‹ La visionChapitre 52 sur 68 · HoLMGREN. Centralbl. f. d. mediz. Wissensch. Berlin · texte numérisé non relu

HoLMGREN. Centralbl. f. d. mediz. Wissensch. Berlin

1880, pp. 898 et 918.

LA \tSJU7« CHEZ L'nu\lMfc: Sog

«hilLuiMen voit notre rougL* (.'ii jaune, mais en j«une î^onibrr ; noire x^rt, il le voit égalLMiient en jiiuno, mais en jaune drtir et peu snturé, donc pâle. Le im^me plirnomèno se repèle dans la moitié la plus rél'rangilïle du spectn* : notre violet est vu en bleu sombre piar le dal Ionien : notre bîeu ullrn-marin, il le voit en bleu clair,

Le.s deux roideurs du daltonien ont entre elles les mêmes rapporli^ que deux de nos cotdenrs complétnenlaires. Le mélange de^* radiations (pn les provotpjeni, dans la proportion quantitative où elles se trouvent dans la Inmiere solaire, provoque la sensation blanebe. Si l'une des deux conqiosan tes pbysique^ prédomine dans le m^lanfçe. la senscition nsnilanle est colorée, de la teinte dont la vdiralion pri^duniine; mais le méJanjL^e nml pas saturé; il est pâle ; il est tFaulant plus saturé que Tune des composantes prédomine da van ta rre.

Ce qui précède fait presf^entir f|nelles couleurs le daltonien voit aux objets de la nature. Ces objets renvoierd. toujoni's un mélange compliqué de radiations. El selon que les radiations moins l'olVanf^blGs ou les plu» l'éfran^iLles prédoiuinent, ils voienJ i!u jaune ou du bleu» Mais ces jaunes et ces bleus sont, dun objet h Taulre, plus on fnoins saturés, plus ou moins Inmlneux. Kt c'est à cesdilTérences de saturation et d'intensité lumineuses que le daltonien a été Ibrcé d'appliquer des noms que nous attribuons aux dilTércnles couleurs. On lui a dit que la cerise est roufj;c et le Teui liage vert ; il est bien forcé d'admettre ces deux dénominations, mais il n^entend pas par ces noms les mêmes cliose.sc^ue nous, liien entendu, ît suppose tpie tout le monde voit comme lui.

Généralement, im daltonien ne confondra (>as le rou^'C (ronge pour nous) avec le vert (vert pour nous) juxtaposés, surtout s'ils sont bien salures. L'un et Tanlre sont pour lui la même eoideur, mais ils dilTerent (lïour lui) de saluraticu> et surtonld'întensilé luniineuïie. L'expérience a

3lO LA MSION

prouvé que les deux couleurs u de confusion » qu'ils confondent le plus aisément sont le bleu et le violet. — La confusion devient plus facile si nous lui présentons une de ces couleurs de confusion à des degrés divers de saturation et d'intensité lumineuse (procédé de Holmgren). Un vert sombre (pour nous) pourra être pris par le daltonien pour du rouge, etc., etc.

Les daltoniens sont donc en quelque sorte « aveugles pour le rouge », mais ils éprouvent des sensations lumineuses sous l'influence des radiations qui chez nous provoquent la sensation rouge. — On a décrit des cas rares de dyschromatopsie où ce n'est pas le rouge et le vert qui sont confondus, mais le jaune et le bleu, -r Enfin, certaines gens n'éprouvent aucune sensation chromatique. Tout leur paraît de la même teinte (blanche ?). On dit que les sensations lumineuses de ces personnes (dites achromatopes) ne diffèrent qu'çiu point de vue quantitatif, qu'il n'y a entre elles aucune différence qualitative.

Évolution historique du sens chromatique. — Gladstone ayant remarqué qu'HoMER a une nomenclature chromatique se réduisant à trois termes, et des observations du même genre ayant été faites chez des peuples primitifs. Lazarus Geiger* supposa que le sens chromatique se serait développé dans les temps historiques. Il est bien prouvé aujourd'hui que les faits allégués tiennent à une inhabileté du langage, et non à un sens chromatique rudimentaire^.

LUI. Déterminisme de l'intensité des sensations lumineuses. Loi de Weber ; loi psycho physique. — Les

i. Lazahus Gf.iger. Zur EntwickLungsgeschichte der Menscheit. Stuttgart, 1871, p, 56.

a. Voir notamment Magnus. Die geschichtl. Entwicklung d. Farbensinnes. Leipzig, 1877.

L,\ VISION CHEZ L IlÔIflTE 511

fjualilés de nos sensations^ dil-on, ne sont pas seules à nous guider au miJieu des objets qui nous entourent ; les intensités de nos sensations y contribuent également: moyennant nos sensations visuelles nous portons des jugements sur la quantité, Tintensité des radiations éthérées qui frappent notre œih

Nous savons en gros que Tiritensité de la sensation blanche, par exemple, croît avec rintensité de l'excitant. Mais quelle est la relation exacte entre les deux? Il semble, a première vue, qu'il y ait proportionnalité, que quand rintensité de Pexcitant double, triple, etc., la sensation double, triple également. Il n^'en est rien. Des observations journalières démontrent que la sensation blanche — pour nous en tenir provisoirement à celle-là — croît plus lentement que rintensité des radiations qui la provoquent. C'est ainsi que l'ombre projetée par un corps obscur au clair de lune disparait si on rapproche une forte lumière artificielle. Une ombre projetée a la lumière d'une lampe di.sparaît de même devant la lumière du soleil. Les étoiles deviennent invisibles à la lumière du jour. — Dans ces diflérents cas, la différence, de Téclairement objectii" (étoile, firmament, etc.), est la même : la lumière solaire ajoute des quantités de radiations égales, tant à l'ombre delà lampe qu'à son entourage, tant à la lumière stellaire qu'au fond du ciel. Nous voyons ainsi que des différences constantes de Téclairage ne sont plus perçues comme telles si rintensité totale de la lumière augmente siiiTisammenL

Si nous pouvions dresser d^une part ime échelle des intensités grandissantes de la lumière, c'est-àdire des radiations lumineuses, et d'autre part, une

3l2 LA VISION

échelle des intensités grandissantes des sensations lumineuses dans leur correspondance avec les premières, le problème que nous avons en vue serait résolu ; de l'inspection de cette double échelle, on pourrait déduire la loi qui relie l'intensité de la sensation lumineuse à celle des vibrations de l'éther. Or, nous savons dresser une telle échelle pour Tagent physique (c'est-à-dire pour les vibrations de l'éther), mais nous ne savons pas en dresser une des sensations lumineuses. A certains égards nous savons comparer des sensations lumineuses de même espèce, blanches par exemple. Mais cette comparaison ne va pas très loin ; elle ne dépasse guère la constatation de l'égalité, de la supériorité ou de l'infériorité. Nous savons aussi dire laquelle de trois sensations lumineuses (de même espèce, mais d'intensités diflférentes) est intermédiaire entre les deux autres. Mais si, dans un cas donné, nous jugeons qu'un blanc a un éclat double ou triple d'un autre, cela veut dire que les sensations correspondantes diffèrent, mais il n'en ressort pas que la sensation soit double, triple. En réalité, nous savons d'expérience que telle sensation lumineuse, comparée à telle autre est provoquée par une intensité lumineuse double, triple. Mais la valeur de la différence n'est pas donnée primitivement dans les sensations.

— WuNDT explique même ici que l'examen de la double échelle supposée plus haut fournirait une loi exprimant la relation entre les intensités des vibrations de l'éther et notre évaluation de ces intensités, et non pas entre l'intensité des radiations et celle de nos sensations elles-mêmes.

Bien que hi .sulullon du pmblèine paraisse provisoircmeat impossible, essayons d'en préciser divers éléments. — D'abord, la sensation est nulle pour une valeur très faible, mais réelle, de rcxcitant. Cette inlenî>ilê augmentant, finit par produire une sensation, faible d'abord, mais qui augmente avec rintensité de Texcitant, jusqu'à une certaine limite, au detà de laquelle une augmenta tion de la lumière n'est |>lus suivie d'une augmentation de la sensation.

Le minimum de sensation h la limite intérieure a reçu le nom de seaii de la sensation. On peut dire que plus est petite la quantité de vibrations de Téthor capable de provoquer le seuil de la sensation lumi ncuse, et plu> est grande la sensibilité à cette lumière. Si cliez une personne la quantité de lumière nécessaire à cet effet est le double de celle qui sutïit cbez une autre, la sensibilité de la première n'est que la muitîc de celle de la seconde. C^esl là la sensibilité au minimum de lumière perceptible.

En dedans des limites où la sensation croît avec Texcitant, la sensation ne croît pas pour toute augmentation de Texcitant, quelque petite soitelle. On observe au contraire que pour obtenir une augmentation [>erceptiblo de la sensalion, Tintensité de la lumière objective doit augmenter d'une quantité assez grande. Nommons sensalkm différentielle ce minimum perceptible de raugmentation dans la sensation. Elle mène à la conctîption d'une seconde sensibilité lumineuse, à la sensibilité aux différences de Péclairage. Cette sensibilité est évidemment d'autant plus* grande que rai»gntentalion de Tev* itant ttéccsstiirc pour être peiceptib le est plus petite. Nl£l. i8

3l4 lA. VISION

Loi de Webcr ; loi psycho-physique, — Pour ce qui regarde la détermination fie la sensibilité aux différences d'intensité de la lumière, nous rencontrons ici la célèbre loi de Weber, qui dans sa portée générale dit ceci : « Pour quune sensation quelconque croisse d'une manière appréciable, il faut que l'excitant augmente d'une fraction toujours la même de son intensité totale^. » Cette loi s'est trouvée vérifiée dans une certaine mesure pour les sensations blanches simultanées, juxtaposées. Il se trouve même que de toutes les sensations, les visuelles blanches suivent le mieux cette loi de Weber.

Les expériences afférentes ici, et relatives aux sensations blanches, datent de loin. Dès 1760. Bou- GUER" fit le premier, et Volkma^în'^ répéta plus tard les expériences suivantes. Devant un fond blanc on dispose une tige verticale et deux bougies allunaées de façon que deux ombres soient projetées sur le fond. Les deux ombres sont égales si les deux bougies sont à égales distances de la tige. Si l'une des bougies est plus loin de la tige, l'ombre correspondante sera plus faible. Cette ombre plus faible est éclairée par la seule lumière L la plus proche ; son entourage est éclairé par les deux lumières L-j- / (/étant l'éclairage fourni par la lumière la plus éloignée). On éloigne l'une des bougies, et par là on diminue graduellement l'ombre, jusqu'à ce qu'elle cesse, c'est-

1. E.-H. Wkhrr. R. Wagner s WOrterbuch d. Physioi., i85i, p. 559.

2. BouGUER. Traité d'optique, etc., publié par Lacaille. Paris, 1760.

Page 1