I. WOODWORTH. LOC. ClL^ p. 27O
a. Féré. Sensation et mouvement. Paris, 2* édit., 1900.
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frangibilité des radiations de Téther, et auxquelles nous pourrions rattacher les différences qualitatives entre sensations lumineuses. Peut-être que l'analyse des photo-réactions sur les organes viscéraux — tâche à peine entamée — sera utile à ce point de vue.
Ce qui est assez bien connu aujourd'hui, c'est le déterminisme purement physique (et extra-physiologique) des couleurs. Nous savons plus ou moins comment la sensation visuelle varie qualitativement et quantitativement avec la longueur d'onde (c'est-àdire avec la réfrangihilité) et avec la force vive des radiations excitantes. Mais cette connaissance épuise en somme ce que nous savons du déterminisme des sensations colorées. Aussi Texposé habituel, scientifique, non simplement psychologique, des sensations lumineuses, consiste-t-il en somme à constater quelles modifications sensorielles surviennent avec les modifications de la réfrangihilité et les variations d'intensité des radiations éthérées ; il prend les allures d'un chapitre de la physique plutôt que de la physiologie. Des processus physiologiques, il n'y est guère question, tout au plus incidemment, à propos de certaines hypothèses aprioristiques ou « théories » imaginées sur les mécanismes nerveux en cause.
En l'état rudimen taire de nos connaissances physiologiques touchant les sensations visuelles, on en est encore à envisager ces états de conscience comme le but physiologique des processus nerveux qui y donnent naissance. D'autre part nous sommes forcé, dans notre exposé de la question, de partir des sensations lumineuses pour essayer de remonter aux processus physiologiques correspondants. Ce point de
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départ obligé est des plus sujets à caution, comme conlraire à un principe physiologique fondaDienlal ; il expose k des errements, ainsi qu'en font foi en maints endroits les pages qui précèdent. — Bien que la pliysiologie s'interdise toute spéculation métaphysique sur lii nature des sensations, nous devons néanmoins, dans nos développements, partir d'une certaine classification des sensations visuelles, d'une classilication basée sur les données du sens intime.
La psychologie métaphysique a créé la notion (cartésienne) de la sensation pure, de la sensation en .soi, consistant en un simple état de conscience, subjectif, sans extériorisation d'aucune espèce. Ce serait là le phénomène psychique élémentaire, irréductible. Tous les autres états psychiques en dériveraient, seraient des composés do Sensations, dont ils résulteraient par une espèce de combinaison qui transformerait les sensations en représentations, en concepts etc., etc. (voir pp. ia5 et suiv.). Souvent on donne à ces processus psychiques, renseignés par notre sens intime, les noms de délUiération, de jugement, etc., etc.
L^école psychologique en physiologie des organes des sens a adopté cette manière de procéder; elle trouve un sens physiologique à ces raisonnements psychologiques. Entre ses mains^ Texte ri o ri sa ti on dos sensations visuelles est devenue une cpjestion d'expérience individuelle : « nos sensations », dit Helmholtz, « sont de simples signes des objets extérieurs, signes que notre intelligence a appris à interpréter». Mileurs il dit que ces signes n'ont en eux-mêmes rien de corporeL — Nous remplirions des pages si nous voulions rappeler tous les traits de force ratiocinants
imaginés pour expliquer comment la sensation pure peut donner naissance à une représentation en dehors de nous. Nous renvoyons sur ce sujet à divers autres articles de cette Bibliothèque, notamment a sensation et perception », etc. Ce sont là questions de « métaphysique » , situées en dehors du terrain de la physiologie (voir aussi p. 12b et suivantes).
En supposant que les divers états dé conscience vi- . suelle se soient développés progressivement dans Téchelle animale, il est très probable que ceux d*extériorisation ont été les premiers à apparaître, et que les sensations de couleurs diverses sont de date phylogénique relativement récente, au contraire de ce que prétend la théorie p^chologiquc. Il est infiniment probable que les premières représentations psychiques visuelles n'avaient rien de coloré.
Nous allons voir qu'au moins en ce qui regarde les sensations colorées, il y aurait des réserves à faire quant à leur simplicité, alors qu'un caractère de simplicité d'évidence immédiate, absolue, caractérise en général les faits d'extériorisation visuelle, de vision corporelle.
Nous avons signalé à satiété les difBcidtés auxquelles on aboutit en voyant dans les sensations visuelles les états de conscience visuelle simples, élémentaires, dont tous les autres seraient dérivés; et nous tenons à répéter qu'en physiologie, les faits de conscience visuelle (sensations, représentations, objection, volonté, etc.) doivent être envisagés comme des épiphénomènes psychiques accolés aux phases successives du processus nerveux (somato-réacteur), éveillés par la photo réception (voir p. 20 et i5i). Pro-
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visoirement au moins, ces faits de conscience visuelle sont (pour la physiologie) coordonnés, et non subordonnés les uns aux autres ; l'un n'est pas la cause de l'autre.
XLYIII. Les sensations visuelles en général et le principe des énergies spécifiques de J. Mueller. — Dans notre domaine (visuel), et dans le langage physiologique moderne, ce principe est résumé dans les propositions suivantes, a) L'état fonctionnel de certains éléments corticaux (qui sont en continuité fonctionnelle avec les fibres du nerf optique) est toujours ressenti comme sensation lumineuse, n'importe de quelle manière ce fonctionnement soit provoqué, par excitation directe (vision subjective) ou, ce qui est le cas habituel, par suite d'une photo-réception rétinienne. 6J Une sensation lumineuse ne peut pas être provoquée par l'excitation d'un autre appareil nerveux, à moins qu'il finisse par communiquer au centre côrtico- visuel son état d'excitation (en cas d'.audition colorée par exemple), c) L'état fonctionnel du nerf optique n'a en soi rien de spécial, de « visuel » ; il est le même dans tous les nerfs, d) L'organe photo-récepteur, la rétine, est constituée de manière à ne guère être excitée par d'autres agents externes que les vibrations de Téther. D'où il résulte que les sensations lumineuses sont le plus souvent provoquées par des vibrations de l'éther, ou, comme on dit, par de la lumière objective.
Nous devons toujours nous en tenir à ce grand principe des énergies spécifiques, sous peine de retomber dans le chaos dont J. Mueller avait tiré la physiologie NuBL. 17
des organes des sens. Ce principe s'applique aux sensations visuelles en général. Mais une grosse difficulté surgit, dès qu'on essaye de spécifier le déterminisme nerveux des sensations lumineuses diverses, des couleurs. On tend à voir le siège des sensations lumineuses dans le centre visuel cortical dit de projection, c'est-à-dire dans l'écorce calcarine. La chose est cependant loin d'être prouvée. Le fait que les lésions de cette écorce privent l'homme des sensations visuelles n'est pas dirimant en lui-même, car l'extirpation du corps genouillé externe, par exemple — une station cérébrale de passage pour les conducteurs optiques — rend également aveugle. Celui qui prétendrait que le siège des diverses qualités des sensations visuelles est dans les centres visuels dits d'association ne pourrait guère être contredit.
Les couleurs et les vibrations de Véther.
XLIX. Qualité des sensations lumineuses. — La théorie psychologique de la vision développe comme quoi nous nous guidons visuellement parmi les objets extérieurs moyennant la qualité (couleurs) et l'intensité de nos sensations lumineuses, et elle est amenée tout naturellement à se demander par quoi sont déterminées les différences de qualité et d'intensité de nos sensations lumineuses. Elle groupe les faits visuels dont il nous reste à parler sous les rubriques « qualité » et « intensité » des sensations lumineuses. 11 est certain qu'en dernière analyse, le déterminisme de ces deux qualités de nos sensations visuelles doit être recherché dans les processus physiologiques. Mais, nous l'avons dit, ces processus sont si peu cçnnus qu'on en est réduit généralement à s'en tenir à leurs
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rlplerminismes ptirenient physiques, exIra-phYsiolof^iqiies.
Il y a d'abord à signaJcr quo les vibrations de TéLlter ne provoquent des sensations lumineuses que depuis 39 i jusqu'à 708 Irillion^ de vibrations k la seconde (longueurs d'onde de 761 il 'Sf^ii nrillionie mes de niillini.). Les rayons « citra-rouges », bien que très intenses, et lea myons « ultra-violets w (ainsi que les rayons X et les rayons !N) sont inaptes à prod u ire ce t efle t (à nif j i n s d ^ê I r e t ra n s fo r m é s , à moins de cesser d'être), — Ce premier Tait nous amène inimédiatemcint sur le terrain physiologique. L'invisibilité des rayons extrêmes ne tient en eJTel pas k leur nature, mais à la constitution des organes pboto- récepteurs : ceuX'CÎ sont constitués (chimiquement et physiquement) de façon à pouvoir être n niodillés n ou w excités M par les longueurs d'onde moyennes, et non par les radiations extrêmes. Nous pourrions citer de nombreux exemples de cor[>s de la nature modifiables, nous al lions dire « excitables », les uns par telle longueur d'onde (de vibrations de Téther), les autres j>ar telle autre, La fonction chlorophyllienne est k excitée « par les longues vibrations; d\autres corps sont ahérés par diverses autres vibrations, 11 y a dans la nature un plus grand nombre de corps modifiables par les courtes vibrations (de notre spectre visible), d'où qu'on dit quelquefois, mais erronément, que le pouvoir cbimirpie réside uniquement dans les courles vibrations.
Nous savons que le mélange de toutes les radiations, telles qu'elles nous viennent du soleil^ suscite la sensation blanche. Mais ces mêmes radiations» analysée», isolées par le prisme et étalées sur un écran
réfléchissant, nous présentent une série, une gamine continue de couleurs, depuis le rouge (la radiation visible la moins réfrangible) jusqu'au violet (radiation visible la plus réfrangible), et passant graduellement Tune dans l'autre, par l'orangé, le jaune, le vert, le bleu. — La question du nombre des couleurs spectrales révèle déjà l'incertain dans les renseignements visuels fournis par notre sens intime. Pour les uns (dont Helmholtz), il y aurait dans le spectre solaire une infinité de teintes. Déjà dans ce que nous appelons rouge (spectral), il y en aurait un très grand nombre de différentes. Chaque radiation isolée produirait une teinte, une couleur à part. Ces auteurs expliquent que si l'usage a prévalu d'en désigner nominativement quelques-unes (le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu et le violet), ce serait uniquement pour des raisons d'utilité pratique, soit parce que telle couleur (le vert par exemple) est très répandue dans la nature, soit parce qu'un objet remarquable a toujours une couleur déterminée (le bleu du firmament), etc. — Il est certain que d'autres hommes, dans d'autres conditions, désigneront d'autres radiations par des noms spéciaux. Des peuplades de l'Afrique adonnées à l'élevage du bétail ont un grand nombre de noms spéciaux pour désigner les teintes rougeâtres de leurs animaux (Magnus). Les teinturiers disposent de même d'une nomenclature chromatique plus compliquée. Au même point de vue (utilitaire) on explique que les peuples sauvages, ainsi que même les héros d'Homère, n'ont que trois noms pour désigner toutes les couleurs de l'arc-en-ciel (Gladstone). L'opinion qui admet un nombre infini de couleurs
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n'est pas cependant admise sans contestation. Déjà Leonardo da Vinci citait six couleurs principales ; dans les autres, il voyait des mélanges de ces six couleurs.
Hering* défend une opinion analogue. D'après lui, le rouge, le jaune, le vert et le bleu spectraux seraient seuls des sensations irréductibles pour notre sens intime ; dans les autres, nous verrions un mélange, par fine juxtaposition, de deux de ces quatre couleurs fondamentales. — Il est de fait que dans le pourpre, une couleur simple pour Helmholtz, on *vbitune telle juxtaposition de rouge et de bleu; il en est de même, d'après Hering, du violet, sauf que le bleu y prédomine sur le rouge. Dans l'orangé, nous verrions simultanément du rouge et du jaune, comme dans l'ultra-marin, nous verrions du bleu et du vert. Les locutions de vert bleuâtre, de jaune verdâtre, etc., reposeraient sur la nature même de nos sensations, et ne témoigneraient pas simplement de la pauvreté de notre « technologie » chromatique. — Par contre, d'après Hering, dans aucune couleur, ni spectrale, ni composée, nous ne verrions simultanément du rouge ou du vert, ni du jaune et du bleu ; ce seraient là les quatre couleurs fondamentales. — De même encore, d'après Hering, dans le gris, on verrait simultanément du noir et du blanc, et non pas simplement un blanc peu intense.
Le noir lui-même passe souvent, mais bien à tort, pour l'absence de toute sensation lumineuse. Le néant visuel, derrière notre tête, n'est certainement