I. Schlodtiia:i?c, Arch. f. Ophthalm., 190a, liv, p
LK VISION CHEZ l'iiomme iSy
IV. Tendance spiritualiste en physiologie de la vision hnmaine en général. — Tout le long de l'exposé de la vision chez rhomme, nous rencontrons les raisonnements d'une école dont la tendance prédominante est d'ignorer à peu près complètement les faits de phvsiologie nerveuse, d'une tendance qui rapporte une foule de choses au « moi » conscient, qu'elle fait manœuvrer, recevoir et donner, sans tenir sérieusement compte du système nerveux. Elle invoque tout au plus, j^iLJait de détails anatomiques, la notion des libres nerveuses ou celle des neurones. Dans cette tliéorie, le moi dispose du système nerveux « à volonté », comme d'une matière brute, à pou près à l'instar d'une brodeuse qui, avec du fil et une aiguille, peut exécuter les ouvrages les plus divers... Ce ne son t que jugements visuels inconscients, basés sur des sensalTons le plus souvent inconscientes, et dont nous avons rencontré un exemple frappant dans le signe local. Elle invoque à tout propos l'expérience individuelle, d'où .le nom de tendance « empirique » qu'on lui donne souvent. En réalité, c'est la tendance psychologantepure, et encore la tendance d'une psychologie franchement spiritualiste.
D'un autre côté, comme ces jugements visuels se rapportent h l'espace, il faut bien qu'on puisse les exprimer coniormément à la science de l'espace," c'est-à-dire en un langage géométrique. Et alors il arrive qu'on croit un phénomène expliqué lorsqu'il est simplement exprimé dans ce langage. On a poussé les choses dans cette direction à un point tel qu'il semblerait vraiment que la vision de direction, comme d'ailleurs celle de la distance, serait un simple chapitre de la géométrie, et (jue les processus nerveux ne seraient, en vision corporelle, qu'une quantité négligeable. — On semble avoir été entraîné dans celte direction « géométrique » par l'étude de la marche de la lumière dans l'œil. La dioptrique oculaire est réellement
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un chapitre de physique appliquée. — En négligeant ainsi les processus nerveux dans l'étude de la vision, on a donc été amené à donner une importance prépondérante, et certainement exagérée, aux développements géométriques et mathématiques, qui en imposent souvent pour une explication physiologique des phénomènes visuels.
L'erreur qui se trouve au fond de cette tendance doit sauter aux yeux de toute personne rompue aux concep-. tions modernes touchant la physiologie du cerveau et sur les déterminismes physiologiques des actions des animaux et de l'homme. Si néanmoins elle s'est maintenue si longtemps, c'est certainement en grande partie parce qu'elle s'abrite sous l'autorité absolument dominante de Helmholtz. L'illustre auteur de la « Physiologie optique » est d'avis, avec bien d'autres auteurs, que bon nombre de phénomènes visuels, et môme des plus fondamentaux, ne peuvent s'expliquer par une disposition anatomique des organes en cause et par le jeu physiologique de ces organes. Aussi en beaucoup d'endroits néglige-t-il à peu près complètement les déterminismes physiologiques, et son texte ne roule-t-il que sur les déterminismes physiques, non nerveux, des phénomènes visuels psychiques. On dirait qu'impatient des longueurs qu'exigeront les recherches physiologiques nécessaires, il ait préféré sauter, en psychologant, par-dessus les broussailles physiologiques inexplorées. Il pense alors plus en physicien qu'en physiologiste ; et* là où les « mathématiques » ne le servent plus, il parle « psychologie ».
Aussi Parinaud * n'a-t-il pas tout à fait tort en disant que « le livre de Helmholtz a immobilisé la science de la vision pendant un quart de siècle, en détournant les esprits du véritable but à poursuivre, qui est l'expli-
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cation des phénomènes visuels par les propriétés de structure de l'appareil visuel » .
Y. Tendance plus physiologique en physiologie de la vision. — La conviction que les phénomènes visuels demandent une explication non psychologique, mais physiologique, c'est-à-dire, comme le dit excellemment Parinaud, une explication basée sur les propriétés physiologiques de l'appareil visuel, continua néanmoins à hanter certains physiologistes. Elle se faisait jour notamment à propos de questions particulières, tel auteur reconnaissant et démontrant que dans un cas donné, l'explication psychologique admise n'expliquait rien, et que le fait se comprenait à un point de vue plus physiologique.
Hering a été longtemps presque seul à soutenir le bon combat, et à déclarer que la physiologie doit envisager les états psychiques comme portés par des processus physiques dans le système nerveux, sous peine de devoir déclarer que c'est chose vaine que d'essayer de les soumettre à l'investigation physiologique ; qu'enfin ces processus physiologiques sont les vrais motifs de nos actions.
Dans les discussions auxquelles se sont livrés les partisans des deux tendances en présence, la psychologante est souvent nommée « théorie empirique » , tandis que la tendance plus physiologique est désignée du nom de a théorie nativiste ». La raison en est qu'à tout bout de champ, la première invoque des raisonnements basés sur l'expérience individuelle, tandis que la seconde aime à recourir à des propriétés innées, héréditaires, et à des mécanismes nerveux congénitaux.