerne les muscles innervés par la troisième paire, signalons l'opinion de Gudden et Weslplial, d'après laquelle, de chacun des noyaux d'origine émaneraient deux espèces de libres, les unes directes, les autres croisées.
Il y a donc dans les noyaux d'origine des nerfs des con-
Lnexions qui servent à l'association des mouvements oculaires.
Uais il est probable, comme l'admet Sauvineau, qu'il existe
nn autre centre d'association supra-nucléaire, siégeant vrai-
jemblablcment dans les tubercules quadrijumeaux, comme
«ient l'indiquer les expériences d'Adamuck el les
tions anatomo-cliniques de Thomsen, ou dans la
CONSIDERATIONS ANATOMIQUES paroi postérieure ilu quatrième ventricule. Bechterew a signalé récemment dans les origines de la troisième paire un noyau médian impair siégeant précisément au-dessous des tubercules quadrijumeaux, qui est sans doute le siège de cette association [Arch.f. Anal., 1897).
Pour les muscles internes de l'œil, iris et accommodation, dont les nerfs ont leur origine dans des groupes cellulaires distincts appartenant aux noyaux de la troisième paire (Hansen et Welkers, Kahler, Pick) l'association s'établit peut-être dans ces mêmes noyaux. Mais il est probable qu'il y a, comme pour les mouvements extrinsèques, d'autres éléments d'association dans le voisinage du centre visuel inférieur. Pour les mouvemeiits pupillaires, le fait est d'ailleurs établi par les expériences de Gudden (tubercules quadrijumeaux), Darkschewitsch, Mendel (ganglion de l'habenula), Bechterew (paroi postérieure du quatrième ventricule).
Quoi qu'il en soit du siège de ces centres inférieurs d'association, assurant d'une manière autoraaliquela synergie d'action (les muscles, il est certain qu'ils existent. II est certain également que ces centres inférieurs ont des connexions multiples avec les différents départements cérébraux, servant aux influences qui les actionnent.
L'étude anatomique de l'appareil sensitivo-moleur de la vision comporte un autre aspect. Nous devons envisager cet appareil à la lumière des découvertes récentes sur la structure et le fonctionnement de l'appareil nerveux. Ce.s découvertes jettent un jour tout nouveau sur le fonctionnement de l'appareil visuel, moins par ce qu'elles nous apprennent sur la disposition de cet appareil en particulier, que par les notions générales sur l'anatomie et le fonctionnement des
appareils sensoriels. Par suïle de Terreur qui a fail Jévier IVUtide de la vision et cjue j'ai eu plusieurs fois l'occasion de signaler, on s'est liabîtué à considérer l'œil comme uii organe <i part, son élude comme relevant de méthodes particulières, empruntées à ta fois à la psychologie et aux matbémntiques, on l'a en quelque sorte séparé du cerveau dont l'action a été remplacée par des hypothèses métaphysiques. Il faut sortir de celte liction et chercher l'explication des phénomènes visuels, exclusivement dans la dispositioa ' organique, non seulement de l'œil lui-même, mais de 1 partie centrale ou cérébrale de l'appareil visuel. Or, dam leur représentation cérébrale, lous les appareils sensoriel et l'appareil de sensibilité tactile, qui en est le prototypeJ uH'ectent une même disposition générale et leur l'oDclion'3 nemenl est soumis aux mêmes lois.
Il y a donc grand intérêt, pour rititelligeiicc; des plii5no-J mènes visuels, à se pénétrer de ces notions générale!
Happelons d'abonl la découverte capitale de Ramon \ (Injal, démonirant que toutes les cellules de Taxe cérébo spinal se terminent par des ramifications libres; que i traiianiission de l'inllux nerveux de la périphérie au centr^ ou du centre k la périphérie, se fait, non par continuitQ mais par contiguïté des éléments de conduction. Ce n'ea [)as, comme on le croyait, unfd ininterrompu qui relie L'on gune périphérique aux centres cérébraux, maïs une suit! de châtiions, de muroites, qui n'ont entre eux que des rapi porls de contact. Cette découverte ouvre à la physiologi cérébrale une voie aussi nouvelle que féconde ; elle tranaj liinuc cl précisti nos idées et nous fait entrevoir la possibH lili^ de trouver l'explication organique non seulement dfri l'iu'iuiincin's sensoriels, mais des phénomèmes psychique!
iÏTrOM^ÛTÔMÏQÛËS
Kn ce qui concerne l'appareil visuel, elle nous permet surtout de concevoir comment s'établissent les connexions nerveuses si multiples et si complexes qu'implique ce fonctionnemeut. Connexions qui, ainsi que nous l'avons dit, sont lie trois sortes, celles qui relient les tlilîérenles parties de l'appareil sensoriel, celles qui relient les difîércntes parties de J'appareil moteur, celles qui relient l'appareil sensoriel et l'appareil moteur, servant aux actions réflexes.
Tous les appareils sensoriels, ceux de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, ainsi que l'appareil de sensibilité iacUle, sont essentiellement représentés, dans le système nerveus. pai une chaîne de neurones sensitits à conduction centripète et par une clialne de neurones moteurs à conduction centrifuge. Ces deuxcliaînes alTectent sur différents points de leur parcours des connexions servant aux actions réflexes. II n'y a même que cela dans l'appareil cérébro-spinal de certains animaux inférieurs.
Mais cette disposition gc^nérale, commune à tous les appareils, comporte des modifications de détail extrêmement nombreuses et complexes. Examinons h ce point de vue les particularités qui caractérisent l'appareil visuel.
Remarquons d'abord que si la conduction sensitive est essentiellement centripète, elle n'est pas exclusivement ceo- Iripèle. 11 y a en effet dans le nerf optique des fibres il courant centrifuge qui, du centre visuel inférieur, se rendent dans les spongioblastes de la rétine. 11 ne faut pas confondre ces fibres avec d'autres, également 6, courant centrifuge, doot Monakow a démontré l'existence dans la couronne rayonnante de lieil, où elles sont mêlées aux fibres visuelles à courant centripète. Les fibres découvertes par Monakow sont évidemment des fibres motrices, allant du centre visuel cortical au centre visuel inférieur et servant aux actions réflexes.
Lîi chaîne des neurones sensitifc a, dans les deux rétines, une double origine. Nous avons dit que les éléments de conduction centripète de chaque rétine affectent entre eux des connexions nombreuses pour assurer les relations fonctionnelles des deux rétines et les dilîéronls modes de vision dont nous aurons ù parler. Ces relations peuvent s'établir soit par l'entre-croisement des fibres dans le cUiasma, soit par la commissure de Gudden, soit dans les noyaux dej suhstance grise qui constituent le centre visuel inférieur, soit même dans les centres corticaux par l'intermédiaire des tîbres commissurales du corps calleux qui paraissent avoir pour fonction d'associer les centres des deux hémis- |)hcrcs.
Le centre visuel cortical où aboutit lu chaîne de neuroni sensitifs n'est pas un centre isolé des parties voisines nettement circonscrit. Chez les mammifères supérieurs, alTecle des rapports multiples avec les autres centres de li corlicalité cérébrale, rapports qui, chez l'homme, prennent une importance partieulièremeot grande.
On sait que les cellules nerveuses corticales forment, point de vue de la direction de leurs prolongements, deo) catégories bien distinctes. Les premières ont des prolong* menls qui pénètrent directement dans la masse cérébralfrJ se mettent en rapport avec les nojaux de substance gris intra-cérébraux et, par leur intermédiaire, avec les appf reils périphériques. Ces libres, à conduction centripète oi centrifuge, constituent les//6/'e.î de projecdon.
Les cellules de la seconde catégorie ont, au contraire, d( prolongements à direction horizontale. Sans connexioi directes avec les noyaux inférieurs et les appareils péi phériqiius, elles relient entre elles les différents centi corticaux, ce sont \qs fibres d'associalion.
CONSIDÉRATIONS ANàTOMIQUES 133
D'après Fleschsig, la corlicalité du cerveau humain compread deux espèces de centres ou de sphères, les sphères sensilivo-motrices ou de projection, au nombre de quatre, et les sphères d'association, au nombre de trois. Les sphères de projection existent seules chez les mammifères inférieurs servant de substratum à la vie purement animale, dont le mécanisme se réduit à des actes reilexes. Les sphères de projection seraient aussi les seules à fonctionner chez l'enfant nouveau-né. Les sphères d'association qui, sur le cerveau humain adulte, représentent les deux tiers environ de la surface corticale, constituent, d'après Fleschsig, les centres intellectuels. Ces centres recueillent les impressions qui leur arrivent par les centres de projection, les conservent à l'état d'images visuelles, auditives, tactiles, pour former les éléments des diirérontes mémoires et de toute la vie intellectuelle.
Les altérations pathologiques du centre visuel cortical conlîrment pleinement les idées de Fleschsig. Nous savons que la lésion de ce centre produit constamment l'hémiopie, mais celte hémiopie s'accompagne, dans certains cas, de troubles intellectuels singuliers. Le plus typique estcelui que l'on a désigné du nom à'a/exie ou impossibilité de lire, par perte de la mémoire visuelle des lettres et des mots. L'individu distingue les lettres les plus fines, mais il ne connaît plus leur nom et leur signification ; alors même qu'il peut en nommer quelques-unes, il ne peut pas lire le mot formé par les lettres qu'il reconnaît individuellement. Fait encore phis curieux, il peut écrire assez facilement, mais il ne peut pas lire ce qu'il vient d'écrire. On a dans ce fait clinique la preuve évidente qu'il y a dans le voisinage du centre visuel de projection, un ou plusieurs centres voisins, où les excitations de la rétine sont conservées k
l'état (l'images visuelles, constifiinnt une des nombreuses modalités de la mémoire. L'allération de ces cenires, avec intégrité de la vision proprement dite, constitue ce que l'on a appelé la cécité psyrlnqiieK
Outre les connexions que les cenires visuels peuvent affecter avec les centres d'association corticaux, il y a encore ceux qu'ils peuvent afi'ecter avec les autres appareils sensoriels, soit indirectement, par l'intermédiaire des centres d'association, soit directement, par des fibres reliant les centres corticaux ou ganglionnaires, ceux des tubercules quadrijiimeaux, par exemple, où les éléments de l'appareil visuel et auditif sont confondus.
Les connexions de l'appareil visuel el auditif peuvent rendre compte des faits curieux d'audition colorée, dans lesquels les sons éveillent des sensations de couleur, el de cet autre fait, observe par d'Arsonval sur lui-même, qu'après avoir fixé pendant quelques instants l'arc voltaïque, il devenait sourd momentanément.
Les connexions des cbatnes de neurones centrifuges ou; moteurs de l'appareil oculaire ne paraissent pas moins complexes que celles des neuranes sensoriels.
Comme pour l'appareil sensoriel, ïl faut d'abord admellre dos connexions entre les neurones des deux yeux pour assurer l'association des mouvements oculaires. Ces connexions^
■ Dans <)Hct(|ucs uas d'hémiopic corticale, j'ai obseiré. outre l'alexie purt ou accnmpagn^ il'agraphie, les coiuplicatioDs suivanles :
I'' La i;««it6 totale (Hiur l«» couleiirii, cécité distincte de la perte de la m^Riiiin' du nom des couleurs, oar le malade conTond toutes les couleurs dans réprcnw d«$ laines de llolmgrven, où d n'a pas a les nommer;
^ Une diplopie spéciale, dislïnctc de celle qui résulte d'un trouble de '1 moteur et que j'ailribue i ralléraUoD de la facttlté cérébrale d&^
du r^llexe ti
de la pupille.
peuvent s'établir, soit dans les noyaux prolubéranliels, soit au niveau du centre visuel inférieur, soit dans les centres corticaux, soit, pour ce qui concerne les rapports des mouvements oculaires avec l'équilibration, dans le cervelet.
] Outre les connexions qui président à l'association des mouvements oculaires, il y a à considérer celles de la musculature interne de l'œil, qui assurent la contraction synergique des deux pupilles et des muscles accommodateurs.
■ 11 y a encore à considérer celles qui relient la musculature
I interne et externe de l'œil, assui'ant la synergie de la convergence et de l'accommodation.
Je viens de signaler les faits anatomiqucs connus qui se rapportent aux noyaux d'origine de la troisième paire ou à
i des centres situés dans leur voisinage pour cette association ;
I, je n'y reviens pas. Bornons-nous seulement à signaler que c'est au niveau des noyaux protubérantiels et du centre
I visuel inférieur que les neurones moteurs des deux yeux
! prennent contact, pour l'association de leurs mouvements.
! Mais il est probable que ces centres d'association ne sont pas les seuls.
Outre les connexions qui unissent entre eux les neurones moteui's pour assurer l'association des mouvements extrinsèques et intrinsèques des yeux, il y a celles qui les unissent avec les autres départements cérébraux, et qui servent aux influences nombreuses qui actionnent ces mouvements. 11 y a, en particulier, les connexions fondamentales qui unissent les neurones sensoriels et moteurs, servant de base anatomiquc aux actions réflexes dont il nous reste à parler.
Dans le fonclionnement des appareils organiques, les
plus simples comme Jes plus compliqués, les ac lions ] réflexes ont une importance consid érable. Chez les uni-' maux inférieurs, toutes les manifestations vitales parais-l seul se réduire à des actions réflexes' . Chez les mammi-J fères supérieurs eux-mêmes, les manifestations de la viel purement animale ne comportenlguère d'autre mécanisme.' Goltz est parvenu à conserver vivant un chien dont il avait enlevé les hémisphères cérébraux. Ce chien était privé de mémoire et incapable de rechercher par lui-même, à l'aide , des sens, les objets nécessaires ù ses besoins, mais il raar-1 chait, se nourrissait et réagissait aux excitations des sens-T Les découvertes modernes sur la structure du système a nerveux concordent avec ces données de physiologie géné-| raie, en nous montrant que le développement de l'appareil I nerveux central se fait essentiellement en vue du méca-i nisme des actions réflexes.
La voie que suit l'innervation pour produire les réflexes,! ce que l'on appelle l'arc réflexe, est plus ou moins com-^ pliquée. Dans les cas les plus simples, l'arc réflexe n'esi composé que de deux neurones, un neurone sensitif et um neurone moteur. Mais potir les appareils sensoriels, la è position est beaucoup plus complexe.
L'arc réilexe peut s'élever plus ou moins liaut, se meltrej en rapport avec des centres cérébraux de plus en plus élevés. Munck distingue, à ce point de vue, Irois espèces è réflexes oculaires : 1"les réflexes qui n'impliquent paslexis»; tence d'uoe sensation lumineuse et se produisent, commçj le mouvement de la pupille, après l'ablation des centre* visuels corticaux; 2" ceux qui impliquent une sensatîou lumineuse sans que l'attention ni la pensée intervieonenL
Voj'Cï les Iravaux d'Edinger sur le développemeiiL comparalir, dans laV limale, des ditTéreotes parties du cerveau.
ceux qui font cligner l'œil, par exemple, à l'apiiroclie subite de la main ; 3" ceux qui impliquent une représentation mentale rie la vision et du raisonnement, tels que la fuite rie l'animal rievantle fouet. Knies établit une distinction semblable.
Sous le rapport rios mouvements qu'ils déterminent dans les yeux, les réflexes forment quatre catégories distinctes. Les mouvements déterminés par les excitations rétiniennes sont, en etîet, de quatre espèces.
Les mouvements associés de direction:
Les mouvements associés de convergence ;
Les mouvements pupillaires ;
Les mouvements de l'accommodation.
Les faits pathologiques^ en nous montrant l'altération indépendante de ces difTêrenls réilexes, prouvent qu'ils s'exercent par des voies dilYérentes. Il ne peut être question, dans l'état actuel de la science, rie préciser la voie que suit l'innervation pour ces réflexes multiples. Nous nous bornerons à utiliser les notions acquises pour indiquer comment ils peuvent se produire et à signaler les endroits où les neurones visuels, sensoriels et moteurs, peuvent entrer en contact.
Nous savons que les fibres optiques, ayant leur origine dans la rétine, viennent se terminer, en partie, par des ramifications libres dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs. Des cellules multipolaires qui constituent la masse grise de ces éminences partent des cylindraxes qui, au lieu de suivre la voie corticale, sont dirigés en avant et en dedans, formant un faisceau descendant (Hans Held, van Gehuchlen, Ramon y Cajal). Ce faisceau, qui parait se rendre dans la moelle cervicale, en passant au-devant du noyau du moteur oculaire commun, enverrait, d'après
Mans Held, des coUalérales aux noyaux des trois paires uerveuses qui innervent les muscles oculaires servant aux mouvements réflexes déterminés par les excitations rétiniennes.
11 parait y avoir, ainsi que je l'ai dit, dans les tubercules quadrijumeaux ou dans leur voisinage un centre d'association des mouvements oculaires. Ce centre moteur pourrait facilement entrer en connexion avec le centre sensitif des tubercules antérieurs.
Le cervelet a, sur l'appareil musculaire du corps, une iniluence certaine au point de vue de l'équilibration. Il est probable que cette action s'étend aux muscles des yeux.
Enfin, il y a un quatrième endroit où les connexions entre les neurones sensilifs et moteurs des yeux peuvent s'établir, c'est dans la corticalité des hémisphères cérébraux. Ces connexions peuvent être directes ou indirectes, c'està-dire s'établir par l'inlermédîairedescentresd'associalion.
D'après Flescbsîg, il n'y a pas dans la corticalité de centres exclusivement moteurs; il n'y a que des centres sensitivo-moteurs, qui sont les centres ou spbères de projection. Les expériences de Munck, celles plus récentes de Mott et Schœfer sur le centre visuel cortical, confirment les idées de Flescbsîg. Ces expérimentateurs ont en ePFet déterminé, par l'excitalion de la sphère visuelle sensitive, des mouvements des yeux, qui sont toujours des mouvements associés de direction. Enfin, la découverte de Monakow établissant l'existence de fibres centrifuges mêlées aux fibres centripètes de la couronne rayonnante de Reil et allant des cenli-es visuels corticaux aux tubercules quadrijumeaux, confirme les idées de Fleschsig el Munck sur le rôle sensilivo-moteur de la zone visuelle.
D'autre part, on sait, par les expériences de Fritsch,
CONSIOBRATIONS ANATOMIQUES
HiUig, Ferrier, Horsiey, par celles plus récentes de .Moll el Schœfer, qu'il exisle un aulre centre des mouvements oculaires siégeant en avant du lobe occipital, dans le voisinage de celui des muscles de la lêle et des membres supérieurs L'excitation faradique de ce centre détermine les mêmes mouvemenls associés que celle du centre visuel occipital. J'ai cité une observation clinique en conformité parfaite avec les expériences de Mott et Scbœfer [Paralysie des mouvements oculaires d'origine corlirale)^. 11 est probable que ces deux centres moteurs sont en rapport, l'un avec les mouvemenls réflexes déterminés par les excitations rétiniennes, l'autre avec les mouvemenls volontaires des yeux et avec l'association des mouvements des yeux et de la tête. L'excitation rétinienne, en effet, ne détermine pas seulement par action réflexe des mouvements oculaires, mais des mouvements delà tôle, elquelquefoisdesmouvements de défense ou de protection dans tout le corps,
Knies admet lapossibililé de la dissociation des mouvements oculaires réflexes et volontaires. Avant le travail de Knies j'ai observé, le premier, celte dissociation dans l'ophlaimoplégie bystérique^ ; Ballet, Raymond etKmnig en ont depuis cité des exemples.
Quant au réflexe qui détermine les mouvements associés de convergence ou de divergence, j'aurai à l'étudier sous le nom de réflexe rétinien de convergence, à propos de la vision binoculaire. Je ne fais que le signaler ici, en faisant remarquer qu'aucun fait précis ne nous renseigne sur la localisation de ce réflexe. Comme il s'agit d'une fonction non consciente, que la convergence a des rapports avec
' Annales d'Ocidlsli'/ui; t. CVIl, p. 283.
I * Compte Tendu du iercici' "ji/il'ilinoloffiqite de l'i Suliiûlriàre, Arcliivexde
Neurologie, 18tl8.
l'équilibralion el le sens de l'espace, que (l'autre part les excitations du cervelet modifient les rapports des axes oculaires (Magendie, Duval elLuborde), tandis que l'excitatioD des liémisplièrcs ne produit que des mouvements associés de direclioQ (Munck, llorsley, Mott et Scliœfer), il est possible que le réilexe de convergence s'établisse par l'intermédiaire du cervelet. D'autre part, il faut considérer que si la convergence s'exerce habituellement sans que nous ec ayons conscience, elle implique cependant une sensation lumineuse, par conséquent son réilexe rentre dans la deuxième catégorie de Munck; aussi Kuies admet-il une relation entre la convergence et le centre visuel cortical,
Il nous reste à i)arler des réflexes qui agissent sur la musculature interne de l'œil, sur l'iris cL le muscle de l'accommodation.
L'iris re(;oil directement ses nerfs du ganglion ophtalmique situé dans l'orbite. Ce ganglion reçoit lui-môme trois espèces de nerfs formant ses trois racines, l'une scnsitive, fournie par le trijumeau, la seconde motrice, fournie par le nerf moteur oculaire commun, la troisième, également motrice, fournie par le grand sympalliique et venant du ganglion cervical supérieur.
Le filet émané de la troisième paire fait contracter la pupille. 11 agit par l'inlermédiaire du muscle constricteur de l'iris; ce mode d'action n'est pas contesté.
11 n'eu est pas ainsi de l'action par laquelle l'excitation du grand sympalliique dilate la pupille. Trois liypolhèses ont été émises :
Dans la première, le sympathique agirait en provoquant la contraction de fibres musculaires radiées de l'iris, mais l'existence de ces fibres, admise un peu liypotliétiquemenf, n'a pas été démontrée.
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES lia
Dans la seconde, le sympîithique agirait par l'intermédiaire des vaisseaux iriens, comme \asomoleur. Mais Donders et François Franck ont démontré que l'excitation du sympalliique provoque encore la dilatation de l'iris sur un animal tué par hémorragie. D'après F. Franck, l'indépendance des mouvements de l'iris par rapport aux variations de réplélion sanguine repose sur deux preuves principales : i" on peut encore obtenir la dilatation pupillaire en excitant le sympathique cervical quand une abondante hémorragie a sûrement vidé les vaisseaux ; 2° l'excitation des vasomoteurs carolidiens, dans leur trajet entre le ganglion cervical supérieur et la région oculaire, fait resserrer les vaisseaux oculaires sans modifier le diamètre de la pupille; l'excitation du nerf sympathique destiné à l'appareil irido-choroïdien au niveau de l'anastomose qui unit le ganglion cervical supérieur au ganglion de Casser (filet sympathico-gassérien de François Franck), produit au contraire la dilatation de la pupille sans agir sur les vaisseaux oculaires. Ici la dissociation anatomique complète et contrôle la dissociation expérimentale. Enfin, des faits pathologiques établissent aussi l'indépendance des deux actions.
Reste la troisième hypothèse, la plus vraisemblable, qui est celle de François Franck, d'après laquelle le grand sympathique aurait une action inliibitoire sur celle de la troisième paire. Cette action inliibitoire se produirait dans les ganglions périphériques.
La pupille ne se contracte que par action réflexe, ses mouvements sont soustraits à la volonté. Elle se contracte par deux influences, l'excitation lumineuse et l'accommodation unie à la convergence. Dans le premier cas l'action réflexe est directe; dans le second elle est indirecte.
Ii4 RELATlOiNS TONCTIONN ELLES DES DEUX YEUX
Il esl impossible de préciser le trajet de l'innervation pour le réflexe lumineux. On peut supposer que l'arc réflexe s'établit simplement par le ganglion ophtalmique, mais si l'on considère que l'excitaiion d'un seul uii! fait contracter les deux pupilles, il faut nécessairement le reporter plus haut, et Ton admet que le réflexe s'établît par l'intermédiaire des lilets émanés du noyau de substance grise des tubercules quadrijumeaux.
D'après Darkschewitsch et Mendel, la voie nerveuse du réflexe lumineux serait la suivante : le nerf optique, le ganglion de Tliabenula du même côté, puis, par la commissure postérieure, le noyau de Gudden, et, de ce noyau, les fibres du tronc de l'oculo-moteur.
Wernicke admet également que l'arc réflexe ne s'étend pas an delà des tubercules quadrijumeaux, d'où, selon lui, la conséquence que toute léi^ion de l'appareil nerveux siégeant en deç'i des tubercules abolit le réflexe lumineux, toute lésion siégeant au delà le laisse intact. Le signe de Wernicke n'a pas l'importance clinique qu'on lui a attribuée.
La question se complique si Ton considère que le réflexe lumineux peut être aboli par la lésion du centre cilio-spinal. Cependant, on peut concilier l'action du centre cilio-spinal avec la localisation principale dans les tubercules quadrijumeaux, sachant que de ces tubercules part un faisceau de fibres descendantes dont j'ai déjà parlé et qui, après avoir ■ contracté des connexions avec le noyau de la troisième paire, d'après Hans Held, se rend dans la moelle cervicale, où il peut contracter des connexions avec le centre ciliospinal. I
J'ajouterai enfin que j'ai observé plusieurs fois l'abo- i litioQ totale du réflexe lumineux dans les lésions corticales produisant l'hémiopie.
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQLES
Si l'excitalioû lumineuse est produite par l'image d'un objet à contours définis, elle détermine un nouveau réflexe qui a pour but d'obtenir une image nette de l'objet sur la rétine, c'est le réflexe d'accommodation. C'est vraisemblablement par les filets déjà mentionnés, qui des tubercules quadrijumeaux antérieurs se rendent dans les noyaux moteurs, que la connexion entre les neurones sensitifs et moteurs s'établit pour ce réflexe, mais aucun fait positif ne le démontre.
Le réflexe d'accommodation détermine, en même temps que la contraction du muscle accomraodateur,la contraction de la pupille, contraction qui est distincte, comme on sait, de celle qui est produite par l'excitation lumineuse, et que l'on qualifie de réflexe pupillaire d'accommodation. Il y a lieu de se demander si cette contraction de la pupille est le résultat direct de l'excitation de la rétine par l'image de l'objet, supposant l'existence d'un arc réflexe spécial, ou si -elle est simplement le résultat d'une association musculaire supposant une connexion entre le centre moteur de l'accommodation et celui de la pupille. C'est cette dernière interprétation qui me parait être la bonne. Le terme réflexe pupillaire d'accommodation opposé au réflexe lumineux ne serait donc pas très exact, et il n'y a pas lieu de parler d'un arc réflexe spécial pour la contraction pupillaire dans l'accommodation, comme il en existe un pour le réflexe lumineux. Remarquons que, dans l'exercice normal de la vision, cette contraction de la pupille quand on regarde de près, est provoquée aussi bien, et même plus énergiquement, par la convergence que par l'accommodation et qu'elle se produit en dcbors de toute influence de l'accommodation. Un exemple caractéristique nous est fourni par
i cas de paralysie dipbtérilique de l'accommodation, qui
RELATIONS FONCTiONMELLES DÈS DEUX VÉCK
réalisent cette dissociation curieuse, de paralyser l'accommodation dans les deux yeux, en respectant l'innervation de la pupille ainsi que celle de la convergence. Dans les cas de ce genre, en sollicitant la fixation de près, la pupille se contracte, bien que l'accommodation soit paralysée dans les deux yeux ; elle se contracte sous l'influence de la seule convergence. Par contre, si l'on supprime, chez ces malades, l'inlluence de la convergence en couvrant un tell — ce que l'on n'obtient pas aussi facilement qu'on pourrait le croire — on remarque que, dans la fixation rapprochée monoculaire, la contraction de la pupille ne se produit plus. En d'autres termes, quand l'influence de la convergence et celle de l'accommodation se trouveat supprimées dans la fixation de près, la contraction de la pupille n'a pas lieu, ce qui prouve qu'elle se produit par leur intermédiaire, en vertu d'une association musculaire, non en vertu d'un réflexe direct.
Dans ces trois actes musculaires, la convergence, l'accommodation et la contraction de la pupille, qui, dans la fixation rapprochée, se produisent d'une manière synergique, il y a donc à distinguer ce qui est le résullat de l'action réflexe directe, et ce qui est le résultat de l'association musculaire.
La convergence s'exécute sous l'influence d'un réflexe spécial.
L'accommodation s'exécute sous l'influence d'un réflexe spécial.
L'un de ces deux réflexes, dans l'état normal, suffit à provoquer les deux actes, en vertu de TassociatioD musculaire qui unit la convergence etraccommodalion, ainsi que la contraction de la pupille, en vertu d'une association musculaire de même ordre.
CONSIDÉRATIONS ANàTOMIQl'ES U7
Le réflexe de convergence comme le réflexe d'accommodation paraissent localisés dans les parties centrales de la rétine. C'est là seulement, en efl'el, qu'ils ont leur raison d'être. Toutefois, des expériences précises manquent à cet égard. A défaut d'expériences, voici l'observation résumée d'un fait clinique intéressant.
Une femme de vingt-neuf ans est prise subitement d'un trouble visuel dans les deux yeux. Quand elle se présente à moi, le 7 juin 1894, je conslale l'existence d'un scotome central double, non absolu, d'une étendue de 4 à 5", V = 5/SO dans chaque œil. J'insiste sur ce fait, que ce scolome n'avait pas les caractères des scotomes alcooliques ; il s'était déclaré subitement et n'intéressait pas d'une manière spéciale la vision des couleurs. Or, chez celte. malade, dont l'œil avait une structure normale el qui jouissait d'une bonne vision antérieurement, la convergence, l'accommodation, le réflexe lumineux étaient sinon complètement abolis, du moins très altérés.
Je ne connais pas dans la littérature d'observation semblable ; je n'en trouve pas dans les monographies sur la périmétrie de Ole Bull et de Karl Baas. Si cette observation trouvait sa confirmation dans d'autres faits, elle servirait à fixer un point important dans la physiologie de la vision, savoir le rôle des fibres centrales dans les réflexes qui agissent sur la convergence, l'accommodation et la pupille, en opposition avec les réflexes qui agissent sur les mouvements associés de direction, lesquels peuvent être déterminés par une excitation sur un point quelconque des rétines. Dans cet ordre de faits, il y a encore à noter l'altération des réflexes pupillaires dans le scotome central des alcooliques, signalée par Eperon.
Je rappelle enfin que l'indépendance des éléments de
146 RELATIOSS FONCTIONNEl.LES DES DEUX YEUX
conduction qui servent à la vision centrale, sans être nettement établie, est admise par plusieurs auteurs et repose sur 1 un grand nombre de faits analomiques, cliniques et physiologiques'.
Ces considérations anatomiques, où je me suis efforcé de ■ donner une idée de l'étal de nos connaissances, ont surtout j pour but de montrer la possibilité de trouver un jour l'explication organique des phénomènes visuels. Mais, acluellement, ces connaissances sont toul i\ fait insuffisantes pour 1 qu'il soil possible d'en déduire le fonctionnement de l'a pareil visuel; ce serait tenter une œuvre qui resterait aussi j confuse que stérile. Que l'on observe d'ailleurs comment | s'établit l'anatomie fonctionnelle du cerveau ; c'est presque ] toujours le fait physiologique ou le fait pathologique qui 1 prépare la connaissance du fait anatomique.
Nous devons donc étudier les faits physiologiques ea 1 eux-mêmes, tout en signalant, quand l'occasion s'en présente, leur concordance avec les faits anatomiques. Nous 1 arriverons beaucoup plus facilement ainsi à nous faire une I idée exacte du fonctionnement de l'appareil visuel, en même | temps que nous préparerons la voie aux anatomisles, pour 1 l'étude des connexions nerveuses que ce fonctionnement \ implique. C'est sur l'expérimentation physiologique et sur I les faits cliniques que nous allons surtout nous appuyer, pour l'étude des relations fonctionnelles des deux yeux.
' Sur le rôle da réflexes dans la vision, voyez un travail récent de Redilingius : l'Organe de Ut vision eiivisa{/i' comme syslème dnrgnnea seniilivo- | ntoleurs. (Sociclé néerlandaise d'ophtalmologie, 13 juin 1897.)
CHAPITHI': II
LA VISION BINOCULAIRE
Les relations roiiclionrielles des deux yeux ont élé cou- J fondues, jusqu'ici, a\ec la vision binoculaire. Or, la pre-s raière vérité dont il faut se pénétrer, c'est qu'il y a deux: modes de vision avec les deux yeux, l'un que l'on peut appe-J 1er vision simultanée, l'autre vixhn binoculaire propi'ementl dite. Enfin, l'étude de ces relations comprend aussi ( de certains phénomènes d'alternance qui se produiseatl quelquefois lorsque les deux yeux sont ouverts.
L'appareil de vision simultanée est plus fondamental, plus solidement établi héréditairement. La vision binoculaire nous apparaît comme une fonction de perfectionnement ; son appareil, de date plus récente, dans l'ordre phylogénique, est plus fragile, plus susceptible de vices de développement, lorsque des obstacles à son fonctionnement existent dès l'enfance. Pour la même raison, il est aussi plus susceptible de développement par l'exercice, surtout chez les jeunes sujets.
Il serait donc logique d'étudier d'abord l'appareil fondamental de vision simultanée, puis celui de vision binoculaire. Cependant, pour la clarté de l'exposition, nous suivrons l'ordre inverse. La vision binoculaire se prête mieux à l'analyse; son appareil est, par suite, plus facile à définir.
En oulre, nous trouvons une alîeclion qui est essentîellemenl caractérisée par un vice de développement de l'appareil de vision binoculaire, c'est le strabisme. Le strabisme, en altérant progressivement l'appareil de vision binoculaire, nous aidera d'abord à comprendre son fonctionnement, puis, en détruisant cet appareil, il nous permettra de comprendre ce qu'est la vision simultanée et de délinir ce qui constitue son appareil. Il nous suffira, pour cela, d'étudier les caractères de la vision du strabique qui ne jouit plus à aucun degré de la vision binoculaire.
La vision binoculaire a essentiellement pour but la coopération des deux yeux à une même sensation, afin de rendre cette sensation plus parfaite, plus précise en ce qui concerne sa localisation dans l'espace. Pour cette coopération, les deux yeux sont associés cérébralement de manière à former, au point de vue fonctionnel, un organe unique (œil cyclopéen).
La vision binoculaire est la fonction d'un appareil spécial qu'il s'agit de définir. Cet appareil est composé, comme l'appareil visuel général sur lequel il est développé, d'une partie .sensorielle, d'une partie motrice et de liens qui unissent l'une à l'autre.
La partie sensorielle est représentée par des connexloiis jiartir-uUères des rétines avec les centres visuels cérébraux, destinées k centraliser leurs impressions et à les extériorer d'une certaine manière ; la partie motrice est représentée par la convergence, par les mouvements associés de distance, indispensables au fonctionnement de la partie sensorielle; les liens qui unissent la partie sensorielle el la partie motrice se traduisent par un réflexe particulier qu'il convient d'appeler ri-flexe rél'mïen de convergence.
LA VISIO.N BINOCULAIRE