‹ La visionChapitre 19 sur 68 · I. Consulter aussi sur ce sujet · texte numérisé non relu

I. Consulter aussi sur ce sujet

Majischal (P.). Le retour au nid chez le Pompilus sericeus. Soc. biol.i 1900, et Marschand (E.). Sur le retour au nid de Bombex rostrala. Bull. Soc. se. nai. Ouest, 1900, 10.

Ch. Darwin, le premier, a exprimé l'idée que nous pourrions bien devoir la variété et le brillant i^M des couleurs florales aux insectes qui les visitent ; ces

l, couleurs auraient été créées et seraient maintenues

y. parce que certains insectes « préfèrent » des couleurs

i-^ déterminées. — Cette opinion a été adoptée par une

É foule de naturalistes: H. Mueller* surtout s'en est

( fait le protagoniste ardent.

D'autre part, Grant Allan* développe cette idée que la recherche de leur nourriture sucrée par les in- ■- sectes ailés aurait développé — la lutte pour l'exis-i

?.; tence agissant — le sens chromatique de ces animaux ;

. . ou plutôt les deux efiets, création des couleurs des

^ fleurs, perfectionnement du sens chromatique des

p insectes, se seraient produits simultanément, en suite

P des lois de l'évolution et de la sélection.

f^ Les esprits avaient certainement été rendues favo-

rables à ces <c vues » par les travaux de Ch. Darwin ;; touchant l'influence que les insectes exercent sur la

^ forme des fleurs. Il semble en efiet que les insectes

maintiennent aux fleurs leurs formes, souvent baroques, et miême qu'ils les ont créées. Seulement cette influence s'exercerait de par la sélection naturelle, X physiologique, et nullement en vertu d'un principe

psychique, par exemple en vertu d'une « préférence » de la part de l'insecte.

Moins acceptable est la théorie qui explique la chromatopsie des insectes et la création des couleurs

I. MuELLER, Herm., Die Befruchiung der Blumen durek Insecten. Leipzig. 1878.

3. Gkant Allan. The cotour-sense, ils origin and development. Londoii, 1879.

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des fleurs Tune par l'autre. Suivant le procédé fautif que nous avons signalé à diverses reprises, les partisans de cette hypothèse commencent par supposer des « sensations chromatiques » chez les insectes ; puis, de l'observation de ces animaux, ils déduisent que chaque espèce aurait pour une certaine couleur une (( prédilection » résultant d'une espèce de « sentiment esthétique » . De là que chaque insecte visiterait de préférence une certaine fleur, douée précisément de cette couleur. En vertu de cette « préférence » il « négligerait » (jugement, volonté, etc.) les fleurs de cette espèce présentant des variations accidentelles de la couleur, d'où la constance de cette couleur dans l'espèce botanique.

En vertu du même facteur psychique, les insectes auraient créé les couleurs des fleurs. Celles-ci étaient primitivement vertes; mais leur couleur aurait varié accidentellement, et l'appareil psychologique de l'insecte aidant, les fleurs auraient revêtu peu à peu leurs apparences chromatiques brillantes.

Avant d'aller plus loin, constatons que cette influence exercée par les insectes sur les couleurs des fleurs ne serait pas un fait de sélection naturelle, mais une sélection psychique, intellectuelle, comparable à celle que l'éleveur peut exercer sur la couleur et la forme de ses bestiaux. N'qst-il pas curieux que de cette manière on fait revivre la sélection psychique sur un terrain dont l'immortel auteur de la « sélection naturelle » l'avait précisément bannie.

Mais continuons l'exposé de la doctrine Herm. MuELLER décrit les allures des mouches Syrphides planant à la même place devant les a belles » fleurs,

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qu'elles « admirent », puis se précipitant sur une d'elles, qu'elles effleurent, se reculant ensuite pour recommencer le même jeu. Ne dirait-on pas un fanatique de peinture en extase devant un beau tableau, le lorgnant, se reculant, s'avançant, pour trouver le vrai point de vue ?

Les mêmes auteurs font observer que chez les plantes dites « anémophiles » , qui peuvent être fécondées par le vent, à cause de la pulvérulence de leur pollen, les fleurs n'auraient ni couleurs voyantes, ni parfum, ni nectar, et ne seraient pas visitées par les insectes. Au contraire, les fleurs des plantes <( entomophiles », à pollen gluant, seraient visitées par les insectes, parce qu'elles sont nectarifères. Ces fleurs seraient caractérisées par leurs couleurs éclatantes. Beaucoup d'entre elles sont même munies d'organes « vexiilaires » ou « attractifs » (fleurons périphériques plus grands, plus colorés, mais souvent dépourvus de nectar). Ces couleurs attireraient les insectes, et le rôle unique des organes vexiilaires serait d'attirer les insectes, en suite de leurs sensations chromatiques et du plaisir qu'ils y prennent.

LuBBOCK (die même que d'autres auteurs) a cherché à prouver plus directement une « préférence » des abeilles pour la couleur bleue, c'est-à-dire pour ses sensations bleues à elles. Il disposa une série de papiers colorés, portant du miel, puis il laissa une abeille se rassasier sur le bleu. L'insecte parti, il intervertit les papiers ; à son retour l'abeille alla néanmoins au bleu.

On invoque aussi certains faits chromatiques curieux, dits de « mimétisme protecteur ». On pré-

tend que les papillons blancs, pour se reposer, iraient se « cacher » de préférence dans les objets blancs, les insectes jaunes dans les objets jaunes, etc. Tous ces faits dénoteraient de la part de l'insecte des a calculs » basés sur ses sensations chromatiques.

Pour la critique de ces idées, nous renvoyons surtout aux expériences variées que F. Plateau a faites sur la «vision des couleurs » chez les insectes.

En ce qui regarde les allures « admiratives » des Syrphides devant certaines fleurs, elles sont générales chez ces insectes : tous les syrphides se livrent à ce manège devant les fleurs de n'importé quelle couleur, mais aussi devant un objet quelconque, par exemple devant la main insinuée au devant la fleur, et que l'insecte suit alors si elle est déplacée lentement (F. Plateau).

Si l'insecte butinant dénote une constance sensible pour certaines fleurs, cela ne tient pas à ses photoréceptions, mais à ses odor-réceptions. C'est là un chémo-téflexe à distance. — Un tel insecte visite également toutes les fleurs d'une espèce ; et s'il y en a de couleurs diverses (par exemple le lin bleu et le lin blanc), aucune d'elles n'attire plus particulièrement l'insecte. Il faut se garder de parler ici d'une a délibération » , de « préférences » , de « volonté » (F. Plateau). Nous ajoutons qu'il faut se garder de parler de sensations chromatiques, et de sensations en général.

D'ailleurs les insectes ailés se portent sans iiésitation vers des fleurs habituellement négligées, du moment qu'on y a mis du nectar. Ils cessent absolument leurs visites aux fleurs « préférées » auxquelles

on a enlevé la partie nectarifère, sans toucher aux organes vexillaîres, voyants ; puis ils recommencent leurs visites si on remplace le nectar enlevé. Des fleurs qu'on masque à Taide de feuilles n'en attirent pas moins les insectes, qui finissent par y arriver. — Des fleurs artificielles n'attirent pas les insectes, sauf lorsqu'on y met du miel (F. Plateau).

En ce qui regarde les expériences de Lubbock à l'aide des papiers colorés et chargés de miel, l'auteur lui-même avoue que si l'abeille (animal cyanophile) s'est- rassasiée sur une autre couleur que le blei}, elle y retourne à son retour ; le bleu ne l'attire donc pas spécialement. — A notre avis, il découle de ces expériences, à l'encontre de la thèse de Lubbock, que dans ce « choix » , les abeilles sont déterminées par autre chose que par des sensations chromatiques. — Il résulte d'expériences de Bethe que ce qui détermine le « choix » des abeilles à leur retour, — choix réel dans certaines circonstances — , c'est la grandeur relative des papiers, et l'intensité totale de la lumière émise par eux. En d'autres mots, ce serait l'intensité de la photo-réception qui déterminerait l'insecte, et non une difierence qualitative de la photoréception. Ramené à ces dimensions, ce « choix » visuel suit joliment les lois du simple héliotropisme positif dont sont doués les insectes ailés. — C'est là en d'autres mots la conclusion de F. Plateau, lorsqu'il dit qu'un objet fort brillant, ou de fortes dimensions, attire les insectes plus qu'un objet moins brillant ou plus petit, abstraction faite de la qualité de la lumière qu'il émet.

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En ce dernier sens s'expliqueraient aussi les organes vexillaires des fleurs entomophiles, et les « couleurs éclatantes » de ces mêmes fleurs, alors que les plantes anémophiles en sont dépourvues. Ce serait la quantité totale de la lumière, et non sa qualité, qui attirerait les insectes, par une espèce de photo-réflexe fort apparenté avec Théliotropisme positif \ — iNous estimons qu'on finira par expliquer physiologiqueinent pourquoi, dans certaines circonstances, des insectes ailés clairs gagnent de préférence des objets clairs, et des insectes sombres, les objets sombres. • La couleur n'est pour rien dans ce phénomène. Seule l'intensité lumineuse est déterminante (F. Plateau). C'est du mimétisme protecteur dépendant de l'intensité, et non de la qualité des vibrations de l'élher. L'adaptation (p. 63) intervient probablement dans ce phénomène.

Plateau conclut que ce n'est pas dans les sensations chromatiques des insectes qu'il faut rechercher la cause des couleurs si variées des fleurs. Nous disons que les seules différences entre photo-réactions des insectes sont imputables k des différences dans l'intensité des photo-réceptions.

I. F. Plateau cite d'ailleurs un grand nombre de plantes anémophiles à couleurs voyantes, et de plantes entomophiles à fleurs peu voyantes.

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