‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 45 sur 59 · FONDEMENTS D'UNE THÉORIE REALISTE ‘DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

FONDEMENTS D'UNE THÉORIE REALISTE ‘DE LA MONNAIE

Avant de définir la valeur de la monnaie sur le marché nous. commencerons, par reprendre l'examen des éléments de la valeur d’une marchandise quelconque.

La science moderne lui donne comme fondement l'importance attachée par chacun de nous à la dernière unité à notre disposition. On voit donc qu'il y a un élément quantitatif, la rareté, et un élément qualitatif, l'utilité, le besoin satisfait par la dernière étant d'autant plus faible qu'il en existera un plus grand nombre.

Pour les marchandises, il y a une’utilité décroissante qui provient de la nature humaine, car il existe un point où il y a satiété, c'est-à-dire où le désir s'éteint.

Si les biens demandés -sont représentés par des certificats qui en confèrent la propriété, la valeur de ces titres: sera fonction de la quote-part de produits qu’ils constatent. Ce n’est pas leur nombre absolu que nous envisagerons, mais la fraction à laquelle ils donnent droit. Si la quantité de ces signes venait à être doublée, chaque unité représentant une part deux fois plus petite verrait

sa valeur diminuée de moitié (1). On peut raisonner de

(1) Avant nous M. Bertrand Nogaro s'était déjà servi des mêmes termes notamment dans un article de la Revue d'Econ. Politique en 1906, paru sous ce litre : Contribution à une étude réaliste de la monnaie. Si nous nous sommes résigné à le reprendre c’est que

‘ucunce autre expression ne peut meiux définir nos intentions et que

même toutes les fois que le bénéfice attaché à l'exercice d'un droit peut être divisé entre plusieurs personnes.

Mais les services que peut rendre chaque unité d’un objet quelconque sont très variables suivant le parti qu’on en tire. Il est indispensable de tenir compte de l’utilisation pour comprendre comment il arrive que nous nous accomodions souvent de changements appréciables survenus dans les quantités dont nous pouvons disposer d’une chose qui nous est utile.

Nous n'indiquons que pour mémoire les variations considérables qui peuvent survenir dans le temps concernant l’apréciation subjective de tel ou tel produit. On sait aussi qu'une découverte, qu'un procédé nouveau peuvent modifier complètement la physionomie du marché et changer l’estimation de certains biens.

I arrive aussi qu'un emploi plus rationnel d'une machine déjà existante permette d'obtenir un meilleur rendement et dispense d’en acheter. d'autre. Tout se passe alors comme si le nombre d'unités avait augmenté. Il existe aussi des appareils qui ne servent qu’en certaines occasions et d’une façon intermittente ; dans ce cas un accord entre les membres d’un même groupe professionnel aux fins de se les prêter mutuellement suffira pour

en modifier la demande. Dans cet ordre d'idée, les syn-

celle-ci a le rare mérite de ne pas nous confiner dans une attitude doctrinale.

(1) Nous ne tenons pas compte des cas où la division des actions d'une société en petites coupures peut augmenter leur valeur boursièreparce qu’elles sont susceptibles d'être acquises par une clientèle plus

nombreuse,

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dicats agricoles qui confient à leurs adhérents par roulement divers instruments aratoires permettent aux cultivateurs d'éviter dans une certaine mesure une dépense onéreuse surtout lorsque par suite de la faible superficie de leurs domaines ils ne peuvent s’en servir que

quelques jours par an.

Mais où la notion d'utilisation joue un grand rôle c’est dans l’excédent disponible, dans la réserve latente que conservent en vue de la production un certain nom-

bre d'entreprises.

Souvent un industriel, pour parer à tout événement ne se contentera pas de l'outillage minimum nécessaire à sa profession. Si à un moment donné les commandes affluent il les utilisera à plein rendement. Dans le cas contraire, une partie de leur force restera inemployée. En pareille occurence ce n'est pas la puissance de son matériel qui réglera le rythme de sa production, mais au contraire, c'est celle-ci qui déterminera le degré d’utilisation des machines. La capacité d'exploitation de son usine devra normalement être comprise entre deux limiles. Un minimum au dessous duquel on devrait refuser un nombre excessif de commandes, un maximum audelà duquel trop de capitaux immobilisés demeureraient la plupart du temps sans rémunération. L’entrepreneur conservera donc un excédent disponible grâce auquel il sera à même de supporter sans trop d’inconvénients les variations inévitables de l’activité des affaires.

On peut donc affirmer que même pour les marchan-

dises il est possible de concevoir une certaine marge

die

d'utilisation indépendante des quantités et qui varie selon la nature des produits et leur destination.

Nous allons maintenant procéder à la même analyse pour la monnaie dont nous donnerons la définition sui-. vante :

LE PRIVILÈGE EXCLUSIF CONFÉRÉ ARBITRAIREMENT PAR LA COUTUME ET L'AUTORITÉ DU JÉGISLATEUR A CERTAINS SIGNES PRATIQUEMENT INALTÉRABLES, COMMODÉMENT DIVI- SIBLES ET LIMITÉS QUANT A LEUR NOMBRE, DE POUVOIR ÊTRE. ACCEPTÉ DIRECTEMENT EN ÉCHANGE D'UNE VALEUR QUEL-. CONQUE, LEUR CESSIONNAIRE ÉTANT MAITRE DE LES UTI- LISER À SON GRÉ AUX FINS D'ACQUÉRIR A SON TOUR DANS LES MÊMES CONDITIONS TEL BIEN QUI LUI CONVIENDRA LE MIEUX.

Nous attacherons naturellement une grande importance à la possession de quelques-uns de ces signes puisque sans eux aucun marché régulier ne pourrait s'établir pour l'échange des produits entre eux.

Ge n’est pas la valeur intrinsèque de la substance du métal or ou du billet qui nous intéressera, mais le privilège qu'ont ces objets d’être les seuls qui soient généralement reconnus par tous comme circulating medium. . Une fois que le choix général s’est fixé sur une chose quelconque ayant pratiquement les qualités requises, la monnaie existe.

Elle offre pour la circulation juridique des richesses les mêmes avantages que la route ou le chemin de fer pour leur circulation matérielle.

Ce que nous devons considérer dans une unité moné-

taire, ce n’est pas le nombre arbitrairement déterminé

qui peut être quelconque, mais la fraction détenue par nous des symboles privilégiés nous accordant dans la société le droit d'acquisition direct.

Et comme les prix sont exprimés en valeur nominale, le facteur quantitatif concourant à leur formation ne pourra être autre chose que le nombre des signes en circulation, c’est-à-dire M et M’. Mais à côté de la quantité de monnaie on doit tenir compte de son utilisation et la rapidité avec laquelle la moyenne des paiements d'une période donnée pourra être effectuée aura une action sur l'estimation exprimée en numéraire de l'ensemble des autres biens.

Le revenu progressera parallèlement au rythme des paiements. À deviendra très grand si la vitesse de circulation s'élève tandis que M ne changera pas.

L'utilisation de la monnaie par suite du mouvement

accéléré des déplacements de numéraire modifiera sa

valeur par rapport à notre revenu et : deviendra très petit.

Ainsi tout accroissement de V aura pour effet d’augmenter Ja valeur nominale des produits et de diminuer le pouvoir d'achat global des instruments monétaires.

On peut différencier les deux éléments de la première partie de l'équation de l’échange M et R de la manière suivante :

M exprime le nombre des unités dont la quantité est

sans lien avec la valeur courante de la masse monétaire.

Les variations de M considérées en elles-mêmes ne pour-

raient avoir d’autres conséquences qu’un changement dans le niveau nominal des prix.

Par contre V représente un coefficient d'utilisation Changeant de mains plus souvent, M. devient apte à effectuer davantage de paiements dans le même temps ct le niveau nominal des prix pourra s'élever.

Mais des prix plus hauts avec une encaisse plus restreinte cela signifie une diminution de l'appréciation de M par rapport aux marchandises. Se

L'accroissement de la vitesse de circulation, ia meilleure utilisation de la monnaie, c’est comme si elle était moins désirée, puisque nous nous contentons alors de balances réelles affaiblies et que la proportion entre l'argent liquide et les revenus se trouvera réduite.

Le problème essentiel est donc dans l'analyse des causes qui régissent la vitesse de circulation et déterminent une utilisation différente de M.

Les éléments qualitatifs de la valeur de ‘la monnaie seront tous ceux qui pourront exercer une action sur V.

Nous avons déjà indiqué: que ce sont les changements

du rapport R qui provoquent des fluctuations de la

vitesse de circulation, qui varie en raison inverse de l’encaisse désirée et qu’on peut représenter par la frac-

tion R.

Pour comprendre comme R UM peuvent prendre

de nombreuses positions pour une même quantité de M, il faut se souvenir que la monnaie ne joue un rôle. actif que pendant un temps extrèmement faible. Entre

deux paiements, le numéraire demeure oisif à la disposition de son possesseur dans l'attente d’ une transaction

qui PER être > longtemps ajournée.

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Les facilités de négociations en bourse de certaines valeurs, actions de société, obligations, fonds d'Etat qui ont un large marché expliquent une certaine indifférence du public pour le montant des sommes qu'il croit devoir conserver en caisse ou en banque. On a l'impression qu'il sera toujours temps quand le besoin s'en fera sentir, de procéder à certaines réalisations qui permettront de se procurer des liquidités. D'autre part les progrès de la compensation et l'extension du crédit font qu’en réalité les balances réelles absolument nécessaires sont extrêmement faibles en période normale. Les personnes vraiment solvables pensent qu’il ne leur sera pas difficile, le moment venu, de s'adresser à un banquier si elles manquent accidentellement de fonds pour une échéance et n'attachent pas trop d'importance à la situation de leur caisse.

Il est d’ailleurs très difficile de se faire une idée du niveau maximum des prix à partir duquel le public se sentirait trop à l’étroit dans sa trésorerie.

Pour ces raisons, et par suite de la quantité généralement suffisante d'instruments de paiements par rapport à un niveau donné des prix, la vitesse de circulation est susceptible de variations extrêmement larges dont on

ne peut préciser les limites.

En principe, si KR tendait à devenir trop élevé, c'est : le souci de ne pas perdre l'intérêt d’une trop grande masse de capitaux oisifs- qui inciterait à la longue les individus à la recherche d'un remploi de leurs fonds

inutilisés et détermineraient une reprise des cours.

M Dans l'hypothèse où R deviendrait trop faible, c’est

la gène où l’on serait de satisfaire facilement aux échéances courantes qui provoquerait d’abord des demandes de crédit aux banques et à défaut la réalisation de valeurs pour se procurer des disponibilités.

Mais en dehors de ces cas extrêmes, le contrôle des prix se fait par les variations du revenu et les prévisions.

La remarquable élasticité de la vitesse de circulation et la grande aisance avec laquelle elle s'adapte à des fluctuations souvent considérables des prix, les rend dépendants à l'extrême des éléments psychologiques.

Entre les deux limites que nous venons de déterminer, mais qu'il est impossible de préciser, tout se passe comme si la monnaie n'avait aucune utilité directe tant elle

s'adapte aisément aux circonstances (1).

ir) Ricardo s'était bien rendu compte qu'à côté de la quantité il existait pour la monnaie un coefficient d'utilisation. Voici ce que l’on peut lire dans son ouvrage sur la circulation monétaire collection des grands économistes, op. cit. page 580 : « La valeur de la monnaie et le montant des paiements restant d’ailleurs les mêmes, la quantité de numéraire mécessaire doit dépendre du degré d'économie avec lequel on l’emploie. Si on cessait d'effectuer les paiements au moyen de mandats sur les banquiers, si l’on renonçait à un système qui réduit ainsi les mouvements de la monnaie à de simples transferts de comptabilité et qui permet d’acquitter des millions avec quelques billets de banque et un peu de numéraire, il est évident qu’il faudrait accroître considérablement la circulating medium ou ce qui revient au même, il est évident que la même quantité de monnaie jouirait d’une valeur courante plus élevée et tendrait à entrer en équilibre avec l’importance des paiements additionnels ».

Voici croyons-nous une restriction importante à la théorie quantitative qu’on présente souvent chez les classiques avec une rigueur

qu’elle semble n’avoir jamais eue, chez certains d’entre eux.

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Nous réglons sans nous en rendre compte sa vitesse de circulation par les fixations de nos échéances, et l'ensemble de nos relations sociales. Des rapports d'échange s’établissent entre les marchandises et se traduisent par un courant de monnaie qui va des uns aux autres sans fin.

Ce courant des transactions si nous l’envisageons à un moment donné en regardant vers le passé, il nous donnera l’idée de notre revenu d'hier ; sur ces bases que nous modifions au gré des circonstances, nous établissons des calculs concernant notre revenu et de proche en proche

le niveau des prix s’élèvera ou s’abaissera selon les événements. La monnaie mesure de toutes ces valeurs qui se croisent ou se répartissent paraîtra asservie jusqu'au jour ou brusquement on se rappellera de sa présence longtemps oubliée à l'occasion d’une crise financière qui provoquera un ralentissement de V et un accroissement soudain de la demande de numéraire. |

Cette subordination de M aux facteurs psychologiques que nous venous d'indiquer est d'autant plus grande que dans les pays à double circulation la quantité de moyens de paiement est susceptible de varier par suite des possibilités d'escompte et de crédits bancaires. Le volume de la monnaie pouvant s'accroître ou se contracter dans des limites assez larges l'indépendance des prix s’en trouvera accrue.

Ainsi se trouvent vérifiées dans une certaine mesure les conclusions auxquelles était parvenue la théorie PSYchologique. Ce qui nous en sépare, c’est le rôle que nous

reconnaissons malgré tout aux éléments quantitatifs dont

l'action viendra se combiner avec celle des facteurs qualitatifs dans la formation des prix.

Nous estimons que pour un volume déterminé d'instruments de paiement, il peut .y avoir des variations considérables de P mais celles-ci ne sont pas sans limites. Des fluctuations de trop grande amplitude doivent avoir pour conséquence d'amener une réaction des éléments monétaires. Nous songeons fort peu en période normale aux balances réelles et nous n’attachons pas d'importance au maintien d’un rapport constant entre notre actif et les sommes que nous désirons conserver liquides par devers nous. Cependant il peut arriver un moment où nous serons obligés d'ajuster notre trésorerie à un rythme de paiements plus élevé. S'il n'y avait pas cette résistance des facteurs monétaires, il n’y aurait pas de raison que les revenus et les prix ne puissent croître à l'infini.

Les biens négociables ne seraient plus alors évalués que par des chiffres abstraits qui peu à peu grossiraient sans que rien ne puisse régler leur ascension.

La monnaie exerce malgré tout un pouvoir régulateur mais son action se fait sentir avec un long retard et d'une manière intermittente. Mais si nous avons pu expliquer qu’il existait des limites à la toute puissance des facteurs psychologiques nous sommes bien embarrassés pour les fixer.

Le mécanisme du crédit et de la compensation se trouve lui aussi sous la dépendance d’habitudes dont la constance reste à démontrer. Si tous les paiements étaient le résultat d'engagements récents on pourrait plus faci-

lement peut-être circonscrire. la zone d’indétermination.

Mais la nature même de M qui n’est pas seulement pouvoir d'achat, mais encore pouvoir libératoire, n'est pas faite pour simplifier les recherches.

La demande de monnaie, la régularité du courant des échanges, se trouvent souvent affectées par des causes accidentelles qu'il est nécessaire d'analyser avant de pouvoir déterminer l'amplitude probable des mouvements de V. Une théorie réaliste de la monnaie serait incomplète si elle n’essayait pas d'expliquer la nature des perturbations que l’on constate parfois à certaines époques et qui affectent sérieusement la stabilité des prix en dehors de toute influence extérieure. ;

11 nous semble donc nécessaire de consacrer quelques développements aux anomalies qui ont pour origine l'emploi habituel de l'instrument des paiements comme

moyen de libération dans l'exécution des conventions

enire créanciers et débiteurs.

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