VISION DE DIRECTION. — PROJECTION RADIAIRE OU ANGULAIRE
III. Aperçu sur la vision de direction en langage psychologant. — Un œil en repos, dit-on, suffit
pour signaler les directions des objets visuels par rapport à nous. Géométriquement, les objets « vus » peuvent être conçus comme disposés autour de Tœil, suivant les rayons d'une sphère dont l'œil serait le centre, d'où le nom de « projection radiaire » d'un point, ou de « vision de direction ». Et comme deux points peuvent être projetés simultanément chacun suivant un autre rayon de cette « sphère de projection », les deux rayons délimitant un angle plus ou moins grand, on parle aussi de « projection angulaire ».
Généralement on n'accepte pas le fait de l'extériorisation visuelle comme une chose non susceptible d'une analyse ultérieure. Une foule d'auteurs ont essayé de pousser la question plus loin, en partant de la notion cartésienne de la sensation visuelle en soi, subjective, dépourvue de toute extérioration, de toute localisation. Le raisonnement suivant est un des plus répandus. Les sensations visuelles, dit-on, n'ont en elles-mêmes rien de corporel, d'objectif, rien d'une direction ni d'une étendue d'aucune espèce. Cependant, comme une sensation blanche par exemple, due à la photo-réception d'un cône rétinien déterminé, est localisée dans une autre direction que la sensation identique due à la photo- réception d'un autre cône, il faut que l'une de ces deux sensations visuelles dififère en « quelque chose » de l'autre. Nommons', avec Lotze, « signe local », ce quelque chose qui fait que nous distinguons l'excitation d'un cône de celle d'un autre cône. Le signe local est inconscient, il peut n'avoir en soi rien de corporel, rien d'une direction ; mais il suffit, à notre sens
intime, pour distinguer les deux sensations. Or, à l'aide d'autres sensations (tactiles, musculaires, etc.), en portant, par exemple, la main en haut, en bas, etc. , de façon à offusquer le corps lumineux, on s'est convaincu un grand nombre de fois qu'à tel signe local (c'est-àrdire à l'excitation de tel bâtonnet) correspond un objet en haut, et à tel autre un objet en bas, etc. Et à force d'avoir interprété corporellement ces signes locaux des sensations visuelles, ce contrôle est devenu inutile. — r Faisons observer tout de suite que cette manière d'envisager les choses n'aboutit au fond qu'à déplacer le problème de la projection visuelle sur un autre terrain, sur celui des sensations tactiles et musculaires de nos extrémités, ou encore sur celui des projections ou localisations tactiles, conformément du reste à l'opinion de Condillac* et de Berkeley^, qui font découler du sens tactile toutes les fonctions objectivantes de tous les organes des sens. Nous ne suivrons naturellement pas les auteurs sur ce terrain; qu'il nous suffise de rappeler que là aussi ils sont acculés à cette chose impossible, contraire à la logique, consistant à faire reposer les représentations spatiales sur des sensations, c'est-àdire sur une catégorie psychique qui, au dire des mêmes auteurs, n'aurait absolument aucune étendue *.