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WuNDT. Physiol. psychol. Leipzig

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invoque successivement, comme constituant le signe local, une qualité inconsciente de la sensation visuelle, des sensations musculaires, et enfin des sensations d'innervation. WuNDT, d'abord un partisan convaincu des sensations musculaires, semble plus tard s'être rallié plutôt aUx sensations musculaires. — Les sensations musculaires sont généralement invoquées par tous les auteurs. — Quant au signe local (inconscient) adhérant à la sensation visuelle elle-même, Helmiioltz l'admet concurremment avec les autres éléments.

Mais les sensations (inconscientes et subconscientes) ne suffisent pas pour expliquer la localisation visuelle radiaire. En effet, dans la théorie psychologique, les sensations en général ne renferment aucun élément objectif. On invoque donc, en plus, des jugements basés sur ces sensations et sur des expériences antérieures, jugements concluant par analogie, et disant que dans un grand nombre de cas, et par conséquent toujours, telle sensation (inconsciente même) signifie telle localisation; nous nous en serions convaincus à l'aide d'autres organes de sens. Nous en appelons à l'évidence fournie par le sens intime d'un chacun de nous : la conscience de la projection est inmiédiate; il n'y a pas de trace de ce jugement préalable (pas plus que des sensations invoquées). Qu'à cela ne tienne, disent les auteurs psychologants (Helmholtz, etc.), ce jugement est inconscient lui aussi!

Dans l'école écossaise (Bain*, Locke *,Stu art Mili/,

1. Bain (A.). The sensés and the intellect, 2^ édit., p. 247.

2. Locke. Essay on human understaudingy trad. franc. Londres, 1720, 1. Il et IV.

3. StuartMill. Syst.de Logiq ne, ^^édii.,ivaid. franc., 1889.

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etc.), le mot « association » remplace celui de «jugement inconscient ». Toute représentation, toute projection résulterait de l'association de faits psychiques plus simples, notamment de sensations, qui seraient les catégories psychiques élémentaires. Mais cette association serait tellement intime que dans la contexture du produit de cette « chimie psychique » on ne démêlerait plus les constituants élémentaires, à peu près de même que dans l'eau, on ne reconnaît plus ni l'hydrogène, ni l'oxygène. Dans le cas présent, les sensations visuelles et lès prétendues sensations des mouvements, etc., s'associeraient pour constituer la projection visuelle..

Quelle que soit du reste la manière plus exacte dont on se figure les choses, on recourt toujours à la sensation visuelle pure, non corporelle, interprétée corporellement à l'aide de l'expérimentation. Mais, nous le répétons, notre sens intime ne révèle pas trace de cette expérimentation individuelle, dont parlent les auteurs. Ensuite personne n'a jamais éprouvé une sensation visuelle pure, subjective, sans objectivation d'aucune espèce. Comme le dit Hering \ toute sensation visuelle quelconque (blanche, rouge, etc.) a même généralement au moins deux dimensions. La sensation visuelle pure est une chose d'imagination, non existante.

Pour le physiologiste, tous ces raisonnements, toutes ces « théories » ont le vice rédhibitoire d'être de

I. Hering (Ew.). Beiir, z. Physiol. Leipzig, 1861-64, p. 159, 289 et SaS. L'article Sehen, dans le Handh. d. Phy^ siol. de Hermanriy 1879, t. IIL

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pures spéculations métaphysiques, de partir de certains états de conscience, et Ja plupart du temps d'états de conscience supposés. Elles n'ont pas plus de valeur physiologique que des raisonnements sur les mouvements de notre corps basés exclusivement sur la nature (psychique) de la volonté ; ma raison physiologique se "refuse absolument à leur accorder une valeur sérieuse.

Néanmoins, les raisonnements psychologiques et la a philosophie de Tinconscient » sont des monnaies tellement courantes en physiologie visuelle qu'il sera utile de les creuser encore un peu, tqujours pour en montrer l'inanité dans la question de la projection visuelle radiaire. Cette projection, la vision de la direction, est. en eflet le point fondamental de toute la vision, et il importe de la traiter à fond.

Nous contestons qu'il y ait des sensations musculaires, non seulement pour les muscles oculaires, mais encore pour les muscles en général. 11 y a des innervations centripètes venant de la profondeur des appareils moteurs périphériques, et qui en règlent les contractions (lors des mouvements volontaires ou réflexes). Ces innervations ne deviennent pas conscientes sous une forme psychique comparable à celle des sensations tactiles, acoustiques, visuelles» etc.

De même aussi on parle de « sensations de l'équilibre », et néanmoins notre sens intime est muet à leur égard. Il y a des innervations procédant du vestibule de l'oreille, et qui provoquent, par acte réflexe, les contractions musculaires nécessaires au maintien de l'équilibre du corps. — Un détail assez significatif est le suivant. A propos du prétendu sens de l'équilibre, les auteurs sont unanimes pour parler de réflexes de Téquilibra-

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tion aussi longtemps qu*ils s'occupent des animaux. Ce n*est qu'à propos de l'homme qu'ils invoquent les « sensations d'équilibre » et y voient le motif déterminant des contractions musculaires nécessaires au maintien de l'équilibre ; et cependant, ces contractions se produisent chez l'homme absolument de la même façon que chez les animaux. Tout au plus invoque-t-on, comme preuve de ces sensations, la vague sensation de « vertige » qui survient lorsque l'équilibre est rompu. Étrange cause du maintien de cet équilibre qui ne survient que dans les cas exceptionnels, où précisément le mécanisme physiologique de cet équilibre est rompu !

En ce qui regarde les sensations musculaires, les preuves de leur existence sont tout aussi aléatoires. Woodworth par exemple prétend en fournir la preuve en démontrant que les organes locomoteurs profonds renferment des nerfs centripètes, puis en signalant certaines sensations réelles (de fatigue, douleurs, etc. mais exceptionnelles), dont le point de départ est dans les muscles.

Nous savons bien qu'exceptionnellement les nerfs centripètes profonds de nos membres peuvent donner lieu à des sensations. Nous n'ignorons pas que les innervations centripètes issues de la profondeur de nos membres en règlent les mouvements, même les plus volontaires, et influent sur la représentation spatiale de ces membres, tout comme certaines innervations issues dans l'oreille interne produisent le réflexe de redressement du corps (ou stato-réflexe) et influent sur la représentation du haut et du bas. Car nier tout cela ce serait nier le soleil en plein midi. Ce que nous contestons, c'est que le fonctionnement des nerfs centripètes profonds des membres, et celui de la branche vestibulaire du nerf acoustique, produisent normalement des sensations. Nous contestons surtout que les vagues sensations qui accompagnent exceptionnellement le fonctionnement de ces

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nerfs soient la matière première nécessaire pour la production des représentations spatiales qui sont manifestement liées au fonctionnement de ces mêmes nerfs.

Notre manière d'envisager les choses se dégagera peu à peu, dans les pages suivantes. Notre objectif momentanée est de relever tout d'abord TinsufTisance des explications qu'on donne couramment de la projection visuelle radiaire.

Nous avons signalé plus haut (p. 139 et i3o) que certaines observations faites en cas de paralysie des muscles oculaires semblent démontrer que les sensations musculaires et les sensations tactiles de l'œil ne sont pas la cause de la localisation visuelle. Woodwortii * , faisant sienne une argumentation de James, prétend que les sensations du second œil, non paralysé, et qui se meut, même s'il est fermé, servent à localiser. — A cela nous objectons qu'alors en cas d'absence complète d'un œil, le second, paralysé, ne devrait pas présenter la projection paralytique. Or, rien de pareil n'est consigné dans la littérature, et nous osons prédire que personne n'observera chose pareille.

Une preuve sérieuse en faveur de notre manière de voir est fournie par les cas qui se présentent de loin en loin, de paralysie complète et congénitale de tous les muscles des deux yeux. Nous avons observé un cas de ce genre, une personne qui avait même fait des études supérieures, et dont l'acuité visuelle fovéale et la projection avec la périphérie rétinienne étaient normales. Or si les mouvements oculaires avaient la moindre influence sur la projection radiaire, elle serait défectueuse dans les cas de l'espèce. Les mouvements de la tête ne sont pas assez finement gradués pour pouvoir remplacer tout à fait ceux des yeux. — Nous pouvons invoquer

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