‹ La visionChapitre 17 sur 68 · I. Radl. Loc. cit. y p · texte numérisé non relu

I. Radl. Loc. cit. y p

a. Ce n'est pas la lumière qui pousse l'abeille vers sa ruche. Les tango-réceptions résultant de la charge de butin doivent être pour quelque chose dans la production de ce « tropisme », que les photo-réceptions ne font que régler. Le mouvement héliotropique, au contraire, est excité par les photo -réceptions ; son exécution peut être réglée par des tango-réceptions (par exemple chez l'asticot).

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valions qu'en cela elles sont guidées par leurs photoréceptions. — Mais pour que le retour s'opère, il faut que l'insecte ait déjà parcouru les localités, qu'il dispose d'une certaine mémoire visuelle des lieux.

Il est certain que la mémoire visuelle qui guide l'abeille ou la guêpe vers son nid diffère considérablement de celle de l'homme « reconnaissant » sa demeure par son aspect général et son entourage. — Le Bembex rostrata (une guêpe) cache son nid dans le sable, qu'elle égalise. A son retour, elle s'abat comme un bolide à l'endroit précis de la surface sablonneuse, gratte et trouve sa progéniture. — h''Antliidinm monicatum, une autre guêpe, dépose ses œufs dans des coquilles vides de colimaçons. Si on déplace la coquille de 5-io centimètres seulement, l'animal arrive comme un bolide, heurte l'endroit précis où était la coquille ; mais n'y trouvant rien, il s'envole de nouveau, puis revient immédiatement heurter de nouveau la place. Après plusieurs essais pareils, il erre au hasard dans les environs, et il arrive qu'elle trouve la coquille déplacée. — Le vol des guêpes au retour est guidé mathématiquement vers 1' « endroit du nid », et nullement vers le nid lui-même.

Nous avons dit que l'abeille chargée de butin retourne vers la ruche en ligne droite, et non en suivant à rebours les circuits de 1' « aller ». Elle y arrive comme un' bolide et s'abat devant la lumière do la ruche. On peut masquer la ruche à volonté, par des branches, etc. ; on peut abattre les taillis et arbres environnants, enlever les ruches voisines ; sans hésitation aucune, l'abeille s'abattra devant la lumière. Si la ruche elle-même a été enlevée, l'abeille s'abat de même, sans

hésitation, à l'endroit (même vide) de Tespace où était la lumière de la ruche. — Analogue en cela aux guêpes, « Tabeille ne retourne pas à la ruche, ni à la lumière de la ruche, mais à l'endroit de la ruche, ou plutôt à l'endroit de sa lumière » (Bethe).

De quelle nature est cette mémoire visuelle des lieux chez les hyménoptères? Il ne s'agit certainement pas d'une reviviscence d'icono-réactions antérieures, dont les abeilles sont dépourvues (pp. 89 et 91), et qui d'ailleurs ne pourraient se produire au courant d'une translation aussi rapide qu'est le vol del'hyménoptère. — On dit souvent que le retour de l'abeille est guidé par le souvenir des gros contours, des détails les plus saillants du paysage. En nous rappelant que la locomotion de l'insecte ailé, en tant que photo-réaction, est une moto-réaction, nous dirons que la mémoire en question doit consister en la reviviscence de motoréactions, réveillées par les photo réactions du retour.

Il serait difficile de préciser davantage dès maintenant. Mais on ne saurait trop relever le caractère obligé et uniforme de ce retour, de sa ressemblance avec un acte réflexe, à peu près au même titre que le chémoréflexe qui guide la fourmi vers son nid.

On serait tenté de parler ici d'un tropisme et de relever les analogies du phénomène avec l'héliotropisme animal et végétal. Mais, bien entendu, c^tte comparaison tout à fait légitime n'avancerait en rien l'explication du fait même de la mémoire visuelle des lieux. Nous attendons la lumière en cette question d'une analyse plus approfondie des photo-réactions élémentaires. Mais ce qui ne fait pas de doute pour nous, c'est que les faits de mémoire, et spécialement ceux

de mémoire visuelle, admeltent une explication physiologique*.

Il est intéressant d'observer une abeille non encore douée de mémoire visuelle des lieux. Une abeille habituée à une contrée peut donc être transportée à 4 et même 6 kilomètres ; lâchée, elle retourne à la ruche. Il n'en est pas de même d'une abeille jeune, ou d'une abeille âgée dont la ruche vient d'être amenée dans une contrée éloignée. Une telle abeille, transportée seulement à 200, à 3oo mètres, ne retrouve plus sa ruche : elle ne dispose d'aucune mémoire des lieux.

Ces abeilles non expérimentées, transportées ainsi, et lâchées, commencent par décrire quelques circuits en l'air, puis s'abattent sur la boîte dans laquelle elles ont été apportées. Si on a fait disparaître la boîte, elles s'abattent vers la partie de l'espace (vide) où elles sont sorties de la boîte. C'est là un phénomène à rapprocher de celui offert par le papillon qui, chassé, tend à revenir au même endroit. Peut-être que nous tenons là un phénomène élémentaire de mémoire visuelle, et qu'on parviendra à décider notamment quelle influence (physiologique) « rattache » l'abeille à l'endroit d'où elle vient de s'envoler.

Une abeille « expérimentée » sort de la ruche comme une balle, sans se retourner. Une abeille non

I. Le caractère réflexe de ce retour à la ruche a porté Bethe à nier (bien à tort certainement) que ce fût là un fait de mémoire, et surtout un fait de mémoire visuelle : l'abeille serait guidée par une influence autre que les photo-réceptions et qu'il ne connaît pas lui-même. — Nous prétendons que lorsque nous aurons pénétré par l'analyse les faits élémentaires de mémoire, nous verrons qu'ils sont aussi obligés que le réflexe le plus élémentaire.

expérimentée (une jeune ou une transportée au loin, dans sa ruche) <( prélude » à son premier voyage : elle se retourne, se balance quelque temps devant la ruche, puis agrandissant les circuits, elle finit par se soustraire au regard. Probablement ce « prélude » est destiné à fournir à l'abeille des souvenirs visuels nécessaires au retour. Il est même probable qu'au retour sont réveillées uniquement les moto-réactions visuelles provoquées ainsi pendant que l'animal regarde sa ruche. Cela diminuerait déjà quelque peu le mystère de la mémoire visuelle des lieux chez les hyménoptères.

Comment les pigeons voyageurs retrouvent-ils leur chemin ? — Les oiseaux en général, ainsi que les mammifères, révèlent des faits plus ou moins prononcés de mémoire visuelle des lieux. Des exemples remarquables en sont fournis par les oiseaux migrateurs, par les cigognes, les hirondelles, etc., qui, après une absence prolongée, à des distances immenses, réintègrent très exactement leur habitat.

Avec ZiEGLER *, nous penchons vers l'opinion qui admet qu'à leur retour, les pigeons voyageurs sont guidés par leurs photo-réceptions, et non par un organe des sens hypothétique, magnétique, etc. Il s'agit là de l'exagération d'une propriété commune à la généralité des oiseaux et des mammifères. Le retour est incité par une réception non encore déterminée; il est guidé, réglé par la mémoire visuelle des lieux. Pour rendre cette opinion plausible, songeons d'abord aux 6 kilomètres que la petite l'abeille peut parcourir

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