ET LE DÉVELOPPEMENT DES SENS
et de la vision. Les sensations auditives paraissent faire défaut. Les différentes excitations sensorielles se traduisent chez la Pholade dactyle par des réactions musculaires très délicates, que Ton peut enregistrer, et qui attestent en particulier une grande sensibilité de la peau de l'animal aux différences d'intensité de la lumière, et même, selon l'auteur, aux différences de réfrangibilité ou de couleur1.
D'autre part, la Géologie découvre une certaine corrélation entre le développement progressif des sens, chez les animaux, et l'apparition, sur notre planète, des causes physiques qui provoquent les sensations. « Les manifestations de la nature qui donnent lieu aux sensations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, dit Albert (iaudry, semblent être devenues de plus en plus intenses à mesure que les temps géologiques se sont déroulés ; sans doute les sensations ont progressé en môme temps". »
On voit combien les faits de toute origine concourent à établir que la cause déterminante des différenciations analo-
1 Paul Bert, le premier, a remarqué que certains mollusques sont sensibles non seulement aux différences d'intensité, mais aussi aux différences decouleur de la lumière. Lubbock, Gruber, Raphaël Dubois, Forel, ont fait des expériences confirmatives.
Mais ces expériences ne démontrent pas péremptoirement que ces animaux distinguent la couleur, ni même que les réactions musculaires produites par les différences de couleur soient en rapport avec la qualité de la lumière. Ces animaux étant particulièrement sensibles aux différences d'intensité, il est possible que l'action différente des couleurs tienne à leur intensité lumineuse différente. Cette confusion est facile à commettre, même dans les expériences sur la rétine humaine, ainsi que nous le dirons à propos de la persistance de l'impression lumineuse sur la rétine.
11 est probable cependant que les couleurs déterminent des sensations différentes chez les animaux, mais nous n'en avons pas la démonstration expérimentale. On peut seulement le déduire d'analogies anatomiques, telles que la prédominance des cônes dans la rétine, ou de considérations philosophiques qui nous autorisent à croire, par exemple, que dans l'ordre admirable de la nature la richesse en couleur du plumage de certains oiseaux mâles doit avoir un but.
2 Albert Gaudry. Paléontologie philosophique, 1896, p. 101.