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Heine. Arch. f. Ophthalm., t. LI, fasc

igS LA VISION

devrait donc préexister à l'innervation de convergence.

Regardons le point x à travers une glace gg (fig. 5). Puis, fermant alternativement un œil, marquons (à Vencre) sur la glace les points a et 6 qui se couvrent avec le point x. Si maintenant nous regardons avec les deux yeux ouverts, nous pouvons ôter le point x,

nous verrons néanmoins un point situé très exactement en X, et non sur la glace. — Chaque fois qu'on regarde un peu plus loin ou un peu plus près que a?, on voit quatre points, chaque point de la glace paraissant en doubles images. Disons plutôt qu'il y a quatre photo-réceptions punctiformes. Or dès qu'on converge pour le point x, deux de ces réceptions tombent sur des points rétiniens correspondants. Et malgré que ces deux réceptions ne proviennent pas du même point objectif, elles servent à la vision de distance. Les deux images en question disparaissent, et il surgit un seul point, très exactement localisé en x. Entre temps les deux autres doubles images continuent à exister; seulement leur localisation de distance est incertaine, attendu que chacune n'est vue que monoculairement.

Les deux yeux peuvent aussi fixer un point x (fig. 6) plus rapproché que la glace gg, sur laquelle on marque les points a et 6 qui se couvrent avec le

Fio. 5.

point X, Après enlèvement de ce dernier, on voit un point en x, avec une précision absolue. Et alors il sera facile de voir dans ce cas également deux autres points, à localisation incertaine. — Dans le cas présent, les images accessoires sont homonymes, tandis que dans celui de la figure 5, elles sont croisées. Il est plus logique, plus exact, de ne pas parler de doubles images, car en réalité chacune provient d'un autre point objectif.

Somme toute, dans ces expériences, on voit la distance à l'aide de photo-réceptions correspondantes, mais de photoréceptions ne pro- 9 ^- -^ a

venant pas du même

objet. Nous disons

que puisqu'elles sont

identiques à celles

qui proviendraient

d'un seul et même

objet, il est naturel

qu'elles produisent Fig. 0.

les mêmes réactions.

Au lieu d'expérimenter avec des points, on peut procéder avec des objets (épingles, petits disques, etc.); le résultat sera le même. Alors il s'agit d'une vision stéréoscopique en toute forme, mais sans stéréoscope.

Enfin, une modification ultérieure de ces expériences est la suivante. On développe une image négative bi-oculaire (ou monoculaire) d'un objet, du soleil par exemple, puis (au besoin dans l'obscurité, ou les paupières étant fermées), on converge pour des distances différentes : on voit un disque lumineux toujours à l'endroit variable pour lequel on converge.

200 LA YTSION

Il semble que dans ce genre d'expériences, la convergence ne puisse être la conséquence de photoréceptions ; il semble" de plus que la représentation de la distance préexiste à la convergence, et n'en soit pas la conséquence. C'est ainsi que les auteurs envisagent les choses dans le cas où l'on opère avec des images négatives. Ils supposent qu'alors le point de départ est ime représentation psychique d'une certaine distance, et que de cette représentation résulte une convergence volontaire. Les choses sont donc absolument renversées, comparées à ce qui est dit aux pages i88 et igS.

Cependant, des difficultés insurmontables surgissent lorsqu'on essaye de creuser un peu ces raisonnements. La représentation du soleil, par exemple, à la distance d'un mètre, est une conception par trop fantaisiste. Aussi suppose-t-on que nous nous représentons un autre objet à la distance indiquée, et que nous convergeons volontairement pour cette distance imaginaire. Et celte convergence volontaire influerait sur la localisation de l'image négative. — On pourrait donc soutenir que c'est encore une fois la convergence qui sert à localiser l'image négative. Il resterait cependant que la représentation d'un objet imaginaire innerve la convergence.

De l'expérience avec les images négatives à celles des figures 5 et 6, il n'y a qu'une différence de degré. Eflbctivement, certains auteurs n'hésitent pas à parler également ici de convergence volontaire. — Cependant, une observation un peu attentive fait voir que, dans ces cas, des photo-réceptions réelles jouent un rôle prédominant comme incitateur des mouvements ocu-

laires. — D'abord, pour obtenir la fixation du point X, non situé sur la glace, il est le plus souvent nécessaire de (( guider » le regard à l'aide d'un point réel, par exemple à l'aide de la pointe d'un crayon. Une fois les effets des points a et b obtenus, on peut supprimer le point X. En second lieu, on peut s'arranger de façon à faire varier la distance entre les points a et b. Alors on ne cesse pas un instant de voir un seul point, mais dont la distance à l'œil varie avec l'écartement des points a et b. La vision simple persiste; la convergence se modifie ; mais rien dans notre for intérieur ne dénote que ce soit en suite d'une modification de la représentation de la distance. Au contraire, cette dernière modification s'impose à nous comme conséquence obligée et immédiate des nouvelles conditions expérimentales.

Dans cette suite de raisonnements visuels supposés, la « cause » de tout à l'heure devient « effet >j, et vice versa. A un moment donné, il arrive (jue la convergence n'explique plus suffisamment la représentation de la distance ; alors on explique la convergence par la représentation delà distance ! — H y a dans cette « réversibilité » merveilleuse de nos « jugements visuels » quelque chose qui choque la logique. Et cependant ces raisonnements contradictoires sont monnaie courante chez Helmholtz, DoNDERs et AuuERT, poûr ne citer que quelques noms bien marquants. Ces auteurs commencent tous par établir que l'innervation de la convergence détermine la localisation psychique, le jugement sur la distance ; et un peu plus loin ils disent que nous réglons nos mouvements de convergence d'après notre jugement sur la distance. L'une de ces deux propositions est évidemment destructive de l'autre. En faisant la première, les auteurs ont

en vue surtout la convergence sur un point réel. En faisant la seconde, ils pensent surtout à l'image négative projetée à des distances différentes, mais aussi à des expériences du genre de celles des figures 5 et 6, c'est-à-dire à la convergence sur un point imginaire.

Le point de départ de ces contradictions est qu'on suppose entre les photo-réactions psychiques et les photocinèses physiologiques des relations causales erronées. Les causes des faits physiologiques ne peuvent être que des faits physiologiques. La volonté psychique et la réprésentation psychique ne peuvent être cause de mouvements oculaires. La physiologie doit admettre que si on pouvait supprimer les états psychiques sans toucher à l'intégrité anatomique, les processus physiologiques continueraient à évoluer normalement.

XX Y. Auteurs qui abandonnent plus ou moins la théorie psychologique de la vision de la distance moyennant la convergence. — Hering, tout en essayant de se tenir davantage sur le terrain physiologique, arrive en dernière analyse à des conclusions qui ne diffèrent guère de celles de Helmholtz, de Donders^ et de Aubert ^. Pour lui, des sensations de profondeur (de distance) seraient inhérentes au fonctionnement physiologique des différents points rétiniens. Le mouvement de convergence serait la conséquence de ces sentations ou représentations de profondeur.

Un auteur qui en cette question se place sur le vrai terrain, celui de la physiologie, est Reddingius. Une certaine obscurité de son langage résulte toujours de ce

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