I. Exner(S.) Biol. Centralbly 1888, VIII, 11° i
Pavvlow* sur la sécrulîon des sucs digestifs; mois nous n«* saurions souscrire aux cxplicalions psychologiques qu'il donne de certains faits remarquables mis au jour par lui.
Il résulte dej^ travaux de Pawlow que la quantité et la (jualrte de ces sucs (salivaires, stomacaux» pancréa- Hques) varient a\ec la quanti lé cl la qualité des air- Tiients ingérés» La teneur des &ues gastrique et pancréatique en ferments protéo-lytique» amylo-lytique et lipo-lytique os! iidaptée au travail digestif aacconqjlir» à la teneur du cliyme en matières albuminoïdes, amylacées et graisseuses.
Le réf^ulaleur de ces sécrétions est le systf^me nerveux. Des innervations centripètes* allant dans le système nerveux central, et des^ innervations centrifuges (les unes sécrétolres.lcsaiilres ('rénatrîces des sécrétions), atteignent les glandes par la voie du nerf vague notamment. Et de ces innervations, il résuite une appropriation chimique parfaite, au travail digestif a efl'ectuer, travail variable avec le* aliments ingérés. Cetle appropriation ne le ckûo guère pour son exactitude u celle t[ui relie nos mouvenienls dits volontaires aux variations des conditions e\t<^ Heures. C'est ce qui l'ait dire h P/kWLOw que ces sécrétions sont inteirtfjeniea.
Le caractère a intelligent» de ces sécrétions n'est évidemment fjuc l'expression du fait que les mécanismes physiologie jues (nerveux, etc.) s<int appropriés aux fonclions variables qu'ils rem|)lissent — mais cela en vertu de principes physiologi<pjes ; la conscience, la volontt*, n'y est pour rien. Ce sont des réflexes dont la variabilité lient surtout à ce fait que ces sécrétions sont incitées par des exe liant s adéquats, agissant sur la muqueuse digestive.
f. Pawlow. Le travail des glandes digestives. Paris, Mnsson, igor.
28o LA VISION
ainsi que du reste Pawlow lo démontre très bien. Une variation dans la nature (chimique) de Texcitant provoque une variation parallèle de la réaction. Pawlow dit lui-même qu* « il faudrait être un bien grand ami" de conceptions forcées pour vouloir rapporter Taction (excitante) de l'acide sur le pancréas à un autre mécanisme qu'à un mécanisme réflexe ». De son aveu donc, cette appropriation-là au moins est le résultat d'un acte purement réflexe.
Chez le chien, une sécrétion initiale et abondante de suc gastrique peut être provoquée rien que par la viie d'aliments (ou par la simple déglutition). Mais pour que cet eflet visuel se produise sûrement, il faut que l'animal soit à jeun (depuis deux jours) ; alors la vue de tous les aliments produit l 'eflet sécréteur; au cas contraire, seule la vue des alimicnts « préférés» a cet eflet. — Ce n'est donc pas la vue de l'aliment, dit Pawlow, (ni la mastication) qui provoque la sécrétion ; il faut que cette vue éveille au jnéalable un sentiment psychique spécial, l'appétit, c'est-à-dire le désir de manger. Et c'est cet état psychique, non la vue, qui est le véritable excitateur de l'innervation sécrétoire de certaines fibres du nerf pneumogastrique. — L'appétit, ajoute l'auteur, est le désir passionné des aliments, basé sur le souvenir du sentiment de plaisir qui accompagne le repas * .
Nous ne pouvons voir dans cette sécrétion « psychique » de Pawlow qu'une photo-réaction sécrétoire, de nature réflexe, au même titre que le réflexe pancréatique provoqué par l'acidité du duodénum, sauf
I. Le désir, dit Pawlow, est basé sur le souvenir d*un plaisir. Généralement, les auteurs psychologaiits font découler le plaisir de la satisfaction d'un besoin, d'un désir. Nouvel exemple de la réversibilité des causalités psychiques I
LA VISION CTIEZ l'iIOMME 28 1
que ce dernier réflexe n'est pas accompagné d'états de conscience. Seulement, ce photo-réflexe sécrétoire ne se produit que si le mécanisme nerveux se trouve dans un état particulier (épuisement, etc.), ou, si on veut, dans un état d'excitabilité spécial. De même aussi Taflaissement du poumon ne provoque l'inspiration que si le sang qui baigne le centre inspira toire est suffisamment veineux. De même encore les photoréceptions de la chenille ne provoquent l'héliotropisme positif que si l'animal n'est pas rassasié (et si sa température est suffisamment élevée). Aucun physiologiste n'explique plus l'inspiration parla « soif de l'air », par cet état psychique mal défini qui accompagne la veinosité (exagérée) du sang qui baigne le centre inspirateur*.
Constatons que Paw low lui-même ne met p^s sur le compte d'une délibération psychique l'appropriation des sucs digestifs au travail chimique qu'ils ont à remplir * mais seulement cette sécrétion en général ; son appropriation, c'est-à-dire la chose la plus « intelligente » dans tout l'acte, serait réflexe.
I. Pawlow fait également intervenir l'appétit comme véritable excitateur de la sécrétion stomachique lorsque cette socrélion se produit à la suite de la déglutition, même lorsque Taliment sort immédiatement par une fistule œsophagienne (repas fictif). Là aussi, la sécrétion ne se produit que chez l'animal à jeun.
a. D*après des renseignements incomplets encore, Pavvlow verrait aujourd'hui dans une certaine appropriation de la salive « visuelle » (appropriation à la nature des aliments) une preuve que cette sécrétion n'est pas non plus- un photo-réflexe chez un animal à jeun, mais qu'elle serait elle aussi excitée par l'appétit éveillé à la vue des aliments (voir O. Gonhkjm, in Mitnchener mediz. IVoche/ischr., 1902.
qSîî la ^^STO^
La sécrétion due i une irritation de la muqueuse stomacale ne se produit non plus que chez le seul animal à jeun (non rassasié). Au lieu de s'en tenir à cette constatation et de mettre sur le compte de dispositions nerveuses spéciales l'eflBcacité sécrétoire de certaines photo-réceptions chez Tanimal à jeun, et leur inefficacité chez Tanimal rassasié, Pawlow entre ici dans un raisonnement embrouillé, qui aboutit à dire que dans certaines circonstances, la sécrétion est empêchée de se produire par la « perspicacité » de l'animal, qui comprend l'inutilité de tout effort, etc.
Pour la physiologie, Tin nervation sécrétoire ne peut provenir que d'une autre innervation. L* « appétit » ne saurait être qu'un épiphénomènc psychique d'un processus physiologique, et rien de plus.
Le processus ou l'état nerveux dont l'appétit est l'épiphénomène psychique peut être provoqué par association et mémoire (visuelle), par des photo-réceptions (ainsi que par d'autres réceptions). Il aboutit à des réactions diverses, les unes motrices (préhension des aliments, mastication), les autres sécrétoires. Quelques-unes de ces réactions, la préhension et la période initiale de la déglutition, ont môme pour épiphénomènc psychique la « volonté »), comme en général les mouvements qui sont en rapport avec le monde extérieur).
L'appétit est donc lui-même une espèce de volonté, mais une volonté relative à des réactions sur un organe viscéral, à la sécnHion des sucs digestifs. L'appétit, ou plutôt l'état d'inanition qui y prédispose, joue en l'espèce le rôle de l'attention çn vision corporelle. L'un et l'autre rend efficace une photo-réception ; il fait que cette réception est suivie d'une réaction qui sans attention ou
siina immitiori ne se produirait pas. Seultuiieiit, rappiîUi aussi bien que raltention (voir p. 35o) doit être entendu phyâiologicpicment, c'est-à-dire comme une înnervalion î^péciale ou une disposition spéciale du syslènie nerveux» en conlormilé notaninienl, avec la ihrorie de Jambs (voir p. !i3o) sur les sentiments.
Le rôle allribui' par Pawlow à l'appétit dans la sécrétion ga^strique est donc identiquement celui que la tendance psyrhologan te attribue dans le^ actes visuels aux sensations inconscientes* aux jugements inconscients, à la volonté, h la tendance à la vision nette et h la vision simple, etc., aux répubions pour b iliplopie, etc., etc.
Dans le cas de la vue des aliments, la ptiottj-réceplion provoque un photo-rétlexc sécrétoire et un photo-réflexe de préhension (le second an moins dans sa partie nerveuse). Si tout ne nous trompe, le sentiment de la faim, nullement objectivant, est répiphénomèiie psvcbique du pholo-réllexe sécréteur, (^uant au pboto-réilexe de préhension, son épiphénoméne psychique est objectivant; c'est la repré-sentation de l'aliment. Le premier est un réflexe sur des organes viscéraux, le second est un réflexe sur des muscles de la vie de relation. Ceux de la prcraiére espèce ne donnent généralement pas lien à des états de conscience: et s'ils en produisent, ils ne sont pas objectivants ; ce sont des sentiments. Les seconds produisent en général des états de conscience objectivante. — C'est en ce sens que nous nous rallions à la théorie de Langf. et de James sur les sentiments.
DES SENSATIONS LLMINEIÎSES
Dans ce ([iii précède nous axons envisagé les phénomènes dits u d'extériorisation visuelle», de « vision m proprement dite, ou de a projection visuelle >j, de
perception visuelle de Tespace. Il y a été incidemment question des sensations lumineuses en général, et surtout nous avons négligé de parler des diverses sensations lumineuses, blanches, rouges, vertes, bleues, etc. C'est ce qui nous reste à faire.
Nous avons vu que les phénomènes de vision corporelle peuvent se concevoir à un point de vue exclusivement physiologique, en ce sens qu'à la rigueur, on pourrait se borner à décrire les phénomènes physiologiques, les photo-réactions physiologiques, et ne signaler les faits de conscience correspondants que comme de simples épiphénomènes (psychiques) de ces processus physiologiques. Nous imaginons même que chez l'homme aussi bien que chez les animaux, on pourrait décrire les processus physiologiques en question sans mentionner leurs épiphénomènes psychiques, sans tenir compte des photo-réactions psychiques correspondantes.
Il n'en est plus ainsi des états de conscience visuelle connus sous le nom de couleurs. Quelque frappantes, quelque violentes que soient les différences dites qualitatives que notre sens intime nous révèle entre diverses sensations lumineuses, entre ce que nous appelons blanc, noir, rouge, bleu, etc., jusque maintenant l'investigation physiologique n'a guère révélé de différences entre les photo-réactions physiologiques auxquelles les diverses sensations visuelles pourraient être rattachées en qualité d'épiphénomènes psychiques. En d'autres mots, le déterminisme physiologique des sensations lumineuses nous est à peu près totalement inconnu. Notre ignorance est ici tellement- grande que nous n'entrevoyons guère encore la direction plus
LA vîSTO^ CHEZ ï/homme 285
exacte dans laquelle il faudra chercher ce déterminisme.
L'étude que nous avons faite du déterminisme nerveux des phénomènes dits de vision corporelle a été indirecte, en ce sens, qu'en somme, nous avons conclu à l'existence de certaines innervations ceti traies à la suite de l'observation de mouvements provoqués par les photo-réceptions. Cette méthode nous fait défaut ici, attendu que nous ne connaissons pas de difTérences simples entre nos photo-réactions physiologiques qu'on pourrait imputer à la seule longueur d'onde des vibrations de Téther.
Il y a bien des différences entre réactions qui sont imputables aux couleurs, aux longueurs d'onde, mais ces réactions sont d'un ordre très élevé, intellectuel, de nature esthétique ; et ce genre de réactions n'est encore guère accessible à l'analyse physiologique.
Nous renvoyons aussi à ce que Woodwortti* dit des travaux de Fkré ^ sur la dynamogénie des couleurs, savoir que le rouge augmenterait la force musculaire, l'orangé et le vert l'augmenteraient moins, et le violet pas du tout.
Et cependant, il doit y avoir un déterminisme physiologique des diverses sensations lumineuses. Nous devons absolument le supposer a priori, sinon l'étude physiologique des couleurs serait un leurre. Nous devons supposer que nous en arriverons plus tard à constater des différences entre les photocinèses qui soient imputables à des différences de ré-