DovE. C, R. Acad. Berlin, i84i, p. 25i
LA VISION CHEZ l'hOMME IqS
commencement du mouvement de convergence dont il a été question à la page 190. Dans le cas présent, le jugement sur la distance ne peut donc pas être basé sur un renseignement sensoriel fourni par un changement de la convergence ; il doit reposer, dit-on, uniquement sur la conscience que nous avons de la diplopie, c'est-à-dire sur la diplppie elle-même. La convergence, dit-on alors, renseigne sur la situation de rhoroptère, et la diplopie renseigne sur la situation du point lumineux par rapport à Thoroptère. Plus les doubles images sont écartées, et plus nous « jugeons » le point lumineux loin de Thoroptère.
Ces jugements multiples, basés sur des sensations inconscientes, sont déjà extraordinaires. Mais nous nous butons ici en plein contre Tobstacle signalé plus haut, savoir que la diplopie croisée serait interprétée dans le sens du « plus près que l'horoptère », et la diplopie homonyme dans le sens de a plus loin que l'horoptère ». Aucun essai moteur, quelque petit qu'il soit, n'a pu renseigner sur le plus près ou sur le plus loin. Le jugement sur la distance, invoqué par la théorie psychologique, ne peut être basé que sur la diplopie, et notre conscience ne nous dit absolument pas si elle est croisée ou homonyme \ — Les auteurs
I. ScHOEN (Arch. f. Ophthal.y 1876, XXII, fasc. 4» p- 3i) a relevé quelques différences entre les doubles images, selon qu'elles sont croisées ou homonymes. Mais il est des cas où ces différences entre les photo-réceptions n'existent certainement pas, et surtout où elles n'existent pas pour le sens intime. Or, c'est cela qu'il faut à la théorie psychologique. Quant à la théorie physiologique, elle n'a pas besoin de ces différences sensorielles (voir plus loin) ; elles sont du reste très peu prononcées.
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(Helmholtz, etc.) invoquent ici de nouveau des différences sensorielles inconscientes et inconnues entre les doubles images; Ils ont recours à la tarte à la crème animiste qui a réponse à tout, pourvu, bien entendu, qu'on soit « croyant ».
Enfm, on raisonne toujours comme si dans tout cela on avait commencé par percevoir les doubles images, qu'on aurait alors interprétées psychiquement dans le sens d'un seul objet ; on verrait réellement les doubles images, et on les « fusionnerait ». Or, en fait, le plus souvent, on ne voit pas trace des doubles images dans les conditions où prétendument on localise à l'aide des doubles images. Nous en appelons ici aux données du sens intime d'un chacun de nous. En se promenant dans une longue allée d'arbres, personne ne les voit doubles ; ils sont réellement vus simples, bien que seule une ligne d'un plan transversal se trouve approximativement dans l'horoptcre momentané. — Regardant devant moi les objets sur mon bureau, avec le regard immobile, je vois l'encrier unique, et aucun de ses détails ne paraît double. — Le fait est qu'on ne voit de doubles images que dans des conditions anormales, expérimentales, où le mécanisme de la vision de la distance bi-oculaire à. l'aide de la convergence ne peut pas fonctionner. Mais alors, on ne voit pas non plus la distance. Celle-ci n'est vue qu'à condition de ne pas voir de doubles images.
Revenons par exemple au cas de la figure 3 (p. 1 89). Si le point o) n'est pas très loin du point de fixation 0, il se peut qu'il soit vu simple, et localisé avec une grande précision ; alors il n'y a pas trace de diplopie,
t,v vrsinx chez l noMMR
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et il n'y en apas eu. Si le point w est très éloigné du point de fixation, il se peut qu'on le voie d^emblée double; mais alors la localisation en est plus imjirécise quant à la distance* Si on commence par le voir simple, on peut en provoquer la diplopie de la manière suivante, qui exclut précisément l'appareil binoculaire de la vision de la distance. On couvre Pneil droit par exemple; alors le gauche voit les deux points radiai rement,, et naturellement m à droite de o. Si je couvre l'œil gauche, il en est de même, mais uj est vu à gauche de o. Aprfe quelques essais de ce genre, je parviens à maintenir^ avec les deux yeux ouverts, la vision monoculaire pour le point uy; mais je n'y arrive pas pour le |»nint llxé. Avec les deux yeux cm verts 3 le point fixe est toujours vu simple et localise avec précision, tandis que les doubles images, vues chacune monoculairement, ont une localisation de distance plus vague. 8i je localise ces doubles images approximativement dans le plan de fixation, c'est en vertu de raccommodation , et peut-être en vertu d'autres éléments d'appréciations de la distance, qui tous agissent dans la vision monoculaire, et j>euvcnt faire sentir leur inlluence dans la diplopie ; celle-ci est une vraie vision monoculaire double. — Mais, nous le réjiétons, cette di[>lop!e ne se produit pas dans la vision habituelle; elle ne surgit que dans des conditions expérimentales déterminées, si on emploie des artifices qui suppriment la vision de la distance bi oculaire. Lue expérience déraonslrative à œ point de vue est la suivante (H EiuNG*), A travers un tube noirci à
t. fliTAtsa, in ffandh, de ïUrmann, l. III.
rintéiieur, on regarde bi-oculairement sur une série de fils verticaux, disposés au-devant d'un fond uni, dans un plan à peu près perpendiculaire à la ligne de regard. Les fils passent donc par la courbe horoptère de la figure 2 (p. 187). Sur chacun d'eux, on dispose une perle à la même hauteur. Si donc on fixe une (les perles, toutes sont disposées approximativement dans la courbe horoptère de la figure 2 . Toutes les perles sont vues simples, et localisrées très exactement sur une ligne transversale — moyennant des images rétiniennes correspondantes. Maintenant, pendant qu'on fixe une des perles, on avance ou on recule légèrement Tune des autres : au moindre déplacement la perle est vue plus près ou plus loin (que les autres), avec une grande précision, mais elle ne cesse pas pour cela d'être vue simple. Si le déplacement est excessif, les doubles images apparaissent, mais aussi la localisation devient incertaine.
Ainsi, au début de Texpérience pas trace de diplopie. Et dès que celle-ci surgit, la vision bioculaire de la distance disparaît. Et néanmoins on dit que dans ce cas nous localisons à Vaide des doubles images ! Parler ici de diplopie, lorsqu'on localise bi-oculairement, c'est vraiment faire violence aux faits. Mais aussi la théorie psychologante a un besoin si urgent de la diplopie ! On ne va pas encore franchement jusqu'à supposer une diplopie inconsciente, mais on y supplée par un tour de passe-passe destiné à simuler la diplopie là où elle n'existe certainement pas.
La prétendue vision de la distance à Vaide de la diplo-
pie eslen réalité la vision delà dislance à Taide de photoréceptions non congruentes, non identiques, maisàincongruenceou à disparation (IIering) transversale*. Si dans ces expériences l'incongruence transversale dépasse une certaine limite, il survient de la diplopie et on ne voit plus la distance. La localisation de distance peut se produire encore avec une disparation (transversale) de 2 et même de 3 millimètres. D'autre part, Helmholtz ^ et Heine ^ trouvèrent qu'une telle incongruence de iiioins d'un diamètre de cône fovéal suffit pour modifier la localisation (selon les cas, en avant ou en arrière du point de fixation). — Il s*est trouvé aussi que l'incongruence des photo-réceptions, ou comme on dit, la diplopie, donne des renseignements peu précis sur la distance ahsolue, mais qu'elle renseigne très exactement sur les distances relatives (sur le relief). — Enfin, une personne qui' s'exerce à voir les doubles in;iages finit par les remarquer (et à ne plus localiser la distance) avec une incongruence avec laquelle une personne non « exercée » ne voit pas de trace de diplopie.
XXIY. La représentation de la distance cause des mouvements de convergence. — Jusque maintenant, la notion de la distance est déduite de la convergence. Or, un certain nombre de faits forcent la théorie psychologique à renverser les principes admis par elle, et à envisager la convergence comme résultant au contraire de la notion de la distance. Celle-ci
I . Une disparation longitudinale, une incongruence d'avant en arrière provoque toujours de la diplopie, quelque petite qu'elle soit. Voyez Weinhold. Arch. f. Ophthalm.^ 1902, LIV, p. aoi.
a. Helmholtz. Physiol. opt., i^^ édit., p. 645.