A. KoENiG. C. R. Acad. Berlin
LV VISTON CJJT.7 L nOMAIE
saturation près — celle théorie suppose en cliacjlie endroit trois fibres nerveuses, trois unités photoréceptricesj dont chacune produirait une sensation colorée. Par leur excitatioa en proportion diiïérenle, ces trois fiLres réaliseraient toutes les variétés possibles des couleurs.
\u\ trois espèces de fibres, Heri:ng oppose trois suhstances visuelles. Sa théorie a sur cell*î de \ot?)«; ravanla^u'c de tenir compte de rnpposilioQ si mauîfesle entre les couleurs complémentaires, telle qu^clle résulte notanimenl des faits do contras le. (simultané et successiQ. Kllc introduit loutcfois une notion qui ne ressort guère des i^tils de pliysiologîe générale, savoir que la désassimilation d'une des trois substances visuelles produirait une couleur, et rassiinilation, la reproduction de cette nïémc substance produirait une autre couleur (le coiupléiiient de la première).
Dans ces conditions, on conçoit que la tendance psycbologante trouve dans la vision des couleurs un terrain propice pour ses ébats. Lorsqu'un fait bien observé ne sVwpllqne pas a la lueur d'une Hes « théorie?* » admise par elle, ou l'ijnpule h un « Taux jugement >i. >iousen verrons (je nombreux exemples à prop>^ du contraste (simultané et successif). Nous prévoyons aussi que nous allons retrouver încessaui ment en présence les deux tendances, dont Tune, plus physiologique. tî\che de ramener a des diflérences dans les processus physiologiques toutes les dilTércnces entre sensations visuelles, et dont l'autre, psychologanle, explique par des raisons psychologiques, par de iam jugements, les dilTérences entre sensations visuelles dont elle ne saisit pas dès maintenant le déterminisme physiologique.
3o4 • LA VISION
LU. Chromatopsie suivant l'étendue rétinienne. Daltonisme. — Dans ce qui précède, nous avons vu qu'une même sensation lumineuse peut-être provoquée par des mélanges très divers de radiations éthérées. Néanmoins, nous semblions admettre qu'une radiation donnée, ou un mélange de radiations données, provoque toujours la même sensation lumineuse. Nombreuses sont les exceptions à cette règle, ainsi que cela résulte de l'examen des faits décrits sous les trois rubriques de « champ visuel », de « daltonisme » et de « contraste » (simultané et successif). Au contraste, nous réservons plus loin une rubrique spéciale. Envisageons ici la vision des couleurs suivant l'étendue du champ visuel, ainsi que le daltonisme.
1° Pour ce qui est des variations de la chromatopsie dans le champ visuel (champ constitué par tout l'hémisphère situé devant nous, et que nous voyons avec l'œil immobile), généralement on étonne fort les gens en leur démontrant que dans la périphérie de ce champ, on voit généralement les couleurs tout autrement que vers le point de fixation. A l'extrême périphérie, on voit les objets, mais on ne reconnaît pas leurs couleurs. Le jaune et le bleu sont reconnus le plus loin vers la périphérie ; puis arrivent le vert et le rouge ,^ et enfin le violet, dont le champ est le moins étendu. De plus, ces champs de couleurs sont entourés de zones dans lesquelles on voit des couleurs, mais « perverties ».
2^ Daltonisme. — Des faits très frappants sont ceux de daltonisme ; ils consistent en ce que certaines personnes voient les couleurs dané toute Tétendue
LA VISION CHEZ lHïOMME 3o5
du champ visuel tout autrement que la généralité des personnes.
Mon sens intime à moi n*ayant de valeur absolue que pour moi, personnellement (voir pp. 5 et 6), je ne suis pas absolument certain que mon voisin éprouve à la vue du coquelicot la même sensation visuelle que moi, que le firmament lui paraît dans la même teinte qu*à moi. A et B éprouvent à la vue du spectre d'émission du sodium une sensation lumineuse ; mais est-elle la même dans les deux cas? Depuis leur tendre jeunesse on leur a appris à nommer « rouge » la sensation éprouvée à la vue du coquelicot, et « bleue » celle qu'ils éprouvent à la vue du ciel. Chacun d'eux éprouve toujours la même sensation visuelle à la vue d'objets qui réfléchissent certaines vibrations de l'éther : on leur a imposé un nom pour cette sensation, et ils continuent à désigner cette couleur de ce nom. Ils s'entendent entre eux et ne font aucune confusion — à condition que A fasse une distinction chromatique là où B en fait une. Mais si A, tout en ayant des sensations chromatiques, ne constate plus entre ses sensations une différence chromatique partout où B en constate une, alors il pourra arriver que nous nous apercevions de la différence existant de l'un à l'autre, pour ce qui regarde leurs sensations chromatiques. — Mais un état anormal de la chromatopsie est plus difïicile à constater que cela n'en a l'air à première vue. Il ne sert de rien de demander aux gens suspectés d'une anomalie de ce genre les noms de telle ou de telle couleur qu'on offre à leurs yeux. Il y a entre les sensations visuelles des différences autres que la différence éventuelle de couleur; il y a notamment des différences d'intensité lumineuse, de luminosité. Les « viciés » ont moins de sensations chromatiques que les voyants normaux. Le plus souvent leur spectre est dichromatique seulement, alors que le nôtre est poly chromatique.
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Or, un tel individu a depuis sa naissance \u les autres faire des distinctions sensorielles (à l'aide de leurs sensations chromatiques) là où lui ne voit que des différences d'intensité lumineuse. Dans la lutte pour l'existence, il lui importe néanmoins de faire entre les diverses lumières des distinctions là où les autres en font ; il s'est donc attaché à apprécier ces différences d'intensité lumineuse là où les autres ont le moyen bien plus expéditif de la chromatopsie, et il a assez bien réussi dans cette tâche, qu'il croit d'ailleurs imposée à tout le monde. — Néanmoins, en bien des circonstances, ce moyen se trouve en défaut. Enfant, en allant cueillir des fraises dans les bois, il rentrait à peu près bredouille, la fraise ayant pour lui la même couleur et à peu près la même intensité lumineuse que le feuillage. Dans cette recherche, il est dans les mêmes conditions que nous, voyants normaux, lorsque nous cueillons des cerises sur une branche de cerisier qui se profile sur le ciel: il se sert de son iconopsie, de son acuité visuelle, et non de sa chromatopsie.
Les « viciés », disons-nous, ont moins de sensations chromatiques que les « voyants normaux ». Notre nomenclature chromatique est donc trop riche pour eux. Et dans beaucoup de cas ils appliquent des noms de couleurs à des intensités lumineuses. Montrez-leur des objets rouges, verts, blancs, etc., ils vous diront généralement les noms des couleurs que nous leur attribuons. Ils appliqueront de même leurs véritables désignations aux différents endroits d'un spectre solaire. Mais en procédant ainsi, on n'examine pas le système des sensations chromatiques du vicié, on examine en réalité sa plus ou moins grande habileté à se servir d'une nomenclature qui n'est pas faite pour ses sensations, mais dont il a appris à se servir assez bien.
Le « vicié » ou dyschromatope donne donc leurs véritables noms aux différents endroits du spectre, de même
So:
qu'il dit lu frabe et le coquelicol rougeîs, et l'herbe veritî. — Pour ce qui est du spectre solaire, i) roussit îi se servir convenablement de riolre nomenclature chromatique, parce qu'il peut comparer directement les diverses lumières olTertes simultanément a sa vue. Mais son inllrmile devient apparente si on otïVe h sa vue, dans un ordre arbitraire, les dilVerents endroits du spectre isolés. Par exemple, à l'aide d*un écran percé d'une fente» oi» lui masque la majeure jiarliedu spectre, et on ofli'e successivement a sou œil dillérents endroits du spectre» c'est-jWdire de.s vibrations simples et isolées. Tout point de comparaison direcle, simultanée, lui laisajit alors défaut, il emploiera sa nomenclature chromatique h tort et It travers,
Il s'ent trouvé que F immense majorité des viciés font ah»rs les confusions siiivanles- Dans notre orani^é, par exem[dc, ils accusent une sensation chromatique réelle, que généralement ils nomment «jaune j>. Faisons arriver des rayons moins réfrangribles (notre rouge) ; ilsoonlinueront àaccuser la même leinte* maisplussombre. tOans notre vert, ils renseigner jI la rnéme ieinie, mais plus claire et moins saturée. Dans notre verl-bleuâlrc, ils voient du jçrisâtre (ïi^ne neutre). Au delà, dans notre bleu, surgît pour eux une seconde sensation chromatitpuie, qu'ils nomment « bleue ». pale d*abord. peu saturée, et qui va ensuite en se saturani, pour devenir sombre h l'extrémité de leur specire visible, dans notre violet.
On nomme « dnltoniens » les viciés ou dyschrorna* topes de ce genre. Le sens chromatique du daltonien est com|X>sé de deux sensations seulement. » Il est w dichromatique», alors que le nùtre est <« polychroma- Irque », composé d'une inlinité, ou au moins de plus de deux sensations.
Mais quelles sont les deux sensations chromatiques qu*éprouve le daltonien, Tune dans la moitié la pbis ré-
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frangihlc du spectre, l'autre dans la moitié la moins réfrangible ? A première vue, la question semble insoluble, à cause de la subjectivité de nos sensations. — Nous avons fait observer* (en 1878) que dans la maladie connue sous le nom de scotome central, les malades font au niveau de leur scotome les mêmes confusions de couleurs que le daltonien dans toute sa rétine. Ces malades ont donc le centre rétinien daltonien, alors qu'une zone voisine voit normalement les couleurs. Ils ont un point de comparaison qui fait défaut au daltonien par excellence (qui l'est de naissance). Or ils affirment voira l'aide de leur centre rétinien du jaune dans la moitié la moins réfrangible du spectre, et du bleu dans la moitié la plus réfrangible. — IIolmgren ^ a examiné un de ces cas où l'individu fait (depuis la naissance) les confusions de couleurs signalées plus haut, mais seulement avec un œil, l'autre voyant les couleurs normalement. Ce daltonien d'un seul œil a lui aussi son point de comparaison sensoriel tout pros. Et le fait est que de l'œil « vicié », il déclare voir du jaune dans la moitié la moins réfrangible du spectre, et du bleu dans la moitié la plus réfrangible.
D'après cela, les deux couleurs du daltonien seraient le jaune et le bleu, la sensation jaune étant provoquée par les longues vibrations, la bleue par les courtes vibrations. Mais dans la moitié jaune du spectre, la saturation a pour lui un maximum dans notre jaune ; cette saturation va en diminuant à droite et à gauche, seulement vers notre rouge,, l'intensité lumineuse (du jaune du daltonien) diminue, tandis qu'elle augmente plutôt (pour le daltonien) vers notre vert. Le
I. J.-P. NuEL. L'amblyopie alcool, et le daltonisme. Bull. Acad. roy. de médecine de Belgique y 1878, XII, n» 7.