‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 10 sur 59 · LES EE · texte numérisé non relu

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qui est de permettre les transactions ne s'identifie pas avec la valeur d'échange mais la détermine (1).

Une confusion peut s'établir d'autant plus facilement que la fonction de la monnaie c'est en quelque sorte le fait de pouvoir acheter, mais la possibilité d'acheter valeur d'usage, et le pouvoir d'achat valeur échange, ne sont pas des expressions identiques. Comme toutes choses la monnaie a une valeur d'usage avant d’avoir une valeur d’échange.

MM. Aftalion et von Wieser donnent une explication historique du niveau des prix, c’est-à-dire que pour eux, ce n’est que peu à peu que la valeur de la monnaie s’est détachée de l'utilité de la marchandise, et ils montrent l'influence des estimations individuelles, agissant à travers les revenus, sur les estimations, celles d'hier influençant les prix d'aujourd'hui, et celles d'aujourd'hui les prix de demain (2).

Les appréciations individuelles, le pouvoir d’achat qui en dérive ont donc peut-être, et nous l’examinerons dans la deuxième partie, une influence sur l’instrument monétaire. Mais avant d'aborder les difficultés de l’analyse

et de la théorie du revenu, nous nous contenterons ici

(1) Toutefois, il est évident que la valeur individuelle d’un bien que nous avons l'intention d'échanger est influencée par son cours sur le marché, de telle sorte que la valeur d'échange à son tour réagira sur la valeur d'usage. Nous prétendons seulement que si la monnaie ne présentait pas l'avantage de briser le troc, elle n'aurait pu acquérir une valeur subjective, différente de celle du métal et son pouvoir d’achat eût été bien moïns considérable.

(2) Aftalion, Monnaies, pri el changes, page 166 et suivantes,

de la définition la plus élémentaire de la valeur d'usage de la monnaie qui vient de sa fonction d’intermédiaire

dans les échanges.

C’est l’analyse de cette notion de la monnaie simplifiée à l’extrème, qui nous conduira à la base logique de

la théorie quantitative dont nous allons maintenant exa-

miner les formules.

Pour M. Aftalion, la théorie quantitative constitue l’application de la loi de l’offre et de la demande sous sa forme la plus ancienne, sous sa forme purement quantitative. À l’encontre de ceux qui considèrent que l'or n'est qu'une marchandise qui tire sa valeur de l'utilité du métal, matière première pour l'orfèvrerie, la dorure et certaines industries de luxe, cette objection est décisive. Dans la théorie de l’or manchandise, on ne comprendrait pas l’absence d’éléments qualitatifs à côté d'éléments quantitatifs. Une conception dans laquelle la valeur de la monnaie est en raison inverse de sa quantité et qui assimilant l’or à une marchandise quelconque ne tiendrait pas compte de l’élasticité de la demande méri-

terait bien d’être considérée comme primitive.

Il ‘ a des produits dont la demande est très élastique, c’est-à-dire dont le marché s’accomode bien de variations dans la production.

D’autres, dont la demande est peu élastique, c’est-àdire dont le marché, comme celui du blé, est fortement

influencé par d’assez faibles différences de récolte.

Quels que soient les usages industriels de l'or mar-

chandise, il serait absolument invraisemblable que la

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demande qu’on puisse en faire ne s’accroisse pas dans une certaine mesure en même temps que l'extraction et surtout on ne comprendrait pas cette proportion rigoureuse entre les variations du pouvoir d’achat du métal et sa quantité. Cependant malgré la réserve, toutes choses égales, il y a-dans la théorie quantitative dès ses origines, une affirmation dogmatique, une croyance absolue dans la valeur logique de ce véritable théo-

reme.

Il faut abandonner l’idée métalliste pour découvrir le: véritable fondement de l'interprétation quantitative, le seul d’ailleurs qui la justifie et même aujourd'hui conserve une valeur certaine. On dirait que d'instinct tous ses partisans se sont évertués à la défendre pied à pied plutôt que de renoncer à des principes souvent obscurs

mais qui paraissaient évidents.

Nous ne pensons pas que la théorie quantitative de la monnaie ait été influencée par la théorie générale de la valeur, tout au moins pour des économistes qui avaient analysé, comme Jean-Baptiste Say, tous les fondements

de son utilité.

C'est parce que la monnaie n’est qu'un intermédiaire entre les échanges, et qu’elle est extrêmement divisible

que la théorie quantitative est née.

Si l’on envisage uniquement sa fonction, on conçoit qu'elle est d’une nature assez spéciale pour qu'il ne semble absurde de faire intervenir uniquement la loi du nombre. On conçoit qu'on ait pu admettre un lien quasi

mathématique entre sa valeur et sa quantité comme s’il

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s'agissait d’un liquide dont le degré en alcool diminue ou augmente suivant qu'on le dilue ou le concentre. Il faut imaginer la fonction monétaire comme une nécessité économique comme un besoin social qui demande : impérieurement à être satisfait.

Du moment que la monnaie existe, la fonction est remplie, des services sont rendus par elle qui ont une valeur déterminée à un moment donné. Chaque porteur d'unités monétaires détient une fraction de cette valeur sociale et cette fonction est d'autant plus petite que le nombre d’unités est plus grand. Chacune d'elles représente donc une part de la valeur totale, de même que le titre d’une Société représente une partie du capital de cette société.

La valeur des unités monétaires peut donc se modifier ou bien en les divisant ou bien en faisent varier leur quantité globale comme on peut changer la valeur d’une action soit en la dédoublant, soit en augmentant le capital de l’entreprise.

La fonction monétaire est donc indépendante de la quantité de monnaie qui circule et elle peut toujours être satisfaite puisque la monnaie est divisible. Une somme déterminée représente un certain pouvoir d'achat. Si Ia quantité de monnaie double, il faudra deux unités au lieu d'une, pour le même usage. Et si l'utilité ou la valeur de la fonction monétaire, peut se modifier, il ne doit y avoir aucun lien entre ces variations et celles de la quantité des moyens de paiement qui n’en sont en quelque sorte, que la mobilisation. On ne produit pas

de la monnaie comme on produit du sucre, du blé, com-

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me on fabrique une automobile. Du moment qu'elle existe, que l’on s’en sert, peu importe que la masse utilisée soit grande ou petite, la notion du poids ou de dimension lui est complètement étrangère ; c’est vraiment une unité de compte que l'unité monétaire, une unité qui, au fond, n’a rien de matériel, une unité d’appoint dans le vrai sens du mot. Loin de fortifier la représentation quantitative de la monnaie, l'incorporation du anétal en éloigne car l’or peut faire oublier la notion de monnaie, par son volume, par son poids, par ses qualités matérielles, tandis que pour permettre aux hommes de s’échanger entre eux les biens qu'ils produisent, de les ajuster valeur contre valeur, d'en diviser la propriété et la distribution, il suffit de quelques chiffres sur un papier quelconque à la seule condition que la série des

nombres ne soit pas indéfinie.

Ou faire intervenir l'élément qualitatif, dans une semblable analyse, puisque la masse monétaire n’a aucune action sur la fonction, puisque le pouvoir d'achat total n’est pas influencé par le nombre d'unités, on ne peut pas s'empêcher d'admettre la nécessité d’une relation entre la quantité de monnaie et sa valeur, et cette nécessité s'impose à l’esprit avec la force d’un théorème ou plutôt d'un postulat comme une vérité qui n'aurait

même pas besoin d'être démontrée (x).

() rving Fisher, L'illusion de la monnaie stable, Ed. Payot 1929, op. citée, page 59 : « Un volume supérieur de monnaie achelant le même volume de marchandises, il faut que les prix montent. C’est

exactement comme du beurre que l'on étend sur du pain : si l’on

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. Voici le fondement originaire de la théorie quantitative qui, à première vue, paraît d'une évidence incontestablé : voici pourquoi le toutes choses égales est rejeté au second plan comme une ‘réserve secondaire puisque si quelques événements peuvent faire dévier temporairement la valeur de la monnaie de celle que la logique impose, l’équilibre se rétablira nécessairement au plus tôt et il est raisonnable de l’admettre, car l’automatisme est si grand entre l’énoncé de cette loi et ses conséquences, le lien en est si implacable, que l’influence de la volonté, de nos désirs, de nos erreurs même doit s'éliminer quand on considère la fonction dans son ensemble parce qu’alors en vertu de la loi des grands nombres, les moutonnements passagers des échanges individuels, les vagues provoquées par les caprices des hommes disparaissent comme s’effacent les rides des flots lorsqu'on contemple d’une certaine hauteur le

niveau général de la mer.

La théorie moderne de la valeur, les analyses de l’utilité finale ne suffisent pas pour réfuter la théorie quantitative ainsi exposée. [Il faut donc aller au fond des choses et poursuivre l'étude de la monnaie dans son évolution afin d’avoir une notion exacte de ses particularités.

Appliquons la théorie quantitative à l’unique cas de

la monnaie métallique dans l'hypothèse où elle serait

met plus de beurre, il faut que la couche soit plus épaisse. Le pain représente la quantité de marchandises ; l'épaisseur du beurre, le

niveau des prix ».

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la seule en circulation, ce qui fut longtemps une réalité (car le billet de banque est d’un emploi relativement récent) nous pouvons la formuler ainsi : « la valeur de la monnaie est en raison inverse de sa quantité » (x).

On s’est vite rendu compte qu'à côté de la monnaie qui achète il y avait la marchandise qui est achetée et que la quantité de monnaie nécessaire pour un niveau de prix déterminé dépendait de la quantité de marchandises. La première formule était donc trop simple car l'utilité de la monnaie doit augmenter si ses emplois augmentent. Or, l’augmentation de la quantité de marchandises doit augmenter l'utilité de la monnaie.

Mais quelle est la signification de l'expression quantité de marchandises ; il est nécessaire | d'analyser l'influence du stock des biens existants. Si ce stock ne donne pas lieu à des échanges, s'il est inerte, s’il est passif, comment pourra-t-il avoir quelque relation avec l’usage de la monnaie. Seules les marchandises échangées, celles qui donnent lieu à des transactions, à des échanges de monnaie ,peuvent entrer en ligne de compte À la quantité de marchandise, formule vide de sens, il faut substituer la quantité de transactions. Qu'il y ait une relation entre l’augmentation des marchandises et celle des transactions, c’est certain, mais le lien n'est pas direct et il y a des variations du chiffre des tran-

(1) Ricardo, Collection des grands économistes, op. citée, page 393 : « La monnaie en circulation ne saurait jamais être assez abondante pour regorger, car si vous en faites baisser la valeur, vous en aug.

menterez dans la même proportion la quantité et en augmentant sa

valeur, vous en diminuerez la quantité.

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