‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 18 sur 59 · PE 1 RO · texte numérisé non relu

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l'argent qu'ils gardent liquide porte bien plus sur la somme nominale que sur le pouvoir d'achat, de sorte qu'ils seront tentés dans une certaine mesure, de faire varier la rapidité de leurs paiements plutôt que leurs dépôts, ce qui signifie qu'avec la même quantité en caisse ou en banque, ils auront à effectuer des paiements tantôt moindres, tantôt accrus. La vitesse de circulation sera donc susceptible d’une certaine élasticité. Plusieurs groupes de faits les confirment. Ce sont notamment :

Lee variations très grandes du total des paiements faits à la Banque de France comparativement aux soldes moyens avant et après guerre.,

Les variations cycliques de la vitesse de cireulation de la nature de celles qui ont été étudiées par des Essars.

Les variations de cette vitesse dans les périodes de longue durée;

Enfin, il faut admettre que les prix peuvent déterminer par eux-mêmes des variations du rythme des échanges.

Toutes ces observations sont entièrement justifiées et conformes aux faits, mais il reste à connaître le mécanisme interne par lequel la circulation est tantôt accélérée, tantôt ralentie.

L'observation nous enseigne la manière dont les choses se passent, il reste à connaître les causes des phénomènes auxquels nous assistons, c'est-à-dire pourquoi une même quantité de monnaie pourrait servir à des transactions plus où moins nombreuses, à des paiements plus ou moins importants, et dans quelles limites.

Irving Fisher ayant sans doute quelques appréhen-

sions sur la valeur de ses affirmations, difficilement soutenables. paree que contredites par les faits a essayé de fonder sur le théorème. des. échanges une seconde forme de la théorie quantitative.

Dans cette seconde opinion, il s’agit de donner. à l'équation une interprétation causale. Ce n’est plus M seulement qui agit sur les prix mais ce sont tous les , éléments monétaires aussi bien M que V dont l'influence se fait sentir (x).

«Ainsi en additionnant tous les transferts de monnaie qui ont lieu dans l’ensemble du pays pendant un an par exemple, on obtiendra le total des paiements, c'està-dire la circulation monétaire ».

La première partie de l’équation représentera donc cette circulation monétaire, et la deuxième partie la circulation des marchandises, c’est-à-dire le total des marchandises échangées à leurs prix respectifs.

Si nous prenons les Etats-Unis comme exemple, une circulation monétaire de goo millions de dollars correspondra à une circulation de 30 milliards de tonnes de marchandises à 30 dollars la tonne en moyenne, soit 900 milliards.

Appelons ces deux courants À et B ; le niveau des prix sera la relation entre ces deux circulations. |

Si À et B augmentent et diminuent dans les mêmes

(1) Une plus grande vitesse de circulation, c'est comme si la monnaie était plus abondante et les variations de V ont la même valeur numérique que les variations de M. Il suffit de bloquer MV et de ne

considérer que le produit, (Irving Fischer, L’üllusion de la monnaie

stable, 1929, op. cit., page 37).

proportions, il y aura concordance entre le flot de la monnaie et celui des affaires. Dans les autres, il y aura ce que Fischer appelle inflation ou déflation relative.

Ce serait dans l’action causale prêtée aux facteurs

monétaires qu'il faudrait voir une seconde forme de la théorie quantitative. Si abstraction faite des transactions les indices généraux de prix ne peuvent varier que par suite des fluctuations des divers éléments monétaires on se trouverait encore dans le cadre de la formule qui déclare que la valeur de la monnaie est en raison inverse de sa quantité. Au contraire, si les prix une fois débattus entre acheteurs et vendeurs ont le pouvoir de donner l'impulsion au mouvement si leur niveau peut exercer une action autonome, c’est qu'il y aurait d’autres facteurs que la quantité et que la valeur de la monnaie dépendrait aussi d'éléments qualitatifs, c'est-à-dire subjectifs qui pourraient agir à leur tour sur les facteurs purement numériques.

Ainsi touts les fois que MV serait considéré comme la cause des variations de P on se trouverait devant une solution nécessairement quantitative, tandis que l'on abandonnerait définitivement la théorie en admettant que les prix peuvent varier d'une manière autonome et entraînent par leur action des modifications de MV.

La deuxième partie de la proposition est incontestable car si les prix peuvent avoir une action propre et leur fixation dans une certaine mesure arbitraire, l'élément psychologique intervient obligatoirement et ii y a alors abandon complet du point de vue exclusivement quantitatif.

Par contre, est-il bien certain qu'une théorie qui bloque le produit de M et de V, qui multiplie la quantité de monnaie par la vitesse de circulation, c'est-à-dire un élément matériel par un coefficient d'utilisation soit encore vraiment quantitative. Suffit-il pour cela d’appeler MV quantité largement comprise et n’a-t-on pas, par une assimilation trop sommaire de M et de V dépouillé de sa substance la première partie de l'équation.

La vitesse de circulation incorporée avant toute analyse dans les éléments monétaires réduite au rôle de simple multiplicateur a perdu toute signification.

Pourtant, si l’on peut admettre a priori que des éléments qualitatifs soient susceptibles d'agir sur les prix, on peut aussi concevoir des mobiles psychologiques agissant sur la vitesse de circulation. Pourquoi ces causes autonomes rentreraient-elles dans le domaine de Ia théorie quantitative lorsqu'elles agiraient sur V pour être contraires à l’hypothèse primitive lorsqu'elles influenceraient P. |

Pour nous, la théorie n’est plus exacte si un facteur psychologique quelconque peut influencer le niveau des prix ; peu importe que ce soit directement ou par l'intermédiaire de V et nous reviendrons d’ailleurs sur ce point, seulement il y a un grand intérêt à connaître les réactions de MV sur P et éventuellement de P sur MV.

M. Aftalion s’est livré à un examen critique approfondi de ce qu'on a coutume d’appeler la seconde forme de la théorie quantitative. Pour prouver que les prix ne sont pas uniquement sous la dépendance des éléments monétaires, même largement compris, il a analysé

objectivement un certain nombre de faits qui montrent que parfois l'impulsion pourrait venir de P. Er effet, les prix sont souvent arbitrairement fixés avant le paiement, c’est-à-dire avant qu'un élément monétaire quelconque n'’intervienne. L’inégale élasticité des produits se concilie mal avec la théorie quantitative, par suite de l'indépendance des courbes de demande de chaque marchandise. On ne comprend pas les influences des marchés étrangers qui se font sentir sans changement dans le volume des marchandises, ni la tendance des prix mondiaux à l’uniformité. On trouvera dans monnaies prix et changes, un certain nombre d’autres exemples à l'appui de cette démonstration. Toutefois, l'hypothèse dans laquelle il y aurait des réactions de P sur V n'exclut pas la possibilité d'une influence de V sur P. Avant d'examiner si les prix peuvent varier pour des mobiles psychologiques, il faut étudier les autres causes qui donnent une impulsion à V. La vitesse des paiements n'est qu’un effet des échanges ; grâce à sa fonction de circulation, la monnaie est apte à remplir indéfiniment son rôle, les obstacles qu'elle rencontre, les retards qu’elle subit, au cours de ses déplacements, limitent seuls son emploi. Que l’on appelle quantité la mesure du chemin parcouru par l'instrument monétaire, peu importe! Ce n'est qu'une question de terminologie, mais nous nous trouvons en présence d’une quantité singulièrement abstraite qui ne s’accumule pas dans les coffres des banques d'émission et qu’il semble bien difficile de déterminer à l’avance. Les variations

de la vitesse de circulation dominent toute la théorie de

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la, monnaie. Nous nous proposons de les étudier dans leur action sur son pouvoir d’achat, ajournant pour l’instant l’examen des hypothèses où les prix seraient égale-

ment susceptibles d’une action causale.

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