‹ La visionChapitre 55 sur 68 · ICI J · texte numérisé non relu

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LA VISION CHEZ l/llOMME SlQ

qu'on peut traduire de la manière suivante. Pour que la sensation augmente de quantité égales, la quantités de lumière objective doit être multipliée par le même chiffre ; ou bien : la sensation lumineuse croît en progression arithmétique seulement lorsque V intensité lumineuse croît en progression géométrique. C'est là ce qu'on désigne du nom de « loi psycho-physique ».

Une hypothèse de plus, et on arrive à donner à cette loi une forme encore plus transcendante. En effet, lorsqu'on a les deux progressions suivantes, la première, géométrique, la seconde, arithmétique,

W' I : q : (j^ : q^ : q^... q^^ -[- • r • 2r • 3r • 4''.-. 'nr,

les termes de la seconde sont appelés les logarithmes des termes qui ont même rang dans la première série : mr est le logarithme de f/™. Si donc on part d'un éclairage qui ne donne pas encore une sensation, et qu'on le pose égal à I, les accroissements des éclairages d'une part et ceux des sensations d'autre part donnent précisément deux progressions de ce genre. Dès lors, on dira que les sensations croissent proportionnellement aux logarithmes des excitants.

Fechner arrive à formuler cette relation logarithmique plus directement, moyennant le langage de l'analyse infmitésimale. D'après la loi de Weber, nous avons approximativement cfS = A V » A étant une- constante. En intégrant, il vient S rrr A log L -h G, formule qui devient S = AlogL, si, comme plus haut, l'on pose égal à i un certain éclairage qui ne donne pas encore de sensation.

La loi psycho-physique, surtout avec les allures transcendantes que lui avait données Fechner, a eu le don de séduire longtemps les esprits. Ne permet-

lait-elle pas d'appliquer à une fonction psychique au moins, aux sensations,^ les procédés scientifiques de mensuration usités en sciences naturelles? Dorénavant, non seulement on pourrait mesurer lés sensations, mais encore on connaissait la loi qui les reliait à leurs causes physiques, et cette loi était du même ordre et de la même rigueur que celle qui préside par exemple à la genèse du mouvement mécanique aux dépens de la chaleur. D'aucuns parlaient déjà de l'équivalent mécanique ou calorique de la sensation 1

On remarquera que dans tout cela, le monde physiologique est en somme passé sous silence, comme quantité négligeable en quelque sorte. Tout au plus développait-on que selon toutes les apparences, les faits physiologiques sont reliés aux faits physiques par la simple loi de proportionnalité, qui réglerait de même les liens des divers faits physiologiques entre eux, par exemple celui entre le processus rétinien et le processus dans le nerf optique. On est donc amené (Fechner, etc.), à placer la loi logarithmique non à l'endroit où a lieu l'union du monde physique avec le monde pysiologique, mais au point de contact entre le monde physiologique et le monde psychologique. Ce serait en réalité une loi physiologopsycliologique. Mais le nom de loi psycho-physique pourrait lui être conservé, attendu que les processus physiologiques rentrent absolument dans la catégorie des phénomènes physiques.

Nous avons vu que les faits expérimentaux sont loin d'être conformes à la loi de Weber, et surtout h la formule de Fech>'er. Bientôt surgirent des essais

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de modification de cette loi de (de Delboeuf' et d'autres auteurs). Nous n'entreprendrons pas de les exposer ici.

En résumé, la loi de Weber est approximativement vraie, mais seulement si on considère des variations de l'éclairage blanc dans des limites étroites des intensités absolues, celles de l'éclairage ambiant, auquel l'organe visuel fonctionne habituellement. En dessous de cette limite de l'éclairage, vers le minimum perceptible, elle n'est plus même approximativement vraie ; il en est de même avec un éclairement excessif. — Quant à la loi de Fechner, malgré tout le bruit élevé autour d'elle, elle n'a que la valeur d'une curiosité. Non seulement elle suppose, à tort, que la loi de Weber soit vraie pour des intensités très diverses de l'éclairage ; elle est de plus basée sur plusieurs hypothèses gratuites touchant la nature des sensations.

La loi de Fechner suppose donc que les accroissements successifs et perceptibles de la sensation blanche soient égaux, c'est-à-dire ce que nous avons nommé sensation différentielle aurait une valeur constante ; elle admet de plus que la sensation blanche minimale, le seuil de la sensation, serait égal à la sensation différentielle. On aura remarqué que cette loi, à l'aide de laquelle on prétend mesurer la grandeur des sensations, à peu près comme on mesure une étoffe au mètre, commence par affirmer arbitrairement l'égalité entre deux cléments sensoriels. C'est-à-dire qu'elle suppose résolu, au moins dans une certaine mesure, le problème que précisément

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