partie essentielle. Il faut de Yiq
plus, à la partie de ce cercle
située au-devant des yeux, ajouter une ligne verticale
passant par le point de fixation 0.
Il suffit d'invoquer l'évidence donnée par notre sens intime pour renverser la proposition d'après laquelle tout point situé en dehors de l'horoptère paraîtrait double. Elle est cependant acceptée généralement, avec son corollaire qui dit que nous voyons doubles la plupart des objets. Nous verrons que ceci n'est vrai que dans certaines conditions expérimentales, très anormales, mais que c'est faux pour la vision normale. Nous verrons à satiété que la notion de l'horoptère repose sur une prémisse erronée, celle de l'identité rigide des deux rétines ; de là que l'importance qu'on lui a attribuée est exagérée, et la plupart du temps déroutante pour le lecteur.
l88 LA VISION
XXII. Vision de la distance du point fixé bi-oculairement. Diplopie (croisée et homonyme). — Le point fixé bi-oculairement, dit-on, est vu simple en vertu de l'identité des deux foveae. Sa direction résulte de la projection radiaire bi-oculaire, et sa distance est appréciée par la convergence nécessaire pour le voir simple, c'est-à-dire par la conscience que nous avons de l'innervation nécessaire pour l'obtention de la vision simple. Et cette conscience, on la base, soit sur les sensations musculaires, soit (et le plus souvent) sur les sensations de l'innervation de convergence. — On cite à ce propos le fait que si on regarde à travers des prismes à bases verticales et situées vers les tempes, l'objet fixé parait plus près, mais qu'aussi la convergence nécessaire pour le voir simple est augmentée ; et qu'en regardant à travers des prismes à bases nasales, on voit les objets plus éloignés, « parce que » ainsi la convergence nécessaire pour la vision simple est moindre. Si la convergence augmente anormalement, la sensation qu'elle produit doit augmenter également, d'où qu'on juge l'objet plus près qu'il n'est réellement. — Cette sensation musculaire ou celle de rinnervation de convergence, n'étant pas renseignée par le sens intime, on la suppose inconsciente ; et on lui fait jouer le même rôle localisateur qu'à la sensation (inconsciente également) de l'innervation accommodative. De nouveau et toujours, il s'agit d'un jugement basé sur des sensations inconscientes. Le résultat du jugement serait seul conscient ; le mécanisme du jugement, la délibération, etc., serait inconscient lui aussi (!?).
Mais tout n'est pas dit avec ce qui précède. Il faut
LA VISION CHEZ l'hOMME 189
encore expliquer pourquoi la convergence se modifie selon la distance du point lumineux. On invoque ici une « tendance » à la vision simple, une « répulsion » pour ladiplopie. Nous voyons donc reparaître deux catégories psychiques du même ordre que la « répulsion » pour les cercles de diffusion (p. 189) et que la leucophilie et Térythrophobie de certains animaux inférieurs.
Diplopie. — Le point 0, fixé bi-oculairement (fig. 3) parait donc simple, en vertu de l'identité des deux rétines, et sa distance exacte est déterminée par la convergence nécessaire pour le voir simple :
il est localisé en 0. Un point w, plus rapproché que le point fixé bi-oculairement, est vu double, parce qu'il forme ses images sur des points rétiniens non iden- p,^ 3
tiques, dont l'un et l'autre est situé tcmporalement par rapport à la fovea. On rend cette diplopie apparente en couvrant alternativement un œil, puis en les laissant découverts tous les deux ; on se convaincra que chacune des doubles images correspond h un seul œil, et que celle de l'œil droit est en somme localisée à gauche du point 0, approximativement en Oi, et celle de l'œil gauche à droite de point (en Oj) — la diplopie est croisée. — Si (fig. 4) le point lumineux w est plus loin que le point fixé bi-oculairement, il y a diplopie également, mais la double image de l'œil droit est localisée à droite du
IQO T. A VISION
point fixé, en Oi, et celle (oj) de l'œil gauche à gauche du point — la diplopie est homonyme — produite par deux photo-réceptions nasales, donc non correspondantes.
Ce serait donc la tendance à voir simple, ou la répulsion pour la diplopie qui dirigerait les yeux de manière à amener le point en fixation bi-oculaire. Et cela étant admis, surgit une difiiculté insurmontable, dans le fait que pour le sens intime, c'est-à-dire au point de vue sensoriel, il n'y a pas de différence entre la diplopie croisée et la diplopie homonyme ; car, en réalité, on aperçoit de la différence entre les deux cas seulement à la suite d'expériences que bien peu de gens ont faites. Comp,g ,^ ment donc expliquer que dans
l'un des cas la convergence augmente, et que dans l'autre elle diminue. — Certains auteurs recourent ici à l'hypothèse d'une expérimentation (inconsciente !) d'un autre genre. Nous essayerions d'abord dans un sens, et si l'écart entre les doubles images augmente, nous irions dans le sens opposé, qui alors mènerait au but, à la vision simple. Mais en fait, absolument rien ne dénote un essai de ce genre ; la convergence se modifie sans hésitation ; le mouvement est comparable à celui de la limaille de fer attirée par un aimant. Il y a là, soit dit dès maintenant, un écueil insurmontable pour la théorie psychique de la vision de distance à l'aide de la convergence, et qui, nous le verrons, est écarté aisément
F V VISTOX I 1TE7 T irnMMF ÎQI
si on eo visage les phénoniènes h un point de vue purement physiologique.
Ce qui précède se rapporte si la \ision de la distance d'un point situé plus» ou moins dans la direction de la fixation. Dans les conditions de Texpérience de la ligure 2 (p. 187), un point situé dans la pt^Tiphérie des deux champs visuels, mais en dehors de rhoroplère paraît en doubles images, croisées, S'il est en deçà de rhoii:>ptère, et homonymes, s'il est au dclàj ainsi que do reste cela résulte d'une simple construction. On s'attendrait à entendre invoquer ici (le point paraissant dans la périphérie du champ visuel) de nouveau la répulsion pour la diplopie, comme incitalion de mouvements oculaires. Mais les clioses se passent autrement : la « tendance v> à la vision simple disparaît tout d'abord devant la « tendance x> à la vision nette : les yeux se redressent de manière h amener le point en fixation, et c'est seulement lorsqu^'il approche de re but que la convergence se modifie. La tendance résultant de Tidentité des périphéries rétiniennes disparaît, dit-on, devant la tendance fixatrice que nous avons ramenée (p, ï6oct suiv.) sur le terrain physiologique.
XXI 11. Vision de la distance à Taide de la diplopie. — \près avoir ainsi développé comme quoi la vision de la distance est réalisée moyennant la répulsion pour h Jiplopîc. on vient d'une haleine nous expliquer une seconde vision de la distance, mais basée celle-oi sur le principe psychologique absolument opposé. Tl s^agit de la vision de la dislance qui a lieu, connue on dit, moyennanl la diplopie. Dans celle-ci,
il n'y a plus de répulsion pour les doubles images ; au contraire, les doubles images seraient utilisées par notre intelligence pour y asseoir un jugement visuel relatif à la distance de l'objet qui cause la diplopie. Voici les faits. — Dans des expériences de Donders*, pendant qu'on converge vers un point d'un espace obscurci, un aide fait apparaître des étincelles électriques aux endroits les plus divers de l'espace obscur, mais toujours plus ou moins près des lignes visuelles. Le sujet en expérience localise assez bien l'étincelle, et surtout il dit exactement si elle apparaît plus près ou plus loin que le. point de fixation (marqué par une faible lueur). — A travers un tube noirci à l'intérieur, Hering' regarde sur un fond uniforme (pour exclure tout autre renseignement touchant la distance), puis un aide laisse choir des boules entre le tube et le fond. Le sujet en expérience apprécie assez bien la distance à laquelle est tombée la boule, et surtout il indique avec précision si elle est tombée en avant ou en arrière d'un fil tendu verticalement. — Ces expériences de Donders et de Hering ont été, du reste, inspirées par celle de Dove', qui remarqua qu'on peut voir (dans le stéréoscope) le relief d'une vue stéréoscopique à la faveur d'une seule étincelle électrique.
Dans ces expériences, l'apparition de l'objet est tellement courte qu'il est impossible que pendant sa durée les yeux ayent eu le temps d'exécuter même un
I. DoNDERs. Arch. f. Ophthalm., 1871, XVII, a, p. 16. a. Hering. Arch. f. Anat., Physiol. u. wissensch, Med. Leipzig, i865, p. i5a.