‹ La visionChapitre 11 sur 68 · RikisKE. Zeitschr. f, wissensch. Zool.y t. XXV · texte numérisé non relu

RikisKE. Zeitschr. f, wissensch. Zool.y t. XXV

2. R. Dubois. Anat. et Physiol. comparées de la Pholade dactyle. Paris, 1892.

se contracte, comme si on le touchait. Une main déplacée rapidement entre Fanimal et la lumière, un nuage de fumée qui passe, d*autre part une allumette éclatant dans l'obscurité, suffisent pour provoquer cette contraction. La photo-réceptivité en cause est répandue dans la peau de toutes les parties du corps exposées à l'air, mais elle est surtout marquée dans le siphon, et particulièrenient aux points les plus pigmentés. — Remarquons que ce sont 'là des réactions typiques aux variations de l'éclairage.

Une faible lumière provoque une contraction vermiculaire du muscle superficiel du siphon, contraction qui se propage de proche en proche ; le siphon s'incurve vers le foyer lumineux. Si on augmente l'intensité lumineu&e, brusquement, le siphon se redresse et se raccourcit, par une contraction du muscle profond. — 11 faut savoir que dans la peau du siphon se trouve une couche musculaire superficielle, et que dans la profondeur il y a un gros muscle longitudinal. La photo-réaction superficielle est seule à se produire avec une faible lumière ou chez un animal qui a été soumis à des excitations antérieures multiples. La « fatigue » diminue vite et fait cesser la photo-réaction dans le muscle profond d'abord, puis celle du muscle superficiel. A ce moment, l'excitabilité électrique du muscle existe encore; Dubois en conclut que la « fatigue » ne réside pas dans le muscle, mais dans l'organe photo-récepteur. Quant aux longueurs d'onde elîicaces, les ultra-rouges et les ultra-violettes sont sans effet photo-moteur. Le spectre solaire agit dans toute l'étendue où il ébranle notre œil, mais la partie la plus efficace est notre jaune, puis vient (dans l'ordre décroissant) le vert, le bleu, le violet et enfin le rouge. Les radiations rouges (pour nous) provoquent une contraction ressemblant à celle produite par une faible lumière jaune, ou par une lumière blanche encore plus faible.

L'efficacité totale de la lumière blanche est approximativement égale à la somme des efficacités de toutes les radiations.

Les cellules épitliéliales, dit Dubois, se prolongent par leur extrémité profonde, en continuité anatomique, dans les fibres contractiles superficielles, réalisant ainsi un appareil myo-épilhélial. G'estle a système avertisseur ». Plus profondément est une couche de fibres nerveuses (couche neuro-conjonctive), en relation avec le système nerveux central; de ce dernier part un nerf moteur pour le muscle profond, longitudinal, du siphon. — Notons qu'il résulte des expériences de Dubois que réellement K\ photo-réaction du muscle profond suppose l'intervention du système nerveux central, au contraire de celle du muscle superficiel. — La lumière, dit Dubois, excite toutes les cellules épithéliales, et par leur inlermédiaire, par continuité de substance, les cellules musculaires superficielles. Provoquée ainsi en un point du muscle superficiel, l'excitation se propage dans le muscle de proche en proche, à la manière dont cela se passe dans le muscle cardiaque. Mais la contraction du muscle superficiel excite mécaniquement la couche nerveuse, qui à son tour sollicite, par acte réflexe, la contraction du muscle profond. — Tout cela est parfait. La distinction entre les mécanismes nerveux des .deux contractions est des plus intéressantes. Cependant, il ne nous semble pas ressortir de la partie anatomique du travail de Duuois que les fibres nerveuses n'aient aucun rappoft de continuité avec aucune partie du système avertisseur. C'est là un point discutable.

Mais nous devons absolument nous séparer de Dubois lorsqu'il se met h psychologuer sur les sensations de la Pholade. Il commence naturellement par supposer des sensations chez cet Acéphale, puis il utilise une donnée expérimentale fort contestable. Nous avons dit que bi

pholo-réaclion aux rayons rouges (pour nous) est semblable à celle qui résulte d'une lumière blanche très faible. Dubois relève toutefois dans les graphiques de ces contractions une très faible dilTércnco pour ce qui regarde la vitesse avec laquelle se pioduit la contraction dans les deux cas (partie ascendante de la courbe), difierence problématique d'après nous, et sur laquelle Tauteur passe d'ailleurs rapidement, et surtout trop rapidement pour y asseoir des déductions d'une importance extrême. Non seulement Dubois suppose des sensations lumineuses chez la Pholade, mais, dit-il « la sensation d'intensité lumineuse dépend de l'amplitude de la contraction dermatoptique du système avertisseur, tandis que la sensation chromatique résulte de la vitesse plus ou moins grande de cette contraction. » — Pour étayer celte interprétation psychologique d'un processus physiologique, Dubois donne le nom d'impression à la modification fonctionnelle dans son système avertisseur. Cette impression comprend donc et notre photo-réception et l'une des deux photo-réactions de la Pholade. — La sensation, continue Dubois, se compose exclusivement de l'ébranlement à la terminaison nerveuse provoquée par l'impression. Mais la sensation peut être latente ou bien perçue. Dans ce dernier cas, l'ébranlement nerveux phériphérique se transmet de proche en proche le long des nerfs jusqu'aux autres percepteurs, et y éveille la perception. Enfin, cette perception peut-elle aussi être inconsciente ou consciente.

Dubois donne donc le nom de sensation à Tébranlement de l'extrémité nerveuse périphérique, à un processus physiologique dont nous connaissons dès maintenant quelque chose, et qu'on s'accorde à nommer « influx nerveux ». Le nom de sensation, désignation psychologique, est ainsi appliqué à un fait d'ordre physique. Et dans l'opinion de l'auteur, ce processus physiologique aurait réellement « quelque chose » de psy-

LA VIS10:i CHEZ LES ANIMAUX 69

cliologique, bien que ce « quelque cliosc » no lasso pas partie de noire conscience. Dès que le mot « visuel » y t*sl, l'idée de quelque chose do u visuel » se prosonto inimcdiatement. D'un autre c6to, la signification que gonoralementles psycliologistesatlribucnt au mot « sensation » est tout d'un coup attribuée au mol « perception ». Si le phénomène physiologique est seulement « perçu »dans un centre percepteur, il ne l'olail donc pas à la périj)béric. Il y a enfin les sensations conscientes et les sensations «nconscientes, une hypothèse contre laquelle on ne saurait trop s'élever. — Le procédé de Dubois est du reste celui que nous ne cesson§ de dénoncer comme archil^aulif: il commence par supposer des sensations, puis '' emploie des termes psychologiques dans de nouvelles acceptions, ce qui néanmoins ne l'empêche pas de les employer dans leur première signification. De cotte manière Dubois arrive à dire qu'à Vaide de son <ril èlè- ^^ntaire, la Pholade est capable d^écrire elle-même ses ^ffipressions lumineuses et chromatiques. — Cotte phrqso, ^ous le voulons bien, est une licence poéticjue; mais la poésie est dangereuse dans un livre de science.

Notons enfin qu'en supposant que tout cela soit vrai, ^e ne seraient pas des sensations visuelles, mais plutôt ^es sensations tactiles que la Pholade éprouverait. Le f)roblème de la photo-réception resterait tout entier à élucider, confiné dans les cellules épithéliales do la Pho- Jade, et ce côté de la question n'a nullement été touché Jjar l'auteur.

Willem* a fait des recherches importantes sur la dertnatoptique chez les Gastropodes, sur lescpiclles nous reviendrons encore à propos de l'icono-réaction (acuité visuelle). Il a prouvé notamment que les Gastropodes

I. Willem (V.). De la vision chez les Molkisqucs Gastropodes pulmonés, in Arch, de Biol.y 1892, t. XII, p. 67.

6o LA VISION

munis d'yeux elFectuent des phpto-réactions après enlèvement de leurs yeux. Ils ont donc la vision dermatique.

Après avoir très judicieusement posé les vrais principes, en discutant le travail de Dubois, Willem * tombe lui-même dans Terreur qu'il vient de combattre. « Il me paraît rationnel d'admettre, dit-il, que les excitations lumineuses de la peau (dans la vision derma tique), différant essentiellement des ébranlements dus au contact, à la clialeur, donnent naissance dans le sensorium à des sensations qui possèdent un caractère propre, qui les distingue des sensations de douleur, de cliaud, de froid, et qui en fait de véritables sensations d'optique. »

Nous sommes d'accord avec Willem qu'une photoréception, une tango-réception, etc., diffèrent essentiellement entre elles, mais elles ne diffèrent sûrement que lorsqu'elles se produisent dans des organes différents et spécialisés. Ces deux espèces de réceptions donnent néanmoins naissance l'une et l'autre à un processus nerveux identiquement le même. Et si chez l'homme (et probablement chez les animaux supérieurs), elles produisent des sensations différentes, ce n'est pas parce que la réception ni même le courant nerveux diffèrent, mais parce que l'influx nerveux est conduit l'une fois dans le centre cortical optique, l'autre fois dans le centre cortical tactile. — Il semble à Willem «que l'excitation provoquée par la lumière doit avoir quelque chose de la nature de la lumière ». — Un « quelque chose » de l'agent physique serait ici, d'après nous; de « nature vibratoire ». Mais ce n'est pas ainsi que l'entend Willem. 11 commence par attribuer à l'agent physique a quelque chose » de la sensation (supposée), puis ce « quelque chose de lumineux », il le réfléchit sur

I. Le même. Sur les perceptions dermatoptiques, in flull. scientif. etc., de Giard, 1891, i. XXIII.

LA VISION CHEZ LES A^ilMALX Gl

la pliolo-réception, et ainsi de suite. Des raisonnomenls pareils, échappés aux meilleurs auteurs, démontrent ad oculos la nécessité absolue d'une nouvelle nomenclature, objeclivante, et qui nous dispense d*employer une expression psychologique pour désigner un processus purement physique (ou physiologique). — En un autre endroit, les sensations ne sufïîsent pas à Willem comme cause des mouvements visuels des Gastropodes ; il lui faut encore des sentiments de a plaisir » et de « déplaisir » provocjués par ces sensations.

FoREL^ relève que « Graber n'a pas démontré que les sensations produites par la lumière agissant sur la peau, soient d'une qualité particulière, spéciale, différente des sensations de douleur, de chaleur, de froid, de toucher; qu'il n'est pas démontré que l'animal puisse à leur aide reconnaître quoi que ce soit, ni distinguer un objet bleu d'un objet rouge, par exemple. La qualité de ces sensations pourrait bien être voisine de nos sensations de froid, de chaud, et tout à fait différentes de nos sensations optiques ». r— Quelque sensé que paraisse ce raisonnement à premièrevue, le point de départ en est faux, en ce sens qu'il commence par l'hypothèse de sensations en général. Aussi l'auteur arrive-t-il à la conclusion suivante : « l'animal ne « voit » pas par la pcîau ; il « sent » seulement la lumière, ses degrés el la longueur de ses ondes. — Nous disons non, il ne voit pas, si par ce mot on entend, comme le fait Forel, le représentation visuelle, psychique d'un objet. Nous ne savons pas davantage si l'animal « sent » quoi que ce soit. Et s'il sentait les longueurs d'onde, ce serait bien de la chromatopsie pure, au même titre que celle de l'homme.

Page 1