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DES PHOTO-RÉACTIONS CHEZ CERTAINS ANIMAUX

Les photo-réflexes que nous envisageons chez les animaux sont des réflexes sur tout le corps, c'est-àdire des (n photo-réflexes somatiques », ayant pour résultat de déplacer tout le corps, ou au moins de régler les mouvements de tout le corps. Chez les animaux supérieurs, il arrive que le photo-réflexe somatique ne soit pas général, mais partiel. Le mouvement d'une partie du corps, de la tête, de la langue, des mains, remplace le mouvement (de préhension par exemple) de tout le corps. — Les mouvements des yeux, ou photo-réflexes sur les yeux, occupent une place à part. Nous en parlerons à propos de la vision chez l'homme.

XVIII. Invertébrés. — La plupdrt des invertébrés ne disposent que d'héliotropies et de réactions aux variations de l'éclairage. Des moto-réactions, même d'un ordre élevé, se rencontrent chez les articulés, et surtout chez les insectes ailés adultes, mais rien d'une iconoréaction. La fine régulation des mouvements de tous les invertébrés estle fait soit de tango-réceptions (antennes tactiles, etc.), soit de chémo-réceptions à dislance (odor-réactions), fabuleusement développées chez certains insectes ailés, soit de chémo-réceptions au contact (goût).

Araignées, scorpions, myriapodes. — Il résulte des recherches de F. Plateau que chez les mille-pieds,

les photo-réactions ne dépassent pas l'héliotroplsme. Chez les scorpions, elles revêtent un peu le caractère des moto-réactions. — En fait d^ araignées, celles à toiles réagissent aux variations de l'éclairage. Suivant Plateau, elles ne « remarquent » à la vue que de très gros objets, un homme par exemple et de très près. Elles ne voient pas la mouche prise dans la toile, mai,s sont guidées vers leur proie par leurs tangoréceptions. — Quant aux araignées sautantes, elles sont douées de moto-réactions bien accusées. Elles « remarquent » le mouvement d'un petit objet, à la distance de lo centimètres, et l'attrapent en sautant (F. Plateau). Suivant l'expression bien caractéristique de FoREL, elles sautent, non sur Vobjet, mais sur l'endroit où elles ont vu un mouvement.

XIX. Photo-réactions des fourmis. — Dans certaines circonstances (p. 36), les fourmis révèlent des réactions héliotropiques. — Mais dans quelle mesure leurs pérégrinations sont-elles incitées ou réglées par des photo-réceptions ?

Certaines fourmis, telles que le Lasius niger, dont les yeux (composés) n'ont que très peu d'ommatidies (une douzaine et moins), ne paraissent guère disposer que de phototropies, ou de vagues réactions à des variations de réclàiragc (Bethe*). Dans ses pérégrinations, le Lasius niger est guidé à son premier aller par ses tango-réceptions, et au retour, vers le nid, par une chémo-réception, par un corps chimique

I. Bethe. Die Psyché der Armeisen. Arch. de Pflûger, t. LXX, 1898 et t. LXXIX, 1900.

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adhérant à sa première trace ou à celle d'une autre fourmi (voir aussi Forel* et Janet'^). Rien dans les allures de cette fourmi en quête d'une proie ou à son retour au nid ne dénote qu'elle évite les obstacles moyennant ses photo-réceptions. Déplacée de sa roule pendant le retour au nid, elle erre au hasard, jusqu'à ce qu'elle tombe sur une trace pareille, et alors avec une précision absolue, elle suit la trace vers le nid, même si préalablement on Ta aveuglée en lui noircissant les yeux (Forel). La fourmi reconnaît les habitantes du même nid probablement aussi à Faide de chémo-réceptions ou de tango-réceptions qu'elle provoque en tâtonnant de ses antennes la fourmi qu'elle rencontre.

Voilà pour les fourmis qui se frayent des chemins, qu'elles parcourent du reste pendant la nuit. Tout autres sont les fourmis qui ne frayent pas de chemins. En général, leurs yeux renferment un grand nombre de facettes (des milliers), et elles présentent des photoréactions plus évidentes. Forel constate que la Formica rufa « y voit ». — On rencontre dans nos forêts des essaims de Formica rufa, qui semblent errer au hasard, mais qui suivent toutes la même direction globale. Lors du retour au nid, elles pourraient bien être guidées par un « souvenir » visuel. En tous cas, elles présentent des moto-réaclions visuelles en toute forme. Si on meut devant un de ces insectes le bras ou une canne, même à la distance de dix et vingt

1. Forel. Les fourmis de Suisse, in Nouveaux Mém. de la Soc. helvétique. Zurich, 1874.

2. Janet. Études sur les Fourmis, les Guêpes et les Abeilles. Limoges, 1897.

centimètres, il s'arrête, se redresse avec la tête vers l'objet, ouvre la bouche comme pour mordre, d'une manière « menaçante », et cela non seulement si la canne projette sur l'insecte une ombre, mais même si elle est avancée latéralement. L'effet n'est du reste obtenu que moyennant un objet en mouvement. Ce sont de véritables moto-réactions, à la vérité d'un ordre très élevé. A notre avis, il n'y a pas, chez ces fourmis, des photo-réactions qu'on puisse qualifier d'icono-réaclions ; les fins mouvements de toutes les fourmis sont' réglés par les tango-réceptions.

Sur la foi d'expériences du même genre faites avec la Formica sanguinea, Wa.sma.nn * attribue aux fourmis de l'acuité visuelle et la vision des formes. De plus, ayant observé que par suite de la répétition d'une photo-réaction « menaçante », la fourmi cesse de réagir (voir plus loin « mémoire visuelle »), Wasmann dit que non seulement la fourmi « voit » les détails de l'objet, qu'elle finit de plus par ne plus « craindre » le doigt, car elle « reconnaît » la superfluité de ses etTorls et la « non-nocuité » de l'objet. Aussi elle « renonce » à ses « menaces » et à l'attaque. — Wasmann conclut aussi à une « acuité visuelle » assez développée chez les fourmis, en se basant sur Tobservation de certains faits de mimicry, de mimétisme des formes, consistant en ce que certains coléoptères, hôtes parasites tolérés par les fourmis, revêtent à un haut degré la forme de leurs hôtes. — Pour notre part, nous ne pouvons voir dans ces faits, d'ailleurs

I. Wasmann. Die psych. Fâhigkeiten der Ameisen, in Zoolof^ictty f. 26. Stuttgart, 1899.

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très bien étudiés par Wa-Smann, que des eflets de tango-réceptions des fourmis, développés par l'évolution naturelle. Wasmann lui-même démontre que la fourmi n' « aperçoit » visuellement ces hôtes que s'ils se meuvent. Dans certaines circonstances, discutables d'après nous, elles en apercevraient d'immobiles à 4-5 millimètres. Ce serait une « acuité visuelle » de l'ordre de celle que Willem attribue au colimaçon !

XX. Photo-réactions chez les Abeilles, et en général chez les Insectes ailés. — De toutes les observations (S. ExNER, F. Plateau, Bethe, Forel, Lub- BOCK, etc., etc.) se dégage la conviction que les photo-réactions des lépidoptères, des hyménoptères et des diptères adultes sont, ou bien des héliotropies, ou bien des réactions aux variations de l'éclairage, ou encore des moto-réactions, et que ces animaux ne disposent pas d'icono-réactions véritables, comparables à celles des oiseaux et des singes par exemple. Leurs jBns mouvements de locomotion et ceux de préhension des aliments ne sont pas guidés par leurs photo-réceptions. Généralement même leurs pattes et les mandibules sont situés en dehors du champ visuel, les yeux étant placés sur le dos.

Examinons de plus près quelques photo-réactions des insectes adultes. — Nous avons signalé (pp. 34 et 36) les héliotropies des insectes adultes, notamment celles des mites et des papillons en général. Des phénomènes qui se rattachent aux héliotropies ont été étudiés par Réaumur, Cdvier, F. Plateau, Forel, etc., chez les hyménoptères et les diptères. Si on lâche, en la laissant choir, dans un appartement obscur.

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une mouche à viande (ou un papillon, une abeille), elle tombe par terre et reste immobile. Mais si une ouverture pratiquée dans un volet est suffisamment claire, la mouche vole et se dirige vers l'ouverture, F. PlaIteau démontre que seule l'intensité lumineuse totale de l'ouverture est le motif déterminant du volet de la direction que prend Tanimal, et qu'il n'y a pas là d'icono-réaction. Nous disons que la lumière excite le mouvement de la mouche et le dirige suivant les lois de l'héliotropisme positif. On peut transporter une abeille à travers le jardin, dans un verre à boire renversé, sans qu'elle puisse en sortir — attirée qu'elle est en haut par son héliotropisme positif.

Nombreux sont les auteurs affirmant l'existence d'une « acuité visuelle » chez les. insectes ailés. — Il résulte notamment des observations d'ExwER que, somme toute, les exemples allégués ne sont que des moto-réactions. Voudrait-on parler d' « acuité visuelle », ou plutôt d'icono-réaction, lorsqu'un insecte évite des obstacles en volant, ou lorsqu'il se place sur une brindille? Ou encore lorsque le taon vole autour d'un gros animal, même en repos? — Un insecte qui s'envole devant un corps en mouvement ne fait au fond rien autre chose que le Lamellibranche ou le Gastropode qui se rétracte lorsqu'un corps opaque passe entre lui et la source lumineuse. Il exécute une réaction à une variation de l'éclairage. Mais cette réaction est compliquée, c'est une moto-réaction en toute forme. — L'insecte qui en volant évite des obstacles en agit de même. Cela est évident s'il s'agit de gros obstacles. L'animal est animé du vol pour des motifs physiologiques que nous n'avons pas à rechercher ici ; et lors-

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qu'il approche d'un obstacle, c'est « visuellement » comme si l'obstacle s'avançait vers lui. L'obstacle s'approchant provoque une moto-réception, qui modifie le vol total de l'animal.

L'insecte qui s'oriente visuellement, en volant, parmi les petits obstacles, révèle un développement remarquable de ses moto-réactions, mais pas d'iconoréactions véritables. A en juger par ce qui se passe chez l'homme, celles-ci paraissent même être impossibles pendant un mouvement aussi rapide (voir plus loin).

Lorsque les insectes sont munis des deux espèces d'yeux, ceux à facettes semblent présider presque exclusivement aux photo-réactions. Après destruction des yeux composés, ces animaux se gèrent comme des aveugles, c'est-à-dire dépourvus de photo-réactions (F. Plateau). — Chez les formes larvaires (chenilles), munies seulement d'yeux simples, les photoréactions sont ou bien des héliotropies, ou bien des réactions univoques aux variations de l'éclairage.

Pour la dioptriqae de l'œil composé, voir notre article « Dioptriqae » dans le Dictionnaire de Physiologie de Ch. Richet. a propos de cette dioptrique surgit la question de la vision simple avec des yeux multiples ; elle sera envisagée plus loin, à propos do l'homme.

XXL Vertébrés. — Nous ne trouvons des iconoréactions bien manifestes que chez les oiseaux et chez les mammifères supérieurs, quadrumanes. Elles sont certainement rudimentaires chez les carnassiers (chien, chat, etc.), très controversables chez les

Solipèdes et les Ruminants, et font défaut chez le lapin. Chez les mammifères inférieurs, chez les reptiles, les poissons, tous (sauf exceptions douteuses) dépourvus de véritables icono-réactions, les gros mouvements des animaux sont réglés par des motoréceptions visuelles ; quant à la fine régulation des mouvements, elle est le fait des tango- et des chémoréceptions.

Orientons-nous d'abord au moyen des faits établis chez V Homme, et employons à cet effet le langage psychologuant habituel. — L'acuité visuelle, le pouvoir de distinction pour les formes et les détails, est rudimentaire sur la périphérie de notre rétine, elle n'est bien manifeste que vers le centre de la rétine ; et très développée ♦ seulement dans la fovea. La vision des formes n'existe vraiment que dans la fovea et dans son entourage immédiat. Un homme dont la seule fovea (avec son entourage immédiat) ne fonctionne plus — dans la maladie connue sous le nom de scotome central — ne distingue (visuellement) aucun fin détail, ne sait plus lire, ne trouve les morceaux sur son assiette qu'en tâtonnant, ne reconnaît les traits d'aucun visage, ne voit pas les grimaces mimiques que fait un interlocuteur, etc. Mais il s'oriente très bien dans une rue fréquentée, évite les passants : il se comporte visuellement comme un homme sain, sauf lorsqu'il s'agit de distinguer de fins détails. La régulation visuelle grossière de ses mouvements persiste, la régulation plus fine fait défaut. Des mouvements délicats, comme la gravure, la couture, l'écriture, la lecture, etc., ne sont plus réglés visuellement.

Inversement, un homme dont la périphérie rétinienne ne fonctionne plus, mais dont la fovea est intacte ou à peu près (en cas de fort rétrécissement du champ visuel).

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peut lire, écrire, etc. ; seulement il ne saurait aller dans une rue fréquentée sans heurter les passants, et sans risquer de se faire écraser: la grosse orientation, en tant qu'elle dépend de la périphérie rétinienne (et elle en dépend en majeure partie) a disparu, tandis que la fine régulation, qui dépend exclusivement de la fovea, existe toujours.

Avec la fovea, on distingue les détails visuels des objets, tandis qu'avec la périphérie rétinienne on ne distingue que les gros contours, et encore très vaguement. Par contre, avec la périphérie rétinienne, on aperçoit les mouvements de gros objets et les variations de l'éclairage en somme aussi bien qu'avec le centre rétinien. Notre orientation parmi les objets environnants est surtout une moto-réaction, et non une icono-réaction.

Chez les Poissons, les Batraciens et les Reptiles, les photo-réactions, pour autant qu'elles ne sont pas des héliotropies, sont des moto-réactions. La grenouille, le serpent, ne saisit sa nourriture que pour autant qu'elle se meuve. Il n'est pas prouvé que le caméléon fasse exception à cette règle (bien qu'il possède une fovea). Un poisson dans l'eau peut être approché lentement jusqu'à être touché; mais le moindre mouvement brusque le fait fuir. Le plus souvent, la grosse préhension des proies est chez le poisson une moto-réaction. Mais, chez beaucoup de ces vertébrés inférieurs, la préhension plus exacte des aliments est une tango -réaction. — Deux arguments plaident cependant en faveur d'une certaine icono-réaction chez les poissons : le fait qu'ils sont doués d'un degré notable d'accommodation (Th. Béer), et la circonstance que les pêcheurs à la

mouche disposent d'une profusion de mouches artificielles de formes (et de couleurs) différentes. Aucun de ces faits ne semble absolument dirimant. En ce qui regarde les mouches volantes, il est certain que le poisson n'en reconnaît pas les détails visuels, mais seulement la forme de leur mouvement, tout comme personnellement, je reconnais au rythme de leur vol la plupart de nos oiseaux, dans des circonstances où il ne saurait s'agir de reconnaître les détails visuels de l'animal.

XXII. Oiseaux et mammifères. — Voyons de plus près les photo-réactions du chien, un mammif&re à photo-réactions relativement compliquées. Mon Fox se comporte visuellement à peu près comme un homme atteint de scotome central. Il ne me reconnaît que très vaguement « à la vue », et seulement de très près, à un, tout au plus deux mettes. Lorsqu'il ne me cherche pas, il passe à un mètre sans me reconnaître, pourvu que l'odorat ne le renseigne pas. Et s'il me cherche ou si je l'appelle, il ne m'identifie visuellement que de très près, et encore très vaguement, par ma silhouette générale et surtout par ma démarche totale. Je n'ai qu'à changer de démarche, en claudiquant, par exemple, pour qu'à deux mètres encore il me prenne pour un étranger, toujours à condition que je me tienne sous le vent de l'animal. A r « odorat » (odor-réceptions), il me « reconnaît » avec sûreté à des distances très grandes. Seuls mes gestes mimiques les plus gros sont (( interprétés » visuellement par lui ; mes mouvements mimiques plus fins sont comme non existants pour lui.

11 est certain néanmoins qu'en un point central de la rétine du chien, les moto-réactions sont plus fines, qu'il y a là une fovea encore très rudimen taire. Le moindre mouvement d'un objet pas trop fin attire son « attention » ; il y dirige le regard, c'est-à-dire qu'il le « fixe ». Mais pour l'identifier véritablement, il doit s'en rapprocher de très près. Il semblerait même qu'il ne reconnaît sûrement un objet et ne le saisit qu'après l'avoir flairé (odor-réaction).

D'autre part, un chien qui court ne saurait être guidé visuellement que par les gros détails des objets — comme du reste l'homme qui court, ou l'abeille et Toiseau qui vole</

Dans notre terminologie physiologique, ce qui précède veut dire que les photo-réceptions ne règlent que grossièrement les mouvements du chien ; la fine régulation de ses mouvements est le fait des odoret des tango-réceptions. Le chien révèle surtout des moto-réactions visuelles, et peut-être des icono-réactions grossières, qui ne sont guère plus développées que celles provoquées par la périphérie de la rétine humaine.

Le CHAT révèle des traces d'icono-réactions peut être plus évidentes que celles du chien ; mais en prenant une souris, il exécute une moto-réaction visuelle.

Le LIÈVRE et le chevreuil sont encore moins doués que le chien sous le rapport des icono-réactions. Ces gibiers ne remarquent pas le chasseur immobile dont la silhouette se profile sur un tronc d'arbre, s'il reste absolument immobile, et surtout s'il est sous le vent de l'animal. En supposant à ce dernier des icono-

perceptions et de l'acuité visuelle, elles ne suflBraient donc pas pour faire « distinguer un homme » à 5 ou 10 mètres ! Mais les plus petites moto-réceptions sont suivies de moto-réactions (fuite). — Le lièvre en quête de nourriture est guidé grossièrement par ses photoréceptions. Le choix véritable de sa nourriture est une tango-réaction (poils tactiles buccaux) et une odorréception. « Aperçoit-il » un objet inconnu (par ses gros contours), il tourne autour, « pour prendre le vent »,^et détale dès qu'il a <c flairé » un ennemi.

Les ruminants et les solipèdes, les rongeurs, etc., en général les mammifères inférieurs, ressemblent plus ou moins au lièvre pour ce qui regarde leur vue ; ils sont doués de moto-rcactions, mais de rien qui ressemble à une icono-réaction. La fine régulation de leurs mouvements est une tango- ou une odor-réaction. Le plus souvent, et tout comme chez les insectes, les véritables organes de préhension (lèvres) ne se trouvent pas même dans le champ visuel, et leurs mouvements ne pourraient pas être « surveillés » par les ' photo-réceptîons. Les fins détails des mouvements sont généralement réglés par les tango-réceptions (poils tactils, lèvres, langue).

Chez les quadrumanes (animaux à fovea centralis comparable à celle de l'homme), les fins mouvements des mains sont « surveillés » par les photoréceptions. Ces mouvements sont certainement des icono-réactions- assez fines, par exemple lorsque l'animal ouvre une noix ou lorsqu'il rend certain service de propreté à son semblable.

Les oiseaux diurnes, tous munis d'une fovea (au moins d'une), sont certainement doués d'icono-réac-

lions. Le granivore qui saisit un grain de millet, le poussin qui picore une miette de pain, exécutent des icono-réactions. Leurs tango-réceptions sont trop peu développées à cet effet, sauf exceptions toutefois: celles du bec règlent chez le canard les fins mouvements de préhension des aliments. — Chez les rapaces, les icono-réactions sont bien développées. Le plus souvent cependant leurs mouvements sont des moto-réactions ; et ces moto-réactions-là en imposent souvent pour une acuité visuelle exceptionnelle, supérieure à celle de l'homme. L'épervier par exemple, ou la buse « reconnaît » une souris de hauteurs d'où nous ne la « distinguerions » certainement pas, auxquelles la souris se présente sous un angle presque nul, et apparaît tout au plus comme un point.

Rappelons à ce propos les Indiens qui signalèrent à DE HuMBOLDT, daus les Andes, des guides attendus à plus de cinq lieues, c'est-à-dire à une distance à laquelle de Humboldt ne distinguait rien, et où un homme devait se présenter en réalité sous un angle visuel nul. Or, ce qu'on appelle acuité visuelle (chez l'homme) ne consiste pas à distinguer un point, mais deux points. Le fait est que les Indiens virent des points (obscurs sur la neige par exemple), et qu'ils « jugèrent » que ces points mouvants (ou qui n'étaient pas là l'instant d'avant) devaient être les guides attendus. L'acuité visuelle de ces Indiens n'était pas supérieure à celle du célèbre voyageur. — Pour en revenir aux rapaces, mon collègue et ami J. Fraipont, grand tendeur, m'informe qu'il a réussi à faire abattre un épervier sur une pomme de terre qu'il faisait mouvoir moyennant un fil.

Il s'agit là d'une catégorie de faits traités plus loin sous le nom de « sensibilité aux diflerences d'éclairage » , et encore y reconnaît-on l'influence prépondérante d'une moto-réception. — En psychologuant, on dira que la buse « voit » quelque chose se mouvoir, et de par son expérience antérieure, elle a sait » que ce ne peut être qu'une souris. Le perdreau « sait » qu'en restant immobile, il n'est pas aperçu par l'épervier qui plane, mais qu'au moindre mouvement il attire sur lui son ejanemi. — Nous disons que l'épervier qui fond sur sa proie exécute une motoréaction visuelle.

L'oiseau traversant au vol un taillis, se faufilant en volant à travers des espaces pas plus grands que lui, exécute des photo-réactions fortement graduées. Mais il est de toute impossibilité que les processus nerveux qui président à ces mouvements soient comparables à ceux d'un homme qui lit ou qui « reconnaît » à l'aide de son acuité visuelle un visage connu. Et si ce n'est pas par ses icono-réceptions (acuité visuelle), par quoi le moineau est-il guidé? — En nous faufilant à travers une foule, nous ne sommes pas non plus guidés par notre acuité visuelle (icono-réceptions). Nous le faisons, comme on dit, surtout par la perception des gros contours, à l'aide de la périphérie de notre rétine. Et il serait facile de montrer que cette « orientation visuelle » ne devient effective que par notre déplacement, c'est-à-dire que c'est une moto-réaction ' dans le genre de celle de l'insecte se faufilant parmi les obstacles Un primitif campagnard est même absolument désorienté en ville, parce que ses mouvements sont influencés par ses

véritables icono-réceptions, parce qu'il fixe du regard les objets visuels qui, chez le citadin, provoquent seulement des moto-réactions. — L'oiseau, lui aussi, est guidé à travers des obstacles par des moto-réceptions visuelles. Tout comme chez Tinsecte volant, les obstacles qu'il rencontre provoquent chez lui des moto-réactions: ses mouvements de locomotion, en tant qu'ils dépendent des photo-réceptions, sont des moto-réactions et non des icono-réactions.

L*icono-réaction doit être envisagée dans ses rapports avec a) le développement do la fovea, b) avec les mouvoiTients fixateurs des yeux et de la tête, et c) avecTaccommodation. Sauf quelques rares exceptions, de tous les vertébrés, les seuls singes et les oiseaux ont une fovea comparable à celle de l'homme. Chez les carnivores, et même chez les rongeurs, une partie rétinienne spéciale rappelle vaguement la macula lutea (circumfovéale) de rhomme. Les carnassiers surtout « fixent » avec cette partie rétinienne. Mais la macula humaine, tout en localisant mieux que l'extrême périphérie rétinienne, ne suffit pas même pour reconnaître les traits d'un interlocuteur. — Les carnivores fixent donc, et leurs yeux ont une motilité ^ssez grande, moindre cependant que celle des singes et de l'homme. Les rongeurs, les ruminants ne fixent que très vaguement ; leurs yeux sont relativement immobiles. Les yeux des oiseaux sont peu mobiles, mais leur motilité est remplacée par celle de la tête. Nous verrons que les mouvements oculaires servent à peu près exclusivement à la fixation ; ils ne se conçoivent guère sans fovea. — De tous les mammifères, les seuls quadrumanes ont une accommodation bien manifeste. Cette fonction en effet n'a de raison d'être qu'avec une fovea, avec une rétine iconique. Chez les carnassiers (chats), elle ne dé-

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passe pas deux dioptries. Ajoutez à cela que tous les mammifères sont hypermétropes d'au moins une à deux .dioptries, de sorte qu'au grand jamais Tun d'eux (les singes exceptés) ne saurait accommoder pour une distance rapprochée. — Les singes et les oiseaux ont un fort pouvoir accommodateur * .

XXIII . Comparaison des photo-réactions avec les statoréactions. — Au lecteur qui malgré tout ce qui précède hésiterait k voir la régulation a visuelle » des mouvements, même les plus fins, des animaux, envisagés comme de purs actes réflexes, nous recommandons de penser à la régulation incessante, mais inconsciente, de nos mouvements en apparence les plus conscients, les plus « volontaires >>, par les statoréceptions (sens de l'équilibre) et par celles du « sens musculaire ». Si, en cours de marche, nous venions à être privés des « innervations » fournies par notre vestibule, nous tomberions instantanément. Si, pendant que nous exécutons un mouvement de préhension, les innervations du sens musculaire venaient à disparaître, le bras retomberait ou le mouvement serait désordonné. On parle à tort des « sensations » à nous fournies par ces deux prétendus « organes des sens ». Le fait est que les réceptions afférentes « règlent » d'une manière absolument inconsciente, réflexe, les mouvements* du corps (voir à ce sujet plus loin, vision chez l'homme).

1. Voir à ce sujet notamment Th. Béer, Die Accommodation des Auges in der Thierreihe, in fViener klin. Wochenschr.y 1898, n» 1^2.

2. Quelquefois on parle ici de sensations inconscientes, qui détermineraient les mouvements. A propos de l'homme, nous ver*

XXIV. Mémoire visuelle des lieux. Comment les abeilles et les pigeons voyageurs retrouvent-ils leur chemin ? — Il n'entre pas dans notre tâche d'examiner pourquoi donc beaucoup d'animaux réintègrent leur « honae », retournent à leur nid; mais nous pouvons poser en principe que ce a pourquoi » doit être de nature physiologique (une réception interne ou externe), et non psychique. Notre raison (de physiologiste) ne saurait être satisfaite lorsqu'on nous dit que l'animal retourne « chez lui » par habitude ou par amour de ses petits. — Ce « pourquoi » n'est probablement jamais une photo-réception. Mais le retour est ordinairement guidé visuellement, non seulement par les photo-réceptions actuelles, mais encore par les réceptions antérieures, c'est-à-dire parla mémoire visuelle des lieux. Conformément aux principes posés dans ce qui précède, cette « mémoire » devra, elle aussi, être envisagée comme une fonction physiologique. Mais, à cet égard, on en est encore à des hypothèses absolument insuffisantes.

Faut-il envisager comme un exemple de mémoire certaines limaces qui réintègrent leur cachette? En tous cas ce ne serait pas une mémoire visuelle, car le retour se fait chez certaines espèces par le même chemin que l'exode, en qualité de chémo-réflexe, par le moyen du mucus que l'animal a semé sur sa route (chémo-réflexe).

La fourmi qui retourne à son nid semble faire acte de mémoire. Chez celles qui frayent des chemins, le

rons h satiété que c'est là dire évidemment que ce ne sont pas des sensations, et qu'il s'agit là uniquement des processus physiologiques.

retour au nid est un cliémo-réflexe (voir p. 86) dont l'obligation et le caractère réflexe ont été bien étudiés par Bethe. C'est en somme le cas delà limace. Quant aux fourmis qui ne frayent pas de routes, elles paraîtraient être guidées au retour au nid par les photoréceptions, par une certaine mémoire visuelle des lieux (voir p. 87).

Les insectes ailés (Lépidoptères, Hyménoptères) ont en général une « tendance » à retourner à la place qu'ils viennent de quitter. Un papillon, chassé doucement, revient le plus souvent, après quelques circuits, vers l'endroit qu'il vient de quitter (Radl^). Quelque chose d'inconnu encore V « attache » à l'endroit où il s'est reposé ; mais pendant le retour, il y est guidé par ses photo-réceptions. Plus loin, nous rencontrerons un fait du même genre à propos des abeilles.

Comment les abeilles (et les guêpes) retrouvent-elles leur chemin ? — L'abeille chargée de butin retourne ^ à sa ruche en ligne droite, souvent par un chemin un peu difierent de celui à 1' « aller » . Lâchée sur terre, elle retrouve sa ruche à la distance de 4, 5 et même 6 kilomètres. De même aussi une abeille retourne au butin qu'ellea découvert II résulte de toutes les obser-

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