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I. Chevreuil. Mém, de l'Institut, i83a

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Aucun de ces phénomènes n'a encore reçu une explication satisfaisante, et on le conçoit, car, selon toutes les apparences, leur déterminisme est exclusivement physiologique, et le déterminisme physiologique de la chromatopsie est inconnu. Aussi nous voici sur un terrain des plus favorables pour l'éclosion d' « explications psychologiques » .

1° Images accidentelles (positives et) négatives, — Généralement, on continue à voir une lumière ou un objet quelque temps après son apparition. Immédiatement après la disparition de l'objet, on continue à le voir une fraction de seconde tel qu'il est — image accidentelle positive — ; puis apparaît une autre image, plus durable, dans laquelle les clartés et les teintes sont renversées : les blanches sont devenues noires et vice versa, les couleurs sont transformées dans leurs teintes complémentaires — image accidentelle négative. — Les images positives s'observent le mieux après un éclairage instantané ; les négatives après une fixation prolongée. Occupons-nous ici des images négatives, en nous bornant à rappeler les faits fondamentaux.

Fixons pendant une demi-minute et plus un disque blanc sur fond noir, de dimensions modérées, puis présentons au regard immobile un fond uniformément gris : bientôt le disque clair de tout à l'heure apparaîtra en obscur sur le fond plus clair. Si le disque clair de tout à l'heure avait été noir sur fond clair, il serait apparu sur le fond uniforme en clair, le restant du fond paraissant plus obscur.

Au lieu d'un fond clair ou noir, prenons-en un coloré. Après enlèvement du disque, son endroit pa-

raîtra teinté de sa couleur complémentaire. Si le fond uniforme est lui-même teinté uniformément, sa couleur est modifiée au niveau de l'image négative du disque comme si on avait ajouté à cette couleur un peu du complément du disque.

Ainsi, selon l'état momentané de notre rétine, de notre appareil visuel, une même lumière peut paraître claire, noire, rouge, verte, bleue, etc., teintée des nuances les plus diverses de l 'arc-en-ciel .

Les mêmes phénomènes s'observent si, au lieu de fixer de seconde main un fond uniforme, on ferme les yeux cl qu'on les tient immobiles : les parties claires paraissent sombres, et les parties colorées sont remplacées par leurs compléments. — Ce sont les images accidentelles négatives développées en champ visuel obscur.

Newton, paraît-il, inclinait à voir dans les images accidentelles" un pur produit de notre imagination, c'est-à-dire qu'il penchait vers une explication purement psychologique des images négatives. — Du côté des physiciens, nous avons à signaler la théorie de J. Plateau, d'après laquelle le fonctionnement de la rétine serait suivi d'une oscillation (c'est-à-dire d'une activité) en sens contraire.

Une explication beaucoup en faveur est celle de Fechner et Helmholtz. Les images positives étant expliquées par la durée de l'impression rétinienne, les négatives seraient dues à la fatigue rétinienne. Lors de la fixation prolongée du disque blanc de plus haut, la partie rétinienne éclairée se fatiguerait, et maintenant une même impression lumineuse y produirait une moindre excitation, un processus physio-

logique moins intense que sur les parties ri^tinieiines voisines, non éclairées préalablement. — - Quant aux images négatives de couleurs, il faul supposer que la contemplation trune couleur fatigue ou épuise la rétine seulement pour les vibrations correspondantes à cette couleur. Le résultat de cette fatigue partielle serait le même que si dans le mélange lumineux compliqué, on diminuait Tintensité d'une seule radiation : la radiation complémentaire devrait y dominer relativement.

Quant aux images négatives colorées en champ visuel obscur, on invoque, en plus de la fatigue rétinienne, le clians lumineux, dette lueur pro|UT de la rétine es( explif|née généralement par ime (iiible excitation de tout Tappareil optique du chef de la nutrition interstitielle. Cette lueur propre ferait, en Toccurrence, Tonice du fond gris de tout k Theure. Sur une portion rétinienne fatiguée pour le rouge, par exem[ile, la lueur devrait prendre la teinte complémentaire du ro\ige, c'est-à-dire devenir verte.

La théorie de la fatigue rétinienne fut poussée dans ses dernières consécpiences par Helmholtz, qui la combina avec la théorie de \oli>g relative aux trois énergies spécifiques de la rétine. On parvient ainsi à rendre c<»mpte de la qualité des teintes dans les images négatives. De |)lus, Texplication est ramenée sur le terrain physiologique, car elle admet que les diltérences sensorielles qualitatives sont occasionnée» par des diflérences dans lo processus physiologique.

Mais cette théorie est absolument impuissante à rendre compte des intensités lumineuses et des sa-

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turations violentes qu'on peut observer dans les images négatives. Dans bien des circonstances, l'image négative d'un détail obscur paraît infiniment plus claire que le chaos lumineux. Dans une telle image négative développée en champ obscur, les couleurs sont souvent d'une pureté ou saturation très grande, et d'une intensité qui dépasse certainement celle du chaos lumineux ; ce sont souvent des sensations comparables à celles que nous procure un spectre solaire intense. Cette intensité ne saurait donc être déduite de la lueur propre.

Dans cette extrémité, les partisans de la théorie de la fatigue rétinienne ont recours au « fauxjugement». D'après eux, il s'agit d'une question de contraste simultané; et le contraste simultané, Helmholtz le met sur le compte d'un faux jugement. Là où la clarté nous paraît si forte dans l'image négative, il n'y aurait en réalité pas de sensation plus forte ; il n'y aurait pas non plus un renforcement du processus physiologique qui constitue la lueur propre. En réalité il n'y aurait dans tous ces phénomènes qu'une diminution du processus physiologique qui occasionne la lueur propre, ainsi qu'une diminution de la sensation correspondante; seul notre « jugement », c'est-à-dire un facteur purement psychique, serait fautif, en faisant croire à im « plus » là où il n'y a rien de changé, ou plutôt où il y aurait un « moins ». — Nous verrons plus loin les raisonnements, assez spécieux, qu'on allègue comme menant à ces « faux jugements » sur des intensités lumineuses.

En fait d'auteurs marquants qui combattent cette tendance spiritualiste en la question, nous avons

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d'abord J. Plateau, puis Hering. J. Plateau* considère les clartés dans les images négatives comme résultant d'une activité nouvelle de l'appareil nerveux optique. En sa qualité de physicien, il se contente de supposer que la rétine ébranlée dans une direction tend d'elle-même à exécuter une oscillation opposée, à peu près comme un pendule, une fois ébranlé, exécute des oscillations autour de son point d'équilibre.

Une théorie de ce genre a été plus récemment émise par Herlxg, mais dans un habillement plus physiologique. Herog réussit à comparer ces lueurs dites subjectives directement avec des clartés réelles, et démontra ainsi que dans des circonstances favorables, la lueur propre d'une partie rétinienne dite « fatiguée » est réellement supérieure à la lueur propre d'une autre partie rétinienne nullement fatiguée, ou qu'elle est supérieure à une clarté objective perçue par une partie rétinienne reposée. — En réalité, dit-il, ces fortes clartés et ces fortes obscurités dans les images négatives sont réelles; elles doivent être provoquées par une activité nouvelle de la rétine (ou d'une autre partie de l'appareil visuel). Ces fortes clartés des images négatives exigent une explication physiologique, supposent des processus physiologiques qui occasionnent les sensations lumineuses. Là où la sensation est renforcée, le processus physiologique qui lui donne naissance est renforcé également. Là où la qualité de la sensation est modifiée, nous devons

I Platkau (J), Afin, de Chimie et de Physique, LUI,

supposer une modification parallèle du processus physiologique.

Reprenons avec Hering l'expérience fondamentale de plus haut (p. 34 1). Qu'on regarde un peu longtemps (une demi-minute et plus), à un éclairage modéré, le centre d'un petit disque hlanc sur large fond obscur, qu'ensuite on ferme les yeux et qu'on les protège de plus contre toute pénétration de lumière à travers les paupières, on verra apparaître sur le fond obscur un disque encore plus obscur, l'image négative en champ obscur. Mais ce disque est entouré d'une auréole plus claire, intense contre le disque obscur, et se perdant insensiblement dans le fond obscur. — Si, au lieu d'opérer avec un disque blanc, on procède avec un coloré, l'image négative dans le champ visuel obscur sera teintée de la couleur complémentaire du disque, et l'auréole aura la teinte môme du disque.

Helmholtz voyait dans l'auréole un effet de contraste, et les effets de contraste, il les met (voir plus loin, p. 349) sur le compte d'un « faux jugement ». En réalité, les sensations en question n'existeraient pas, ou plutôt il n'y aurait là que la lueur rétinienne habituelle très affaiblie ; les plus grandes clartés y seraient imaginaires.

Par des expériences absolument démonstratives dans leur simplicité, Hering met à néant ce raisonnement de Helmholtz. Il établit de plus que cette auréole contribue puissamment à produire les clartés, les noirs et les couleurs dans les images négatives (voir plus loin).

2** Contraste simultané. — Un petit morceau de papier gris, place sur un fond blanc (feuille de papier blanc) paraît d'emblée obscurci ; placé sur un fond noir (velours) il paraît plus clair. Placé sur un fond coloré, il en prend manifestement la couleur complé-

i,\ \isio\ cm:/ L HOHi^iu:

nieataire. Sur fond coloré, la teinte d'en ft-agmenl de papier coloré est modilice, comme si on lui avait ajouté de la couleur coni [élémentaire de celle du fond. Du rouge placé sur vert est donc renforcé; une autre couleur placée sur le vert est plus ou moins altérée dans le sens indiqué. — Si Ton juxtapose deux couleurs complémentaires, elles se renforcent niutuellemcnl dans les mêmes circonstances; deux coideurs non complémentaires se modifient, se contrarient plus ou moins. Ce sont là autant de phénomènes de contraste simultané ou d'induction lumineuse simultanée. — Les phénomènes de contraste coloré sont surtout manifestes lorsqu'on expérimente stirdes couleurs peu intenses et peu saturées; une manière pratique de les obtenir, c'est de couvrir d^un papier de soie (traiislu<nde} une feuille de papier fortement coloré, puis d'insinuer un fragment de papier gris entre les deux. Vu à travers le papier de soie, le fragment gris prend la couleur complémentaire du fond.

Le phénomème célèbre des ombres colorées est un exemple de contraste simultané. Dans un apparlemenl où ne pénètre qu'une petite quantité de hmiière diffuse du jour, et d'un coté seulement, on dispose une bougie allumée devant un papier blanc. Ce dernier est éclairé uniformément, et par la lumière du jour, et par la bougie, c'est-à-dire par un mélange lumineux jaunAtre. On place maintenant une tige (un crajon |>ar exemple) de farL>n qu^il projette sur le papier deux ombres, dont Tune ne contient (et ne renvoie) que la lumière jaunâtre de la bougie, et Tautre seulement la lumière blanche du jour. Le fond renvoie

un mélange des deux lumières ; il est un peu jaune. La première ombre, éclairée par la seule lumière de la bougie, de la môme teinte que le fond, paraît jaune. Mais celle qui renvoie la lumière (blanche) du jour paraît manifestement dans un bleu complémentaire du jaune (du fond). — On peut placer entre la bougie et le crayon un large verre coloré en rouge, en vert, en bleu, etc., ce qui rend rouge, verte, bleue, etc. la teinte générale du papier, et du coup la lumière de l'ombre qui ne renvoie que la lumière (blanche) du jour prend manifestement toujours la teinte complémentaire. — Ainsi selon l'éclairage de son entourage, une même lumière blanche paraît tantôt plus claire, tant plus obscure, tantôt rouge, tantôt verte, tantôt bleue, bref dans toutes les teintes du spectre.

Ces phénomènes de contraste simultané sont du reste d'une observation journalière. Ils expliquent notamment les ombres violemment bleues, vertes, etc., de certains peintres, et qui ont le don d'étonner le public. Ces couleurs sont très réelles, le peintre peut avoir bien vu.

Somme toute, en vertu du contraste simultané, le blanc répand sur son entourage du noir, le noir répand du blanc, et chaque couleur son complément. Celte « induction simultanée » est réciproque.

IIeiUxNG admet que l'induction simultanée contribue à produire les fortes intensités dans les images négatives ; les teintes accidentelles seraient « inductrices » aussi bien que des teintes dues à une photo-réception actuelle.

La théorie psychologique, ou plutôt spiritualiste, des

phénomènes de contraste simultané, a trouvé son défense^ir le plus marquant dans Helmuoltz. Le point de vue opposé a été défendu par J. Plateau, puis par Albert, Mach, Hering et d'autres.

La théorie spiritualiste n'admet pas seulement que la sensation provoquée par la vue de l'objet serait en réalité toujours la même, que le disque soit sur fond obscur ou sur fond clair ; elle suppose de plus que dans l'un et l'autre cas, l'état fonctionnel, rétinien et nerveux, serait identique. Seul notre « jugement » sur cette clarté différerait d'un cas à l'autre, et de ce jugement dépendrait « l'idée » que nous nous faisons du gris ou de la couleur du disque. Helmuoltz suppose notamment qu'en passant de l'expérience du disque gris sur fond blanc à celle du même disque sur fond noir, on ne se souviendrait plus suffisamment de la première sensation, ni de son identité avec la seconde. Il néglige de dire pourquoi ce manque de mémoire donne lieu toujours à une « erreur » dans le même sens. — D'ailleurs on écarte du débat le manque de mémoire, comme du reste tous les considérants de la théorie psychologique, en modifiant l'expérience de la manière suivante. On dispose une strie allongée de papier gris, moitié sur fond noir, moitié sur fond blanc; on voit alors très manifestement les deux effets simultanément, l'un à côté de l'autre. Il y aurait simultanément deux faux jugements sur des clartés objectives identiques et juxtaposées, et l'un dans le sens opposé à l'autre !

3° Un ordre de faits qui paraissent être le contraire du contraste, — Si on fixe longtemps une surface (on un objet) à parties claires et obscures, on voit

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peu à peu les parties claires s^assombrir et les noires s'éclaircir, le tout devenant plus ou moins gris. S'il s'agit de parties diversement colorées, les couleurs diminuent et tendent à se fondre en une teinte grisâtre uniforme. C'est là un cas d'induction lumineuse simultanée, mais moitié positive et moitié négative en quelque sorte. — On a mis ces phénomènes aussi sur le compte de la fatigue rétinienne, qui expliquerait notamment l'assombrissement des parties claires. Quant à l'éclaircissement simultané des parties obscures, de nouveau ce serait pour certains auteurs un phénomène de contraste, et de contraste spiritualiste, reposant sur une erreur de jugement.

Voici un passage curieux dans Helmholtz ^ . ((Lorsqu*une certaine couleur occupe la majeure partie du champ visuel, une nuance plus blanchâtre de ce ton nous parait blanche, et le blanc véritable prend Taspect complémentaire de la couleur en question. Ainsi la notion du blanc s'altère en nous. Or la sensation du blanc n'est pas une sensation simple ; elle est composée, dans un rapport déterminé, des sensations des trois couleurs fondamentales.

Lorsqu'il s'agit de reconnaître une couleur donnée comme du blanc ou du non blanc, et si nous ne pouvons pas la comparer avec un autre blanc reconnu comme tel, il nous faut reconnaître la présence ou l'absence d'une altération dans les rapports des intensités des trois couleurs fondamentales qui y sont contenues. Mais, comme nous avons vu plus haut ... il peut se présenter des différences assez importantes dans ce que no\is prenons pour du blanc. »

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